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JACHÈRES

L'usage de jachérer les terres a été condamné par beaucoup de cultivateurs éminens, comme inutile, et comme ne produisant pas de bénéfice proportionnel à la perte d'une saison. Mais maintenant que la force de leurs argumens est épuisée, cette pratique loin de diminuer en Angleterre paraît plutôt s'étendre. L'argument le plus plausible qu'on ait opposé à cette pratique est que les récoltes en vert, surtout les turneps, qui pourraient remplacer les jachères, pourraient préparer la terre aussi bien pour le blé et rapporter des revenus et de quoi payer tous les frais

de culture. Quelque vrai que cela soit vis-à-vis l'Angleterre, qui a une population nombreuse et un climat favorable aux turneps, cependant ce n'est pas également appliquable au Canada. Les récoltes de turneps sont très précaires ici, et le marché des légumes y est très circonscrit. Leur culture ne reçoit pas d'encouragement, excepté pour la nourriture des bestiaux et dans les environs immétliats de quelques villes ; ils ne peuvent donc pas dans tous les cas prévenir la nécessité des jachères.

En vérité je ne sais pas comment on pourrait à présent rendre à la terre sa fertihté de manière à produire des récoltes profitables sans le secours des jachères. Il est nécessaire dans l.i plupart des cas de soumettre les terres aux labours, afin de les ensemencer comme il faut avec de la gr.iine d'herbe pour le pâturage ; et ou ne peut se procurer une suffisante quantiié d'engrais pour le faire dans les règles sans jachérer assez considérablement. Ce climat est très favorable à l'opération quand le fermier est actif et industrieux et essaie de faire les travaux de chaque saison dans le temps qui leur est propre, et ne laisse pas les opérations s'accumuler. Une ferme usée, épuisée par la négligence et une culture trop sévère, ne peut, dans la plupart des situations, atteindre un dégré de fertilité médiocre aussi promptement et à bon marché que par des jachères mortes (guérêts), bien exécutées.

Une bonne jachère doit toujours être labourée en automne aussitôt après la moisson que possible. Ces labours doivent être aussi profonds que le permet le terrain, et si le sol n'a pas jjIus de 6 a 8 pouces de profondeur ou amène un peu du sous-sol à la surface. Ceci tend beaucou») à approfondir le sol cultivé, car l'addition fraiche de la terre jusque là inculte s'incorpore ensuite avec le vieux sol, et facilite beaucoup la sfej)aration des racines des mauvaises her!)es durant l'action des jachères subséquentes, en les détachant complètement de toute adhésion au sous-sol ferme. Ces labours d'iiutomne ficilitent la décomposition du chaume et des mauvaises herbes. En donnant ces labours d'automne, on doit relever les planches et les exhaus.^er comme il faut afin de les conserver sèches et les exposera l'action de la gelée. Après que les champs sont labourés, on ouvre soigneusement avec la charrue toutes les rigoles intermédiaires et transveisnles, ensuite on les parcourt avec la bêche pour ôter tous les embarras, et ouvrir les saignées qui communiquent aux fossés des clôtures, là où c'est nécessaire, afin que les eaux puissent trouver une issue facile. S'il y a des creux, on trace des rigoles obliques avec la chnrrue, et là oiÀ elles croisent les autres rigoles on les ouvre soigneusement avec la bêche. Partout o\ï il paraîtra nécessaire de le f lire, on creusera avec la bêche des saignées transversales à travers les planches extérieures jusqu'aux fos?és, et on apportera toute l'attention possible pour ne laisser croupir les eaux dans aucun endroit du charhp. Cet é^^outage devra également se faire l'au* tomne suivant, quand la jachère sera préparée, laquelle, disposée en planches, sera soumise aux labours pour être ensemencée avec du blé le printemps suivant.

Le printemps, sitôt que les semailles sont finies, le terrain jachère se laboure de nouveau, est mis en planches ou tout d'une pièce. 11 se la-

boure ensuite sur le travers, et quand il est suffisamment sec, se herse comme il faut et, s'il est besoin, on le roule, et toutes les particules de racines de mauvaises herbes qui paraissent on les ramasse soigneusement à la main, on les dispose en tas et les brûle dans le champ, ou bien on les charrie sur un meulon de compost. Dans ce climat il n'est peut-être pas nécessaire de donner plus de labours, excepté quand on fait les guérêts d'automne pour les récoltes du printemps. Mais si les mauvaises herbes ne sont pas tout-à-fait extirpées du sol par les labours et le hersage qu'il a subis, on doit le labourer et le herser jusqu'à ce qu'elles le soient, ou l'ouvrage ne sera ni bien ni profitable. Dans le cours de ces opérations successives, la larve de divers insectes, ainsi que la semence des plantes parasites, sont amenées à la surface et deviennent la proie des oiseaux qui sont alors les meilleurs amis du fermier, bien qu'ils soient souvent proscrits comme ses ennemis les plus redoutables.

Lorsque la jachère est effectivement réduite en terroir, et libre de toutes racines de mauvaise» plantes, si on fait usage de chaux ou de fumier on les répand égalen:ient sur la surface, et on laboure la terre en planches de 8 ou 9 pieds de largeur, observant avec soin la régularité de la profondeur et de la largeur des tranches des sillons et bombant les planches par le milieu afinqvi'elles s'assèchent promptement pour les semailles du printemps. Les rigoles se nétoientjComme on l'a dit relativement aux premiers labours d'automne. Dans le cas ou on sèmerait du blé d'automne dans les jachères, le temps de le faire est quand on a répandu du fumier ou de la chaux sur la surface. Alors on l'enfouit avec la charrue, on fait les rigoles petites, et les planches comme si on laissait le terrain pour les récoltes du printemps. Ceci vaut mieux que de couvrir la semence avec la herse, pourvu que le sol soit bien émietté et bien préparé.

Les frais de ces jachères poiuTont peut-être détourner les fermiers de les entreprendre. En effet il vaut mieux ne pas les faire que de les faire mal, car c'est de la manière dont sont faites les opérations des jachères, ique dépendent, non seulement les récoltes de blés suivantes, mais en grande partie les récoltes subséquentes des prairies et le pâturage.

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