NATURE ET QUALITÉS DES DIFFÉRENTES SORTES DE SOL
Si nous pénétrons la surface de la terre, nous trouvons qu'à dilFérens dégrés de profondeur l'aspect, le tissu et la couleur varient. Il y a une couche de terre la plus voisine de la surface, de plus ou moins d'épaisseur, qui couvre les matériaux solides et uniformes qui se trouvent audessous d'elle. Une ligne distincte presque parallèle à la surface, limite ordinairement le sol supérieur et le sépare du sous-sol. Le sol est plus ou moins composé de petites parties de différentes sortes de terre, mêlées avec des substances animales et végétales dans difFérens états de décomposition ; et c'est à celle-ci qu'il doit ordinairement sa couleur plus foncée que celle du sous-sol. Une couleur foncée indique ordinairement une fertilité correspondante, excepté où le fer, la tourbe, le charbon y sont en abondance. Le sol riche des jardins, longtemps cultivés et bien fumés, est presque noir. Comme le sol est le lit dans lequel les végétaux doivent être élevés, et dans lequel ils doivent trouver leur propre nourriture, son tissu et sa composition deviennent des objets d'une grande importance au fermier ; et, sans un certain dégré de connaissance de ces deux choses, il ne servira de rien d'établir des règles pratiques, auxquelles on ne pourrait pas se fier.
Tout sol est composé de terres, d'oxides métalliques, de substances salines, matières animales et végétales, et d'eau. Les terres sont l'argile ou l'alumine, silice ou cailloux, et chaux. On rencontre quelquefois de la magnésie, de la baryte et d'autres terres, mais cela arrive si rarement qu'on peut les omettre sur la liste. Parmi les métaux, le fer dans l'état de peroxide se trouve le plus fréquemment. Les autres mé« taux sont rarement trouvés près de la surface. Les substances salines forment une petite partie, mais une partie très importante du sol.
La potasse existe dans presque tous les végétaux, la soude dans peu d'entre eux, l'ammoniac est produit par la décomposition de matières
animales, mais à cause de sa nature volatile il ne reste pas long-temps dans le sol, excepté lorsqu'il forme un composé régulier avec d'autres substances. Les acides végétaux sont peut-être par une règle générale, limités à de petites portions d'acide acétique combiné avec quelqu'autre base telle que la chaux ou la potasse.
Les acides minéraux se trouvent unis avec les terres et alcalis dans l'état de composés neutres. Ces substances salines ont un puissant effet sur la végétation, et il est très nécessaire de connaître leurs proportions dans le sol et leurs différentes qualités, afin de modifier ou corriger leur action par d'autres substances avec lesquelles elles ont de l'affinité.
L'eau, en état de combinaison, ou simplement de diffusion mécanique, est essentielle à la croissance de toutes les plantes ; sans elle et l'air atmosphérique, la vie tant animale que végétale est impossible.
Des T(?rres. --L'argile ou l'alumine, ainsi nommée parcequ'elle s'obtient dans son état le plus pur de l'alun, dans lequel elle se trouve combinée avec l'acide sulphurique, est la base de tout sol fort et pesant. Si elle est bien divisée, elle est aisément dissoute dans l'eau ; si on la sèche lentement, et la remue pendant qu'elle sèche, elle devient une poudre fine, douce à toucher, et pétrie avec de l'eau une masse épaisse et ductile, qu on moule facilement dans de vases creux, qui retiennent les liquides. Cette qualité d'être imperméable à l'eau, est le caractère spécifie de l'argile comme ingrédient du sol. Dans son état de pureté et sans mélange l'argile est absolument stérile. Lorsque l'argile est bien chauffée, elle abandonne l'eau avec laquelle elle se trouve combinée ; on dit alors qu'elle est cuite, telle que les briques ; elle ne peut plus se dissoudre dans l'eau, et diffère peu dans ses effets sur le sol de la silice ou du sable.
La silice, ou terre siliceuse ne se change pas dans l'eau. Elle consrste en cristaux ou fragmens d'une pierre très dure, formant du gravier ou du sable selon leur grandeur ; et le sable siliceux le plus fin, si on l'examine au microscope, a l'aspect de fragmens irréguliers de pierre sans aucune cohésion. Le sable siliceux retient l'eau dans ses intervalles par la simple attraction de cohésion en raison de sa finesse. II se chauffe et se reffroidit rapidement, permet à l'eau de passer aisément soit par filtration, soit par évaporation. Il tient le sol ouvert à l'eau, à l'air et permet à toutes les substances, dont dépend le progrès de la plante, d'y circuler librement. Sans mélange il sèche si rapidement que la végétation ne saurait y continuer, si ce n'est par une humidité qui lui serait continuellement communiquée par l'irrigation. Une petite portion d'argile améliorera considérablement les sables légers ; il faut une grande quantité de sable pour corriger la ténacité de l'argile.
