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AGRICULTURE DU MEXIQUE

Au Mexique les climats sont très divers : dans quelques districts il est chaud et malsain, dans d'autres tempéré et sujet à un peu de neige en hiver ; mais la chaleur artificielle n'est pas nécessaire, et les animaux peuvent rester dehors toute l'année. Humbolt a trouvé que la

plaine du Mexique est à peu près à 6,960 pieds au-dessus du niveau do la mer, et que les vallées de l'intérieur sont à 3,600 pieds au-dessus du niveau de la mer. Cette grande élévation tempère le climat et le remi plus sain. Une grande partie du sol est une glaise profonde et très fertile, n'exigeant aucun stimulant si ce n'est l'irrigation. Dans quelques places le sol est marécageux et se compose d'une terre molle et noire j il y a aussi des sablonnières arides, et sur les hauteurs le sol est rocheux. Le principal grain est le maïs ou blé d'inde ; on le cultive bien et abondamment. Bullock dans ses voyages ( 1824 ) nous dit que les Mexicains sont très curieux dans leur manière d'élever et de nourrir les coehons, et qu'un talent essentiel à tout porcher mexicain est une voix agréable afin que, par les charmes de son chant, il puisse les appaiser lorsqu'ils se querellent et se battent, et les endormir aux momens propices pour les engraisser. On sait depuis long-temps que les sons ont un puissant effet sur ce génie d'animaux. On prétend qu'il n'y a jamais eu de nation qui égalât les Mexicains dans l'art de régir tant de différentes espèces d'animaux, qui connût aussi bien qu'eux leurs dispositions, la nourriture qui convient le mieux à chaque espèce et tous les moyens nécessaires à leur conservation et à leur multiplication.

Dans les jardins des nobles et des prêtres du Mexique, on trouve tous les fruits de l'Europe et la plupart de ceux des Indes orientales et occidentales.

Quant à l'agriculture de l'Amérique du sud, telle qu'on la pratique dans la plus grande partie de ce vaste continent, il n'est pas je pense nécessaire d'en faire une description, elle ne serait pas très instructive pour les agriculteurs canadiens.

L'agriculture des Indes occidentales serait également sans intérêt, attendu que le climat, et conséquemment le système agricole et la nature des récoltes dans ces îles seront à jamais différons de ceux du Canada. Tout le monde ne sait peut-être pas que c'est entre les tropiques seulement, sous un soleil vertical, qu'on voit la végétation dans tout son éclat et sa plénitude. Là, la forme, la couleur, l'odeur, sont développées. Là, le majestueux palmier s'élance jusqu'aux nues et déploie ses feuilles gigantesques. Là, les bocages sont toujours verts et productifs. Le plumage des oiseaux, les ornemens bigarrés des poissons, des insectes, sont d'une beauté frappante. Partout des couleurs sans nômbre offrent le coup d'œil le plus magnifique. Le fruit du bananier, habitant des tropiques, est souvent d'un pied de circonférence et long de 7 ou 8 pouces ; il vient par grappes ordinairement de 160 à 180 fruits, et chaque grappe pc^e de 66 à 88 livres. Humboldt dit qu'un petit espace de 1000 pieds carrés, qui suffit à 30 ou 40 de ces plantes, produit par année, d'après un calcul moyen, 4,000 livres pesant de fruit, résultat 133 fois plus grand que celui qu'on obtiendrait du même espace s'il était couvert de blé, et 44 fois s'il l'était de patates. C'est cette extrême fertilité qui donne la subsistance à l'immense population des pays tropicaux dans l'orient.

Jetons un regard sur l'homme. Nous le voyons répandu par toute la terre, de l'océan glacial à l'équateur, et partout par les effets de son

industrie et en proportion de l'étendue do ses connaissances, rassembler autour de lui tout ce que son pays et l'étranger ont d'utile et d'agréable ; et on peut admettre comme principe générai, sujet à peu d'exceptions, que plus l'homme a d'obstacles à vaincre, plus le développement de ses facultés morales est rapide ; et dans tous les pays agricoles, moins le sol est fertile plus le peuple est civilisé ; et plus le peuple est civilisé plus il y a de demandes des produits de l'agriculture et de toutes les jouissances et les commodités de la vie.

D'après l'aperçu de l'agriculture de plusieurs nations dans les différentes parties du monde, on voit que les différens genres de culture sont fondés sur la position géographique ou le climat, sur la différence des circonstances physiques ou de la surface, et la différence de civilisation et de besoins humains.

L'influence du climat s'exerce non seulement sur le choix des plantes et des animaux qu'il convient d'élever, mais encore sur le mode de les soigner. Un petit nombre de plantes utiles sont universellement répandues. Au nombre de celles qui appartiennent à l'agriculture on compte la plupart des herbes annuelles de pâturage ou de prairie, et parmi les céréales, sont le blé, le seigle et l'orge. li'avoine, les pois, fèves, nevets, patates et les plantes vivaces de pâturage ne réussissent bien ni dans un climat très chaud ni dans un climat très froid. Le mais, le millet et le riz ne se cultivent que dans les pays chauds, et l'avoine dans les régions tempérées. L'hyam, l'arbre-à-fruit, le banane, etc. l'acajou et le teck sont limités à la zone torride, et le pin aux zones tempérées.

Lee animaux, comme les plantes, sont affectés par le climat. — Le bœuf et le cochon sont universels et se trouvent dans toutes les régions ; le cheval et l'âne le sont presque également, le mouton vit dans l'Inde et au Groenland, mais y perd son utilité. Au Groenland il faut le mettre à l'abri pendant neuf mois de l'année, et dans l'Inde la laine se change en poil et la viande y est trop maigre pour la boucherie. Le soin des plantes et des animaux dépend beaucoup du climat. Celui qui n'est pas sorti du Canada On qui même n'a pas voyagé dans les pays où l'on cultive sous l'eau, ne peut avoir qu'une idée imparfaite de ce que c'est. En Arabie, en Perse, dans l'Inde, nulle culture ne se fait sans eau, excepté dans les hautes régions des montagnes. Dans ces pays, on se procure les eaux aux moyen de citernes, on la puise aussi dans des puits ou des rivières au moyen de machines ; partout où la surface n'admet pas l'irrigation, on ne doit tenter aucune culture régulière, ni espérer de récoltes de grains.

Dans les pays chauds, les engrais putride ne sont pas négligés, mais y sont bien moins nécessaires que dans les pays froids, très peu suffit si l'eau est abondante pour l'irrigation ; là, l'eau, une chaleur intense, la lumière, et consequemment une atmosphère humide, puis un sol bien ameubli par l'art, fournissent tout ce qui est nécessaire à une végétation luxuriante.

Si, dans d'autres parties du monde, l'arrosemcnt artificiel est nécessaire pour la production des récoltes, en Canada dessécher les terres des

eaux superflues est le point le plus essentiel de l'agriculture. Si on se servait de l'irrigation il faudrait la borner aux terres à herbes. Kn général l'atmosphère du Canada donne assez d'humidité ; le grand objet du cultivateur est donc de tenir le sol parfaitement égouté, de le con-server divisé,,atin que l'humidité puisse le traverser et que les racinespuissent s'étendre, de le fumer bien pour l'engraisser, de le dégager des mauvaises herbes afin que rien des engrais ne soit perdu, et d'écarter tout ce qui ferait ombre et pourrait intercepter la lumière, l'air et la température nécessaires à la prospérité des plantes cultivées.

Les modes de culture propres aux différentes parties du monde ne peuvent pas absolument se déterminer parles dégrés de latitude, il est, tant de choses qui dépendent des circonstances locales, comme élévation, sol, aspect, île, continent, etc. ; mais comme approximation qui. peut donner quelques idées générales au cultivateur pratique l'Encyclopédie de Loudon fournit celle qui suit :

L'agriculture d'irrigation peut être considérée comme embrassant 35 dégrés de chaque côté de l'équateur.

L'agriculture d'engrais et d'irrigation de 35 à 45 dégrés, au nord et au sud de l'équateur.

