L. PROvVANCHER, ptre
Tout homme sérieux et capable de réfléchir a dû se demander, avant de condamner l'inspection des écoles, s’il est possible qu'une loi, comme celle de l'Education, dont l’action s'étend sur tous les points du pays, sur les villes comme sur les campagnes, dans les grandes, les anciennes et riches paroisses, comme dans les petites colonies qui s’élivent au milieu des bois; s’il est possible, dis-je, de concevoir qu'une telle loi fonctionne révulièrement et avec efticacité si sa mise à exécution ne repose que sur un seul homme, Il y a plus; cet homme, quelque capable qu'on le suppose, quelle que soit la hauteur de ses conceptions, quels que soient son esprit d'initiative et l'énergie de son caractère, pourra-til seul et sans auxiliaires, non-seulement donner l’impuision à une machine si compliquée et dont le fonctionnement a été pendant longteinp, et l’est encore, en plus d’un endroit, si désagréable à ceux mêmes qui doivent la mettre en mouvement, mais en suivre la marche et la surveiller dans ses mille détails? On dira, je le sais, qu'il y a des Visiteurs d'écoles, hommes instruits pour la plupart, et, par conséquent, amis de l’éducation: on dira qu’il y a surtout des Commissaires d'écoles, chargés par excellence de l'exécution de la loi et de tout ce que fait l’Inspecteur. Je répondrai à ces objections en rappelant que, daus le Département des Travaux Publics, dans celui des Terres de la Couronne, dans celui de la Milice et dans tous les autres départements tant soit peu importants, il y a aussi des officiers propres à la mise à exécution des lois et des règlements qui les constituent, et que ces officiers sont presque tous très-compétents à remplir leur charge respective. Cependant on a Jugé convenable et même nécessaire de nommer d’autres officiers qui ont autorité sur les premiers, et qui sont res-
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ponsables aux chefs de Département, Que ces officiers se nomment Surintendant, Inspecteurs, Ingénieurs, Députés, etc., etc., peu importe, L'objet de leur nomination est le même: veiller aux détails, remplacer l'autorité éloignée, lui donner des renseignements nécessaires pour la mettre en lieu de juger avec connaissance de cause, Et cependant les travaux ou les opérations qui sont du ressort de ces divers Départements, ne s'exécutent que sur certains points, comparativement peu nombreux; ils n'eml.rassent ou n’occupent qu’une portion minime de la population du pays; ils n’ont rapport qu'à des intérêts matériels, et je fe répète, ceux qui sont chargés de l'exécution de ces travaux sont des hommes éclairés, compétents en un mot,
En est-il de même des officiers préposés à l’exécution de la loi d'Education? Je ne parle pas de ceux que la loi désigne sous le nom de Visiteurs d'écoles; car combien qui remplissent ce devoir d’une manière efficace? disons plus, combien qui pourraient le remplir sans nuire à leurs autres devoirs ou sans compromettre leurs intérêts? A peine un sur cent, Messieurs les Curés peuvent on plutôt pourraient sans doute faire les visites que fuit l’Inspecteur, les faire aussi bien et mieux même ; mais ies feraient-ils et pourraientils tous les faire et remplir les autres devoirs qui incombent à l’Inspecteur, sans porter un grave préjudice à des intérêts d’un ordre plus relevé encore? Pourquoi la plupart de ces Messieurs croient-ils ne devoir pas accepter la charge de commissaires d'écoles qui leur est otierte chaque année, eux qui ont tant à cœur l’avancement de l'instruction populaire ; eux qui #crueuient avec tant d'empressement tonte mesure propre à la promouvoir; pourquoi plusieurs même, pour de bonnes raisons, je supose, croient-ils ne devoir pas assister aux examens semi-annuels, lorsque leur présence serait si agréable? C’est donc qu’il se rencontre souvent des diffcultés dans lesquelles le Prêtre ne peut prendre fait et cause sans nuire aux devoirs de son saint ministère. En outre, qui pourrait obliger le Prêtre à accepter la charge que remplit aujourd'hui l’Inspecteur? Sera-ce l'autorité religieuse? Non sans doute. Ce sera donc l'autorité civile ? De quel droit? Combien s'en trouveraient-ils parmi ces Messieurs qui voulussent devenir foncticanaires salariés, assujettis, par conséquent, aux règiements du Département ? Ils seraient donc Iuspecteurs sans salaire, libres conséqnemment d’accepter ou de refuser une charge qui entraîne souvent une Jourde responsabilité, Et pourtant il fuut que le fonctionne-
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ment de la loi d'Education soit confié à d'autres mains qu'à celles des Commissaires et des Visiteurs d'écoles, je crois l'avoir fait pressentir. Je ne suppose pas qu'il soit venu à l'esprit de personne qu'on pât supprimer l’Inspecteur sans qu’il fût remplacé d’une manière ou d’une autre. Ce serait une absurdité, une impossibilité même que comprendra tout homme capable de réfléchir. Autant vaudrait dire que le corps humain peut se maintenir par la seule force du cerveau, sans l’aide des sens, des yeux, des pieds, des mains et surtout de l'estomac. Le cerveau dans tout département, c'est le chef, c’est l'autorité; les sens, ce sont les divers fonctionnaires chargés d'exécuter ses ordres et de lui fournir tous les renseignements dont il a besoin pour juger sainement du fonctionnement de tout l’ensemble.