On a trouvé en Angleterre qu'une matière finement divisée suffit pour rendre un sol propre à produire des navets et de l'orge ; on a eu une excellente récolte de naveaux dans un sol dont onze parties sur douze étaient du sable. Une proportion de sable plus grande que celle-ci produit une stérilité absolue. La bruyère de bagshot contient moins d'une vingt-unième partie de matière finement divisée, et est presqu'entièrement sans couverture végétale.
Lea plante? qui ont des racines bulbeuses demandent un sol plus léger et plus meuble que celle qui ont des racines fibreuses ; les plantes qui ont seulement de courtes radicules fibreuses» exigent un sol plus ferme que celle qui ont des mère-racines ou beaucoup de racines latérales ; les dernières sont donc plus propres à un sol sableux.
La chaux pure est connue de tout le monde comme la base du mortier dont on se sert dans les constructions. On l'obtient en faisant cuire dans un grand feu le marbre, la craie, la pierre à chaux ou des écailles. Dans les pierres qui sont principalement formées de chaux, elle est combinée avec quelque acide, le plus ordinairement avec l'acide carbonique qui par l'opération de la cuisson s'en sépare en forme d'air ou de gaz, qu'on appelle pour cette raison de l'air fixe, pour avoir été fixée dans la pierre. Ces pierres de différens dégrés de dureté sont actuellement toutes classées sous le nom de carbonate de chaux.
La chaux se combine facilement avec l'eau, qu'elle absorbe de l'ato. mosphère. Alors elle devient éteinte. En se combinant avec l'acide carbonique, elle retourne à son premier état de carbonate de chaux, ' avec la seule différence, que si on n'y ajoute pas une grande quantité d'eau, elle reste dans l'état d'une poudre très fine et impalpable. La chaux pure est soluble dans l'eau, quoique en petite quantité; une pinte d'eau ne saurait dissoudre plus de vingt grains ; la carbonate est insoluble dans l'eau. Le carbonate de chaux a un grand effet sur la fertilité d'un sol et il n'y a pas de sol qui soit très productif sans lui. On s'en sert donc beaucoup pour améliorer le sol, et le nomme autrement un engrais. Le carbonate de chaux, comme terre, n'est ni si tenace que l'argile, ni si peu cohérent que le sable. En raison de la finesse de ses particules il approche de l'une ou de l'autre, et lorsque ses portions sont grandes et dures, il se nomme gravois calcaire. Le trait qui le distingue c'est sa solubilité dans les acides, qu'il neutralise en leur enlevant leurs qualités nuisibles au sol. Un mélange convenable de ces trois terres, mécaniquement divisées comme il faut, forme un sol propre à la culture de toute espèce de plantes, surtout de celles qui servent de nourriture ; et il ne leur faut qu'un climat convenable pour la chaleur, un degré convenable d'humidité, et une nourriture suffisante, pour que toutes les plantes ordinairement cultivées profitent d'une manière surprenante dans un tel mélange qu'on nomme communément terre grasse.
Dans les parties sèches du globe, le dépérissement des végétaux et des animaux a formé des additions à la surface extérieure des terres, et constitue ce qu'on peut proprement appeler sol, qui diffère des terres en ce qu'il contient toujours une portion de matières végétales ou animales.
La formation de terres tourbeuses provient de causes intéressantes à la contemplation. La terre qui pourvoit à presque tous nos besoins, peut devenir stérile et par l'application excessive de l'art, et par le défaut entier de cette application. Une pulvérisation continuelle, des récoltes sans engraisser créeront sans doute un sol épuisé et stérile; et l'abandon entier de terres fertiles aura pour résultat indubitable qive par l'ac-
cumuîation cle produits végétaux elles se changeront en terres tour beuses et fondrières. Sir H. Davy observe que, là où des générations successives de végétaux sont venues sur un terrain, et que l'iiomme n'a pas emporté leurs produits, où l'animal ne les a pas consumées, la matière végétale augmente à un tel degré que le sol approche de la nature de la tourbe ; et, dans le cas qu'il peut recevoir de l'eau d'une région plus élevée il devient spongieux et saturé de ce fluide et devient incapable de supporter les classes plus nobles des végétaux. Le voisinage de marais, dans lesquel beaucoup de plantes acqnatiques sont décomposées, est généralement fiévreux et malsain; pendant que celui de la tourbe véritable, ou de la tourbe formée sur un sol originairement sec, est salubre.
Il y a deux grandes classes de terres, savoir des terres primitives, ou celles qui sont entièrement composées de matières inorganiques, et terres secondaires, ou celles composées d'un mélange de matières organiques et inorganiques. Ces classes ont été subdivisées en ordres, les ordres en genres, ceux-ci en espèces, les espèces en variétés selon la couleur, le tissu, l'humidité, la siccité, la richesse, la légère* té, etc.