L'agriculture de dessèchement et d'engrais s'étend depuis le 45me,. dégré nord et sud de l'équateur jusqu'au 67me. dégré, ou cercle polaire.

Le climat a une puissante influence sur la culture des plantes et Fëlève des animaux, et cette influence est en quelque sorte au-delà de tout contrôle humain. C'est pourquoi les plantes ou les animaux régis par l'agriculteur ne dépendent pas entièrement de son art ou de son choix, mais de sa situation locale. Heureusement pour les fermiers du Canada, les dispositions géographiques ou physiques du pays n'auront pas d'efl'ets préjudiciables sur l'agriculture, pourvu que l'agriculteur adopte un bon système de régie en fait de culture, de distribution et de rotation de récoltes, puis un choix judicieux d'animaux. En général les plantes annuelles acquièrent un grand volume et le plus haut dégré de perfection là où les hivers sont froids et les étés chauds et légers ; la raison semble en être que l'action alternative de la chaleur et du froid, de la pluie et de la glace, améliore le sol et le prépare de la meilleure manière pour l'alimentation des annuels. Dans tous les pays où les hivers sont longs et rudes les sols sont tendres. Le sous-sol, qui, en Irlande, exige l'emploi du pic, peut en Canada se creuser avec la bêche, excepté dans les temps de sécheresse extraordinaire.

L'élévation a un influence absolue sur l'agriculture. En Savoie les patates et l'orge se cultivent à 4,500 pieds au-dessus du niveau de la mer ; mais tandis qu'en ce pays la moisson des plaines est terminée vers la fin^ de juin, sur les hauteurs elle ne l'est pas avant la fin de septenvbre. L'élévation diminue la température graduellement, selon la hauteur au-dessus de la mer, et a une influence proportionnelle sur les plantes et les animaux. Une élévation de trois cents pieds égale presque un demi dégré de latitude, et occasionne à ce qu'on pense une difi'érence de température de près de douze dégrés de Fahrenheit.

ETAT ACTUEL DE l'ag RICULTURE DANS LES ÎleS BRITANNIC^UES.

Depuis Pépoqne de la révolution, en 1688, l'agriculture s'est améliorée graduellement. Au 17me. siècle le trèfle et le navet furent introduits en Angleterre, et bien que la patate l'ait été plutôt, (en 1665) ce n'est qu'au 17me. siècle qu'on y fit quelque attention. Alors l'Angleterre ne produisait pas assez de houblon pour sa propre consommation, elle l'importait des Pays-Bas, Blyth écrivant sur l'agriculture dit : — " Il y a quelques années la célèbre cité de Londres adressa au parlement d'Angleterre une pétition contre deux nuisances ou commodités malfaisantes, qui menaçaient de devenir à la mode, et c'était le charbon de Newcastle, à cause de sa puanteur, etc.. et le houblon, de peur qu'il ne viciât le goût du boire et ne corrompît le peuple. "

Vers le temps de la révolution les lois sur les céréales furent promulguées, des dons payés, des droits imposés sur les grains exportés et importés, suivant un tarif fixe ; et c'est une circonstance digne de remarque que depuis 1688 jusqu'à 1765, le prix du grain était moindre qu'il ne l'avait été pendant le même laps de temps eivant 1688. De 1795 à 1821 le prix du grain en Angleterre doublait celui de 1700 à 1760.

Selon les lois sur les céréales de 1828, le b'é étranger est admis, lorsqu'en Angleterre la moyenne du prix est de 62s par quartier impérial, sur un impôt de 34;s 8d par quartier, et lorsqu'il est de 52s à 73s l'entrée se règle sur une échelle de droits gradués, et elle est à ce dernier prix de Is par quartier. L'orge à 24s est admise sur un impôt de 25s lOd par quartier, à 24s jusqu'à 4ls sur une échelle de droits gradués, de manière qu'à ce dernier prix l'entrée est de Is par quartier. On admet l'avoine à 18s le quartier, sur un impôt de 19s 9d par quartier, et depuis 18s jusqu'à 31s sur une échelle de droits gradués, de sorte qu'à ce dernier taux l'entrée est de Is par quartier. De même le seigle, les pois et les fèves, lorsqu'ils sont à 29s le quartier, sont admis sur un impôt de 25s 9d et à 46s l'entrée est de Is L'impôt sur le blé canadien, lorsqu'en Angleterre le prix est de 67s, n'est que de 6d sterling par quartier, et lorsque le prix y est au-dessous de 67s par quartier, l'impôt sur ce blé est de 7jd le minot ou 53 par quartier.

De 1786 à la paix en 1814 on perfectionna beaucoup le système d'agriculture dans la Grande-Bretagne. L'augmentation progressive dans le prix des produits des terres, occasionnée par l'accroissement de la population, et celle des richesses obtenues par les manufactures et le commerce, imprimèrent un vigoureux stimulant à l'industrie rurale, portèrent les capitaux agricoles à un plus haut dégré, et, mieux que toutes les lois pour régler le commerce, enfantèrent une autre race de cultivateurs plus habiles et plus entreprenans. Des inventions pour accroître les produits, puis un travail économique furent introduits, perfectionnés et étendus, et par ces moyens on augmenta beaucoup les produits pour la consommation générale. L'aspect de jardin qu'avaient

les campagnes était In preuve la plus convainquante de IVt et du succès avec lesquels l'agriculture fut pratiquée après la guerre.

Depuis l'époque de la paix générale en 1815, l'agriculture a subi une rude atteinte par suite de la baisse dans le prix des produits, causée principalement par une diminution dans la circulation des espèces. Dans ce revers des milliers d'agriculteurs des îles britanniques perdirent tous leurs capitaux et furent réduits à l'insolvabilité et au paupérisme, tandisque d'autres, plus heureux, purent conserver des débris de leurs biens assez de quoi pour émigrer en d'autres pays. Cleghorn, dont le pamphlet sur l'état déprimé de l'agriculture lui a mérité le prix de la Highland Society d'Ecosse, pense que cette perte De pe jt être moindre qu'une année de revenu de l'île entière. Les réponses à la lettre circulaire du bureau d'agriculture relative à l'état agricole du royaume, en février, mars et avril 1816, fournissent une masse de preuve qu'on ne saurait contredire, et déroulent le tableau d'une ruine largement répandue chez les classes agricoles, et de la détresse de tous ceux qui en dépendaient immédiatement, ce dont il n'y a probablement pas de parallèle. "

J'ai été témoin oculaire de cet état de choses en Irlande. La ruine totale de tous les fermiers qui avaient loué des terres pendant la guerre venait de ce qu'ils étaient obligés de payer les loyers à même les retours de leurs produits qu'ils ne vendaient plus qu'à des prix réduits en conséquence de la paix, et lorsque le cours des espèces était de beaucoup diminué. J'ai vu dernièrement un état, qui m'a paru correct, qui portait la perte des capitaux agricoles de l'Ecosse seule depuis 1815 à 60 millions de livres sterlingy y compris une grande partie des terres que des récoltes constantes et sans repos avaient détériorées, mais extrêmement bien cultivées d'ailleurs. On se demande qui a protité in^ justement de ces pertes ? à ceci je réponds sans hésitation : généralement les propriétaires, qui ne voulaient pas réduire les loyers à ce taux équitable qui eut permis au locataire de conserver ses capitaux intacts, ce à quoi il a, suivant moi, droit de s'attendre, lorsqu'il remplit son devoir comme agriculteur.

Je crois, toutefois, qu'un arrangement plus équitable, quant aux loyers, commence à s'établir entre le propriétaire et le locataire, surtout en Angleterre.

