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PATURAGE

Dans un pays tel que le Canada, où la main-d'œuvre est chère, la terre semée en herbes peut, jusqu'à un certain point, être aussi profitable au propriétaire, qu'elle le serait sous toute autre culture. En effet on ne peut pas avantageusement continuer la culture en grains qu'en y joignant la prairie, le pâturage et en y élevant des animaux.

Le terme prairie inclut toute terre tenue en herbe pour en faire du foin. Où il y a grand débit de foin, p. e. près des grandes villes, on peut appliquer une grande portion de terre au foin, pour rencontrer le besoin du marché. Les meilleures prairies sont celles qui sont naturellement Immides plutôt que sèches, ou qu'on rend telles par l'irrigation. Il y a trois espèces de ces prairies ; celles sur les bords des rivières ou des fleuves ; celles dans les terres hautes ou plus élevées, et les prairies des marais ou fondrières.

Les prairies riveraines, c'est-à-dire celles qui sont situées au fond des vallées, sont en général les plus avantageuses. Elles produisent le plus d'herbe et de foin, donnent de la nourriture aux animaux pendant l'été et l'hiver, et produisent une source perpétuelle de fumier pour l'amélioration des terres voisines. Le sol est profond, et ordinairement c'est une terre d'alluvion, déposée par Peau ou amenée des hauteurs voisines ; la surface est plane, par la même raison, et, ce qui est d'une grande importance, elle a généralement une pente ou un ègout de surface vers la rivière ou le fleuve, qui ordinairement se trouve dans la partie la plus basse de chaque vallée, et qui est essentiel à cette espèce de prairie. Les défauts principaux de ces terres ce sont les sources, qui surgissent vers la jonction des terres élevées, et les inondations de la rivière ou du fleuve. On remédie au premier défaut en égoutant, et au dernier dans quelques situations par des digues ; mais c'est un remède qu'on ne peut pas souvent employer en Canada; il vaudra mieux, lorsque lu rivière n'est pas bien large, améliorer les cours d'eau, s'il est possible, en éloignant les obstructions, et en les redressant, s'il est nécessaire. De pareilles prairies seront généralement fournies d'herbes, précieuses en raison que la terre est judicieusement asséchée ; la culture de ces herbes consiste rarement en autre chose qu'à entretenir judicieusement l'assèchement par des rigoles et égouts pour amener l'eau de pluie et en fauchant et paccageant alternativement, de manière à tenir la terre en bonne condition sans l'application des fumiers. Celles-ci sont les prairies les plus convenables pour l'irrigation, qui peut s'y faire à moins de dépens, que dans des prairies dont les surfaces sont en pente et inégales, qui sont bien plus difficiles à arroser.

Les prairies des hauteurs sont les plus avantageuses après celles des vallées. Dans ce pays il n'y a pas beaucoup d'acres de hauteurs pro-

près à une culture arable, et qui sont permanemment tenues en prairies, comme en Angleterre ; il ne serait pas non plus nécessaire si on avait adopté un système convenable d'économie convertible. Près des villes, des prairies permanentes pourraient être utiles, et tenues pendant plusieurs années en treffle, sain-foin et mil, par l'engrais des surfaces. Les racines d'herbes perpétuelles, qu'elles soient fibreuses ou rampjintes, ne pénètrent pas bien avant dans la terre, et prennent donc leur nourri* tiire uniquement de la surfiice ; et traitant celle-ci de composte ou de fumier bien pourri, on obtiendrait les plus beaux retours, comme cela s'est fait en Angleterre depuis des siècles. Les terres qui sont riches ne produisent pas de mousse. Un moyen effectif de la détruire c'est de bien herser la surface, de l'améliorer avec du fumier, et d'y semer quelque nouvelle graine d'herbes.