Pour déterminer le genre du sol, ilfaut en premier lieu découvrir la terre ou les terres dominantes ; soit les terres simples comme Fargile, la chaux, le sable, ou les pierres particulières qui ont produit le sol, telles que le granit, les basaltes, etc. Si une terre domine, on devrait nommer le genre après elle, p. e. terre argileuse, terre calcaire etc.; s'il y en a deux qui dominent apparemment à égales quantités, on fait bien d'unir leurs noms en dénominant la terre p. e. argile et sable, chaux et argile, basaltes et sable, etc. Sir Humphrey Davy a observé qu'on ne devrait jamais se servir du terme terre sableuse pour désigner \m sol dont moins de sept huitièmes sont du sable ; le sol sableux qui bouillonne avec des acides devrait être distingué par le nom sol sableux calcaire ou sol sableux avec beaucoup de chaux, de ceux qui sont siliceux ou de la nature du silex. Le terme sol argileux ne devi'ait jamais s'appliquer à une terre qui contient moins d'un sixième d'une matière de terre impalpable, qui ne bouillonne pas considérablement avec les acides. Un sol considéré comme tourbeux devrait au moins contenir la moitié de matières végétales. En général, les terres, dont les matériaux sont très variées et hétérogènes, sont appelées terres alluviales, f!e même que celles qui se sont formées du dépôt des rivières, et ces dépôts peuvent être appelés siliceux ou calcaires selon que les matériaux qui composent un tel sol sont dominants. En dénommant l'espèce du sol, on la détermine toujours par le mélange des matières, jamais par la couleur ou le tissu de ce mélange, qui appartiennent à la dénomination des variétés. Un sol argileux avec du sable sera donc une argile sableuse ; c'est le nom de l'espèce ; en ajoutant la couleur on exprimera le genre, l'espèce et la variété. Un sol contenant en égales parties de l'argile, de la chaux et du sable, se nommerait en terme générique argile, chaux et sable ; s'il ne contenait aucun autre mélange en quantité considérable, on pourrait ajouter le terme entier pour
faire la distinction spécifique ; et si Ton devait faire attention à sa couleur ou au degré de sa division, on pourrait l'appeler une argile, chaux, et sable brun, fin, grossier, raide et entier.
II y a quelques espèces de sol qui, outre un mélange et un tissu convenables des terres, contiennent une grande proportion d'engrais naturels qui les rendent extrêmement fertiles. Celte substance est produite par le dépérissement lent de matières végétales et animales. On peut la séparer des autres parties du sol, elle a été exactement analysée et décrite par beaucoup de chimistes les plus ex[;éi imentés, particulièrement par Fourcroy, Davy, Chaptal et Théodore de Saussure. On nomme cette substance terreau végétal ; mais comme çe n'est pas un terme très clair, il serait peut-être convenable d'adopter avec Thaer et d'autres agriculteurs distingués le nom dViumus, qu'on décrit comme une substance foncée, onctueuse et friable, d'un aspect presqu'uniforme. On dit qu'il est composé d'oxigène, hydrogène, charbon et nitrogène, qui, à l'exception du nitrogène qui est trouvé seulement dans quelques substances, sont en efî'et une lente décomposition de toute substance animale et végétale. C'est le résultat de la décomposition lente de matières organiques en terre, et on le trouve le plus abondamment dans le riche terreau des jardins ou d'anciens tas de fumier négligé. Il varie un peu dans ses qualités et sa composition, selon les substances par lesquelles il est formé, et les circonstances qui ont présidé à leur décomposition. C'est le produit d'un pouvoir organique, lel que la chimie ne saurait récomposer. Outre les quatre élémens de sa composition, il contient en plus petites quantités d'autres substances p. e. ses acides phosphoriques et sulfuriques combinés avec quelque base, de même qu'avec des terres et des sols. L'humus est le produit et la source de la matière vivante. Il procure la nourriture à l'organisation ; sans lui aucune matière ne saurait vivre. Plus le nombre de créatures vivantes est grand dans un pays, plus il s'y forme d'humus ; et plus il y a de celui-ci plus grande est la masse de nourriture, plus il y a de vie. Il est diminué par l'action de la végétation, perdu pour être emporté vers l'océan par les eaux, ou dans l'atmosphère par l'agent de l'oxigène de l'air qui le convertit en gaz.
