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BANQUES DE PLACEMENT ET DE SPÉCULATION

qui expose la probité de celui qui s'y livre à de plus fortes épreuves. En eifet^ tandis que le banquier du commerce répond de toutes ses opérations, le banquier de placement ne répond du résultat intrinsèque d'aucune des siennes; tant qu'il rend compte des fonds, des titres déposés chez lui et de l'exécution des ordres qui lui ont été donnés^ il n'est et ne peut être responsable que de l'opinion. Il est vrai d'ajouter que sans le secours de l'opinion, il lui serait impossible d'établir et de conserver une clientèle.

Les banques de placement les plus humbles sont très-utiles pour la négociation des titres industriels qui représentent un petit .capital^ quelques centaines de mille francs, par exemple. Ces titres, dédaignés par le parquet et les grands spéculateurs, ne sont pas moins quelquefois des placements sérieux et recommandables. Leur concentration sur un seul marché où ils ne peuvent pas toujours être suffisamment connus et appréciés donne lieu sans doute à beaucoup d'abus; mais, tant que les banquiers des provinces ne chercheront pas à les négocier, on devra s'estimer heureux de trouver dans les capitales des agents spéciaux qui s'occupent de leur négociation.

Il existe des banques de placement dont le capital propre est médiocre et presque nul ; il y en a dont le capital est de moyenne importance ; enfin on en compte un certain nombre dont le capital est considérable et très-supérieur à celui des banques de commerce. Ces grandes maisons désignées ordinairement sous le nom collectif de haute banque^ jouent dans les aiOfaires de placement et de spéculation un rôle qu'il importe de décrire avec soin. Elles sont en possession d'entreprendre à forfait et pour leur compte les soumissions d'emprunt, les fondations de compagnies industrielles et généralement toutes les affaires qui exigent la concentration de grands capitaux. Leurs fonctions consistent, comme nous l'avons déjà 'dit, à acheter les titres en gros et à les revendre au détail en bénéficiant sur la différence.

Essayons de rechercher les conditions nécessaires pour que l'émission d'un titre donne des bénéfices assurés à la maison qui se charge de cette opération ?

1<* Il faut que cette maison jouisse d'un grand crédit sur la placé; qu'on la juge en état de garder la plus grande partie de l'opération à son compte sans être embarrassée pour faire face

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aux engagements qui en résultent. Si le crédit de cette maison est appuyé sur l'issue heureuse de plusieurs affaires du même genre^ son crédit est encore plus certain : ces antécédents valent mieux même que la possession reconnue d'un grand capital.

2*" Il est bon que dans ses opérations antérieures la maison ne se soit chargée que de rémission de titres qui eussent une valeur intrinsèque. Bien qu'une'fois le titre négocié, le banquier qui Fa émis soit dégagé de toute responsabilité, la ruine des actionnaires ou des souscripteurs des opérations antérieures ferait peser sur lui une responsabilité morale très-légitime. Mais ropinion, il faut le reconnaître, n'est pas fort exigeante sur ce point. Dans une affaire industrielle^ par exemple, tant que le produit s'élève à 5 et même à 3 p. % du capital nominal, on se tient pour satisfait et Ton se résigne au fait accompli, lors même qu'on aurait acheté le titre à un prix double ou triple de ce capital. L'attention que quelques grandes maisons ont apportée à assurer à leurs titres une valeur intrinsèque a été une cause très-légitime de l'étendue et de la solidité de leur crédit, de leur puissance financière.

S"" Enfin, et cette condition que nous énonçons au troisième rang aurait dû venir la première, il faut qu'il y ait sur le marché, ou à proximité du marché, une somme de capitaux disponibles suffisante pour couvrir les titres et solder les bénéfices. C'est un fait dont on ne peut constater et reconnaître l'existence que par conjecture et en tâtonnant, et un revirement d'opinion, une panique peut, on le sait, à chaque instant et tout d'un coup bouleverser le marché des capitaux disponibles»

Ces trois conditions remplies largement, il suffirait peut-être d'annoncer l'émission des titres à un prix convenable pour que les capitalistes vinssent les demander. Mais l'opération ne donnerait que des bénéfices moyens : elle durerait longtemps peutêtre et pourrait être critiquée de manière à faire hésiter l'opinion, ce qui laisserait le banquier exposé aux éventualités. On emploie donc fréquemment pour éviter ces dangers des moyens que nous allons tenter de décrire.

Le marché où se vendent les inscriptions de rente, actions et autres titres semblables ne ressemble guère aux marchés libres sur lesquels se vendent les marchandises. Le marché des titres est limité et réglementé : tous les efforts de la concurrence y sont

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