L'agriculture de l'Irlande est encore en arrière, si ce n'est chez les fermiers qui ont des capitaux. La société de Dublin fut formée en 1731, par un nombre de messieurs, à la tête desquels était Prier, de Rathdowney, comté de Queen, qui s'associèrent dans le but d'améliorer l'agriculture de leur pays. En 1749, Prier, par son crédit auprès du lard lieutenant d'alors, obtint un octroi de £10,000 par année, afin de pouvoir mieux exécuter les vues de la société. Suivant miss Plumtree, cette association est la première qui fut jamais organisée dans les possessions britanniques expressément dans ce but. La société agricole d'Irlande fut instituée en 1800 ; elle fesait des expositions annuelles de bétail à Dublin et à la grande foire d'animaux de Ballinasloe. Ces montres fesaient voir des troupeaux d'une qualité supérieure et de

tôiûes sortes, et excitaient beaucoup l'émulation, mais seulcnrïent (îhcz les fermiers capitalistes, ou parmi les propriétaires qui cultivaient eux-mêmes leurs terres, nul autre ne- pouvait concourir avec la moindre chance de succès.

Le climat de l'Irlande est beaucoup plus doux que celui de l'Angleterre, surtout dan? les parties du sud et de i'ouest ; dans ces endroits il est rare que la neige reste, et la gelée ne dure que quelques jours ; au fait le labourage n'est pas souvent interrompu par la gelée ni par la neige; et l'ouvrage à la bêche, puis les autres opérations rurales marehent toujours. La douceur et l'humidité de l'atmosphère produisent dans la végétation un développement à peine connu dans aucun autre pays. Ceci apparaît surtout dans le lierre, et autres plantes toujours vertes, dont l'Irlande abonde ; elles ne sont pas seulement plus abondantes; mais beauc-oup plus luxuriantes et d'une pousse beaucoup plus rapide, que dans les endroits les plus favorisés de la Grande-Bretagne. C'est à la nature du climat que les Irlandais doivent attribuer la richesse de leurs pâturages, avantage qui, de pair avec la siccité et la friabilité remarquables du sol, désigne, d'une înanière non équivoque, une rotation de récoltes dans laquelle les prairies doivent occuper une place saillante.

Le sol de l'Irlande est généralement d'une marne fertile, mais il y a beaucoup d'autres sortes de «oîs inférieurs. Elle possède une portion de terre fertile beaucoup plus grande, à proportion de son étendue, que l'Angleterre ou l'Ecosse. Nonseulement l'île est douée de cet espace de terrain cultivable, mais encore est-il presque tout d'une qualité propre à produire des récoltes surabondantes, avec une culture très inférieure. Le sable et la glaise tenace sont rares. Une grande partie du terroir de l'Irlande pousse un herbage luxuriant, sans l'aide de l'agriculteur. Dans quelques comtés, surtout celui de Limerick, il y a Kne marne noire, friable et sablonneuse, qni^ tenue dans un état propre, donne des récoltes de céréales plusieurs années de suite. J'ai va de la terre qui a produit 17 récoltes de grain de svite, sans engrais ; et la dernière récolte (avoine,) excédait une moyenne. Ces terrains sont également propres au pâturage et aux guérêts et n'éprouvent pas souvent un hivers trop humide ni un été trop sec.

Les bogs de l'Irlande sont estimés à 2,330,000 acres ; ces marais sont supposés avoir été formés par la chute des bois ; ils sont susceptibles d'amélioration, mais, hélas ! les capitaux manquent,

J'ai vu l'agriculture se pratiquer en Irlande, chez les propriétaires et fermiers capitalistes, sur un aussi bon ton, aussi judicieusement et scientifiquement que dans aucun pays ; mais chez les fermiers dénués de fonds, il doit en être autrement. Il est rare que le propriétaire ■contribue aux bâtisses ou aux réparations. Quelque nécessaires ou quelque minces que soient ses ressources, le fermier doit pourvoir à toutes ces choses. D'après Wakefield, le pis dans l'économie rurale de cette île est le marxque total de capitaux chez les fermiers, et la complète indifférence des propriétaires sur le caractère, la richesse et l'industrie de son locataire. On ajoute si peu d'importance aux capi-

taux en Irlande, qu'on voit constamment dans les papiers publics des annonces où il est dit que la préférence sera certainement adjugée au plus haut enchérisseur. On transige sans cesse avec un mendiant xomme nouveau locataire, qui, offrant plus de loyers, remplace toujours l'ancien, quelque industrieux qu'il soit, " D'après ce tableau, auquel il faut ajouter les dîmes et autres taxes, il est facile de juger quel espoir a le locataire, quelque industrieux, quelque habile qu'il soit, d'amasser des capitaux s'il en manque, ou de les conserver s'il en a.

Plusieurs comtés de l'Irlande produisent du bon blé. J'ai connaissance que des jachères bien cultivées aient produit de 30 à 45 boisseaux à l'acre anglais, ou de 1800''à 2800 liv. ; mais cette dernière quantité dans les jachères les mieux cultivées seulement et où on avait fait usage de chaux. La moyenne est de beaucoup au-dessous de 30 boisseaux. L'orge y est inférieure à celle d'Angleterre. L'avoine y vient en grande abondance, dans de la bonne terre de 45 jusqu'à 70 boisseaux à l'acre anglais ; la moyenne est au dessous de 45 boisseaux. La patate y est aussi cultivée parfaitement, mais ne produit pas plus à l'acre que ce que j'ai vu en Canada. L'acre anglais produit de 12,000 à 21,000 liv. de patates, ma"s rarement davantage. On la cultive dans des sillons ou dans des couches paresseuses ; cette dernière méthode convient mieux aux sols lourds et profonds, à cause de la grande humidité du climat.

Les laiteries en Irlande sont bien dirigées. Quatre bonnes vaches donnent 28 liv. de beurre par semaine. Chaptal observe que l'art de saler le beurre est mieux connu en Irlande que dans aucun autre pays. De grandes étendues de terres sont exclusivement consacrées à l'élève et l'alimentation du gros bétail et des moutons. Roscommon, Galvvay, Clare, Limerick et Tipperary, sont les principaux comtés pour l'élève des moutons ; Galway, Clare, Roscommon, Tipperary etMeath sont les endroits où on engraisse les moutons et le gros bétail de première qualité. Les moutons soat de la race à longue laine, très gros et bien faits, généralement.

La fertilité du sol, dans plusieurs parties de l'Irlande^ est plus grande que dans aucun autre pays ; et c'est une chose remarquable que tandis qu'elle exporte bétail, moutons, cochons, blé, avoine et autres produits agricoles, au montant de plusieurs millions de livres sterling, annuellement, sa population agricole et les classes ouvrières jouissent de très peu d'aisance, comparées aux habitans de l'Angleterre, qui achètent tous ces articles de l'Irlande. En 1823, et autres années, lorsqu'un grand nombre des classes industrielles y mouraient de faim par suite de l'irr. ussite des récoltes de patates, et qu'une collecte à un montant considérable se fesait en Angleterre et même sur le continent pour les secourir, le blé et le bétail s'exportaient continuellement de Cork et des autres ports irlandais, comme si rien n'était arrivé ou que le besoin ne se fit sentir dans aucune classe. Combien il serait à désirer que les classes ouvrières en Irlande eussent le goût des jouissances de la vie ! si elles l'avaient, leur condition s'améliorerait bientôt ; elles ne se contenteraient pas de paille, de patates et de lait, quand elles peuvent en avoir, comme leur portion des bonnes choses que produit leur

pays. Lorsque qu'elles quittent leur pays pour venir en Canada, je crois qu'elles savent apprécier et jouir des comniotiités de la vie aussi bien qu'aucune autre classe de personnes.

