‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 82 sur 168 · BANQUES DS PLACE11£NT ET DE SPÉCULATION · texte numérisé non relu

BANQUES DS PLACE11£NT ET DE SPÉCULATION

ooncentrés dans l'espace étroit du parquet^ dans un temps trèscourt ety toutes les opérations qui s'y font ayant lieu par Tintermédiaire des agents de change^ sont en quelque sorte anonymes. En cet état de choses il suffît de créer sur ce marché un mouvement réel ou même apparent d'affaires pour y faire le cours d'un titre. Une supposition fera comprendre comment^ par l'emploi de grands capitaux^ on peut y parvenir avec profit.

La maison X. fonde une compagnie anonyme pour l'établissement et l'exploitation d'un chemin de fer au capital de 50 millions représentés par 100,000 actions de 500 fr. payables de suite. La maison étant accréditée, les demandes de titres au pair affluent chez elle de tous les côtés. Supposons qu'elle en distribue pour trois millions. Sur cette somme, un million est remis à des personnes dont Tapprobation et la parole sont utiles au succès de l'affaire, mais qui n'ont pas assez de capitaux pour garder leurs actions, même peu de temps; un million à des personnes placées dans les mêmes conditions, mais assez riches pour conserver leurs titres, et un million à des spéculateurs de Bourse. Chacune de ces personnes, à quelque catégorie qu'elle appartienne, attend, prévoit et surtout prédit de la manière la plus bruyante une hausse sur les actions : toute la puissance de son intérêt l'y porte. Le marché s'ouvre dans ces conditions, de manière à tenter les capitalistes. Hésitent- ils à accourir etle million des actionnaires de la première catégorie vient-il s*ofifrir sur le marché? La maison X l'achète sans hésiter à 10, 20, 30 p. % ou plus de prime. Les vendeurs sont enchantés d'avoir réalisé un bénéfice et le disent bien haut, sauf à regretter quelques jours plus tard de n'avoir pas attendu pour vendre un cours plus élevé : soit qu'ils aient vendu, soit qu'ils aient conservé leurs actions, leurs paroles sont utiles au crédit de Taffaire et attirent des capitaux. Les capitalistes hésitentils encore à acheter une valeur nouvelle, il existe un moyen ordinairement infaillible de les y amener : c'est de faire passer devant eux un grand mouvement d'affaires. Si le capitaliste voit vendre successivement dans une bourse vingt mille actions, de la maison X, plus ou moins, à un prix qui oscille quelquefois, mais qui s'élève en somme, pendant huit, dix, quinze jours ou plus,pourra-t-il ne pas être tenté d*acheter ? Un titre de 500 fr. qui se vend couramment aiigourd'hui 600 fr. ne vaudra-t-il pas 650 fr. demain.

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700 fr. après demain? Qui sait? En tout cas il vaut bien certainement 600 fr. puisqu'il se vend à ce prix, que la demande est égale ou un peu supérieure à l'offre, que des bénéfices considérables ont été déjà réalisés par des personnes qui ont acheté et revendu.

Or que s'estril passé? La maison X a acheté et vendu en même temps ; elle a créé ce tourbillon d'affaires dans lequel le capitaliste s'est laissé engager. Qui le sait ? Personne. Certes les habiles s'en doutent et peu leur importe; mais eux-mêmes n'en sont pas certains : car lorsque les agents de change sont allés chaque matin prendre les ordres de la maison X, elle a donné à un ou deux d'entre eux Tordre de vendre, et à quarante ou cinquante Tordre d'acheter ^ C'est ainsi que se passent les choses: à mesure que les capitalistes prennent ses valeurs, la maison X augmente ses ordres de vente ou diminue ses ordres d'achat, suivant le cours, non pas de jour en jour, mais de quart d'heure en quart d'heure, jusqu'à ce que tous ses titres ou la plus grande partie de ses titres soient écoulés.

Faisons le compte de l'opération en supposant que la prime ait été de 10 p. % ou de 50 fr. pendant les dix premières bourses et qu'elle se soit élevée ensuite en moyenne à 30 p. % ou 150 fr. jusqu'à la fin de l'opération. La maison X aura réalisé une prime de 150 fr. sur 94,000 actions, soit :

14,100,000 fr.

Pour obtenir ce résultat elle aura dû dépenser, savoir :

1® Prime de 10 p. ^/q payée' sur 1,000,000 aux souscripteurs nécessiteux. . • . 100,000 fr.

2* Courtages d'achat et de vente sur

une somme égale à huit fois le ca- f ^ 700 000

-pital des actions émises à 650 fr. ; > »

soit 2 p. ^|f^ sur 61,100,000 fr. 1,222,000

3° Frais d'administration, perte d'intérêts, etc 478,000

> ■■■■■■ ^^^^^^m^rmmm^m^m^

Bénéfice net 12,400,000.

H n'y a évidemment rien de certain ni de fixe dans ces chiffres, que nous citons seulement comme exemple et pour rendre plus

* Chaque agent de change ignore quels sont les ordres donnés à ses confrères et surtout par qui ces ordres ont été donnés. La loi, les règlements, l'usage , et plus encore son propre intérêt, lui commandent la discrétion.

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