L'humus, dans Tétat qu'on le trouve ordinairement dans la terre, est insoluble dans l'eau, et il serait difficile de comprendre comment il entre dans les petits vaisseaux des racines des plantes ; mais on y observera l'admirable prévoyance de la nature. L'humus est msoluble et antiseptique (contre la gangrène, la pourriture :) il empêche la décomposition en lui-même et dans d'autres substances qui se trouvent en contact avec lui. Pendant long-temps il reste dans la terre sans altération ; mais il n'est pas plutôt en contact avec l'atmosphère par les procédés de la culture, qu'il se prépare son action. Une partie de son carbone s'unissant h l'oxigène de l'atmosphère, produit l'acide carbonique, que les parties vertes des plantes absorbent facilement, pendant qu'avec l'hydrogène il forme l'eau sans laquelle les plantes ne sauraient vivre ; et dans des climats bien chauds, où ce procédé se fait plus rapidement, l'humidité ainsi produite conserve la vie végétale, si la pluie et la rosée
ont lieu. Le résida dévient un extrait soluble dans l'eau, et les fibres des racines s'en emparent sur le champ. Mais les changemens conti» nuent pourtant ; l'extrait absorbe plus d'oxigène et redevient insoluble, en forme de pellicule que Fourcroy nomme albumine végétale^ et qui contient une petite quantité de nitrogène dont on peut facilement rendre compte. En ramenant des parties fraîches à la surface et leur permettant l'accès de l'air, il se forme plus d'acide carbonique, d'eau, d'ex« trait et d'albumine, qui fournissent régulièrement aux plantes leur pouvoir vivifiant, et produisent les différentes substances qu'on trouve dans le règne végétal.
C'est à la patience et à la persévérance des chimistes que je viens de citer, que nous sommes recievables de cette connaissance du procès admirable de la croissance végétale, et c'est sur leur autorité que je l'ai expliquée ici.
La grande importance de l'humus et de ces riches engrais qui s'y transforment facilement si les plantes ne les absorbent pas immédiatement, peut aisément être comprise. Mais il y a encore une autre qualité tr ès imp3rtante à la fertilité ; il rend poreuse, l'argile tenace, et consolide le sable incohérent. Il produit ce résultat dans un plus haut dégré que la chaux ou aucune autre terre. C'est pour cette raison qu'un sol qui possède une portion considérable d'humus est bien plus fertile, que lu quantité d'alumine ou de SHble qui se trouvent dans sa composition ne le ferait espérer, ainsi que cela sera prouvée par l'analyse de terres d'une fertilité reconnue ; et nous voyons le grand avantage des engrais, provenant tant du règne végétal que du règne animal, non seulement comme nourriture des végétaux, mais comme améliorant mécaniquement le tissu du sol.
Le plus grand ennemi de l'humus c'est l'eau stagnante, qui le rend astringent et acide, comme cela est apparent dans la tourbe ; et des terres abondant en matières végétales, dont on n'égoute pas convenablement l'eau, deviennent aigres (sures) comme on le nomme très proprement, et ne produisent que des plantes inutiles et dégoûtantes. Le remède en est simple et naturel : égoutez, asséchez bien et neutralisez l'acide avec de la chaux, de l'argile calcaire ou du sable ; au moyen de cela la fertilité sera rétablie.
Dans des terres très légères on ne trouve que rarement l'humus en grande quantité, vu qu'il est trop exposé à l'action de l'air et se décompose trop rapidement ; les eaux le font trop vite passer à travers d'elles, et comme elles se sent rapidement les engrais, on les nomme terres affamées. De pareilles terres sont peu profitables avant d'être améliorées et consolidées par de l'argile ou de la marie, qui leur donnent la faculté de retenir l'humidité.
L'humus agit bien dans les terres calcaires si elles sont bien pulvérisées et assez profondes, Quelques terres maigres peuvent être rendues fertiles par une culture judicieuse et parles engrais.