L'agriculture de l'Ecosse était regardée comme bien en arrière de celle d'Angleterre au milieu du dernier siècle, mais depuis on suppose qu'elle l'a devancée, quant aux labours. Le système de récoltes alternatives, ou assolement, est généralement adopté ; les prairies, c'est-àdire les pièces socmises permanemment à l'herbe pour les récoltes de foin, sont rares dans les vallées de l'Ecosse. Sur les bonnes terres la moitié de la ferme est soumise à diverses sortes de récoltes de grain, l'autre moitié au pâturage, racines, herbage cultivé et aux jachères mortes. Sur les fermes les mieux cultivées, on n'élève d'animaux que ce qui en faut })our les labours. En général l'agriculture des vallées de l'Ecosse, le labourage, la fumure, l'écoulement et les instrumens Hgricoles ne sont surpassés en excellence dans aucun pays. Les loyers élevés des terres ont cependant, d'après ce qu'on rapporte, induit ou plutôt forcé les fermiers d'ensemencer les terres sans les laisser reposer en pâturage pendant des intervalles suffisans, ce qui a considérablement épuisé ces terres et les a rendues trop déliées pour produire les récoltes les plus profitables, surtout les sols qui ne sont pas de première qualité. Dans une grande partie de l'Ecosse, ainsi que dans les vallées, la culture des labours est bien conduite. Le duc de Sutherland ( ex-marquis de Stafford,) a introduit de grandes améliorations sur ses vastes propriétés en Ecosse, dans le comté de Sutherland. Peu de propriétaires ont fait plus pour perfectionner l'agriculture sur leurs domaines que ce dignitaire n'a fait en Angleterre et en Ecosse. L'amélioration des terres et des habitans de sa propriété de Sutherland, est presque incroyable, et lègue un exemple utile de ce qu'on peut faire avec des capitaux et l'industrie bien employés.

Je n'ai aucun rapport statistique des produits agricoles, troupeaux, etc. en Ecosse, excepté le nombre d'acres en superficie, qu'on estime à près de 20,000,000, dont .5,265,000 sont en état de culture, 5,950,000 sont incultes, mais susceptibles de culture ; et près de 9,000,000 sté* riles ou improductifs. Une partie des terres cultivées est d'une fertilité très luxuriante. Les loyers des terres en Ecosse étonneraient le fermier canadien qui n'est jamais sorti du Canada. En vérité, je crois qu'il est presque impossible que le fermier puisse payer ces loyers et se réserver une juste part des produits', si ce n'est dans les locaux très favorables, près des villes ; c'est ce qui explique la perte qu'on dit être survenue dans les capitaux agricoles en Ecosse, pendant les dernières 17 années. J'ai des rapports qui, suivant moi, constatent que les frais pour mettre quelques terres de ce pays en état de culture égaleraient le prix de leur achat, comme fief absolu, et surpassent de 3 à 5 fois ce que coûte ici le défrichement des forêts ordinaires pour les récoltes. La seule objection qu'on puisse faire à l'agriculture des districts où elles est le plus perfectionnée est que les labours et les pâturages ne sont pas cultivés conjointement autant qu'il le faudrait pour

conserver au sol une fertilité perpétuelle : du moins ceci, suivant moi, est une objection,

11 est dit dans les ^'Opérations de la Société dite Highland d'Ecosse": il est des modes d'assolement dans le cours de l'adoption, au moyen de pâturages introduits dans un ordre différent, ou pour plus longtemps ou d'autres récoltes, ou ce qu'on appelle assolement double, qui promettent d'améliorer beaucoup le sol. "

Dans le comtés de Perth, une ferme contenant 182 acres est représentée comme n'ayant que 11 acres en pâturage ; le reste est disposé en six divisions de acres chaque, qui, à Texception d'une jachère, sont ensemencées de blé, avoine, orge, turneps, patates et foin : le bétail de la ferme est nourri de trèfle. La moyenne des récoltes à l'acre varie extrêmement en Ecosse : j'ignore quelle eH la moyenne générale ; dans les bons sois, je crois que les rapports sont tout aussi grands que ceux des îles britanniques où le sol et le climat sont le plus favorables.

Le gros bétail d'Ecosse est moins gros que celui d'Angleterre, où il est exporté en grand nombre et où on l'estime beaucoup pour l'engraisser ; le bœuf gras, se vend plus cher au stone que le gros bœuf anglais. La race des vaches d'Ayreshire est très estimée pour les laiteries et est généralement d'une très bonne taille.

NOTES STATISTK^UES SUR l'aNGLETERRE ET LE PATS DE GALLES.

11 sera peut-être utile à l'agriculteur canadien de consigner ici les principaux traits des retours statistiques sur l'Angleterre et le pays de Galles, comme le meilleur moyen de lui soumettre les résultats de l'agriculture de ce pays, dont le climat et le sol ne sont pas supérieurs à ceux du Canada, si ce n'est pour le pâturage seulement.

D'après le dénombrement de 1831 le nombre d'habitans était de 14,17l,C89 âmes. Superficies de l'Angleterre et du pays de Galles 87,084,400 acres ; maisons habitées, 2,000,000 ; revenu annuel 30,000,000 de livres sterling. Taxes des pauvres en 1830,-8,161,- 280/. ; cotisations de comtés 51,874,420/. sterling. Importations en 1831,-46,246,241/. ; exportations 69,691,302/. ; revenu 50,056,016/.; dépenses 47,142,943/., dont 28,349,754/. de charges annuelles à l'égard de la dette versée et non versée. La population de l'Angleterre et du pays de Galles, comparée aux superficies de 37,084,400 acres, est d'un habitant par chaque 2| acres. Nombre de déposans dans les banques d'épargnes, 384,120; montant versé, 13,440,976/. D'après des retours faits au parlement en 1818, il y avait alors en Angleterre 4,167 écoles dotées, avec un revenu de 300,525 ; 14,282 écoles non dotées, et 5,162 écoles du dimanche. Ces écoles donnèrent l'éducation à 644,282 enfans, de la classe ouvrières pour la plupart, et dont 321,764 la reçurent gratis, et 321,276 en payant. Il n'y a pas eu de retours officiel à ce sujet depuis 1818, mais d'après les réponses aux lettres circulaires de M. Brougham ( l'ex-lord chancelier ) en 1828, on a calculé qu'en 1829 il y avait au moins un million et demi d'enfansdes

classes inférieures qui recevaient alors en Angleterre les bienfaits de réducatîon. Le nombre d'enfans des deux sexes, depuis 5 jusqu'à 12 ans, n'y excède probablement pas 2 millions ; et, déduisant le nombre probable de ceux qui sont in^'truits aux écoles supérieures, on peut raisonnablement espérer qu'il est peu d'enfans des classes ouvrières qui n'ait les moyens de s'instruire. On voudra bien me pardonner cette digression : je sents que l'éducation est si nécessaire aux progrès de l'agriculture que je n'échapperai aucune occasion de la recommander à ceux qui en manquent, et à ceux qui en ont, de la répandre par toua les moyens possibles, afin qu'il n'y ait pas en Canada un homme, propriétaire de biens-fonds, qui ne soit en état de lire des publications sur l'agriculture et autres sujets, et de juger par lui-même. Alors on pourrait espérer de voir le peuple du Canada jouir pleinement de tous les avantages que la providence a si libéralement mis à sa disposi-» tion.

Un Mr. Comber publie le résultat de sa supputation de l'étendue de terre en culture en Angleterre et dans le pays de Galles. Je ne puis répondre de son exactitude, mais elle est peut-être aussi près de la vérité que le sont généralement les calculs de ce genre. L'étendue des houblonnières, pépinières, jardins et lieux de plaisance, est

supposée excéder : acres.

Blé - - - - - 3,300,000

Orge et seigle - - . - 1,000,000

Avoine et fèves - - - - 3,000,000

Trèfle, ray-grass, etc. - - - 1,200,000

Racines et choux cultivés à la charrue - 1,200,000

Friches - . . . 2,309,000

Houblonnières - • - - 34,000

Pépinières ... - 9,000

Jardins de fruits et de cuisine - - 41,000

Terrains de plaisance - - 16,000

Terre en pacage - - - 17,000,000

Espaliers, taillis et bois - - - 1,600,000

Chemins, eau, etc. - - - 4,300,000

Communes et terres incultes - - 5,094,000

Total - - - 37,094,000

La quantité de grains récoltés à l'acre varie selon le sel. Les produits du blé dans quelques endroits s'élèvent à 6 quartiers, ou 48 boisseaux, dans d'autres à IJ quartier, ou 12 boisseaux à l'acre ; voici, selon beaucoup de personnes, la juste moyenne : blé 2| quartiers, ou 20 boisseaux ; orge 4 quartiers, ou 32 boisseaux ; avoine 4| quartiers ou 34 boisseaux, à l'acre. La moyenne d'un boisseau pesant de bon blé anglais est d'environ 58 liv. ; dans les mauvaises saisons, elle n'excède pas 56 ou 57 liv. dans les bonnes, elle est de 60 à 62 et, en quelques endroits, de 64 liv. ; elle donne 43 liv. de farine pour le pain légal, et 46^ pour le pain de ménage. La moyenne annuelle du hou^ blon peut s'élever à 20,000,000 liv.

