DES PRODUITS COMPOSÉS DES PLANTES
On peut considérer les plantes comme des êtres doués d’une sorte de vie, qui obtiennent leur nourriture de la terre dans laquelle elles viennent, en l’assimilant à leur propre substance par les fonctions et opérations, de leurs différens organes. Îl est donc nécessaire de connaître les premiers principes des végétaux et de leur action mutuelle si un agriculteur désire pratiquer son art scientifiquement c'est-à-dire avec profit. Les produits composés de l'analyse végétale obtenus par des procédés chimiques sont très nombreux; il sera necessaire de ne parler que de quelques uns dans cet ouvrage, tels que le sucre, l’amidon, le gluten, l’albumine, l'extrait, le tannin, le charbon, la sève, la cendre et la terre. -
Le sucre est exclusivement obtenu de la canne à sucre, du jus de l’érable américain, de grappes, de la betterave, des navets, des carottes, des panais, du maïs, (blé d'inde) ct de différens autres végétaux et de leurs produits.
L'amidon peut s’obtenir du blé, de l'orge, de l’avoine, du riz, du maïs, de la graine du millet, des pois, des glands et de beaucoup d’autres plantes; c’est une substance très nutritive qui présente un des premiers ingrédiens de presque tous les objets de nourriture végétale dont se servent l’homme ct les animaux inférieurs,
Le gluten est cette partie de la pate fnrmée avec de la fleur de blé, qui ne saurait être affectée par l’eau, après qu’on en a déduit l’amidon qu’elle contenait, C’est une sutstance coriace (dure) et élastique, d’un blanc fade, insipide au goût, mais d’une odeur qui lui est particulière ; il est insoluble dans l’eau et l'alcohol, mais il se dissout dans les acides et les alcalis. On a découvert le gluten dans un nombre considérable de végétaux, ou de substances végétales ainsi que dans la fleur du froment. C’est une des substances végétales les plus importantes, parce que c’est principalement elle qui rend la fleur du blé propre à en faire du pain en ce qu’elle es la cause de la fermentation du pain qu’elle rend léger et poreux. On s’en sert encore de ciment et on peut même en faire usage comme de vernis et le moudre pour la peintre.
L'albumine qui est un fluide épais, glaireux et insipide qui ressemble beaucoup au blanc d'un œuf cru, est une substance dont l'existence a été dernièrement découverte dans le règne végétal,et qui forme souvent la partie la plus précieuse de la plante ; elle a beaucoup d'affinité avec le gluten animal. Dans le blé c’est ce qui est moulu en fleur.
L’extrait : lorsque des substances végétales sont macérées dans l’eaa, une portion considérable en est dissoute ; et si l’eau est évaporée, la substance dans l’état de solution peut être obtenue separément. Cette substance est nommée l'extrait,
Le tannin peut ètre obtenu d’un grand nombre de végétaux, mais seulement de leur écorce, ct parmi les écorces exclusivement de celles qui sont astringentes au goût. Sir El. Davy a constaté la valeur des différentes espèces d’écorce, telle qu’exprimée dans le tableau suivant, Elle présente le terme moyen ob‘enu de 480 livres de l'écorce entière
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d’un arbre de grandeur moyenne des différentes espèces, prise en printemps lorsqu'elle contient la plus grande quantité de tannin.
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Frêne - - - 16 Hêtre - - " 10 Chataignier savage - 9 Sycomore - - 11
L’écorce du chêne, qui contient le tannin en grande abondancu, est généralement en usage chez les tanneurs des îles britanniques. Les peaux sont préparées au tannage, en les immergeant dans de l’eau de chaux, et en râpant le poil et la cuticule (ou épiderme.) Après cela on les laisse tremper d'abord dans une faible et ensuite dans une plus forte infusion d’écorce, jusqu’à ce qu’enfin elles soient entièrement impregnées. Ce procédé exige une période de dix à dix-huit mois, si les peaux sont épaisses, et on a besoin de quatre à cinq livres d’écorce (terme moyen) pour obtenir une livre de cuir.
Le charbon, lorsque du bois est brulé à petite flamme, les partics volatiles sont dispersées par la chaleur ; la substance qui reste a absolument la même forme et même les différentes couches de la masse originaire. Ce procédé produit le charbon. 100 parties des arbres suivans produisent ce qui suit :
Chataignier - - 23 |Orme - «194 Chêne - - 224 | Frêne - - - 178 Bouleau noir - - 211 |Boulcau - - - 174 Noyer - - - 204 | Pin d'Ecosse - - 164 Hêtre - - 19% | Sapin de Norvège -+ 191 Erable - - - 195
Le charbon est insoluble dans l’eau et inaccessible à la putréfaction ; il est d’une grande utilité au chimiste et à l’artiste, comme combustible pour les fourneaux, et il est un excellent couloir: à filtrer l’eau.