Pour s'assurer de la fertilité probable d'une terre, il est utile de l'analyser et de trouver la proportion des parties qui la composent. Pour le faire avec beaucoup d'exactitude les connaissances d'un chi-
miste expérimenté sont nécessaires ; mais à un certain dégré 11 peut être fait'par toute personne ayant une balance et des poids exacts, un peu d'esprit de sel ou de l'acide muriatiqae. A cet effet on prend à différentes profondeurs qui ne sont pas trop près de la surface un peu de terre (depuis 4 à 8 pouces, si le sol est apparemment uniforme,) on la sèche au soleil au point de se pulvériser dans la main et d'être sèche au toucher ; les petites pierres et racines en sont ôtées, mais non les fibres très minces. Une portion de ceci est exactement pesée ; elle est ensuite chauffée dans une coupe de porceliaine sur une lampe ou un feu clair, remuée jusqu'à ce qu'un morçeau de paille ou un éclat s'y rembrunisse. On la laisse ensuite refroidir et on la pèse ; la perte du poids c'est l'eau évaporée, objet important à être observé. Quelques terrains qui paraissent secs, contiennent une grande quantité d'eau ; d'autres en ont à peine. On pulvérise et tamise alors le tout, pour en séparer les fibres et les parties les plus grossières. Le résidu encore une fois pesé est délayé dans quatre ou cinq fois son poids d'eau pure ; après quelques minutes de repos, on en ôte l'eau, qui contient la plus grande partie de l'humus et des substances solubles. On obtient ces substances en faisant évaporer l'eau ; mais s'il ne s'y observe pas un goût de sel prononcé, on peut négliger ce procès. On peut examiner l'humus encore plus exactement en le chauffant au rouge dans un creuset et le remuant avec un morçeau de manche de pipe ; alors la partie végétale sera consumée, les terres resteront, et l'on aura trouvé la quantité exacte de l'humus végétal pur. Un peu d'acide muriatique, délayé dans cinq fois son poids d'eau est ajouté au dépôt qui reste après qu'on en aura ôté l'eau qui contenait l'humus et les matières solubles ; le tout est agité, et plus d'acide y est graduellement ajouté tant que continue l'effervescence et tant que le mélange reste décidément acide, ce qui indique que la terre calcaire est dissoute. S'il y avait une grande quantité de celle-ci, on peut faire bouillir le tout, en ajoutant graduellement de l'acide jusqu'à ce que l'effervescence cesse ; le résidu, après l'avoir bien lavé, c'est de la terre siliceuse et argileuse. Celles-ci sont séparés en agitant et permettant aux parties siliceuses de se rasseoir, ce qui se fait en peu de secondes. L'alumine s'ôte avec l'eau, elle est filtrée, chauffée sur une lampe et pesée ; on fait la même chose du sable siliceux. La perte du poids c'est la terre calcaire. De cette manière mais avec plus d'exactitude, différentes terres d'une fertilité reconnue ont été analysées, dont nous citerons quelques exemples.
Un sol très riche près de Drayton, Middlesex, examiné par Davy, consistait en trois cinquièmes de sable siliceux, deux cinquièmes de poudre impalpable, qui, analysée, se trouvait être composée de Carbonate de chaux - * 28 parties.
Terre siliceuse - - 32
Alumine - - - 29
Matière animale et végétale - 11-100
C'est une terre grasse sableuse, probablement abondamment engraissée pendant longtemps, propre à la production de toute espèce de
produits, et si elle est i^rofomle admirablement calculée pour y faire
prospérer les arbries fruitiers.
Un autre bon sol à navets, consistait en huit parties de sable siliceux grossier, et un cinquième de terie, qui, après l'aaalyse, offrait les ingré-
diens suivans :
Carbonate de chaux - s
Silice - - . - 15
Alumine - - - 11
Oxide de fer . 3
Matières végétales et salines - 5
Eau - - 3-100
C'est un sol sableux très léger qui doit sa fertilité â la subdivision assez exacte du corbonate de chaux et aux matières végétales et salines. Il aura peut-être été amélioré de temps à autre avec de la marle^ou de la chaux.
Le meilleur sol en Fraiïce sél<>n Tilltet, consiste en Sable siliceux fin - - - 21
Dito grossier - - »• 25
Carbonate de chaùx - 37-5 Alumine - - , - 1^-5
Une terre grasse à Chamart, très estimée par les jardiniers de Paris 'febmme base de leur sol artificiel, consista en
Sable argileux
Argile finement subdivisée
Sable siliceux
Carbonate de chaux grOi^iet
Dito fih -
fibres boiséiiisés
Humus et matières solubles
Le sable argileux est composé de fragmens d'une pierre molle, qui retient l'humidité et ne se lie pas fortement ; la petite proportion d'humus n'est d'aucune importance lorsqu'on peut se procurer suffisamment d'engrais.
Une terre tourbeuse très riche près de Meuden, qu'on recherche beaucoup pour les jardins de fleurs et les compostes (engrais) consiste en
Sable graveleux siliceux - • 62
Fibres végétales décomposées en partie 20 Humus - - * - 16
Carbonate de chaux - - - 0-8
Matières solubles . * - 1-2
Ce sol, à l'instar de nos terres tourbeuses, ne saurait bien produire les grains ; mais à cause de la grande quantité d'humus et de matières végétales, il est très utile dans les compostes et les terrains artificiels ; mêlé avec de la chaux il ferait un excellent engrais de terres argileuses et humides.
Mr. Thaer a classifié les terres de qualités reconnues ; cette classification intéressera le fermier. Elle est la suivante :
Argile
Sable
Carbonate
Humus
No.
par
par
de chaux
par
Valeur.
cent.
cennt.
par cent.
cent.