Geo, Taxavay, Inspecteur d'écoles.
Comment peut-on parvenir à faire naître et à développer, dans le cœur de l’enfant, cet amour de la patrie, ou, si l’on veut, cet amour du sol natal, du lieu où nous sommes nés, où vécurent nos parents et nos amis ; cet amour, en un mot, de tout ce qui appartient au même peuple, de ce qui a la même religion, la mêine langue, les mêmes institutions, les mêmes lois, les mêmes mœurs ?
Les moyens qui me paraissent les plus propres à inspirer à la jeunesse un vif amour de la patrie, sont l’éducation et l'instruction. C’est par le perfectionnement du cœur et de l'esprit, a dit un philosophe chrétien, qu’on apprend à connaître sa faiblesse et, par là même, à apprécier les avantages de l'union ou de la coopération d'autrui. Plus on est instruit, plus on comprend que le bien-être individuel ne peut exister que par la prospérité de tous, de l’ensemble, et qu'il faut placer le bien-être général au-dessus de celui de l'individu, du particulier.
Donnez à l'instruction une forme telle qu’elle développe réellement le cœur et Poe dans toute la force du terme, et à mesure que vous réaliserez cette œuvre, vous poserez les bases solides d’un ardent amour de la patrie et d’un sage esprit public. |
Mais je veux laisser de côté ce point de vue général, et examiner un moyen pratique par lequel vous parviendrez à faire naître et à développer l’amour de la patrie dans le cœur de vos élèves.
Il y a un livre qu’on trouve heureusement aujourd’hui
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dans presque toutes les écoles, et qui contient à peu près tout ce qu’il faut savoir pour aimer sa patrie et la faire aimer: c'est l'Histoire du Canada.
On peut comparer l’histoire, en général, à un vieillard qui aurait vécu des milliers d'années, qui aurait vu les cités s'élever et tomber en ruines, les nations commencer, fleurir et disparaître, et qui, la mémoire remplie de toutes ces choses merveilleuses, viendrait …’asseoir à notre foyer et nous raconter tout ce qui s’est passé durant tant de siècles. Aussi, les fruits qu'on peut retirer d'uae telle étude sont-ils du plus grand prix, et l'importance des enseignements histoques n’a-t-elle jamais été mise en doute.
Mais le champ de cette science est si étendu, que bien peu d'hommes ont le temps de le parcourir en entier. Il convient donc d’en cultiver les parties les plus à notre portée, celles dont nous pouvons retirer immédiatement le plus grand profit. Or, aucune portion de ce vaste domaine ne nous intéresse à un aussi haut degré qne celle où ont vécu nos pères et où nous vivons nous-mêmes. L'histoire de notre pays doit nous offrir la mêine utilité, nous présenter les mêmes avantages que celle de notre famille. Au souvenir des bonnes actions de nos purents, an souvenir de leurs vertus (vertus d’autant plus précieuses qu’elles sont souvent moins connues au dehors), n'est-il pas vrai que nous nous sentons tous remplis d’orgueil? Orgueil, c2rtes! bien légitime, puisqu'il devient pour nous un stimulant au bien, mn encouragement à toujours marcher dans le droit chemin, à suivre constamment le sentier de l'honneur et de 14, vertu ?
Eh bien! l’histoire de la patrie est, au même degré, une excellente école de patriotisme et de morale. Il est presque impossible, en effet, qu’un jeune homme qui est familier avec les grandes et nobles actions de ses ancêtres, ne cherche
int à les imiter, à marcher sur leurs traces.
Eh ! quelle histoire, je le demande, contient, en d'aussi courtes pages, plus de grandes : hoses que celle du Canada ? 6 Notre histoire n’est pas bien 1ongue, écrivait-il y à six ans M. le chevalier J. C. Faché ; mais de quel profond intérêt n'est-elle pas digne, même pour les étrangers? Le théâtre sur lequel nos pêres ont paru n’est pas un grand théâtre ; mais que nobles et beaux ont été leurs rôles! ”
Il est de fait, que pas une seule page de notre histoire ne devrait être autrement qu’elle n’est. Chaque ligne, pour ainsi dire, est un témoignage éclatant de la foi profonde, du déverement sans bornes, de l’héroïsme sublime qu'ont déployés, depuis la découverte du pays, ceux qui, prêtres,
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EXEROICES, 151
laboureurs et soldats, nous ont précédés sur cette terre de la Nouvelle-France.
NorBerRT THIBAULT.