Le climat de l'Angleterre est sujet aux pluies, mais il est exempt de l'intensité des chaleurs et du froid qu'on ressent dans de semblables latitudes. La température ordinaire des six mois d'hiver, entre octobre et mars, est de 40° à 45<^ au thermomètre de Fahrenheit. En juin et août de 60^ à 65°. La température annuelle ordinaire, midi et soir, au centre de l'Angleterre, est d'environ 50°. La plus grande chaleur excède rarement 80°, le froid est rarement au-dessous de 20° à 25°. La quantité de pluie qui tombe dans le royaume est, terme moyen, de 30 à 40 pouces ; les vents alizés souflent de l'ouest et du sud-ouest. L'étendue des rues et des chemins pavés en Angleterre et dans le pays de Galles, est estimée à 20,000 miles, et celle des autres chemins à 100,000 miles environ. La moyenne des frais qu'ils coûtent annuellement est d'environ un million et demi sterling, ce qui fait 121. lOs. par mile. En 1832 les chemins de péage dans la Grande-Bretagne étaient de 24,531 miles, dont le revenu annuel était de 1,214, 710^,, et la dette de 5,200,000/. La même année l'étendue des canaux y était de 2,589 miles.

La moyenne du prix du blé en Angleterre depuis 1760- époque à laquelle elle commença à exporter, jusqu'à 1792, était de 42s à 505 le quartier ; les importations annuelles de céréales étaient de 200,000 à 500,000 quartiers. En 1792, le prix du blé était de 2/. 2s. Ud. ; en 1800, de 5L ISs. 7d. ; en 1812, de 61. 5s, 5d. ; en 1822, 2/. 4s. Id., et en 1831, de 3/. lOs. 3c?, La consommation annuelle du blé dans le royaume-uni a été estimée, la semence y comprise, à 12,000,000 de quartiers, ou 96,000,000 de boisseaux ; celle des autres grains à 40 millions de quartiers, ou 320,000,000 de boisseaux, formant un total de 52,000,000 de quartiers, ou 486,000,000 de boisseaux, dont il n'y a jamais eu, dans aucune année, la vingtième partie d'importée ; l'importation en est généralement de beaucoup au-dessous de cette proportion.

On a calculé que la quantité de grain importé durant les trois années finissant en juin 1831, était de 2,263,184 quartiers, ou environ 18,000, 000 de boisseaux, au taux de 6s. 14. par quartier, impôt moyen. Il est à supposer que la moitié du grain produit en Angleterre n'est pas apporté au marché, mais est consommé par les agriculteurs euxmêmes, ou employé comme semence, etc. En 1828 Mr. Jacob estima les produits du blé de cette année à 12,500,000 quartiers, ou 100 millions de boisseaux ; et la consommation de la population actuelle à environ 7 boisseaux pour chaque personne. Si on compare ce produit à ce qu'était celui lors de la révolution en 1688, consigné comme étant de 1,800,000 quartiers, ou 14,000,000 de boisseaux de blé, et 8,000,- 000 de quartiers, ou 64,000,000 de boisseaux d'autres grains, formant un total de 9,800,000, ou 78,000,000 de boisseaux de grain, on verra que la consommation du blé par chaque personne n'était que de 3 boisseaux. Le produit actuel triple à peu près l'ancien. La population s'est accrue à peu près dans la même proportion ; mais les terres cultivées aujourd'hui et qui produisent des récoltes de grains n'excèdent peut-être pas la quantité de celles cultivées et qui produisaient des récoltes de

grains lors de la révolution ; la population employée aujourd'hui à l'agriculture, à l'égard de celle employée en 1688, est tout-à-fait disproportionnée à l'accroissement des produits.

l^es frais de culture en Angleterre se sont beaucoup augmentes depuis quelques années, ainsi qu'il appert par les retours du bureau d'agriculture, où il est dit que la moyenne des dépenses pour cultiver 100 acres de terre était, en 1790, de 411/., en 1803 de 547/. et en 1813 de 771/., y compris le travail, les loyers et les taxes. Depuis cette dernière année le travail, les loyers et les taxes ont été réduits considérablement. Il a été calculé par des voyers, qu'une terre bien cultivée devrait produire des récoltes triples, savoir : un tiers de la masse des produits au propriétaire pour loyers, un tiers pour les dépenses, puis un tiers au fermier pour son profit ; les loyers des terres d'une qualité inférieure ne devraient être que d'un quart ou d'un cinquième de la misse des produits, à cause des frais additionnels de culture. En Ecosse les loyers des terres surpassent de beaucoup plus cette proportion qu'en Angleterre. Il s'ensuit que les fermiers ont été forcés d'ensemencer les terres rigoureusement et sans les pacager.

On calcule que l'Angleterre et le pays de Galles contiennent maintenant au moins 5,000,000 de gros bétail, puis un million et demi de chevaux, dont un million environ est employé à l'agriculture, 3 cent mille aux plaisirs, et 3 cent mille aont des poulins et des cavales poulinières. Le nombre des moutons est d'environ 20 millions, et des agneaux 8 millions. Le nombre des moutons à longue laine est d'environ 5 millions ; leur toison est, terme moyen, de 7 à 8 livres ; celui des moutons à laine courte est de 15 millions, la moyenne de leur toison est de 3 à 3 livres et demi. Le chiffre total de la laine tondue annuellement en Angleterre est de 80 à 85 millions de livres.

Le montant annuel des produits agricoles n'est pas susceptible d'un calcul très exact, mais il fut il y a quinze ans environ estimé 30,000,- 000 sterling, somme qui équivaut le revenu de l'Angleterre et du pays de Galles. Le montant probable des capitaux agricoles du pays est de 250 à &00 millions sterling. Les produits annuels des terres sont nécessairement sujets aux fluctuations des saisons, mais si on porte le prix du blé à 60s le quartier, terme moyen, et celui des autres céréales à proportion, on verra que la moyenne des produits des grains est d'environ 50 millions sterling, à laquelle si on ajoute une valeur analogue pour les pâturages, le houblon, les fruits, les légumes, etc., on aura un total de 110 à 120 millions sterling. En Ecosse les loyers sont, à l'égard des produits bruts des terres, proportionnellement plus élevés qu'en Angleterre. Ces rapports se terminent ainsi : — " Il est beaucoup de perfectionnemens dont l'agriculture anglaise est susceptible, tels que l'éteadue des fermes dans plusieurs comtés, la durée des baux, le mode d'assolement, la construction des charrues et la mésapplication de la force animale pour le travail. En fesant attention à ces choses et en appliquant d'autres capitaux, non pas aux terrains arides, mais aux terres fertiles et déjà soumises à la culture, il y a tout lieu d'espérer

que notre, agriculture puisse encore augmenter considéralement ses produits et les valeurs nationales."

Les capitaux nécessaires à un fermier en Angleterre se règlent sur le montant des loyers ; sur des terres ordinaires le fermier devrait avoir des capitaux excédant de 8 à 5 fois le montant annuel des loyers. Sur des terres à herbe fertiles, où on élève les animaux de première qualité, les capitaux du fermier devraient excéder de 5 à 10 fois le mon^ tant annuel des loyers. En 1830, les fonds nécessaires pour garnir une terre propre à la culture des navets, étaient de 51. à Ql. à l'acre, et pour une ferme dont le sol est de glaise de 71. à 8/., suivant les circonstances. Par suite de l'opération des lois des pauvres, le taux du salaire en Angleterre pour les mois d'été est, je crois, d'environ un tiers de moins que dans le Bas^Canada.