La sève est un liquide clair et sans couleur, qu’on peut se procurer de presque toutes les plantes, en ÿ faisant une incision en printemps, avant que les fuuilles commencent à se développer, surtouc de la vigne, de l’érable, du bouleau et du noyer, en perçant un trou dans le tronc. Une petite branche de vigne a donné dans lespace de vingt-quatre heures de 12 à 16 onces. Une érable de moyenne grandeur donne à peu près 200 pintes dans une saison, et un bouleau a produit dans la saison des entailles une quantité égale à son propre poids. La sève est la principale source de nourriture végétale, et peut être considérée comme ana- Jogue au sang des animaux. La sève de la vigne peut être convertie en un vin très agréable; et il est bien connu que la sève de l’érable américain donne une grande quantité de sucre.
Ecorce intérieure du chène 72 Chêne buché en automne 21 Mélèze buché en automne 8
On analyse les cendres pour découvrir de quels ingrédiens se composent les plantes ; fréquemment plus de la moitié des cendres végétales consiste en carbonate de chaux, Les autres substances principales obtenues sont la potasse et la soude.
Les terres :—Les seules terres découvertes jusqu’à présent dans les plantes sont la chaux, la magnésie et l’alumine. La chaux s’y trouve le plus abondamment. : Après les sels alcalins le phosphate de chaux est l’ingrédient le plus abondant dans les cendres des plantes herbacées vertes, dont toutes les parties sont dans un état de végétation. La feuille d'un arbre, en sortant du bourgeon contient dans ses cendres une plus grande portion de phosphate terreux, le sel terréux le plus abondamment découvert dans les végétaux. Dans les plantes herbacées vertes, dont les parties sont dans un état de progrès, il n’y a que peu de carbonate de :'a::x ; mais les cendres de l'écorce d’arbres en contiennent une très : ‘Ce "mantité,qui est bien plus considérable que l'alburne; ce qui est auss! : ca: i vec les cendres de bois. Les cendres de la plupart des semences ne conties.usnt point de carbonate de chaux ; mais elles ont abondance de phosphate de patasse. Donc les cendres des plantes lors de la maturité de leurs fruits donnent moins de carbonate de chaux que dans aucune période antérieure.
La silice ne se trouve pas en grande quantité dans les cendres végétales. Les cendres de quelques tiges de blé, coupées un mois avant la fleuraison, et dont quelques feuilles principales sont fanées contiennent 12 parties de silice et 65 de sels alcalins sur 100. Lors de la fleuraison du blé, et lorsque la plupart des feuilles sont fanées, les cendres contiennent 82 parties de silice et54 de sels alcolins. Les semences dé. pouillées de leur couverture extérieure contiennent moins de silice que fournit la tige avec les feuilles ; et il est remarquable que dans certains arbres, l'écorce, l'alburne et le bois ne contiennent presque point de silice, pendant que les feuilles en contiennent beaucoup surtout en automne. La plus grande partie des herbes en contiennent une très grande quantité.
La magnésie ne se trouve pas si fréquemment dans le régne végétal que les deux terres précédentes. On a découvert l’alumine en plusieurs plantes, mais en très petite quantité.
Dans les cendres des végétaux on a découvert du fer et même de l'or, quoiqu’en si petite quantité qu’on n’est parvenu à les reconnaître que par les expériences les plus minutieuses. |
Tels sont les principaux ingrédiens qui entrent dans la composition des végétaux ; il y en a pourtant beaucoup d’autres que je ne crois pas nécessaires de rapporter.
Gay Lussac et Thénard ont déduit d’une série d'expériences les plus minutieuses et les plus délicates, les trois propositions suivantes :
10. Les substances végétales sont toujours acides si l’oxigène qu’elles contiennent est à l’hydrogène en plus grande proportion que l’eau.
20. Les substances végétales sont toujours résineuses, huileuses ou spiriteuses si l’oxigène qu’elles contiennent est à l'hydrogène en plus petite proportion que l'eau.
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3%, Les substances végétales ne sont ni acides ni résineuses mais saccharines, mucilagineuses ou analogues à l’amidon, si l’oxigène et hydrogène sont dans la même proportion que dans l’eau.
GERMINATION DES SLMENCES.
La germination est généralement le premier proeès de la végétation ; car on peut admettre qu'originairement toutes ies plantes proviennent de semences. Les conditions nécessaires à la germination regardent ou l’état intérieur de la semence elle-même, ou les circonstances dans lesquelles elle se trouve en égard aux substances qui l’environnent.
La première condition de la germination c’est que la semence soit paivenue à sa maturité. Des semences qui n’y sont pas parvenues ne germeront que très rarement, parceque leurs parties ne sont pas préparées à produire les combinaisons nécessaires dont dépend la germination. La plupart des semences parfaitement mûres conserveront la faculté de la germination pendant beaucoup d'années. Ceci a été prouvé par l’expérience de semer des graines ainsi conserv s, et par le labour profond de champs qui ont été long-temps sans cu'tu: . En Ecosse un champ ainsi labouré après un repos de 40 ans, rodusit de l’avoine noire sans semence. Ceci ne pouvait avoir lieu que parceque la charrue ramena près de la surface des semences qui avaient été trop enfouies pour germer ; cependant le fermier le trouve:a toujours avantageux de semer des graines qui n'ont qu’un an. La deuxième condition c’est que la graine semée soit couverte et prot:gée contre l’action des rayons de la lumière.
