AMELIORATION DES TERRES
On peut améliorer le sol par la pulvérisation, la consolidation, l'exposition à. l'atmosphère, l'altération des parties qui le constituent, le changement de sa condition à l'égard de J'eau, et par un changement des plantes cultivées.
La pulvérisation du sol donnera aux racines des végétaux la liberté de s'étendre ; quelle que soit la richesse du sol, la plante n'y deviendra vigoureuse qu'autant qu'elle aura d'abondantes racines. Le grand avantage de la pulvérisation du sol pour les plantes qui y viennent c'est, qu'elle augmente le nombre de leurs racines fibreuses ou bouches par lesquelles elles prennent leur nourriture, en facilite la préparation plus rapide et plus parfaite, et conduit l'aliment ainsi préparc plus ré* gulicrement aux racines, quoiqu'en elle-même elle n'en fournit aucune partie.
La profondeur de la pulvérisation dépend de la nature du sol et du soussol. Dans de riches terres argileuses elle ne peut guère être trop profonde, ni dans aucun autre sol, si le sous-sol ne contient pas quelque principe nuisible aux végétaux. Si les racines des plantes sont assez profondes elles sont moins sujettes à souffrir soit par la pluie ou la séchéresse excessives ; les radicules se répandent dans toutes les parties du sol ; et l'espace dont la nourriture est prise est plus considérable que lorsque la semence est superficiellement mise dans le sol.
La consolidation améliorera les tourbes spongieuses des terres légères et poudreuses, elle peut avoir lieu en ajoutant des matières terreuses, du gravois, et les roulant et mêlant ensemble.
L'exposition à l'atmosphère par l'aration ou le friche, est considérée par quelques-uns comme de peu d'utilité à l'économie rurale ; mais
beaucoup de bons fermiers sont d'une opinion contraire. Un avantage évident du friche d'été c'est que le sol peut être chauffé â un dégré auquel il ne serait jamais parvenu s'il avait été partiellement couvert de feuillage même dans les semences faites en sillon les plus distans l'un de l'autre. Un sol argileux en Canada peut par l'aration être chauffé h 130 ou 140 dégrés, ce qui peut en partie altérer son pouvoir absorbant quant à l'eaU; et contribuer matériellement à la destruction des mau- ' vaises herbes et de leurs racines, des insectes et de leurs œufs. Par l'aration de terres en hiver, la subdivision est plus minutieuse en gelant l'eau qui se trouve dans le sol ; car, comme l'eau dans un état solide occupe plus de place que lorsqu'elle est liquide, les particules de matières terreuses et pierreuses sont séparées et réduites en une fine poussière. Des terres convenablement mises en friche d'été sont en., fièrement nettoyées de mauvaises herbes, de beaucoup d'insectes nuisibles qui périssent faute de nourriture, et doivent être bien pulvérisées, la surface, le fond et le milieu du sol bien mêlés. Des terres ainsi cultivées en Canada produisent quelquefois les meilleures récoltes de blé.
L'altération dans les parties constituantes du sol est nécessaire s'il contient aucm ingrédient particulier qui est la cause de ce qu'il ne produit pas. Si, en lavant un sol stérile, on trouve qu'il contient des sels ferrugineux ou aucune matière acide, on peut l'améliorer en y appliquant delà chaux vive. Un sol contenant du sulphate de fer sera stérile, mais le couvrant de chaux, le sulphate se changera en engrais. S'il y a trop de matières calcaires dans le sol, on l'améliore avec du sable ou de l'argile. Des terres qui ont trop de sable profitent avec l'argile, la marie ou des matières végétales. Un sable léger s'améliore par l'application de la tourbe ; et celle-ci par le sable. Les matières calcaires ne peuvent être améliorées pour la culture qu'avec de la tourbe. Le meilleur sol naturel est celui qui provient de différentes couches dont les matières sont intimement mêlées ; et le cultivateur ne saurait mieux faire pour améliorer artificiellement son terrain, qu'en imitant les procédés de la nature. Les matériaux nécessaires à cet effet sont rarement loin de l'endroit où on en a besoin. Le travail nécessaire pour améliorer le tissu ou la constitution du sol est récompensé par de très grands avantages ; on a besoin de moins d'engrais en s'assurant d'une plus grande fertilité ; et le capital employé de cette manière garantit à jamais sa faculté de produire et conséquemment la fertilité de la terre. J'ai appris par expérience en Irlande et en Canada combien le mélange des terres améliore le sol.