D'après les retours que j'ai en ma possession sur les produits de l'agriculture anglaise en 1831, 7,300,000 acres de terre cultivée, auxquels il faut ajouter 2.300,000 acres de jachère morte, formant un total de 9,600,000 acres, produisirent environ 206,000,000 de boisseaux de grain estimes, cette année là, entre 50 à GO millions de livres sterling, ce qui fait, terme moyen, 6 livres sterling à l'acre. Le chiffre des terres en pacage s'élève à 17,000,000 d'acres, trèfle et autres herbes à foin h 1,200,000 acres ; et si on porte celui des récoltes de racines pour nourrir le bétail à 1,000,000 d'acres, on aura 19,200,000 acres pour le soutien des troupeaux, consistant en 1,500,000 chevaux, 5,000,- 000 de bœufs et 28,000,000 de moutons et d'agneaux. Les profits sur ces troupeaux, ensemble le houblon, les fruits et les légumes, sont estimés 60,000,000 de livres sterling, ce qui donne une moyenne d'environ 3 livres sterling par acre. Ainsi si on évalue les terres de TAngleterre et du pays de Galles qui sont consacrées à l'agriculture à 30,- 000,000 d'acres, elles durent produire, en 1831, un rapport égal à 4 livres par acre, terme moyen. J'ai tout lieu de supposer que cette estimation ne peut être bien incorrecte, autrement les fermiers de l'Angleterre ne pourraient sufiire à payer les frais de culture, les loyers^ les taxes, et autres charges.

Mon but en donnant ces rapports des produits de Tagriculture en Angleterre, ( où il est admis que la pratique de l'art est encore susceptible de grands perfectionnemens, ) est de stimuler les agriculteurs de ce pays, et de leur faire sentir la nécessité du travail et des améliorations, afin qu'ils puissent obtenir des résultats également favorables de leur agriculture,

La troisième partie de cet ouvrage renfermera la pratique de l'agriculture, qui a mérité le plus d'approbation dans les îles britanniques, et qui peut s'introduire avec succès en Canada.

EXTRAITS DES RETOURS STATISTIQUES DE LA PROVINCE DU BAS- CANADA DE 1831.

Etendue des terres occupées, environ 4,000,000 d'acres ; terres améliorées, ou qui ont été cultivées, 2,100,000 ; habitans, 512,000, ce qui donne environ 4 acres de terre améliorée pour chaque personne;

maisons habitées, 86,000 ; propriétaires d'immeubles, 60,000 ; familles tirant leur subsistance des travaux agricoles, S7,000 ; familles tirant leur subsistance de l'industrie et du commerce, 2,500. Produits du blé, 3,420,000 minots ; pois, 995,000 minots ; avoine, 3,150,000 minots ; orge, 395,000 minots ; seigle, 235,000 ; blé d'inde, 340,000 minots, sarrazin, 106,000 minots, ce qui donne un total de 8,642,000 minots de grain, et 7^360,000 minots de patates. Nombre d'animaux 390,000 : chevaux 118,000, moutons 650,000 et cochons 300,000. J'ai estimé la valeur des récoltes de grain et de patates 2,000,000 de louis courant, ou 8,000,000 de piastres.

Il est de fait que l'agriculteur n'a pas vendu plus du tiers ou du quart de ces récoltes, ainsi que je vais le démontrer présentement. Les importations de blé et de farine du Haut-Canada en 1831, étaient de 93,- 000 quarts de farine ; en admettant 5 minots de blé par quart de farine, ce nombre sera égal à 465,210 minots ; celles du blé étaient de 430,>- 000 minots, formant ensemble 895,000 minots d'importation du Haut- Canada. La même année il fut importé des Etats-Unis 37,000 quarts de farine, égal à 185,000 minots de blé, portant le chiffre total des importations à Montréal à 1,080,000 minots. Les exportations de Montréal et de Québec en 1831 étaient de 1,700,000 minots de blé et de firine, ce qui donne au Bas-Canada un surplus d'exportation de 620,000 minots seulement. 11 n'a été exporté que très peu d'autres grains. Cette année la moyenne du prix du blé était d'environ 6s. 6d. le minot ; et la moyenne des produits du grain n'excédait pas, je crois, 10 minots à l'arpent, à peu près.

La quantité de blé consommé dans le Bas-Canada en 1831, sans compter la semence, paraît être de 2,500,000 minots, égal à 5 minots pour chaque habitant de la province. Je ne garantis pas l'exactitude de cette estimation, mais je la sais conforme aux retours statistiques.

Les produits des pâturages sont difficiles à estimer. Toutefois, en donnant au calcul autant d'exactitude qu'il m'est possible de le faire, d'après le nombre d'animaux gardés, il s'élèverait, en lait, beurre, fromage, laine, et l'accroissement des troupeaux de toutes sortes, etc., à un million, un ou deux cent mille louis courant, ou environ 5 millions de piastres annuellement. Les jardinages, fruits, houblon, foin et paille vendus pour la consommation des villes, je les estime 250,000 Jouis courant, ou 1 million de piastres, ce qui porte le total des produits annuels de l'agriculture dans le Bas-Canada à environ 3,500,000 louis courant, ou 14 millions de piastres, égal à IL 10s, ou 6 piastres, environ à l'arpent, pour les terres améliorées sous le rapport des labours et des pâturages. Les capitaux agricoles en troupeaux, instrumens aratoires et tout ce qu'on peut appeler frais de culture, peuvent valoir de 4 à 5 millions de louis courant, ou 18 ou 20 millions de piastres. D'après cela il paraîtrait que les capitaux employés aux frais de culture produisent 75 pour 100, pour le paiement du travail et le soutien du fermier et de sa famille. D'après les retours statistiques il n'y a que 7,602 serviteurs d'employés à l'agriculture dans le Bas-Canada, de ma-

nière que l'agriculteur et sa famille font la plupart des travaux et n'ont nue très peu de salaire à payer. En Angleterre les capitaux en frais de culture ne donnent pas 50 pour 100, pour le paiement des loyers, des taxes, du travail et pour le profit. On doit attribuer ceci principalement à ce qu'il y faut un montant plus considérable de capitaux pour les frais de culture, à cause de l'état amélioré des terres, de la grande valeur des troupeaux et des instrumens aratoires.

Il est juste de dire que la plus grande partie des produits de l'agriculture dans le Bas-Canada sont consommés par le fermier et sa famille sur sa ferme. Cette circonstance, toutefois, en est une dont peu doivent se plaindre. Il est heureux qu'ils ne soient pas, comme les fermiers des autres pays, tenus de donner à d'autres la plus grande portion des produits de leurs terres, et de se contenter de la plus petite part pour eux-mêmes.

Les cités de Montréal et de Q,uébec, et d'autres petites villes, sont fournies de gros produits, tels que foin, paille et légumes, par les fermiers de leurs environs respectifs ; ils fournissent aussi ces villes, en partie, de tous les autres articles de production agricole nécessaires ; mais les viandes de boucherie, le fromage et le beurre viennent en très grande partie des Etats-Unis. Les chevaux et les vaches des citoyens s'élèvent peut-être à : chevaux, 2700, vaches, même nombre. L'hiver il arrive occasionnellement dans ces villes un nombre très considérable de chevaux avec des produits, etc., qui absorbent une grande quantité de foin et d'avoine. Il y a plusieurs brasseries, qui achètent de l'orge et du houblon en assez grande quantité. Le nombre des distilleries s'accroît dans les environs de Montréal, ce qui doit augmenter de beaucoup la consommation et par conséquent les demandes du grain. Jusqu'à présent on n'a pas fait grand usage du whiskey canadien, mais on commence à s'en servir, et bientôt il aura probablement remplacé tout-à-fait l'usage du rum, ainsi que les autres spiritueux étrangers.

