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DE LA FÈVE

La fève est une plante des champs très précieuse comme nourriture pour les animaux et en partie pour l’homme. On dit que l'Egypte est sa patrie, En Asie et en Europe elle a été cultivée depuis les siècles les plus éloignés. Les fèves ont été long temps connues dans la Grande- Bretagne, mais ce n’est que dernièrement qu’on les a cultivées en grand dans toutes les terres, car on les considérait antérieurement propres seulement à un sol riche et humide. La culture des fèves est en partie limitée aux terres argileuses et grasses des districts les mieux cultivés de l’Angleterre, et la fève à cheval est l’espèce la plus ordinaire, cependant on prétère dans quelques comtés anglais d’autres espèces plus ou moins grandes.

Quoique les fèves ne soient pas cultivées en Canada, je pense qu’on en pourrait avantageusement introduire la culture, et notre climat leur convient mieux que celui de l’Angleterre. Je vais donc décrire le mode de culture le plus convenable à la fève.

Les fèves quoique semées à la volée et quelquefois en fosses, sont mises en sillons par presque tous les bons fermiers de l’Angleterre, En préparant le sol pour cette culture il doit être profondément labouré après la récolte. 11 serait très avantageux de labourer la terre une autre fois en printemps et, s’il est possible, une deuxième fois. Le fumier pourrait être enterré l’automne, sinon on peut le mettre dans les sillons immédiatement avant de semer les fèves ou les enterrer en printemps.

Le mode de préparer le sol pour recevoir la semence en printemps que je voudrais recommander serait de labourer la terre en planches bieu formées de neuf pieds de large, d’enterrer le fumier, s’il ne l’a pas été en automne. Lorsque cette partie de l’ouvrage est achevée, les fèves pourraient être semées en sillons à travers les planches à trentesix pouces de distance, les semences dans les sillons deux pouces l’une de l‘autre, et couvertes de trois ou quatre pouces de terre. On pourrait adopter un autre mode, en tirant avec la charrue de petites raies dans la longueur des planches, de sorte qu’il y aurait à peu près quatre raies ou sillons dans chaque planche de neuf pieds, et en y semant les fèves qu’on couvrira de terre avec la pioche. Je préfèrerais pourtant la première manière, si on ne pouvait pas adopter l’extirpateur dans la culture postérieure, parcequ’un homme peut rechausser les sillons de chaque côté sans marcher sur la planche ou casser les plantes. De cette manière le champ peut être tenu entièrement sec, si les raies sont tenues parfaitement propres, et en tout cas c’est ce qui est essentiellement nécessaire si l’on veut cultiver les fèves avec succès; si le sol est humide, ou si on laisse l’eau croupir là où l’on a semé des pois ou des fèves, aucune de ces plantes ne profitera. Si on parvient à cultiver la

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fève aucunement en grand, d’autres modes de culture seront préférables à celle que je viens d'indiquer ; mais pour le moment cette culture suffira pour faire un commencement et faire connaître aux fermiers la véritable valeur de la fève.

Le climat le plus favorable à la fève n’est ni trop sec ni trop humide, En général cependant un été sec lui est le plus favorable. Aussitôt que l’hiver a cessé, elle devrait être semée; si elle ne l’est pas de bonne heure, elle est sujette à manquer, surtout s’il suivait un été sec. En Angleterre on emploie deux bushels ou deux bushels et demi pour en semer unacre. Si les fèves sont plantées trop proches à proches, les cosses de la tête seulement s’emplissent au nombre de 3, 4 ou 6 grains ; si au contraire la semence est claire, les plantes cosseront et s’empliront jusqu’au pied. Qu’on sème à la volée ou en sillons on a la coutume de semer une petite quantité de pois avec les fèves, et l’on dit

que ce mélange améliore et la qualité et la quantité de la paille comme fourrage.

La culture subséquente commence lorsque la fève a fait quelque progrès. Si on se sert de la pioche comme on doit le faire lorsque les sillons traversent la planche, les mauvaises herbes devraient toutes être coupées, et celles auxquelles on ne peut pas parvenir avec la pioche on doit les arracher à la main. Si les plantes sont bien avancées, elles devraient être rechaussées comme les patates. Si les fèves sont plantées en sillons de la longueur des planches, une petite charrue peut opérer entre les sillons précisement comme pour les pommes de terre, ôter la terre des plantes, piocher les mauvaises herbes, et après quelques jours d'intervalle on devrait remettre la terre contre les plantes à l’aide de la charrue. Dans des saisons pluvieuses la graine ne môûrira pas bien vite, et dans ce cas on trouvera avantageux de houssiner la tête des plantes avec la lame d’une vieille faux au’on aura montée dans un manche de bois, Cette opération à ce qu’on prétend fera mâûrir les fèves quinze jours, et on pourra les engranger peut-être une semaine plutôt. Les fèves exigent d’être assez bien mûres avant d’être coupois autrement la qualité est inférieure, et elles ne se conserveront pas bien.

On coupe les fèves ordinairement à la faucille, quelquefois on les moissonne et dans quelques occasions on les arrache même avec la racine. On doit les laisser quelques jours sur le chaume pour y faner et sécher ; on les engerbe ensuite avec des liens de paille et d’osier, on les plante debout pour sécher, mais sains gerbes de couverture. On peut aisément garder les fèves® en meules, qu'on couvre convenablement de chaume ou de paille s’il n’y a pas de place dans la grange ; et si on les entre dans celle-ci on devrait leur choisir une place où elles ne chaufferont pas, Le battage des fèves est presqu’aussi facile que celui des pois. En Angleterre le produit est différent, Donaldson dit qu’un champ de fèves, prenant l’île en général, peut rapporter depuis 16 jusqu’à 40 bushels à l’acre, mais qu’une bonne récolte ne peut pas excéder (terme moyen) 20 bushels. Middleton dit que dans Middlesex, les ré-

coltes de fèves varient de 10 à 80 bushels l’acre. En Canada j'ai vu trente cosses bien remplies après une tige de fève.

Les fèves sont quelquefois réduites en farine, la plus fine pour en faire du pain, la plus grossière pour les cochons : mais les fèves servent en général à la nourriture des chevaux, des cochons et d’autres animaux domestiques. On prétend avoir trouvé par une expérience souvent répétée, que les fèves sont une nourriture plus substantielle et plus salutaire pour les chevaux que lavoine, qu’elles les rendent plus vifs et leur peau plus lisse. La paille des fèves, si elle a été proprement traitée est considérée un bon fourrage pour les bêtes à cornes, et les chevaux la préfèrent souvent à la paille.

Le produit des fèves en farine est comme celui des pois plus en propor: tion de la graine que dans aucune autre céréale. Un bushel de fèves doit donner 14 livres de fleur de plus qu’un bushel d’avoine, et un bushel de pois 20 livres de plus. Les maladies de la fève sont la rouille, la nielle et la manne. Il n’y a pas de remède contre ces maladies, excepté ce qu’une bonne culture peut faire pour les prévenir.

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