J'ai toujours considéré l'altération du sol en le brûlant comme pernicieuse à presque toutes les terres, quoique de bons fermiers pensent que des argiles tenaces, des maries, et des terres contenant une grande quantité de matières végétales gagnent en les brûlant. Les terres tourbeuses et profondes qu'on peut bien assécher parfaitement, ne souffriraient pas en brûlant une partie de la surface. Dans ce pays, leur situation basse est la cause de ce que les terres sont tourbeuses, et elles re. quiêrent donc qu'on élève leur surface plutôt que de la diminuer en la
brûlant. Le meilleur moyen de les améliorer c'est de les mêler avec de la terre forte.
Le changement de la condition des terres à l'égard de l'eau, est une partie très essentielle de récenomie rurale. L'eau stagnante est pernicieuse à toutes sortes de plantes utiles, et où rhumidité est trop abondante dans le sol, aucune d'elles ne peut prospérer avant qu'il n'ait été convenablement asséché.
A quelque période future l'irrigation de la surface sera appliquée avec effet en Canada. Pour le moment l'assèchement des terres qui ont une surabondance d'eau et l'amélioration des terres neuves seront plus utiles. Des terres mousseuses asséchées et cultivées à la surface produisent une végétation qui en été peut souffrir du défaut d'humidité suffisante. Dans ce cas il serait très utile d'y ajouter de l'humidité s'il est possible de le faire en fermant les fossés d'égout et les cours d'eau. Ce procédé est adopté dans les îles britanniques et pourrait être introduit ici. Un moyen d'enrichir le sol par une augmentation de terre alluviale ou du dépôt des rivières c'est d'amasser les eaux de celle-ci dans les champs pendant l'hiver, ce qui a créé ane grande fertililé. On ob* servera que les eaux qui produisent la plus grande quantité des meilleurs poissons, sont les plus propres à l'arrosement des prairies. Les eaux contenant des imprégnations ferrugineuses, nonobstant leur effet fertilisant si elles sont appliquées à des terres oalcaires, sont injurieuses au sol qui ne bouillonne pas avec les acides, et les eaux calcaires, reconnues par leur dépôt terreux lorsqu'on les a fait bouillir, sont très utiles à des terres siliceuses ou à tout autre sol qui ne contient pas une quantité remarquable de carbonate de chaux.
PRINCIPES d'assolement.
Les culivateurs trouveront que la culture successive de différens végétaux est une pratique très avantageuse. Sir H. Davy dit. — " C'est un grand avantage dans le sysème convertible de culture, que tout l'engrais soit employé, et que telles parties qui ne sont pas propre à une récolte, reste comme ahment d'une autre. Donc, si le naveau est le premier dans l'ordre de la succession, la récolte engraissée avec du fumier vert, trouve immédiatement assez de matières solubles pour sa nourriture ; et la chaleur produite parla fermentation, aide la germination de la semence et les progrès de la plante. Si, après les naveaux, on sème de l'orge avec de la graine de foin, la terre, ayant été peu épuisée par la récolte des naveaux, offre au grain la partie soluble de l'engrais qui se décompose. L'herbe et le trèfle qui restent, ne retirent qu'une petite portion de leur matière organisée du sol, et consument probablement le plâtre qui se trouve dans l'engrais, qui serait inutile aux autres récoltes. Lorsque le sol est épuisé, de l'engrais vert y est encore appliqué.
