‹ Traité théorique et pratique de l'agricultureChapitre 17 sur 84 · PARTIE II · texte numérisé non relu

PARTIE II

L'art de l'agriculture a pour objet l'augmentation de la quantité et ramélioration de la qualité de tels produits de la terre qui appartiennent an règne végétal et animal et qui sont utiles à l'homme civilisé ; et l'agriculteur doit avoir pour but de les obtenir avec le moins de dépenses, c'està-dire avec profit. Le résultat de l'expérience humaine, quant à d'autres objets, se communique à celui qui observe et examine de deux manières : il peut être instruit dans les opérations pratiques de l'art, et la théorie ou les principes qui en sont la base, lui être expliquée dans le cours de sa pratique ; ou bien il s'instruira d'abord dans les principes généraux, et apprendra ensuite leur application pratique. Le premier mode est naturel et celui par lequel tout art s'acquiert par ceux qui ne s'en rapportent pas à des livres, on pourrait le comparer au mode naturel d'apprendre une langue sans s'occuper de l'étude de sa grammaire. La dernière manière est bien plus exacte et efficace ; elle est propre à mettre un agriculteur instruit à même d'agir dans sa pratique avec la même confiance, la même satisfaction, comme le grammairien dans l'usage de sa langue. '*

Si je devais entièrement développer l'art de la science de l'agriculture, un volume de la grandeur de celui-ci ne contiendrait pas un quart de ce qui est seulement intéressant dans cette science. Je dois donc me limiter à ce qui selon moi est utile et nécessaire au fermier canadien. Je tâcherai de lui donner d'abord une idée générale des produits composés des végétaux ; ensuite de la germination des semences ; 3^. nour'-'ture des végétaux et nature et qualités des différens sols, en tant que le sol contribue à la nourriture des plantes; 4°. amélioration du sol; 5°. principes d'assolement ; 6°. engrais, fermentation etc. ; 7°. engrais tirés du règne minéral ; 8°. distribution des plantes ; 9°. maladies des plantes; 10°. mort naturelle des végétaux ; climat, température,

évaporation, pluie, neige et gelées ; 12°. moyens de prédire le tems.

DES PRODUITS COMPOSîÉS DES PLANTES.

On peut considérer les plantes comme des êtres doués d'une sorte de vie, qui obtiennent leur nourriture de la terre dans laquelle elles viennent, en l'assimilant à leur propre substance par les fonctions et opérations, de leurs ditférens organes. Il est donc nécessaire de connaître les premiers principes des végétaux et de leur action mutuelle si un agriculteur désire pratiquer son art scientifiquement c'est-à-dire avec profit. Les produits composés de l'analyse végétale obtenus par des procédés chimiques sont très nombreux ; il sera nécessaire de ne parler que de quelques uns dans cet ouvrage, tels que le sucre, l'amidon, le gluten, l'albumine, l'extrait, le tannin, le charbon, la sève, la cendre et la terre.

Le sucre est exclusivement obtenu de la canne à sucre, du jus de Pé- Table américain, de grappes, de la betterave, des navets, des carottes, des panais, du maïs, (blé d'inde) et de différons autres végétaux et de leurs produits.

L'amidon peut s'obtenir du blé, de l'orge, de l'avoine, du riz, du maïs, de la graine du millet, des pois, des glands et de beaucoup d'autres plantes; c'est une substance très nutritive qui présente un des premiers ingrcdiens de presque tous les objets de nourriture végétale dont se servent l'homme et les animaux inférieurs.

Le gluten est cette partie de la pate formée avec de la fleur de blé, qui ne saurait être affectée par l'eau, après qu'on en a déduit l'amidon qu'elle contenait. C'est une substance coriace (dure) et élastique, d'un blanc fade, insipide au goût, mais d'une odeur qui lui est particulière ; il est insoluble dans l'eau et i'alcohol, mais il se dissout dans les acides et les alcalis. On a découvert le gluten dans un nombre considérable de végétaux, ou de substances végétales ainsi que dans la fleur du froment. C'est une des substances végétales les plu.s importantes, parce que c'est principalem.ent elle qui rend la fleur du blé propre à en faire du pain en ce qu'elle est la cause de la fermentation du pain qu'elle Tend léger et poreux. On s'en sert encore de ciment et on peut même en faire usage comme de vernis et le moudre pour la peint ire.

L'albumine qui est un fluide épais, glaireux et insipide qui ressemble beaucoup au blanc d'un œnf cru, est une substance dont l'existence n été dernièrement découverte dans le règne végétal, et qui forme souvent la partie la plus précieuse de la plante ; elle a beaucoup d'afîinité avec le gluten animal. Dans le blé c'est ce qui est moulu en fleur.

L'extrait : lorsque des substances végétales sont macérées dans l'eau, \me portion considérable en est dissoute ; et si l'eau est évaporée, la substance dans l'état de solution peut être obtenue séparément. Cette substance est nommée l'extrait.

