SOLS
La distribution des récoltes et le plan de leur alternat sont deux des premiers objets auxquels un fermier doit f lire attention. Quelque peu soucieux que les fermiers aient été jusqu'à présent à l'égard d'un bon assolement en Canada, c'est un point dont dépendent maintenant leurs profils plus que de tout autre. Ce sont le climat, le sol, le marché et les demandes qui décident en grande partie des récoltes que l'on doit cultiver.
L'expérience nous apprend qu'outre l'épuisement général de l'humus, ou nourriture végétale produite par la végétation, p iriiculièrement les plantes qui portent des semences farineuses, chaque espèce de récoltes a un effet spécifique sur le sol, de sorte qu'il n'est point de soins ni d'engrais qui puissent faire produire au même terrain des récoltes également bonnes, de la même espèce de grain, pendant un certain temps, sans l'intervention d'autres récoltes. Que cette circonstance soit due à quelques alimens nécessaires à chaque espèces de plantes en particulier, ou à ce que les plantes exotiques dégénèrent dans un sol étranger, ce fait est certain pour la plupart des récoltes ordinairement cultivées. Ceci démontre l'avantage de varier les récoltes selon qu'elles se suivent le mieux les unes aux autres. En général toutes sortes de grains réussissent mieux après une récolte coupée avant que la semence n'ait atteint la maturité, ou la tige le degré de siccité ordinaire. Les plantes qui ont la tige nue ou peu de feuille, prospèrent mieux après les plantes légumineuses, dont la tige est plus succulente et qui portent la semence dans des cosses, comme pois, fèves, vesce, ou après des racines succulentes qui s'enfoncent profondément dans la terre, comme carottes, panais, betteraves et même des patates. C'est à cette circonstance, confirmée par l'expérience universelle, que les divers systèmes d'assolement doivent leur origine, tout en prenant la nature du sol en considération.
Dans les Iles Britanniques, où les fermiers paient de fortes rendes sur (les beaux de courte durée, ils seraient (;xcusables ou justifiables peutêtre de détériorer les terres par des récolles rigoureuses ; mais ici il n'existe aucune nécessité de cette espèce, et par conséquent aucune justification. Les agriculteurs sont propriétaires, et s'ils épuisent le sol en cultivant au-delà de ce qu'il faut pour une bonne régie, ils peuvent être assurés de payer cher par la suite chaque récolle qu'il forceront mal à propos la terre à produire. Un agriculteur propriétaire, en traitant sa propre terre -avec adresse et expérience, s'il conn;iit la qualité de son sol et l'état de ses champ, saura quelles sont les récoltes les plus aptes à prospérer dans chaque ; il saura ce qui convient le mieux pour son propre usage et pour le marché, et il agira en conséquence. Mais s'il laisse ses terres maigrir faute de repos ou d'engrais, ou se couvrir de mauvaises herbes, il n'exerce pas l'expérience, le jugement et l'activité qu'il faut pour rendre ses travaux profitables, quelque soit son habileté ou son expérience.
Le système de rotation convient à tous ces sols, mais on ne peut in diquer de rotation propre à un sol en particulier et qui convienne en même temps à tous les terrains. Dans quelques situations beaucoup dépend des produits qui ont le plus grand uébit au marché ; au fait c'est ce qui doit influencer la rotation directement ou indirectement, dans chaque situation. Mais quelque système d'assolement que l'on suive, si les divers procédés qui lui conviennent sont bien exécutés, la terre s'épuisera rarement, ou si elle s'épuise soumise à un as-:olement judicieux, elle le serait bien davantage soumise à un autre système.
Les récoltes particulières qui entrent dans un assolement doivent s'accorder avec le sol et le climat, variées par les circonstances locales, telles que la proximité des villes, où il se fût généraîcnient des demandes pour les patates, les carottes, les navets, le foin, etc. Dans un district peu peuplé, les pois, les fèves, la vesce, le lin, le pacage, le trèfle et le tnW peuvent s'intercaler entre les récoltes de grain dans les sols glaiseux, et les patates, les carottes, le blé d'inde (maïs) le trèfle et le mil dans des loams secs et des sables. Une variété de plantes, telles que pois, vesce, lin, maïs, carottes, peut occuper une partie de cette division d'une ferme qu'on adistinée aux récoltes en vert, et dans des bonnes terres, bien administrées, on peut cultiver ces plantes pour préparer le sol pour les blés, sans peut-être avoir recours à une jachère, si ce n'est très rarement.
Une ferme d'un sol fort et riche, divisée en six champs ou enclos, peut être soumise de moitié à différentes espèces de plantes céréales, ou récoltes de grain, pois, fèves, vesce, racines, et pacage ; Tautre moitié aux herbes cultivées, aux prairies et au pâturage. La rott<tion et la distribution des récoltes peuvent se faire comme suit :
Un champ ou division, égal à un six ème du terrain arable, soumis aux blés si le sol convient, sinon on les remplace par l'orge ou par l'avoine. Le blé succède au vert, ou jachère d'été, puis la terre, avec cette récolte ou toute autre qu'on y substituera, ensemencée invariable^ ment de trèfle et de mil, ou autre graines d'herbe. Le deuxième champv
ou un sixième, labouré l'automne précédent après le pâturage, ensemencé en pois et en avoine, ou peut-être tout avoine. Le troisième champ, ou un sixième, (venant après l'avoine et les pois de l'année précédente) engraissé, puis des fèves, pois, patates, c.^rottes et lin ; et si le fermier ne trouvait pas assez d'engrais pour toute la division, il ])eut pacncer le reste, ou semer de la vcsce, ou quelques autres récoites en vert qu'il pourrait au besoin enfouir comme enivrais. Cette dernière division sera prête à recevoir du blé ou de l'orge au printemps suivant, L'autre moitié du terrain arable, comprenant trois champs ou divisions soumise aux prairies et au pâturage. Un champ, ou division, égal à un sixième du tout, soumis aux labours annuellement, remplacez la division ensemencé annuellement par la rècoUe de blé ou d'orge tel qu'il est dit ci-dessus.