2 [Première classe^'
lié
3 1 de terres fortes
/ Sable riche et ^
5 ? léger en herbe >
( naturelle J
6 Terre riche à
orge
7 à blé
8 idem
9 idem
fD P
lO idem
1 1 idem
en
12 Bonne terre à
orge
13 idem 2me. qualité
14 idem
fi}
15 Terre à avoine
16 idem
rt-
Ui
lè
Au dessous du dernier numéro se trouvent les terres à seigle maigres.
On suppose dans toutes ces terres une profondeur égale, et la qualité conforme à la profondeur, à six pouces au moins ; le sous-sol sain, ni trop humide, ni trop sec.
Nos, 1, 2, et 3, sont des terres alluviales et à cause de la division et l'intime mélange de l'humus elles ne sont ni si fortes ni si roides que lu quantité d'argile paraît l'indiquer.
No. 4, est une riche terre grasse argileuse, telle qu'on la trouve dans plusieurs parties de l'Angleterre et en Canada, elle n'est pas trop forte ni trop légère ; ce sol est facilement entretenu par une bonne culture.
No. 6, est très léger et très riche, le plus propre aux jardins et vergers, non pas aux grains, pour cette raison on ne peut pas indiquer sa valeur comparative.
Nos. 6, 7, et 8 sont de bonnes terres ; la quantité du carbonate de chaux en No. 8, compense la moindre quantité d'humus. Ce sol exige de l'engrais, ainsi que tous les autres plus bas. Dans ceux du No. 9 et plus bas la chaux et la marie de bonne qualité seraient la plus grande amélioration.
Nos. 15 et 16, sont des terres légères et pauvres, ayant besoin d'argile et de beaucoup d'engrais. Mais même ces terres rembourseront les frais d'une culture judicieuse, et augmenteront par elle en valeur.
La dernière colonne de valeur comparative, eét le résultat d'une estimation soignée de plusieurs années de récoltes, déduction faite du labeur et des semences. Peu de terres en Angleterre contiennent plus de 4 ou 5 par cent d'humus, quand même elles sont bien entretenues ; et 2 par cent avec un bon tissu de terre grasse rendront une terre propre au grain, à condition que la culture soit judicieuse. Le tissu est de la plus haute importance, comme on s'en apercevra en comparant les Nos. 7 et 8, avec No. 6. Dès que celui-ci est de bonne qualité, le fumier produira bientôt une quantité suffisante d'humus.
L'eau et les gaz constituent une partie considérable de nourriture végétale, mais je ne le crois pas utile de m'emparer du tems du lecteur pour montrer comment et en quelle proportion les plantes les absorbent. L'aliment le plus important des plantes, c'est l'extrait végétal. Lorsque les plantes ont acquis la maturité de leur espèce, le principe de destruction commence graduellement son opération sur elles, jusqu'à ce qu'à la fin elles meurent et soient converties en poussière ou terreau, qui, on le pense bien, constitue une portion considérable du sol. Il est ensuite converti en nourriture végétale et retourne à la plante, mais seulement en partie ; car le tout n'est pas soluble dans l'eau, mais seulement une partie qui par conséquent est dans le cas de pouvoir être ab^ sorbée par la racine. C'est cette substance qu'on a nommée extrait.
Saussure remplit un grand vaisseau d'un pur terreau de tourbe, et l'humecta d'eau distillée ou de pluie jusqu'à saturation. Au bout de cinq jours après avoir été soumis à l'action d'une presse, le poids de 10,000 du fluide exprimé et filtré donna en l'évapc^rant jusqu'à siccité,26
parties d'extrait. Dans une expérience semblable avec le terreau d'un jardin potager, qui avait été engraissé avec du fumier, 10,000 parties de liquide en donna 10 d'extrait ; et dans une autre expérience avec du terreau d'un champ de grains bien cultivé, 10,000 parties du liquide en donnèrent quatre d'extrait. Tel fut le résultat dans ces quatre cas. Mais la quantité d'extrait qu'on peut obtenir d'un sol ordinaire n'est pas bien considérable. Après onze décoctions on n'en put séparer qu'à peu près un onzième de son poids ; et cependant cela paraît plus que suffisant à la végétation; car un sol ne contenant que cette quantité fut trouve moins fertile, au moins pour y produire des poids et des fèves, qu'un autre qui ne contenait que la moitié ou trois quarts de cette quantité. Mais si la quantité d'extrait ne doit pas être trop grande elle ne doit pas être trop petite non plus. Des plantes qu'on voiilait faire venir dans un sol privé de son extrait^ autant que des décoctions répétées pouvaient l'en priver, furent moins vigoureuses et abondantes que celles qui végétaient dans un sol qui avait conservé son extrait ; et cependant la seule différence perceptible entre les terres c'est que le premier peut absorber beaucoup plus d'eau que l3 dernier. De cette expérience ainsi que de la grande proportion dans laquelle il existe dans la plante vivante, il suit évidemment que l'extrait est un aliment végétal très essentiel.