Le tannin peut être obtenu d'un grand nombre de végétaux, mais seulement de leur écorce, et parmi les écorces exclusivement de celles qui sont astringentes au goût. Sir H. Davy a constaté la valeur des différentes espèces d'écorce, telle qu'exprimée dans le tableau suivant. Elle présente le terme moyen obtenu de 480 livres de l'écorce entière

29 Ibs.

Peuplier de Lombardie

15 Ibs.

Bouleau -

Noisetier -

Siiellier -

Taillis (chêne)

Ecorce intérieure du chêne 72

Chêne bûché en automne

Mélèze bûché en automne

d'un arbre de grandeur moyenne des différentes espèces, prise en printemps lorsqu'elle contient la plus grande quantité de tannin. Chêne

Chataigner d'Espagne Grand saule de Leicester Orme

Grand saule commun Frêne Hêtre

Châtaignier savage Sycomore

L'écorce du chêne, qui contient le tannin en grande abondance généralement en usage chez les tanneurs des îles britanniques, peaux sont préparées au tannage, en les immergeant dans de l'eau de chaux, et en râpant le poil et la cuticule (ou épiderme.) Après cela on les laisse tremper d'abord dans une faible et ensuite dans une plus forte infusion d'êcorce, jusqu'à ce qu'enfin elles soient entièrement imprégnées. Ce procédé exige une période de dix à dix-huit mois, si les peaux sont épaisses, et on a besoin de quatre à cinq livres d'écorcc (terme moyen) pour obtenir une livre de cuir.

Le charbon, lorsque du bois est brûlé à petite flamme, les parties volatiles sont dispersées par la chaleur ; la substance qui reste a absolument la môme forme et même les différentes couches de la masse originaire. Ce procédé produit le charbon. 100 parties des arbres suivans produisent ce qui suit :

est Les

Orme Frêne Bouleau - Pin d'Ecosse Sapin de Norvège

Châtaignier Chêne

Bouleau noir Noyer Hêtre Erable

Le charbon est insoluble dans l'eau et inaccessible à la putréfaction ; il est d'une grande utilité au chimiste et à l'artiste, comme combustible pour les fourneaux, et il est un excellent couloir à filtrer l'eau.

La sève est un liquide clairet sans couleur, qu'on peut se procurer de presque toutes les plantes, en y faisant une incision en printemps, avant que les feuilles commencent à se développer, surtout de la vigne, de l'érable, du bouleau et du noyer, en perçant un trou dans le tronc. Une petite branche de vigne a donné dans l'espace de vingt-quatre heures de 12 à 16 onces. Une érable de moyenne grandeur donne à peu près 200 pintes dans une saison, et un bouleau a produit dans la saison des entailles une quantité égale à son propre poids, La sève est la principale source de nourriture végétale, et peut être considérée comme analogue au sang des animaux. La sève de la vigne peut être convertie en un vin très agréable; et il est bien connu que la sève de l'érable américain donne une grande quantité de sucre.

On analyse les cendres pour découvrir de quels ingrédicns se composent les plantes ; fréquemment plus de la moitié des cendres végétales consiste en carbonate de chaux. Les autres substances principales obtenues sont la potasse et la soude.

'Les terres : — Les seules terres découvertes jusqu'àprésent dans les plantes sont la chaux, la magnésie et l'alumine. La chaux s'y trouve le plus abondamment. Après les sels alcalins le phosphate de chaux est l'ingrédient le plus abondant dans les cendres des plantes herbacées vertes, dont toutes les parties sont dans un état de végétation. La feuille d'un arbre, en sortant du bourgeon contient dans ses cendres une plus grande portion de phosphate terreux, le sel terreux le plus abondamment découvert dans les végétaux. Dans les plantes herbacées vertes, dont les parties sont dans un état de progrès, il n'y a que peu de carbonate de chaux ; mais les cendres de l'écorce d'arbres en contiennent une très grande quantité, qui est bien plus considérable que l'alburne; ce qui est aussi le cas avec les cendres de bois. Les cendres de la plupart des semences ne contiennent point de carbonate de chaux ; mais elles ont abondance de phosphate de potasse. Donc les cendres des plantes lors de la maturité de leurs fruits donnent moins de carbonate de chaux que dans aucune période antérieure.

La silice ne se trouve pas en grande quantité dans les cendres végétales. Les c&ndres de quelques tiges de blé, coupées un mois avant la fleuraison, et dont quelques feuilles principales sont fanées contiennent 12 parties de silice et 65 de sels alcalins sur 100. Lors de la fleuraison du blé, et lorsq»îe la plupart des feuilles sont fanées, les cendres contiennent 82 parties de silice et 54 de sels alcolins. Les semences dépouillées de leur couverture extérieure contiennent moins de silice que fournit la tige avec les feuilles ; et il est remarquable que dans certains arbres, l'écorce, l'alburne et le bois ne contiennent presque point de silice, pendant que les feuilles en contiennent beaucoup surtout en automne. La plus grande partie des herbes en contiennent une très grande quantité.

La magnésie ne se trouve pas si fréquemment dans le régne végétal que les deux terres précédentes. On a découvert l'alumine en plusieurs plantes, mais en très petite quantité.

Dans les cendres des végétaux on a découvert du fer et même de l'or, quoiqu'en si petite quantité qu'on n'est parvenu à les reconnaître que par les expériences les plus minutieuses.

Tels sont les principaux ingrédiens qui entrent dans la composition des végétaux ; il y en a pourtant beaucoup d'autres que je ne crois pas nécessaires de rapporter.

Gay Lussac et Thénard ont déduit d'une série d^expériences les plus minutieuses et les plus délicates, les trois propositions e. levantes :

1°. Les substances végétales sont toujours acides si l'oxigène qu'elles contiennent est à l'hydrogène en plus grande proportion que l'eau.

2^. Les substances végétales sont toujours résineuses, huileuses ou spiriteuses si l'oxigène qu'elles contiennent est à l'hydrogène en plus petite proportion que l'eau.

30. Les substances végétales ne sont ni acides ni résineuses mais saccharines, mucilagineuses ou analogues à l'amidon, si l'oxigène et hydrogène sont dans la même proportion que dans l'eau.

Page 1