Dans les fermes de sols légers ou sableux, divisée en neuf champs ou enclos, les labours ne doivent pas excéder en tiers du terrain arable, ou trois champ en labours et six en prairie et en pâturage. Par cet assolement la teire serait soumise à Therbe six ans sur neuf, au lieu de trois sur six comnsG dans la première rotation, le mode d'ensemencement pour la partie des labours, le même que celui du sol riche ou glaiseux, variant !a (iistributton des récoltes selon la qualité du sol, et introduisant du maïs dans cette rotation.
Il peut être expédient de varier ces assolemens. Le fermier qui a de l'expéri(nce saura quand et comment il liiudra le faire avec prudence. Toutefois je crois que plus l'assolement adoî)té en Canada approchera de ces rùgles générales, plus Tamélioration profitable de Tagriculture sera certaine. Ce système d'agriculture alterne, convient le mieux aux circonstances actuelles de cette province et de l'Amérique britannique. Soumises à ce mode agricole les terres seraient constamment en bon état et capables de produire des récoltes abondantes et excellentes, et quoique la plus grande portion puisse être soumise aux herbages cultivés, je suis bien convaincu que le produit brut des terres et les profits des fermiers peuvent être augmentés du double et du triple, si l'on applique judicieusement les produit-î, et si l'on introduit en grand l'élève et l'alimentation du bétail pour la laiterie et la boucherie. On peut cultiver en grande abondance dans cet assolement, pois, fèves, vesce et racines, pour nourrir le bétail et les cochons, et une plus grande quantité et une meilleure qualité de grain dans une année, que sous le système actuel on pourrait en produire dans deux.
Pas de nourriture, pas de bestiaux ; pas de bestiaux, pas d'engrais; pas d'engrais, pas de grain est une maxime qui devrait être imprimée dans l'esprit de tous les agriculteurs.
D'après un rapport de fermes choisies en Angleterre, une à Cumberland d'un excellent sol a adopté la rotation suivante : dans les sols de la medleure qualité, première année, jachère d'été, quelque fois des récoltes en vert ; dans l'un et l'autre cas, la terre parfaitement nétoyée, chaumée et fumée. Seconde année : blé avec des graines d'herbes pour le pâturage. Troisième et quatrièa e années . pâturage. Cinqième année : pâturage, chaumé ou fumé. Les sixième et septième an*
nées : pâturage, et labours d'automne pour l'arrivé au printemps suivant, suivi d'une jachère d'été, ou d'une récolte en vert.
Dans les sols graveleux : 1 année, récoltes en vert, forte fumure. 2. orge, puis de la graine d'herbe. 3 et 4, pâturage. 5me. année, pâturage et un enduit de compost. 6, 7 et 8me. années pâturage, 9me. année, avoine, de prés, puis on recommence l'assolement.
Il n'est pas étonnant que des terres cultivées de cette manière soient constamment d^ms le meilleur état, produisant de 34 à 38 boisseaux impériaux de blé à Facre, sur une moyenne d'années favorables ; et je suis bien persuadé que ce mode d'assolement est plus profitable de toutes façons que le système épuisant de récoltes Constantes, quelque bien labourrée et fumée que soit la terre.
Ne pas répéter la même espèce de récolte à des intervalles trop courts, est, relativement à la rotation des récoltes, une règle qu'on doit observer strictement. Queiqu'en soit la cause, qu'elle se trouve dans la nature du sol ou des plantes elie-mêmes, l'expérience nous prouve clairement l'avantage d'introduire une diversité d'espèces dans tous les modes d'assolement. Dans les terres neuves, ou dans les terres p;)turées pendant plusieurs années^ avant d'être soumises de nouveau à la charrue, il n'est peut-être pas aussi nécessaire d'adhérer strictement à cette règle, mais il est généralement reconnu que le blé, et autres pLmtes céréales, dégénèrent si on les sème à tous les deux ans sur la même terre pendant long-temps.
On présume que le blé ne peut atteindre la perfection, terme moyen, si on le cultive plus fréquemment qu'une fois à tous les cinq ans sur la même terre. Les fèves, les pois, les patates, les carottes et le trèfle incarnat, que l'on peut appeler récoltes en vert, deviennent moins productifs, et bien plus sujets aux maladies, lorsqu'ils entrent dans le mode, sur la même terre, à tous les deux, trois, ou quatre ans. On ne sait pas encore ce que doit être cet intervalle, et d'après le grand nombre d'années qu'il faut pour continuer les expériences, afin d'obtenir un résultat certain, on ne pourra probablement pas le déterminer avant que les parties qui composent les sols, surtout l'espèce de nourriture que chaque espèce de plante tire du sol, n'aient été plus pleinement étudiées. Cependant tous les bons fermiers éviteront d'outrer leur culture et de traiter la terre de manière à épuiser ses forces, comme le plus grand de tous les maux.