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DES ENGRAIS, DE LA FERMENTATION, &C

Toute espèce de matière propre à promouvoir la végétation des plantes, peut être considérée comme engrais. Le traité chimique sur le sol et les engrais par Sir H. Davy, est un ouvrage de grand mérite. II a expliqué de quelle manière la plante se procure sa nourriture de substances animales et végétales.

Des substances animales et végétales déposées dans le sol sont consommées, comme nous le savons par expérience, pendant le procès do la végétation ; et elles ne peuvent nourrir les plantes qu'en leur donnant des matières solides propres à être dissoutes par l'eau. Donc le grand objet dans l'application de l'engrais devrait être de procurer aux racines des plantes autant de matière soluble que possible ; et cela d'une manière lente et graduelle de sorte qu'elle puisse entièrement être consommée en formant le sap et les parties organisées. Les engrais provenant d'animaux contiennent en général un excès de matières fibreuses et insolubles, qui doivent être soumises à un changement chimique avant de pouvoir servir de nourriture aux plantes. Plus il y a de gluten, d'albumine ou de matières solubles dans l'eau, dans les substances végétales exposées à la fermentation, plus le procès, toutes les autres circonstances étant égales, sera rapide. Les matières animales sont plus sujettes à la décomposition que les matières végétales, et durant l'action de leur fermentation il s'y forme l'acide carbonique et l'ammoniac. Lorsque les engrais consistent particulièrement en matières solubles n

i'eau, on devrait autant que possible empêcher leur fermentation ou putréfaction: et le seul cas ou la fermentation et la putréfaction peuvent être utiles c'est lorsque les engrais consistent principalement en fibres végétales ou animales. Pour empêcher la déçomposifion des engrais, ces derniers devraient être tenus secs, à l'abri du contact de l'air et aussi frais que possible.

Les qualités et la nature des engrais dont on se sert ordinairement devraient être connues de tout fermier. De différens engrais contiennent de différentes proportions des élémens nécessaires à la fermentation, et exigent un traitement différent afin de pouvoir produire dans la culture tout°leur effet. Toutes les plantes vertes contiennent des matières saccharines ou mucilagineuses, avec des fibres boiseuses et elles fermentent aisément. Comme engrais on ne peut donc pas s'en servir trop-tôt après leur mort. De-là l'avantage d'enterrer avec la bêche ou la charrue des champs couverts de végétaux soit naturels au sol, soit semés à propos ; on ne devrait pourtant pas trop les enterrer, autrement la fermentation sera empêchée par la compression et par l'exclusion de l'air. On devrait les enterrer, s'il est possible, lorsqu'ils sont en fleur, ou lorsque la fleur est prête à paraître ; parceque c'est à cette époque que ces végétaux contiennent la plus grande quantité de matière soluble, et que leurs feuilles préparent avec la plus grande activité des matières nutritives. Les récoltes vertes, les herbes aquatiques, la vase des fossés, n'exigent aucune préparation pour pouvoir servir d'engrais ; il en est de même d'aucune matière végétale fraîche, La décomposition procède lentement sous le sol, et les matières solubles sont graduellement dissoutes. Lorsqu'on relève d'anciens pacages et qu'on les rend arables, le sol n'a pas seulement été enrichi par la mort et le dépérissement lent des plantes qui y ont laissé des matières solubles, mais les feuilles et les racines des herbes qui y vivent dans le temps, et occupent une si grande surface, produisent des matières saccharines, mucilagineuses et extractives, qui deviennent la nourriture immédiate des récoltes et offrent par leur décomposition graduelle, un renfort pour des années à venir.