Dans un système d'économie rurale convertible, où la terre ne reste en herbe que pendant trois ans, soit comme prairie soit comme pâturnge, les prairies n'auront pas besoin de beaucoup d'engrais. Si elles sont semées en bonne condition elles donneront deux retours de la prairie et seront paccagées la troisième année avant d'être labourées encore. Lorsque la terre reste six ans en herbe, en la paccageant la troisième, quatrième et sixième année, beaucoup d'engrais ne sera pas requis ; mais dans tout cas, si la prairie est fauchée trois ans de suite, il sera nécessaire de l'engraisser avant d'enlever la troisième récolte, et ensuite chaque deuxième année qu'elle donne un retour de foin sans paccage. La meilleure saison dans ce climat pour l'application des fumiers c'est depuis la mi-septembre jusqu'à la fin d'octobre, s'il est possible et que la terre est assez sèche pour porter sans dommage des voitures chargées. A cette époque la chaleur du jour est modérée, et ne fera pas évaporer les parties volatiles du fumier, comme cela serait le cas, si la chaleur du soleil est plus forte. Si le fermier ne peut pas mener convenablement son fumier en automne, pour le répandre dans le champ pendant l'hiver, il le fera avec succès vers la fin de mars ou au commencement d'avril, lorsque la neige a disparu, en faisant attention de ne pas couper la surface avec la voiture. Si le fumier est appliqué en printemps, il faut qu'il soit bien pourri, ou en composte, et si on ne peut pas le faire de bonne heure, il peut tout aussi bien être réservé pour l'automne ; mais si on le fait assez de bonne heure, l'herbe poussera bientôt au-dessus et le protégera des effets du temps.

Il y a à peine une espèce de fumier qui, répandu sur la surface des terres en herbe ne serait avantagetix. Les levées des fossés et des égoûts enlevées avec la bêche et tournées deux ou trois fois, améliorent beaucoup les prairies sur lesquelles on les répand. Des compositions de fumier et de terre, bien mêlées et bien pourries, ou de terre et de chaux, feront très bien à la surface ; elles sont en effet le meilleur engrais des prairies. La quantité du fumier nécessaire doit grandement dépendre de l'état de la terre ; et la quantité qu'effectivement on y applique dépendra de la flicilité de se le procurer et de l'industrie et de l'habileté du fermier. Trente charges de fumier d'un tombereau à un cheval, suffira pour un arpent ; mais il faudra de 40 à GO charges de composte,

c'est-à-dire en allouant une charge par 35 verges d'une planche de 9 à 10 pieds de large, à 4-0 charges ou une charge à 22 verges de la même espèce de planches, à 60 charges l'acre. Si le fermier a une plus grande quantité de fumier à sa disposition il peut l'appliquer très avantageusement. Je crois qu'en engraissant la surface des prairies lorsque c'est nécessaire et en bonne saison, le fermier en retirera d'aussi bons rerours que d'aucune autre façon qu'il puisse employer le fumier en agriculture. 11 est certain d'avoir^du mil et du treffle sans de nouvelles semences.

Les prairies des marais ou fondrières sont de deux espèces : les tourbeuses et les terreuses. Les tourbières sont situées dans les bas-fonds ou bassins, dont les eaux n'ont pas eu un égout naturel pour les assécher parfaitement, et qui se sont remplies de plantes aquatiques et de mousse. Dans des climats chauds et humides, ces sortes de marais, si on peut les égouter comme il faut et améliorer moyennant une couche de sable, de terre ou de chaux, produiraient beaucoup de treffle ou de mil, et d'autres herbes de moindre valeur. Ces sortes de terres pourraient être rendues très profitables en Canada. Dans des étés très secs les égouts principaux pourraient être fermés par une digue, pour fournir au sol l'humidité nécessaire, et ces fondrières sont ordinairement si planes, que l'humidité pourrait être facilement répandue.

Les prairies de marais terreux sont situées dans les bas-fonds ou sur les pentes, et sont formées par l'accumulation de l'eau dans le sous-sol, qui, ne trouvant point de passage dans un point, s'étend en dessous et s'infiltre en montant sur une grande étendue de surface. Les herbes de ces prairies sont de peu de valeur avant qu'elles ne soient égoutées ; mais en les égoutant, leur qualité sera am.éliorée et il en paraîtra de meilleures.

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