De crainte que ces remarques ne portent les étrangers à se former une opinion erronée des produits qui doivent résulter ici de l'agriculture, il est peut-être à propos de leur rappeler qu'ils ne doivent pas espérer de semblables rapports des capitaux employés. Ils auront à acheter des terres défrichées, et si elles ne le sont pas, de dépenser des capitaux pour les défricher. A cause de cette circonstance il faut donc aux nouveaux habitans de plus grands capitaux pour les mettre sur un pied d'égalité avec ceux dont les fermes sont déjà défrichées et sur lesquelles il y a des bâtisses, et conséquemment ils ne peuvent obtenir les mêmes résultats de leurs capitaux. Cependant je suis loin de vouloir détourner aucun agriculteur industrieux, et qui entende son art, d'acheter en Canada. Je crois qu'il est peu de pays où il puisse le faire avec plus de chances de succès. Les agriculteurs déjà établis eu Canada ont consacré leurs capitaux principalement à dégager leurs terres des forêts et à construire des maisons et d'autres bâtisses. Les capitaux consacrés au défrichement des terres ne peuvent être estimés moins de ZI. courant, ou 12 piastres l'arpent. Ce qui, pour 2 millions

3 ou 4 cent mille arpens, qui sont réputés être maintenant en état de culture, ou améliorés, ferait prèe de 10 millions de louis courant, ou 40 millions de piastres Le coût des constructions sur 60,000 fermes peut, je crois, équivaloir à peu près le montant consacré au défrichement des terres. Ainsi le montant total des capitaux consacrés par les agriculteurs du Bas-Canada aux terres, aux bâtisses, troupeaux, et aux outils, paraît être de 25 millions de louis courant, ou 1 00 millions de piastres.

D'après mes calculs, je trouve que les capitaux employés aux troupeaux et aux outils égalent environ 21. courant ou 8 piastres par arpent des terres améliorées, et, comme je l'ai déjà dit, donnent un rapport annuel de 11. 10s. courant, ou 6 piastres à l'arpent, terme moyen. Ce rapport est susceptible d'une augmentation double et triple de ce montant, et ce\?L facilement et sûrement. Si le fermier a besoin d'augmenter ses capitaux de culture, qui comprennent ses bestiaux, ses outils et les fonds pour la main d'œuvre, n'ayant ni rente ni taxes à payer, il peut assurément accumuler quelques épargnes de ses produits dans les saisons favorables pour les appliquer à ce but, lesquelles, employées judicieusement à l'amélioration de sa terre, aux inslrumens perfectionnés et, s'il est nécessaire, à l'accroît de ses bestiaux, augmenteraient beaucoup le produit annuel de sa ferme et lui donneraient les moyens défaire d'autres perfectionnemens, et de procurer à sa famille l'éducation et un établissement respectable. C'est du surcroît des produits des teiTes qu'on doit tirer tous les fonds pour instruire nos familles et les établir, non pas sur de petites portions des vieilles terres, mais sur de nouvelles fermes ; et l'agriculteur, dont les moyens actuels sont insuffisans pour accomplir ce devoir auquel il est obligé, devrait refléchir et faire ses efforts pour voir si, en adoptant un autre système d'agriculture, et avec une industrie redoublée, il lui serait possible d'obtenir des résultats plus favorables. Un agriculteur, possédant cent arpens de terre améliorée, ou même d'une qualité médiocre, doit la cultiver et la régir d'une manière très imparfaite, si, dans des circonstances ordinaires, il ne peut ajouter à son capital, dans le cours d'une année sur deux ou trois, soit en troupeaux, en améliorations ou en argent. Maintenant si on compare les moyens relatifs des agriculteurs du Canada et de ceux d'Angleterre, même quant aux capitaux, les premiers ont décidément l'avan«« tage, pourvu toutefois qu'ils perfectionnent, et profitent des circonstances qui les favorisent. Ils sont propriétaires du sol, leurs maisons, bâtimens ruraux, bestiaux, et instrumens leur appartiennent et seront, avec leurs améliorations, transmis à leurs enfans. A peine ont-ils une taxe, soit directe ou indirecte, à payer ; par conséquent il n'y a pas dans les îles britanniques, ni en Europe, une classe d'agriculteurs qui ait autant d'avantages et qui puisse devenir aussi réellement indépendante et respectable. De grandes fortunes ne peuvent pas s'acquérir ici au moyen de l'agriculture, ni, à vrai dire, dans aucun autre pays, à présent. Le fermier industrieux peut, toutefois, se procurer en abondance les besoins et les commodités de la vie, puis amasser de temps en temps quelque

chose pour l'emploi du travail et les autres objets nécessaires déjà énuméTës.

D'après les retours statistiques sur le Bas-Canada, auxquels on a déjà référé, il y a 38 collèges, 1099 écoles élémentaires et 43,330 élèves ; ce nombre égale à peu près la moitié de celui des personnes rfêpuis l'âge de 6 ans jusqu'à 14 dans la province. Je n'ai pas les moycus de m'assurer si, depuis 1831, le nombre des écoles et des élèves qui reçoivent l'éducation s'est accru, mais il n'y a pas de doute que le désir d'instruire la génération qui s'élève, est universel dans toute la province.

Le sol du Bas-Canada est généralement d'une excellente qualité, à peine s'en trouve-t-il quelque partie qu'on puisse appeler aride. Il n'y a pas de montagne très-élevée. Les coteaux sont couverts de bois, que l'on peut conserver pour le chauffage et les clôtures, là où le sol n'est pas propice pour la culture. Toutes les espèces de grains utiles, de légumes et autres végétaux que l'on cultive en Angleterre, peuvent se cultiver ici avec un égal succès, à l'exception des turneps. Il n'est pas aussi favorable pour les pâturages, à cause de la grande chaleur de l'été. Lorsque les mois de juillet et d'août sont très secs, les prés se crispent, et alors il n'y a guère de regain, ou herbe d'arrière saison. C'est une entrave à laquelle l'agriculture canadienne demeurera toujours assujettie, et contre laquelle l'homme ne peut rien.

On se plaint aussi que les hivers sont longs et rudes ; mais à bien considérer, les hivers sont tout aussi favorables au fermier qu'autrement ; et il n'est probablement pas un seul agriculteur, qui ait fait un long séjour en Canada, qui ne préférât nos hivers tels qu'ils sont, aux hivers doux et tempérés de l'Angleterre. L'âpre gelée et la neige fertilisent les guérêts à un degré éminent, et les préparent de la meilleure manière pour recevoir la semence au printemps. Sans un rigoureux hiver dans les provinces de l'Amérique du Nord les fermiers éloignés ne pourraient pas apporter leurs produits au marché ; une mince population, éparpillée dans une vaste étendue de pays, serait de long-temps incapable d'encourir les frais de faire des chemins suffisamment bons pour voyager l'hiver, et à la commodité de chacun. La neige et la glace font, sans frais aucuns, des chemins et des ponts d'une grande perfection, rivalisant presque avec les chemins de fer, si ce n'était que des cahots, qui sont une plaie, et qu'il est en notre pouvoir de prévenir, et assurément qu'il y va de notre honneur et de notre intérêt de le faire sans délai.

Quelques uns prétendent que la longueur des hivers est une raison pour ne pas garder un grand nombre de bestiaux ; mais je n'admets en aucune manière cette objection comme bien fondée, rien n'empêche qu'on ne garde ce nombre d'animaux convenables qui est nécessaire à proportion de l'étendue des fermes. La végétation rapide de l'herbage en été est proportionnée aux besoins créés par la longueur et la sévérité des hivers, et dans toutes les fermes bien régies, cette proportion peut toujours se maintenir, excepté dans les mauvaises saisons. Je crois que dans tous les pays on trouvera que le Créateur de tout bien a ordonné les saisons de manière à s'accorder le mieux avec la situation et les circon-

staûces de chaque contrée et de ses habitans, et si par le renouvellement des habitans, l'introduction d'une espèce différente d'animaux ou de végétaux, quelque amélioration est nécessaire, l'homme, en fesant usage des facultés que Dieu lui a données et que l'éducation à perfectionnées, peut produire l'amélioration requise.