On sait que des sels existent dans le sol, et qu'on les trouve dans la plupart des plantes. On suppose que la racine les absorbe dissouts dans l'eau, et que la plante est nourrie par cette solution,
La profondeur du sol et la nature du sous-sol (sol inférieur au sol pro- ' prement dit) déterminent grandement sa valeur. Quelque riche qu'il soit, lorsqu'il n'y « qu'une couche mince de bon sol sur du gravois pointu ou une argile humide, il ne saurait être très fertile ; dans le premier cas il sera brûlé dans des tems secs ; et dans le dernier converti en fange par une pluie continue. Si le sous-sol est de la terre grasse, six pouces de bon sol suffiront. Lorsqu'on a un pied de bon sol, le sous-sol est de peu de conséquence, pourvu qu'il soit sec et que l'eau puisse facilement s'égouter. Les meilleures terres alluviales sont généralement profondes.
L'exposition au soleil et la pente du terrain sont des circonstances très importantes et sont équivalentes à une véritable différence de climat. Une pente douce vers le sud, et un abri contre les vents froids, peuvent faire une aussi grande différence que plusieurs dégrés de latitude ; et en comparant la valeur de terres semblables en différens climats, la chaleur et l'humidité moyenne doivent être exactement connues.
Un sol très précieux dans le sud de l'Europe pourrait être très peu fertile en Canada ; de même qu'un sol léger de quelque prix dans l'ouest de l'Ecosse pourrait être absolument stérile en Italie ou en Espagne.
Des terres en culture, tout en consistant originairement d'ingrédiens mêlés en proportion convenable,peuvent épuiser leur principe de fertilité par trop de récoltes ; soit en y répétant le même ou changeant l'assolement. Si, en cultivant des terres neuves, le sol a été marécageux ou humide, comme c'est ordinairement le cas, il suffit souvent de le préparer simplement en asséchant l'eau superflue et stagnante, et eu
llK
pelant et brûlant la tourbe sar la surface. Si le boI a été épuisé par la trop fréquente répétition de la même récolte, il arrive souvent qu'un changement de récolte répondra aux vues du cultivateur ; car, de ce qu'un sol puisse être épuisé pour une sorte de grains, il ne suit pas nécessairement qu'il le soit aussi pour une autre. 11 est donc de la pratique du fermier de faire suivre ses semences par rotation, ayant dans le même champ une récolte peut-être de blé, d'orge, de fèves et de vesces successivement ; chaque espèce fiiisant choix ou exigeant peut-être pour sa nourriture parliculière une moindre quantité que la récolte qui l'a précédée.
Mais même avec un système d'assolement le sol s'épuise và la fin, et le cultivateur doit avoir recours à d'autres moyens pour rétablir su fertilité. Dans ce cas un intervalle de repos en pacage est considéré efficace, com;!iïie on peut s'en apercevoir dans des champs qui n'ont pas été labourées pendant plusieurs années> mais qui ont servi de pacage. De-là la pratique des jachères et du labour profond qui dans quelques cas a le même effet que la pratique de fossoyer (trenching. )
La fertilité du sol est rétablie en fossoyanten ce qu'on en enlève toute cette humidité superflue qui s'y est établie et qui, comme on sait, est nuisible aux plantes non aquatiques, en rendant le sol plus ferme et plus compacte. Q,uant à l'assolement ou rotation des récoltes, la fertilité n'est pas autant rétablie, que plus développée et mise en action ; parce que le sol épuisé par une espèce de grains, est trouvé assez fertile pour une autre, l'aliment nécessaire à chacune étant différent ou réquis moins abondamment.
En cas que le sol repose, le rétablissement de la fertilité peut être la conséquence du dépérissement de substances végétales qui ne sont pas annuellement emportées, mais laissées pour augmenter la proportion du terreau végétal. En cas de jachère ou friche, elle est due sans doute à l'action de Pair atmosphérique sur le sol, en le rendant plus friable et en accélérant la pourriture de plantes nuisibles. Dans le cas du fossoiement ou des labours profonds, on la doit à l'augmentation de la facilité avec laquelle les racines peuvent pénétrer alors, par laquelle leur sphère de nourriture est augmentée. Mais il arrive souvent que le sol ne peut plus être amélioré par aucun des moyens cités, ou moini pas avec une rapidité suffisante pour répondre aux vues du cultivateur ; et dans ce cas il faut annuellement y appliquer telles substances qui peuvent lui rendre sa fertilité. De-là l'indispensable nécessité des engrais, qui consistent uniquement de restes animaux et végétaux qu'on enterre et qui finalement pourrissent dans le sol, dont la racine de la plante les absorbe ensuite en état de solution.