Les pois et les fèves semblent dans toutes les occasions bien propres à préparer le sol pour recevoir le blé ; et dans certains terrains riches on les cultive alternativement pendant des années entières. Les pois et les
fèves contiennent une petite quantité de matière analogue à l'albuntiine; mais il paraît que l'azote, qui forme une partie constituante de cette matière, est pris sur l'atmosphère. La feuille sèche des fèves, brûlée, a un goût approchant de celui de matières animales décomposées, et dans son dépérissement dans le sol, elle peut fournir des principes propres à devenir une partie du gluten dans le blé. Quoique la composition générale des plantes soit très analogue, cependant la différence spécifique dans les produits de quelques unes d'entre elles, prouve qu'elles doivent retirer de différents matériaux du sol : et nonobstant que les végétaux qui ont le plus petit système de feuilles puisent en proportion le plus de matières nutritives du sol, cependant certains végétaux, lorsque leur produit est ôté, exigeront l'application de certains principes quant à la terre dans laquelle ils viennent. Les fraises et les pommes de terre produisent d'abord abondamment dans un terreau vierge, qui a été récemment ramené par le labour d'un pâturage ; mais en peu d'années elles dégénèrent et exigent un sol nouveau. Dans le cours des années les terres cessent souvent de porter de bonne herbe cultivée ; elles s'en fatiguent ; et une des raisons probable en est, que le plâtre contenu dans le sol est épuisé. " L'expérience a prouvé que la terre, quelle que soit sa qualité, ne devrait être semée en treffle avant un intervalle de cinq ans.
Le pouvoir des végétaux d'épuiser le sol se fait particulièrement remarquer dans certains champignons. On dit que les champignons ne lèvent jamais une deuxième année à la même place.
Dernièrement il parait avoir été établi d'une manière satisfaisante, que les racines de toutes les plantes, qui imbibent leur nourriture ont aussi des fonctions excrétoires, et que dans le sol dans lequel des plantes croissent, leurs racines déposent certaines matières excrémentielles, pernicieuses aux plantes dont elles sont séparées, et qui, par conséquent ne peuvent pas être absorbées une autre fois avant d'avoir été décomposées de nouveau. On a cité ces matières excrémentielles comme une raison de ce que le sol est tant détérioré pour avoir produit pendant long tems une même espèce de plantes ; et delà la nécessité de la succession des cultures.
Yvert et Charles Piclet (cours complet d'agriculture ; articles assolemens et succession de culture ; [ou traité des assolemens, Paris 8^) ont établi le principe d'assolement de la manière suivante :
Le premier principe ou le fondamental c'est : chaque plante épuise le sol.
2°. Toutes les plantes n'épuisent pas le sol au même dégré. 3°. Les plantes de différentes espèces n'épuisent pas le sol de la même manière.
40. Toutes les plantes ne rendent pas au sol ni la même quantité ni la même qualité d'engrais.
De ces principes fondamentaux sont déduites les conséquences suivantes :
1°. Quelque bien préparé que soit un sol il ne peut pas longtemps et successivement nourrir les mêmes végétaux sans s'épuiser.
2^. Chaque récolte amaigrit le sol plus ou moins, en raison que h. plante qui est cultivée le rétablit plus ou moins.
30. Des plantes à racines perpendiculaires et celles h. racines horizontales doivent alternativement se succéder.
4°. Des plantes d'une même espèce ne devraient pas trop souvent se succéder.
5°. Deux plantes favorisant chacune la croissance des mauvaises herbes ne doivent pas se succéder.
6°. Des plantes qui épuisent éminemment le sol,telles que les céréales et les plantes huileuses ne doivent pas être semées dans une terre qui n'est pas en pleine force.
7°. En proportion qu'on trouve que le sol s'épuise par des récoltes successives, on doit cultiver des plantes qui l'épuisent moins.
L'influence de l'assolement en détruisant des insectes a été prouvée par Olivier, membre de l'institut de France, qui a décrit tous les insectes tepulœ muscŒf qui vivent sur la couronne ou collier des racines des céréales, et il a démontré qu'ils se multiplient indéfiniment, si le même sol présente la même récolte pendant plusieurs années successives, ou même des récoltes analogues. Mais s'il intervient une récolte de végétaux sur lesquels ces insectes ne peuvent pas vivre, p. e. des fèves ou des naveaux après du blé ou de l'avoine, toute la race de ces insectes périt sur ce champ au défaut d'une nourriture convenable à leurs larves. — (Mém. de la Société Royale d'Agriculture de Paris.)