‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 45 sur 109 · CARBONATE ET HYDRATE POTASSIQUE · texte numérisé non relu

CARBONATE ET HYDRATE POTASSIQUE

Carbonate potassique.

Formule . .CK

Équivalent . 866,35

§ 105. 11 ne se trouve guère que dans les laboratoires ou dans les pharmacies, où on le vend sous le nom de sel de tartre. Celui

qu’on rencontre dans le commerce est livré sous le nom générique de potasse, qu’on distingue en potasse Perlasse, de Russie, d’ Amérique , de Trêves, de Dantzig et des Vosges.

Ces potasses, qui s’obtiennent toutes par la lixiviation des cendres de bois, l’évaporation de la lessive et la calcination du salin provenant de cette opération, ne sont point du carbonate potassique pur; car, outre ce dernier sel, elles renferment toujours des sulfates et des chlorures. On démontre la présence de ceux-ci en saturant 2 ou 3 grammes de potasse par l’acide nitrique pur, mis en léger excès, et en ajoutant successivement à des portions de la liqueur : 1° du chlorure bar ytique qui y détermine un précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique; 2° du nitrate argentique qui y produit un- précipité caillebotteux de chlorure argentique insoluble dans l’acide nitrique , et soluble dans l’ammoniaque. Enfin on trouve dans les potasses du commerce des silicates qui restent pour résidu de là lixiviation des potasses par l’eau, et souvent aussi des oxides de fer et de manganèse , à la présence desquels il faut attribuer la coloration de certaines'potasses. Tous ces corps s’y rencontrent en proportions variables, parce que, d’une part, les diverses espèces de bois dont on se sert pour la fabrication de ces potasses ne fournissent pas des cendres identiques, et que, d’une autre, les mêmes espèces de bois cultivées dans des terrains différents produisent des cendres dans lesquelles la nature, et la proportion des matières salines ne sont pas toujours les mêmes.

D’après M. Berthier, 100 parties de cendres provenant des bois ci-après, contiennent :

Chêne.

Tilleul.

Bouleau.

"Sapin.

Pin.

Potasse avec plus ou moins de soude .

Acide carbonique .

• — • sulfurique .

— hydrochlorique. . .

— silicique .

Le tableau suivant de Vauquelin, qui a fait un travail étendu sur les différentes espèces de potasse du commerce (1), fait connaître la nature et la proportion des matières salines qu’elles contiennent.

nOms des potassés.

Potasse

réelle.

Sulfate

depota-.se

Muriate

de potasse

Résidu

insoluble.

Aciiie

b'oniqu'è et eau.

Total

Potasse de Russie 1 1 52 .

— - d Amérique —

=*=• perlasse — !

— de Trêves

— deDanzig —

*»» des Vosges » —

US

On doit faire remarquer qu’à l’époque où Yauquelin faisait son travail , on n’était point encore fixé sur la composition de l’oxide potassique, et que la pierre à cautère, combinaison d’eau et d’oxide potassique qui est un véritable hydrâte , était envisagée comme un oxide pur ; il est donc indispensable de retrancher de chacun des nombres indiquant la quantité de potasse pure , celle de l’eau dont il n’a pas tenu compte. On sait que 100 parties d’hydrate potassique sont formées dè 83,09 d’oxidë potassique, et de 10,01 d’eau.

Par conséquent , pour savoir côiîibien- il y a de potasse réelle dans un poids donné , P étant la quantité de potasse trouvée par Yauquelin , on opère comme suit :

- — — ~--r — ™ la quantité de potasse privée d eau qu il renferme. T

D’après le tableau qui précède , 1152 de potasse de Russie

(4j Annales de chimie, t. XL, p. 273.

contiendraient 777 de potasse réelle ; mais en retranchant de ce chiffre la quantité d’eau , on trouve

§ 106. Les potasses étant toujours employées en dissolution , et en vertu de l’oxide potassique qu’ elles renferment, nous invitons le fabricant à leur faire subir le procédé peu dispendieux de purification qui consiste à délayer la potasse dans une très faible portion d’eau. Le carbonate tombe en déliquescence, et par une exposition à l’air et une décantation , peut êtrè séparé de la majeure partie des sulfates et des chlorures. On lave le résidu avec un peu d’eau , et cette eau sert à traiter une nouvelle quantité de potasse. Par ce moyen si simple, on obtient des dissolutions de carbonate potassique qui ne renferment que de très petites quantités de sulfate et de chlorure ; il ne reste plus alors qu’a mettre ces dissolutions dans un vase de fonte ou elles se conservent , et à déterminer combien , sous un certain volume , il se trouve de potasse réelle. Cette dernière quantité étant connue dans toutes les circonstances où s’emploie la potasse , on pourra toujours , à l’aide cl’un calcul très simple , substituer le volume au poids. Voyez au chapitre suivant les èàsaïs alca limèiri'ques des soudes et des potassés .