Le sol donne l'aliment et l'existence aux plantes, et en tout cas la cendre des plantes contient quelques unes des terres du sol dans lequel elles viennent, cependant, jamais plus qu'un cinquantième du poids de la plante consumée. Le blé, l'avoine et plusieurs herbacées à tige creuse ont, à ce que l'on dit, une épiderme ou couverture extérieure de la tige, qui est principalement composée de terre siliceuse, dont
l'usage paraît être de renforcer la tige et de la défendre contre les attaques des insectes et d'autres injures.
Le pouvoir du sol d'absorber l'eau de l'air est une condition de la fertilité. Si ce pouvoir est grand, la plante est su])pléée d'humidité dans des saisons sèches. L'argile compacte avalera la plus grande quantité d'eau, lorsqu'elle y est versée en forme liquide, mais ces terres ne sont pas celles qui en tems sec absorbent le plus d'humidité de l'atmosphère. Elle^ se collent et ne présentent qu'une petite surface à l'air, et leur végétation est généralement brûlée aussi facilement que dans le sable. Le sol qui fournit le plus d'eau à la plante au moyen de l'absorption atmosphérique est celui qui a un mélange convenable de sible, d'argile finement dcvisée et de carbonate de chaux avec quelque matière animale ou végétale, et qui est assez léger et meuble pour que l'air atmosphérique puisse le pénétrer. Le pouvoir d'absorption des terres quant à l'humidité atmosphérique est toujours plus grand en raison que le soi est plus fertile ; de sorte que par lui on peut le mieux juger de la fertilité des terres.
La fertilité des terres est sous l'influence de la nature du sous-sol ou de la couche sur laquelle elles sont placées. Lorsque le sol repose immédiatement sur un lit de roches ou de pierres, il est plus rapidement asséché par l'évaporation que là ou son lit est d'argile ou de marie ; et une première cause de la fertilité réelle dans le climat humide de l'Irlande est la proximité de la couche rocailleuse du sol. Un sous-sol argileux sera quelquefois d'un grand avantage à un sol sableux, en ce qu'il retient l'humidité de manière à en fournir à celui-ci qui a perdu la sienne par l'évaporation ou sa consommation par les plantes. L^n sous-sol graveleux ou sableux corrige souvent les imperfections du trop grand dégré de pouvoir absorbant du sol supérieur. On dit qu'il y a une diflérence considérable entre les terres sableuses des côtes orientales et occidentales de l'Ecosse, Sur la côte occidentale ces terres produisent plus que des terres d'une qualité semblable sur la côte orientale, soumises aux mêmes circonstances d'économie.
Dans un climat humide, où la quantité de pJuie qui tombe tous les ans est égale à 4G pouces, un sol sableux siliceux produit plus qu'il ne ferait dans des districts secs ; et dans de pareilles situations, les plantes à racines bulbeuses fleuriront dans un sol qui contient 14 parties de sable sur 13 ; même le pouvoir épuisant des récoltes sera influencé par de semblables circonstances. Dans le cas que les plantes ne peuvent pas absorber assez d'humidité, elles doivent se nourrir d'engrais. L'avoine, particulièrement dans des climats secs, appauvrit le sol plus que dans des climat secs.
Toutes les autres circonstances étant les mêmes, quelques terres seront plus chauffées par les rayons du soleil que d'autres ; et des terres élevées au même dégré de chaleur refroidissent plus lentement les unes que les autres. Cette qualité des terres est de la plus grande importance dans la culture. En général, les terres qui consistent principalement d'argile dure, se chauffent difficilement, et si elles sont humides elles retiennent la chaleur seulement pendan-t peu de tems. Un sol noir^
contenant beaucoup plus de matières végétales, est particulièrement chaufifé parle soleil et l'air, et les terres colorées ainsi que celles qui contiennent beaucoup de matières carbonées, exposées à l'action du soleil d«ns de semblables circonstances, acquièrent une température plus élevée que le sol pâle. La température du sol de surface, s'il est expose aux rayons du soleil, offre un indice de sa fertilité ; et le thermo^ mètre sera quelquefois un instrument utile à l'acheteur ou à celui qui désire améliorer son terrain. Dans des terres tourbeuses, même lorsqu'elles sont d'une couleur foncée, l'humidité affecte matériellement leur température. En effet tout sol saturé d'eau n'acquerra jamais un grand dégré de chaleur, de froid ou de fertilité.
Les terrains, qui contiennent le plus d'alumine et de corbdEnate de chaux sont ceux qui retiennent le mieux les engrais, et méritent la qualité qu'on leur accorde ordinairement d'être riches ; selon leur consti* tution ils retiennent long„temps la nourriture végétale, s'ils ne sont pas épuisés par beaucoup de récoltes. Les sables siliceux, au contraire, peuvent être nommés des terres affamées ; cependant on peut les cultiver en Canada avec beaucoup de succès pour certaines espèces de récoltes.