Il ne suffit pas que nos terres produisent d^ abondantes récoltes, pour que l'agriculture soit profitable ; il est nécessaire que nous connaissions parfaitement l'espèce et la quantité qu'on doit cultiver de chaque, pour suffire à nos propres besoins et aux besoins des autres, et d'exclure s'il est possible tout ce qui pourrait contribuer à fournir le marché qui nous est ouvert et que nous sommes pleinement capables de pourvoir, si on sait s'y prendre. Aussi long-temps que nous aurons besoin de marchandises de cru et de fabrication étrangère, nous devons nous appliquer à récolter cette espèce de produit qui convient au marché étranger ; et on peut exercer ce trafic avec bénéfice pour les deux pays jusqu'à un certain point, ce que j'essayerai de démontrer dans un autre endroit. Je voudrais que les fermiers sussent qu'ils ne peuvent vivre aussi décemment ici qu'en Angleterre, ou dans les autres contrées populeuses, à même les rapports de quelques acres de terre, produisant, quelque abondamment que ce soit, patates, ognions, choux et concombres. 11 n'y a point d'acheteurs pour une telle production : elle semble être déjà outrée par les jardiniers des environs de nos villes. En Angleterre le nombre des personnes qui résident dans les cités et les villes s'élève à peu près aux quatre-cinquièmes de sa population ; ses cités, ses villes et villages sont au nombre déplus de mille, dont Londres seule a une population d'un million-cinq-centmille, et trente autres de ses principales villes, sont ensemble à peu près au même chiffre. Ceci fait qu'il est nécessaire qu'une grande partie du sol soit cultivé à peu près à la manière des jardins. D'autres pays populeux de l'Europe sont dans une position analogue. En Canada, jusqu'à ce que nos cités et nos villes deviennent immensément populeuses et étendues, il n'y aura pas grand encouragement pour les petites fermes de quelques acres seulement. Si nos fermes, dans leur étendue actuelle ordinaire, ne sont pas judicieusement cultivées, et que la moitié des 'terres suffirait pour donner plus de produits, il ne s'ensuit nullement qu'un tel ordre de choses doive exister, ou que les agriculteurs ne puissent amener leurs fermes, dans leur étendue actuelle, à l'état de culture le meilleur et le plus profitable. Au fait je suis convaincu que si elles avaient moins d'étendue, on ne pourrait les cultiver avec profit dans les circonstances actuelles du pays. Notre système agricole doit embrasser les céréales et les bestiaux, et nous devons poser en maxime fixe que nous ne pouvons avoir les unes avec profit sans posséder les autres dans une due proportion. Après avoir dûment considéré l'agriculture du Canada, en particulier, comme affectée par le climat, le sol, les capitaux et par les habitudes et l'habileté des fermiers, j'en viens à la conclusion qu'il n'y a aucun obstacle insurmontable à l'amélioration et au succès de l'agriculture, qu'il n'est au pouvoir des plus intéressés de faire disparaître. S'il a besoin de capitaux de culture, le fermier n'a qu'à exercer son habileté et son industrie pour les obtenir du sol, où ils sont enfouis, et de sa propriété. J e sais

ce que c'est que de manquer de capitaux. Lorsque je vius en Canada je dus en acquérir, et je le fis avec succès sur une ferme grevée d'une forte renie et sous d'aulres circonstances défavorables. Je ne puis donc admettre que la généralité des agriculteurs, résidant depuis long-temps sur leurs propres terres, aient, dans des circonstances ordinaires, quelque excuse plausible pour manquer des capitau:; nécessaires. Sans doute que des circonstances extraordinaires, telles que des mauvaises saisons, perte de bestiaux, forte baisse dans le prix des produits, etc., peuvent arriver, et empêcher les plus industrieux d'ajouter constamment à leurs capitaux ; mais ces désappointemens extraordinaires ne sont pas fréquens ou généraux, et ne devraient produire aucun effet général.

L'homme est toujours porté à attribuer les maux et les inconvéniens, réels et souvent imaginaires, à des causes sur lesquelles il s'abuse jusqu'à croire qu'il n'a aucun contrôle, plutôt que de se donner la peine de les examiner et de trouver les moyens de les faire disparaître ou d'y remédier. Sur dix de ces causes que l'on regarde comme des maux et des inconvéniens irrémédiables, et auxquels on se soumet, en ce monde, il en est neuf qu'on souffre et laisse subsister en conséquence de ce manque d'examen et d'application soutenue. Cette indolence n'est pas seulement extrêment préjudiciable dans ses conséquences, à ceux qui en souffrent justement, mais à ceux qui voudraient agir et qui agissent en effet différemment, ( quoique peut-être ces derniers ne pensent pas ainsi généralement ) et à toute la communauté. Ce monde, vu dans son étendue illimitée, est beau et parfait, et calculé de toute manière à produire ce qui est nécessaire au Lien-être, aux jouissances et au bonheur temporel de l'homme, si les hommes voulaient seulement agir de concert, et apprendre à remplir leur tâche bien et judicieusement.

Je ne conseille pas d'introduire de légères innovations ou changemens, et je m'abstiendrai soigneusement de recornmander des innovations que, d'après la lecture, la reflexion et l'expérience, je ne serais j)as convaincu être d'une nature avantageuse ; mais lorsque nous voyons qu'un système, un usage, une pratique, suivi par nous mêmes ou par nos pères, est susceptible d'amélioration, et que les produits que nous tirons de l'agriculture sous le système actuel, etc., ont besoin d'être augmentés pour se procurer les moyens d'instruire et d'établir nos enfans, et se pourvoir de ces commodités et de ces jouissances que des cultivateurs respectables devraient ambitionner pour leurs familles ; sûrement nous ne devrions pas hésiter à adopter de suite les améliorations nécessaires. Quelque louable qu'il soit de chérir certaines pratiques et habitudes de nos ancêtres et qu'elles aient de l'attraction pour nous, dans le siècle et l'état de société où nous vivons, il n'est pas d'homme sensé qui hésitera à rejeter aucune habitude, usage ou pratique qu'il s'apercevra être manifestement opposés aux intérêts et à la prospérité individuelle ou générale. Les chérir ou les conserver après cette conviction, c'est se soumettre volontairement à ce qui est mauvais, et fuir tous les avantages que la dissémination des connaissances introduit rapidement

dans les autres pays par le perfectionnement de chaque art et conséquemment de la civilisation.

Toutefois, avant de désirer quelque bien, il faut le connaître et savoir l'apprécier ; et c'est l'éducation seule qui nous initie à la connaissance du feien auquel on puisse atteindre, îl est impossible que l'agriculture puisse dûment se perfectionner avant que les agriculteurs soient instruits. Bien que l'éducation puisse ne pas former un bon fermier pratique, il ne peut y avoir de bons fermiers pratiques sans elle. Que l'éducation et les connaissances se répandent, soyons sûrs que les vieilles coutumes et pratiques seront moins suivies, surtout si on s'aperçoit qu'elles nous empêchent d'obtenir les avantages et l'aisance dont nous avons besoin et que nous n'avons pas. Lorsque l'éducation aura mis les hommes en état d'étudier et d'examiner l'origine des choses, la vénération pour les vieilles coutumes,habitudes et usages sera en grande partie détruite, et ceux là seulement seront suivis et conservés, qui sont favorables à quelque chose d'utile et de profitable.

Ici les fermiers ont à diriger et surveiller, puis à exécuter les travaux agricoles, et celui qui a reçu une éducation raisonable est plus en état de le faire que celui qui est illétré. Il est peut-être quelques instances où on ait vu des hommes instruits de la classe moyenne être désœuvrés et membres inutiles de la société, mais ce n'est assurément pas une bonne éducation qui les rendrait tels, mais par ce qu'ils ne veulent pas en faire un bon usage et l'appliquer aux travaux industriels de la vie commune.

Le lecteur me censurera peut-être de ce que je m'écarte de mon sujet. Néanmoins, mon but est de rendre mon livre utile aux classes agricoles du Canada, et de les induire, s'il est possible, ainsi que ceux qui peuvent leur donner des avis, à méditer ces causes et ces effets dans lesquels elles sont, ainsi que la génération croissante, profondément intéressées.

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