‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 83 sur 168 · BÀ?«QU£S DE PLÀCEMINT ET DE SPÉCULATION · texte numérisé non relu

BÀ?«QU£S DE PLÀCEMINT ET DE SPÉCULATION

intelligibles la marche et les résultats de ropération. Cette opération resterait fort belle^ lors même qu'on décuplerait les premiers Bacrifices^d'actions cédées au pair et que la prime moyenne de réalisation serait un peu moins élevée. Nous croyons toutefois que les bénéfices indiqués ci-dessus ne sont pas sans exemple.* Seulement pour s*assurer le concours ou la neutralité des concurrents^ il faut que la maison X leur cède une part de ses profits, car il leur suffirait d'acheter et de revendre en sens inverse cette maison pour écraser les cours et faire échouer l'opération. Mais ce sacrifice est médiocre et on peut le considérer comme nul, si chacun fait à son tour des afEadres semblables.

Si les gains sont proportionnellement un peu moindres dans les émissions des titres de bons emprunts publics^ ces émissions sont^ par compensation^ plus faciles et plus promptes.

On comprend^ sans qu'il soit nécessaire de revenir sur ce points combien le mouvement des marchés à terme, qui tend à élever les cours ou que Ton peut toujours facilement ramener à la hausse au moyen des escomptes ^, favorise les émissions de titres.

Dans la supposition que nous venons de faire, nous avons pris pour exemple une affaire très-régulière^ établie dans des conditions normales en quelque sorte. Mais en temp^ de spéculation, lorsqu'un mouvement de hausse a duré pendant quelque temps sur toutes les valeurs; lorsque des fortunes apparentes et éclatantes se sont élevées dans ce mouvement^ les capitaux affluen^ de tous les côtés et de loin au marché des titres. Alors les émissions sont faciles, lucratives, et on emploie, pour les rendre et les maintenir telles^ des moyens encore plus énergiques. Afin d'éviter toute interprétation oblique, prenons nos exemples dans rhistoire de Law, qui a importé en France les marchés à prime et la plupart des procédés employés depuis son époque sur le marché des titres.

Law employait, pour élever le cours des titres qu'il émettait, quelques moyens très-efficaces :

1» Il ne demandait au souscripteur de ses actions que le versement d'une partie médiocre du capital : ainsi pour obtenir un titre d'action de la Compagnie des Indes fondée en 1718, il

' Voir page 121 .

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n*était besoin de verser que 10 p. % ou 50 livres : pour obtenir une action de 5^000 livres de la troisième émission de la même Compagnie^ il n'était besoin de verser effectivement que 500 livres. En effet, les fonds absorbés par les versements effectif sont retirés du marché pour entrer dans l'entreprise i rezécution de laquelle ils sont destinés, tandis que s'ils restent sur le marché/ ils servent à fournir une matière aux primes et alimentent la hausse. D'ailleurs , moins il faut verser de fonds pour obtenir un titre, plus le nombre des acquéreurs e^t gr^d et plusle courtage des agents de change est élevé ^ j plus ils sont intéressés par conséquent à ce que les afBûres soient abondantes sur ce titre.

Il est vrai qu'en laissant sur le marché les fonds qui, si on exigeait que le capital nominal fût versé de suite, pourraient èt^e appelés dans une affaire^ on nuit au succès de l'entreprise à laquelle les actions sont destinées. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il ne s'agit ici ni de l'intérêt des entreprises, ni de leur valeur intrinsèque, mais de spéculations faites sur la négoci&tiM des titres. On dit d'ailleurs et non sans raison que l'activité du jeu attire sur le marché des titres des capitaux qui, s'ils n'avaient eu cet fippàt, n'y seraient jamais venus,

2"* Une fois le jeu établi et Tardeur des capitalistes bien provo» quée, l^w liait une opération nouvelle à une opération anté« heure, de manière h élever la valeur des titres de celle-ci^ Ainsi, pour obtenir au prix d'émission uQe action de la Compagnie des IndeS; seconde série, il fallait être propriétaire de quatre actions de la première série. Pour obtenir au pair une action de la trm-x sième série, il fallait Justifier de la possession de cinq actions des créations antérieures, et c'est pourquoi les contemporains àppàlèrent les actions de la seconde et de la troisième série les fiUu et les petites-filles. En délivrant au-^pair, à cette condition, un titre qui se vendait bien au-dessus du pair, Law faisait reShensher avec une ardeur nouvelle d'anciens titres dont l'émission n'était pa» terminée ou qui avaient été rachetés dans un moment de baisse. En soutenant, comme on dit, la valeur d'un seul titre, il éla* v^it 1^ valeur de deux ou trois autres titres dont il était détenteur.

• Voy. page lie.

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3* Enfin Law avait Tari dMntroduire fréquemment^ de semaine en semaine en quelque sorte^ de nouveaux éléments et de nouvelles péripéties dans ses opérations. Ainsi , pour ne parler que des plus importantes, il fondait d'abord une Banque générale, puis une Compagnie d" Occident, laquelle se transformait bientôt en Compagnie des Indes. La Banque générale , devenait banque royale^ la Compagnie d'Occident était propriétaire de la Louisiane et de tout le commerce avec 1* Amérique du Nord| la Compagnie des Indes y joignit le monopole du commerce de l'Afirique et de TAsie méridionale; elle acquérait un Jour le monopcte dd la vente des tabacs y un autre jour yne partie de la ferme des revenus pu* blics, puis la ferme tout entière, puis la fabrication des monnaies, etc.^ etc. Mais cette manière d'opérer a plutôt pour but la spéculation que rémission des titres proprement dite*

En effet la spéculation est facile en haute banque. La maison X^ par exemple^ ayant un capital propre de 50 millions placé en valeurs diverses a réalisé en hausse Sô millions qui sont placés^ soit à son compte courant à la Banque de France^ soit en bons ef** fets de commerce , soit en bons du Trésor à courte échéance. Elle jette les yeux sur un titre abandonné par la spéculation , ou qui appartient à une compagnie dont M. X est directeur ou administrateur. En ce dernier cas^ M. X sait à n'en pas douter que la Compagnie^ à l'administration de laquelle il participe^ va &ire une opération qui élèvera la valeur de ses propres titres ou ceux de toute autre compagnie^ qui fait ses atEUres aveo elles. Il achète lentement et à petit bruit^ en baisse^ ces titres sur lesquels Tattention des capitalistes ne s^est pas portée, puis, lorsqu'il a fait son placement, le bruit prévu se répand : alors M. X opère à la hausse et la pousse jusqu'au moment où il peut revendre avec bénéfice ce quMl vient d'acheter. Ces opérations menées avec une prudene-é même médiocre sur des titres qui ont une valeur intrinsèque y ne peuvent manquer de produire un bénéfice considérable, d'autant qu'il n'est pas même nécessaire pour les faire de tenir à l'état de numéraire une somme bien forte. Ne peut-on pas emprunter couramment à la Banque de France^ sur dépôt de rentes ou d'actions de chemins de fer? Ne peut-on pas se procurer par ce moyen des capitaux dont on peut se servir sans perdre un seul jour d'intérêt? En outre ^ par la combinaison des conditions auxquelles se

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