JACHÈRES
L’usage de jachérer les terres a été condamné par beaucoup de cultivateurs éminens, comme inutile, et comme ne produisant pas de bénéfice proportionnel à la perte d’une saison. Mais maintenant que la force de leurs argumens est épuisée, cette pratique loin de diminuer en Angleterre paraît plutôt s'étendre. L'argument le plus plausible qu’on ait opposé à cette pratique est que les récoltes en vert, surtout les turneps, qui pourraient remplacer les jachères, pourraient préparer la terre aussi bien pour le blé et rapporter des revenus et de quoi payer tous les frais
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En vérité je ne sais pas comment on pourrait à présent rendre à la terre sa fertilité de manière à produire des récoltes profitables sans le secours des jachères. Il est nécessaire dans la plupart des cas de soumettre les terres aux labours, afin de les ensemencer comme il faut avec de la graine d’herbe pour le pâturage ; et ou ne peut se procurer une suffisante quantité d’engrais pour le faire dans les règles sans jachérer assez considérablement. Ce climat est très favorable à l’opération quand le fermier est actif et industrieux et essaie de faire les travaux de chaque saison dans le temps qui leur est propre, et ne laisse pas les opérations s’accumuler, Une ferme usée, épuisée par la négligence et une culture trop sévère, ne peut, dans la plupart des situations, atteindre un dégré de fertilité médiocre aussi promptement et à bon marché que par des jachères mortes (guérêts), bien exécutées.
Une bonne jachère doit toujours être labourée en automne aussitôt après la moisson que possible. Ces labours doivent être aussi profonds que le permet le terrain, et si le sol n’a pas plus de 6 à 8 pouces de profondeur où amène un peu du sous-sol à la surface. Ceci tend beaucoup à approfondir le sol cultivé, car V’addition fraiche de la terre jusque là inculte s’incorpore ensuite avec le vieux sol, et facilite beaucoup la séparation des racines des mauvaises herbes durant l’action des jachères subséquentes, en les détachant complètement de tou.e adhésion au sous-sol ferme. Ces labours d’automne facilitent la décomposition du chaume et des mauvaises herbes. En donnant ces labours d’automne, on doit relever les planches et les exhausser comme il faut afin de les conserver sèches et les exposer à l’action de la gelée, Après que les champs sont labourés, on ouvre soigneusement «vec la charrue toutes les rigoles intermédiaires et transversales, ensuite on les parcourt avec la bèche pour ôter tous les embarras, et ouvrir les saignées qui communiquent aux fossés des clôtures, là où c’est nécessaire, afin que les eaux puissent trouver une issue facile. Fil ya des creux, on trace des rigoles obliques avec la charrue, et là où elles croisent les autres rigoles on les ouvre soigneusement avec la bèche. Partout où il paraîtra nécessaire de le faire, on creusera avec la bèche des saignées transversales à travers les planches extérieures jusqu'aux fossés, et on apportera toute l'attention possible pour ne laisser croupir les eaux dans aucun endroit du champ. Cet égoutage devra également se faire l’au« tomne suivant, quand la jachère sera préparée, laquelle, disposée en planches, sera soumise aux labours pour être ensemencée avec du blé le printemps suivant. MS
Le printemps, sitôt que les semailles sont finies, le terrain jachéré se laboure de nouveau, est mis en planches ou tout d’une pièce. 11 se la-
boure ensuite sur le travers, et quand il est suffisamment sec, se herse comme il faut et, s’il est besoin, on le roule, et toutes les particules de racines de mauvaises herbes qui paraissent on les ramasse soigneusement à la main, on les dispose en tas et les brûle dans le champ, ou bien on les charrie sur un meulon de compost. Dans ce climat il n’est peut-être pas nécessaire de donner plus de labours, excepté quand on fait les guérêts d’automne pour les récoltes du printemps. Mais si les mauvaises herbes ne sont pas tout-à-fait extirpées du sol par les labours et le hersage qu’il a subis, on doit le labourer et le herser jusqu’à ce qu’elles le soient, ou l’ouvrage ne sera ni bien ni profitable. Dans le cours de ces opérations successives, la larve de divers insectes, ainsi que la semence des plantes parasites, sont amenées à la surface et deviennent la proie des oiseaux qui sent alors les meilleurs amis du fermier, bien qu’ils soient souvent proscrits comme ses ennemis les plus redoutables.
Lorsque la jachère est effectivement réduite en terroir, et libre de toutes racines de mauvaises plantes, si on fait usage de chaux ou de fumier on les répand également sur la surface, et on laboure la terre en planches de 8 ou 9 pieds de largeur, observant avec soin la rêgularité de la profondeur et de la largeur des tranches des sillons et bombant les planches par le milieu afin qu’elles s’assèchent promptement pour les semailles du printemps. Les rigoles se nétoient,comme on l’a dit relativement aux premiers labours d'automne. Dans le cas où on semerait du blé d’automne dans les jachères, le temps de le faire est quand on a répandu du fumier ou de la chaux sur la surface. Alors on l’enfouit avec la charrue, on fait les rigoles petites, et les planches comme si on laissait le terrain pour les récoltes du printemps. Ceci vaut mieux que de couvrir la semence avec la herse, pourvu que le sol soit bien émietté et bien préparé.
Les frais de ces jachères pourront peut-être détourner les fermiers de les entreprendre. En effet il vaut mieux ne pas les faire que de les faire mal, car c’est de la manière dont sont faites les opérations des jachères, que dépendent, non seulement les récoltes de blés suivantes, mais en grande partie les récoltes subséquentes des prairies et le pâturage.