La paille sèche de blé, d'avoine, d'orge, de fèves et de pois, de foîn gâté ou aucune autre matière végétale sèche est, en tout cas, un engrais utile. En général on fait fermenter ces objets avant do les employer. Sir H. Davy dit : " il n'y a pas de doute que la paille de différens végétaux, enterrée immédiatement, offre de la nourriture aux plantes ; mais il y a une objection à se servir de la paille de cette manière, vu la difficulté d'enterrer une paille longue et parcequ'elle gâte l'économie rurale. Lorsqu'on fait fermenter la paille, elle devient un engrais plus aisé à manier ; mais alors aussi il y a une grande perte de matière nutritive. On obtient peut-être plus d'engrais pour une seule récolte, mais la terre en est moins améliorée qu'elle ne le serait, si toutes les matières végétales pouvaient être plus finement divisées et mieux mêlées avec le sol. C'est l'usage de mettre la paille, qu'on ne peut pas autrement employer, sur le tas de fumier, pour s'y décomposer et fermenter ; mais il vaudrait la peine d'un essai pour savoir, si on ne

pourrait pas n'en servir plus économiquement en la coupant en parties très-minces moyennant une machine convenable, et en la tenant sèche jusqu'au moment qu'on la mettrait dans la terre. Dans ce cas elle se décomposerait plus lentement, elle produirait moins d'effet au commencement, mais ses effets dureraient plus long-temps. "

Je suis décidément d'opinion que de la paille sèche enterrée judicieusement, donnera plus de nourriture aux plantes dans un tel sol, pendant une période de trois ans, qu'une égale quantité de paille appliquée après la fermentation.

Des matières tourbeuses, mêlées avec le fumier de cour feront un excellent engrais après une fermentation convenable. Les cendres de bois, corne, des cheveux ou crins, des guénilles de laine, des plumes, le rebut des différentes manufactures de peaux et de cuir, feront tous de Fendrais.

Ltes chevaux, les vaches, ou d'autres quadrupèdes qui meurent par accident ou par maladie, après qu'on leur a ôté la peau, sont souvent laissés exposés à l'air, jusqu'à ce que les oiseaux et les animaux de proie les aient détruits, et qu'ils soient décomposés ; et dans ce cas, la plus grande partie de leur matière organisée est perdue à la terre où ils gisent, et une grande portion sert à remplir l'atmosphère de gaz dangereux. En couvrant des animaux morts avec cinq ou six fois leur volume de terre mêlée avec une partie de chaux, s'il est possible, et les laissant dans cet état pendant quelques mois, leur décomposition pénétrerait le sol de matières solubles de sorte à en faire un excellent engrais ; et en y mêlant un peu de chaux vive lors de ce procédé, les exhalaisons désagréables seraient en grande partie détruites, et on pourrait s'en servir dans la culture comme d'autres engrais.

Le poisson forme un fort engrais, si on l'enterre frais, et en petite quantité. L'huile de baleine ou toute autre substance huileuse, mêlée avec de l'argile, du sable ou une terre ordinaire fait un bon engrais, qui conserve ses forces fertilisantes pendant plusieurs années.

En Angleterre, en Ecosse et sur le continent de l'Europe on emploie beaucoup les os. Plus il sont divisés, plus leurs effets sont grands. On les fait moudre et s'en sert en poudre. Pour se servir de cet engrais avec avantage la terre doit être sèche. On l'emploie ordinairement dans la culture des naveaus.

L'urine des animaux, mêlée avec des matières solides augmente beaucoup l'engrais. On prétend qu'elle contient les élémens essentiels des végétaux en état de solution.

Les vidanges des privés sont un engrais très fort, comme tout le inonde le sait, et dans quelque état qu'on s'en serve, soit avant ou après la fermentation, il procure abondance de nourriture aux plantes. On peut détruire son odeur désagréable en le mêlant avec de la chaux vive. Les Chinois, qui possèdent de plus grandes connaissances pratiques de Tusage et de Tapplication des engrais qu'aucun autre peuple connu, mêlent les vidanges de leurs commodités avec un tiers de leur poids de marie, en font des gâteaux et les sèchent en les exposant au soleil. On dit qu'e ees gâteaux n'ont pas une odeur désagréable, et sont un objet corn

mun du commerce de l'empire. Sechées et en état de poudre eles forment un article de commerce en France ; et h Londres on les mêle avec de la chaux vive et on les vend en gâteaux connus sous le nom de vidanges de privés sechées ( dessicated night soi) ).