Le ler juin 1846, le pape Grégoire XVI mourut accablé de travaux et d'années. En sa qualité de cardinal, Jean Mastaï s’empressa de se rendre à Rome pour concourir à l’élection d’un nouveau pape, sans se douter de ce qui l'y attenduii. Ses voyages à Rome étaient rares; mais lorsqu'il y venait, des gens du peuple qui connaissaient sa charité, disaient en le voyant passer: voilà le futur pape.
Ce dernier voyage à Rome fut marqué par une circonstance tout à fait digne d’être signalée. Lorsque le bon cardinal, voyageant dans une voiture trainée par des chevaux de poste fut arrivé au centre d’une peiite ville appelée Fassonbrone, la foule l’entoura; car la voiture d’un cardinal allant à Rome dans un moment si solennel et pouvant être pape luimême, était un véritable événement. Pendant que le peuple le considérait et s’exaltait sur son air de bonté et sur sa beauté, une colombe blanche, qui traversait les airs en ce moment, s'arrêta tout à coup et se posa sur la voiture. A cette vue la multitude battit des mains et un cri de joie sortit de toutes les bouches: “Il sera papel Il sera pape ! ”
Pour comprendre cet enthousiasme, 1l faut se rappeler que plusieurs élections pontificales, dane les premiers siècles de l'Eglise, ont été faites ainsi miraculeusement par le signe de la colombe. Tous les premiers évêques de Ravenne, en particulier, sont connus sous le nom d'Evéques de la colombe. On fit tout ce qu’on put pour effrayer l'oiseau ; mais, quoi qu’on fit, la colombe ne voulut pas s'éloigner de l'élu de Dieu. On prit alors un de ces grands joncs d'Italie, et on l’en frappa doucement; elle sembla un moment céder à cette violence; maïs, après s'être envolée en l’air, elle redescendit sur la voiture, et s’y reposa de nouveau tranquille et rassurée. Alors l'enthousiasme fut au comble : il sera pape ! il sera pape !?” répétait-on de toutes parts : c'était une véritable ivresse dans le peuple.
Le cardinal Mastaï arriva à Rome dans la soirée du 12 juin. Le 15, il entra au Conclave avec les autres cardinaux qui étaient au nombre de cinquante-quatre. (Cette auguste assemblée se tint dans le vaste palais du Quirinal. Le cardinal Mastaï fut nommé scrutateur. Au premier tour de scrutin, ce cardinal réunit plus de voix que chacun des autres cardiüaux; au second tour, il gagna encore quatre voix, taniis que celui qui l’approchait le plus, en avait
perdu deux; au troisième tour, le nom de Lambruschini ne fut prononcé que onze fois, tandis que le sien le fut vingt sept fois.
Comme on le voit, on approchait du dénouement et l'émotion du Conclave était à son comble, Dans l'après. midi du même jour, le scrutin fut ouvert à trois heures, Mastaï était à son poste, pâle et préoccupé. Le résultat de la dernière épreuve l’eftrayait. Il avait passé en prière tout le temps qui s'était écoulé entre les deux scrutins,
Cette séance, comme les autres, s'ouvrit par le chant du Veni Creator ; puis on procéda à l'écriture et an dépôt des bulletins dans le calice. Quelques instants plus tard, le dépouillement des votes commença au milieu du plus grand silence.
Mastaï lut son nom sur le premier billet; il le lut encore sur le second, sur le troisième et ainsi de suite jusqu’au dix-septième sans interruption. Sa main tremblait ; et quand sur le dix-huitième qu’on lui présenta, il lut encore son nom, comprenant que le doute n’était plus possible et que la majorité allait lui imposer le terrible fardeau du pontificat, il pâlit affreusement et une sueur froide coula abondamment sur son front. Dans cet état, il demanda à être renplacé, Mais les cardinaux, qui savaient qu’un scrutin interrompu est un scrutin nul, lui crièrent de se reposer un peu, On s’empressa autour de lui, on lui présenta un verre d’ean et ses forces revinrent peu à peu. Tous comprirent que cette grande modestie était une pleine justification de leurs votes. Avant de continuer à lire les bulletins, il s'écria : ‘ Mes frères ayez pitié de moi, ayez pitié de ma faiblesse, je ne suis pas digne....”” À ce dernier tour de scrutin, il lut son nom trente-six fois, c’est-à-dire deux fois de plus que le chitfre rigoureusement exigé pour la majorité,
Aussitôt tous les cardinaux se levèrent et acclamèrent Jean Mastai pape...
Le lendemain, 17 juin, à neuf heures du matin, le premier cardinal de l’ordre des diacres annonça du haut du balcon du Quirinal, à la foule immense qui encombrait la place, l'élection du nouveau pontife dans les termes suivants: ‘‘ Je vous annonce une grande joie; nous avons pour pape l'éminentissime et révérendissime seigneur Jean Mario Mastaï Ferretti, cardinal prêtre de la sainte Eglise romaine, qui à pris le nom de Pie IX.”’ On entendit alors une formidable explosion de cris d’allégresse et de battements de mains. On criait de toutes parts: ‘ Vive le Saint Père! vive le père du peuple ! ”
N. Lecrero, ptre.
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