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CHAPITRE IX

CYANURE FERROSO-POTASSIQUE ; CYANURE FERRÏCO-POTASSIQUE ; BLET' DE PRUSSE.

Formule . Cy^

Équivalent . 1 64,96 X 2 =z 329,91

§86. Le carbone et le nitrogène, placés dans des circonstances convenables , s’unissent pour donner naissance à un composé remarquable à plus d’un titre , le cyanogène. Ce corps , en effet, tout composé qu’il est, nous fournit l’exemple frappant, et pendant longtemps unique, d’un corps qui se comporte à la manière du chlore , du brome , du soufre , etc. , que nous considérons comme des corps simples. Le cyanogène est susceptible de former de belles combinaisons avec un grand nombre de corps simples tantôt isolés et tantôt réunis , et cqnstitue ainsi ce que l’on appelle des cyanures simples et des cyanures doubles. Nous allons d’abord nous occuper du plus important d’e ces cyanures , attendu que toutes les autres préparations du cyanogène en dérivent directement ou indirectement.

Cyanure ferroso-potassique .

Formule . Cy2 Fe + 2 Cy2 K -j- 3 H - O

Équi valen t . 2616,21

§ 87. C’est ordinairement sous le nom de prussiate de potasse que ce sel est livré par le commerce ; il est aussi connu sous celui de cyanure jaune , ainsi que sous la dénomination de ferrocyanure de potassium.

On prépare ce sel en grand en calcinant au rouge un mélange de charbon animal, de matières animales et de carbonate

potassique. Il est livré aux industriels dans un très grand état de pureté. Ses cristaux de couleur jaune-citron se présentent sous forme de prismes raccourcis , tronqués sur les arêtes et les angles , ou de table dérivant de l’octaèdre. Sa densité est égale à 1,832; il ne s’altère point à l’air; mais chauffé à 100°, il perd environ 13 p. 0/0 d’eau et devient anhydre. Il exige h parties d’eau froide et seulement 2 parties d’eau bouillante pour se dissoudre. L’alcool , dans lequel il est complètement insoluble , le précipite même de ses dissolutions aqueuses. La couleur de ce sel n’est pas toujours la même ; quelquefois , au lieu d’être jaune-citron , elle est d’un jaune grisâtre : cette teinte doit être attribuée à la présence d’une petite quantité de sulfure ferreux.

§ 88. Applications. Depuis qu’il est connu , le cyanure fer roso-potassique a servi à la préparation du bleu de Prusse. On l’emploie aussi à la fabrication du cyanure rouge ou cyanure ferrico-potassique , soit en dirigeant un courant de chlore dans une dissolution de cyanure jaune jusqu’à ce qu’elle cesse de précipiter en bleu les sels ferriques , soit en faisant bouillir une dissolution de ce cyanure avec une certaine quantité de chlorure de chaux ou de bichromate potassique. On explique cette transformation en admettant qu’une certaine quantité dé cyanogène du cyanure potassique se trouve déplacée et transforme le cyanure ferreux en cyanure ferrique , lequel , venant à se combiner avec le cyanure potassique non décomposé , donne naissance au cyanure ferrico-potassique, en même temps qu’il se produit du chlorure potassique. C’est au reste ce qui ressort mieux encore de la formule ci-après :

% (Cy2 Fe -j- Cyi K2) -f Cl2 = CP K + (Cf Fe2 Cyr- K3).

L’un et l’autre de ces sels, les cyanures jaune et rouge, sont employés dans la préparation des bleus et verts d’application , sur coton , sur soie, sur laine et sur chaîne coton. La couleur bleue est due le plus souvent à la destruction de ces sels

parles acides, et à l’oxidation du produit qui en est le résultat par l’oxigène de l’air ou de certains agents oxidants.

On les emploie enfin comme réactifs propres à déceler la présence de certains métaux tenus en dissolution dans l’eau, lorsqu’ils sont à l’état salin.

Bleu de Prusse.

§ 89. Le bleu de Prusse ou bleu de Paris se livre dans le commerce en pâte et en tablettes ; dans le premier cas il est hydraté, dans le second il a été desséché. Sous ces deux états il se présente avec des qualités différentes de nature et de nuances , qui proviennent ou des matières étrangères que la fraude y associe , ou des divers procédés à l’aide desquels on l’obtient , et qui sont les suivants :

a. On précipite un sel ferrique (le nitrate, le chlorure ou le sulfate ) par une quantité suffisante de cyanure ferroso-potassique , en évitant toutefois que ce dernier soit en excès .

b. On précipite une dissolution de sulfate ferreux par le cyanure ferroso-potassique , et l’on expose à l’air le précipité blanc ainsi obtenu jusqu’à ce qu’il arrive à la teinte bleue voulue , en se saturant d’oxigène.

c. On précipite une dissolution de sulfate ferreux par une dissolution de cyanure ferroso-potassique, contenant chacune six parties de sel dans quinze parties d’eau. Sur le précipité on verse une partie d’acide sulfurique et vingt-quatre parties de chloride hydrique fumant; et enfin pour l’oxider, on ajoute peu à peu à ce mélange une partie de chlorure de chaux dissous dans quatre-vingts parties d’eau.

cl. On précipite comme ci-dessus une dissolution de sulfate ferreux par une dissolution de cyanure ferroso-potassique , et l’on oxide le précipité , qui est blanc-bleuâtre , soit par un courant de chlore, soit, ce qui est préférable , par une certaine proi. 7

portion d’acide nitrique que l’on fait chauffer avec ce précipité sous l’ influence de l’eau.

e. On précipite une dissolution de sulfate ferreux par une dissolution de cyanure ferricO-potassiqué (Cyanure rongé).

f. On mélange dans des proportions convenables une dissolution de sel ferrique (le chlorure , le nitrate ou le sulfate) avec une solution de cyanure ferrico-potaSsiqüe ; il ne se forme point d’abord de précipité; mais par l’action d’un corps réducteur que l’on met en présence , il se produit sur-le-champ un très beau bleu. Comme agent réducteur, nous employons le chlorure stanneux ou bien l’acide sulfureux. Avec le premier on obtient un bleu clair de toute beauté; avec le second, en portant le mélange à l’ébullition , on produit un bleu beaucoup plus intense , mais qui est sujet à prendre une teinte verdâtre que n’offre jamais le bleu réduit parle chlorure stanneux.