liC fumier des chevaux, bêtes à cornes, moutons, a été soumis à un examen chimique par Thaër et autres, selon lesquels il contient des matières solubles à l'eau ; et donne en état de fermentation à peu près le même produit que les substances végétales. Il ne parait donc pas y avoir de raison pour le faire fermenter autrement que dans le sol, de même que les autres fumiers purs ; ou si on veut qu'il fermente, on ne devrait le laisser atteindre qu'un petit dégré de fermentation.

La fange des rues et des routes, les balayures des maisons peuvent être considérées comme des compostes (engrais artificiels) et peuvent servir sans fermentation.

La suie est un puissant engrais, dont on peut se servir lorsqu'elle est sèche en la jetant dans la terre avec la semence ; elle ne requiert aucune préparation.

En Hollande, en Flandre, dans les Pays-Bas, en France et en Suisse l'engrais liquide des étables et écuries est soigneusement ramassé, dans des réservoirs, dans lesquels on le laisse fermenter. Le plancher sur lequel sont tenus les animaux est de planches avec une inclinaison de quatre pouces de la tête aux parties postérieures dont les excrémens tombent dans une goutière derrière, ainsi que cela se fait dans les étables anglaises. La profondeur de cette goutière est de quinze pouces, la largeur de dix. Elle devrait être faite de manière h recevoir aisément l'eau d'un réservoir voisin ; elle communique avec cinq fosses par des trous qu'on ouvre pour y faire passer la glaire et que l'on ferme selon les circonstances. Ces fosses ou réservoirs sont couverts de planches un peu plus basses que celles sur lesquelles se trouvent les animaux. Cette couverture est nécessaire à la fermentation facile. Les fosses ou réservoirs sont faits en maçonne, bien cimentée et leur fond devrait être d'argile bien battue pour empêcher l'infiltration. Il devrait y en avoir 9, afin que le liquide ne soit pas troublé pendant la fermentation, qui dure plusieurs semaines. Leur dimension doit être calculée d'après le nombre d'animaux que contient l'étable, de sorte que chacun se remplit dans une semaine. Mais pleine ou non, doit être fermée à la fin de la semaine, pour pouvoir adopter un système régulier de les vider, ce qui se fait au moyen de pompes portatives. Le soir le bouvier ou garçon d'écurie verse une quantité convenable d'eau dans la goutière, et en y retournant le matin, il mêle soigneusement avec l'eau l'excrément qui y est tombé, en éclaircissant les parties les plus compactes, de manière h former un liquide égal et -courant. La qualité de l'engrais dépend de la manière parfaite de ce procédé. Le liquide ne doit être ni trop épais, pour que la fermentation ne soit pas difficile, ni trop léger, afin de ne pas contenir trop peu de matière nutritive. Dès que le mélange est fait on lui permet de descendre dans la fosse et la goutière de nouveau est pourvue d'eau. Toutes les fois que le gardien entre dans l'étable pendant le jour, il jette tout excrément qui se trouve sous les animaux

dans la goiUière, qu'on peut vider aussi souvent que le liquide est suffisamment épais. (Bulletin du comité d'agriculture de la société des arts de Genève.) Cette manière d'augmenter l'engrais produit par les bestiaux tenus dans i'étable, est généralement en usage en Hollande et dans les Pays-Bas, et dans beaucoup d'endroits en France et en Allemagne. Le froid sévère du Canada ne permettrait pas facilement d'adopter ce mode en hiver dans toutes les situations ; mais là oii l'on peut choisir des situations convenables aux bâtimens, on pourrait l'adopter pendant la plus grande partie de l'année, et sauver par là une immense quantité du meilleur engrais, qui actuellement est toujours perdu dans le sous-sol, ou em.porté dans les rivières.

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