Une troisième condition nécessaire à la germination c’est l’accès de la chaleur. Jamais on n’a connu une semence germer au point où au dessous du point de congélation. Les semences ne germeront pas en hiver en Canada, quoique confiées au sol qui leur est propre ; le principe vital n’étant pas nécessairement détruit elles germeront au retour du printemps, lorsque la terre sera dégelée et la température élévée à son dégré convenable. Ce dégré varie beaucoup selon les différentes sortes de:semences, ce qui: est facile à comprendre en observant seulement le temps de leur germination respective soit dans le même ou dans des climats différens ; car si des semences qui se sement spontanément d’elles mêmes, germe à la même période en différens climats, ouen dif: férentes périodes dans le même-climat, la température requise pour leur germination doit. nécessairement être différente: De pareils cas se présentent continuellement à notre observation, Adanson trouva qu’on peut faire germer en trois heures des semences qui germent dans l’espace de douze heures dans:un dégré ordinaire de chaleur, pourvu qu'on les exposât à un plus haut dégré de chaleur ; et que des semences transportées du climat dè Paris à celle du Sénégal accélèrent les periodes de Jeur germination d’un à trois jours. Selon le même principe, des semences transportées d’un climat plus chaud dans un climat plus froid, germent plus tard jusqu’à ce que le dégré de la température est élevé à la
hauteur du premier,
Une quatrième condition de germination c’est l'accès de l'humidité.
Des semences tenues parfaitement sèches ne germent pas. L'eau ou quelque liquide équivalent est essentiel à la germination, La pluie est toujours à désirer par le fermier immédiatement après ses semences ; et s’il ne pleut pas il doit avoir recours à l’irrigation artificielle. La quantité qu’on y emploie n’est pas indifférente : il peut v en avoir trop peu et trop, s’il y en a trop peu, la semence meurt faute d'humidité ; s'il y en a trop, elle pourrit. Ce n'est pas également le cas avec toutes les semences. Il y en a qui ne veulent qu’un peu d'humidité, pendant que d’autres ne germent qu’en partie enfoncées dans elle, tel que le riz et quelques autres grains de ce genre ; mais aucune espèce des derniers n’est cultivée dans le Bas-Canada.
La période nécessaire pour compléter le procès a: la germination n’est pas la même pour toutes les semences, mème lorsque toutes les conditions nécessaires sont remplies. Tell: espèce requiert un plus court, telle autre un plus long espace de temps. Les herbes sont du nombre des plantes qui germent le plus rapidement.
Adanson donne le tableau suivant comme un résultat de ses observations de la période de germination d’un grand nombre de semences :—
Blé et millet . L'jour. | Orge depuis 4 à 7 jours. Fèves - - Avoine depuis 2 à 6 Mélon et cresson 5 Pois depuis 2à 6
Radis et betterave 6
Lorsqu'une semence est confiée à la terre sous ies conditions spécifiées plus haut, le premier symptôme infaillible de germination doit être déduit de la prolongation de la radicule se faisant chemin à travers ses propres intégumens, et dirigeant son extrémité dans la terre. Le développement des élémens de la tige, si l’espèce en a une, est le dernier pas pour compléter la plante de telle manière que la semence ait été déposée, la tendence invincible de la radicule est de descendre pour s’établir dans Ja terre ; et celle de la première feuille réelle de s’élever dans l'air. On a beaucoup conjecturé à l’égard de ce phénomène. La seule conjecture raisonnable que je puisse découvrir, c'est que le créateur a doué le règne végétal d’un pouvoir analogue à celui qu'on nomme instinct chez les animaux, les dirigeant infailliblement vers la situation dans laquelle ils peuvent se procurer la nourriture et acquérir le développement de leurs parties. Les phénomènes chimiques consistent uniquement dans les changemens faits dans l’aliment destiné à nourrir et à développer l'embryon jusqu’à ce qu’il soit devenu plante. La graine semée contient la nourriture destinée à alimenter l'embryon dans l’état de germination. : Cet aliment pourtant n’est pas encore propre à nourrir immédiatement l'embryon, certaine préparation antérieure y est indispensable ; il faut que certains changemens dans ses qualités aient lieu. L'humidité dont s’embibe une semence confiée à la terre produit un dégré de fermentation semblable à celle à laquelle est soumise l’orge pour la convertir en drêche. Cette fermentation qu’on nomme fermentation saccharine change ia farine de la semence en une nourriture douce et saccharine, propre à alimenter le jeune plant. Plus donc que la graine
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