Enfin des fabricants de bleu de Prusse, durant la précipitation de cette couleur, déterminent simultanément Celle d’une certaine quantité d’alumine hydratée, qui en change la nuance et en diminue la richesse ïlÿen à meme qui, sans respect pour les intérêts du consommateur , incorporent dans le bleu de Prusse d’assez fortes proportions d’empois d’amidon, qu’ils dissimulent complètement en le colorant par l’iode.

§ 90. Ces conditions diverses dans lesquelles nous venons de voir se former le bleu de Prusse nous expliquent les différences constatées dans la composition dé cette couleur.

Le bleu de Prusse ordin. est forme de Gy 18 Fe: z=z 3 Fe Cy2 -f- 2 (Fe2 Cy6) Le bleu de Prusse basique — de Cyl8 Fe9 O3 zrz 3 Fe Cy ■ + 2 (Fe*

Cÿ6) + Fe2 O-

Le bleu de Prusse soluble — de Cy12 Fe4 K ^ 2 Fe Cy ’ -f- Fe2 Cy6

+ KCy2

Le bleu de Prusse obtenu par le

cyanure rouge et uii sel ferreux deCy13 + Fe5n= 3 FeCy3 -f- Fe ‘ Gy g

Ce dernier se distingue facilement des autres ; bouilli avec

le cyanure ferroso-potâssique , il se décompose en cyanure double de fer et de potasse insoluble, ainsi qu’en cyanure rouge (cyanure ferrico- potassique) qui reste en dissolution dans l’eau.

Lorsque la fécule est en forte proportion dans le bleu de Prusse , on l’y reconnaît à la propriété qu elle à dé se fondre et dé se boursoufler sur les charbons ardents , tandis que dans les mêmes circonstances le bleu de Prusse pur ou mélangé souvent d’une petite quantité de fécule , se décomposé sans s'e fondre. Dans tous les cas , qu’il y ait peu ou beaucoup de fécule , on fait bouillir le bleu de Prusse dans une eau aiguisée d’acide sulfurique qui transforme la fécule èn sucre ; on filtre la liqueur , on la sature ensuite par une quantité 'convenable de craie; on là filtre de nouveau, et on l’évapore pour là débarrasser du sulfate calcique retenu en dissolution. Ôn obtient en dernier lieu une liqueur sucrée qui , en pMsënêi de la lévûre de bière , subit la fermentation alcoolique , c’est-à-dire se transforme en alcool et en acide carbonique. La quantité de cés deux derniers produits est proportionnelle à la quantité de fécule ajoutée au blëu de Prusse. L’iode , qui est le réactif le plus propre à déceler la présence dé la fécule , qu’il colore en bleu , ne peut guère être employé dans le genre d' investigation qui nous occupe , parce que la nuance qu’il acquiert èn se combinant avec la fécule , se confond avec celle du bleu de Prusse maintenu en suspension.

Pour découvrir dans certains bleus de Prusse l’alumine qui s’y rencontre , on calcine dans un petit creuset de platine ou d’argent un mélange de ce bleu, de nitrate et d’hydrate potassique. La calcination achevée , on traite la masse calcinée par trois ou quatre fois son poids d’eau ; on fait alors bouillir le tout, puis on le filtre. La majeure partie du fer reste sur le filtre ; la liqueur qui passe au travers est alcaline , et on la sature par une addition convenable d’acide nitrique jusqu’ à ce qu’elle ait acquis une réaction acide : on y verse ensuite de l’ ammoniaque ou du

carbonate ammonique qui détermine un précipité gélatineux d’alumine, quand cette dernière base fait partie du bleu de Prusse qu’on examine. Comme ce bleu est plus ou moins basique , rien n’est plus facile que de doser l’oxide de fer qu’il contient parfois en excès ; il suffit de le faire bouillir avec, une dissolution de potasse caustique qui le transforme en cyanure ferroso-potassique : il se dépose une quantité correspondante d’oxide ferrique qui , recueilli sur un filtre , lavé , desséché et pesé f fait connaître le poids du fer ; ce poids , comparé à celui que fournit le bleu de Prusse pur , permet de juger si l’échantillonqu’on essaie est ou non basique. On sait que cent parties de bleu de Prusse pur contiennent hhji de fer.

Enfin le bleu de Prusse en pâte étant hydraté contient des quantités variables d’eau qu’on évalue en desséchant à 100° un poids donné de ce produit.

§ 91. Applications. Le bleu de Prusse employé comme couleur d’application s’imprime, tantôt simplement délayé et épaissi, et alors il ne pénètre pas dans les tissus , il ne fait que les couvrir; tantôt préalablement dissous dans un acide, et dans ce cas il imbibe le tissu, et par l’intervention d’un agent convenable , y devient insoluble et adhérent. En outre, comme le bleu de Prusse s’allie à diverses couleurs jaunes , il entre comme partie constituante dans plusieurs verts d’application.

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