Dans certaines fabrications , dans celles du salpêtre et de l’alun par exemple , là valeur des potasses s’établit d’après la quantité de potasse réelle qui s’ÿ trouve à l’état de chlorure , dë sulfate ou de carbonate, parce qu’en définitive la potasse de tous ces sels est complètement utilisée. Dans l’art qui nous occupe , une potasse du commerce n’a de valeur qu’en raison delà potasse carbonatée ou hydratée qu’elle renferme , d’où Ü résulte que la valeur d’une potasse se déduit de son titre alcalimét'rique , c’est-à-dire de la quantité d’acide qu’un poids donné de cette base est susceptible de saturer. Cette évaluation , toute simple quelle paraît d’abord, se complique par la pré-

sence d’une certaine quantité de soude que les fabricants de potasse ajoutent quelquefois à celle-ci pour en augmenter le degré alcalimétrique. 3,90 de soude, saturant autant d’acide que 5,89 d’oxide potassique , on voit qu’il ne faut ajouter que peu de soude à la potasse pour changer la valeur de celle-ci.

Quand la potasse contient de la soude , on le reconnaît au moyen de l’antimoniate potassique qui précipite cette dernière ; alors , pour ne pas être trompé dans la détermination du titre de la potasse, il faut, pour l’essayer, prendre de cette base un poids égal à celui que l’on prendrait s’il s’agissait d’essayer une soude.

§ 107. Applications. Le carbonate potassique sert principalement à la préparation de la potasse caustique , ainsi qu’à la formation directe des sels potassiques , tels que le citrate , l’arséniate , le tartrate et l’oxalate , etc.

Sa dissolution étendue est employée pour dissoudre la couleur du carthameet de quelques autres matières colorantes.

Hydrate potassique.

Formule . K -j- H2 O

Équivalent . 702,42

5} 108. Ce composé solide est connu dans les pharmacies sous la dénomination de pierre à cautère, et dans les laboratoires sous celles de potasse caustique et de potasse à la chaux. Quand on l’a dissoute par l’alcool pour la purifier des sels insolubles dans ce véhicule , elle reçoit le nom de potasse à l'alcool , et ne sert que pour des expériences de laboratoire. Celle dont on fait usage dans les ateliers d’impression est toujours liquide , et s’y prépare de la manière suivante : on prend une chaudière en fonte de fer ou de tôle , qu’on chauffe directement sur un fourneau , ou dans laquelle on fait arriver un courant de vapeur pour en élever la température. Dans ce dernier cas , on peut remplacer la chaudière de fonte par un baquet de bois, mais celui-ci ne tarde pas à être fortement attaqué. On verse dans

cette chaudière une certaine quantité de carbonate potassique purifié, comme nous l’avons dit page 111. Sur une partie de carbonate sec, on ajoute sept à huit parties d’eau , et l’on porte le tout à l’ébullition ; alors on verse peu à peu et par petites portions dans la dissolution bouillante, d’une aune partie et demie de chaux vive préalablement éteinte et délayée dans l’eau nécessaire pour en faire une bouillie ci aire. Le mélange de celle-ci au carbonate potassique doit se faire de telle sorte que l’ébullition ne soit point interrompue. Moyennant cette précaution, le carbonate calcique qui se forme est grenu , lourd , et tombe facilement au fond du vase. Quand on a ajouté environ les 2/3 de la chaux , on prend une portion du liquide qu’on passe au travers d’un filtre de papier joseph , et qu’on verse ensuite dans quelques grammes d’acide nitrique ou de chloride hydrique. S’il seproduitune effervescence, on continue de chauffer et d’ajouter de la chaux jusqu’à ce que tout l’acide carbonique du carbonate potassique ait abandonné l’oxide potassique pour se fixer sur la chaux. Cette décomposition achevée, on met le vase à l’abri du contact de l’air , et on laisse déposer la liqueur, qu’on décante, lorsqu’elle est devenue claire , dans des vases appropriés. Le dépôt est lavé avec deux ou trois fois le volume de l’eau primitivement employée. Quand les eaux de lavage sont assez fortes , elles sont utilisées seules ou mélangées avec la première liqueur ; dans le cas contraire , on les soumet à une évaporation pour les concentrer; mais mieux vaut, surtout quand il s’agit des dernières eaux de lavage, les faire servir à une nouvelle opération.

Pour la préparation de l’hydrate potassique (potasse caustique) , on ne doit point perdre de vue :

1° Que la double décomposition du carbonate potassique par l’hydrate calcique ne s’effectue convenablement qu’autant que ce dernier hydrate est lui-même bien formé ; •

2° Que la chaux ne s’empare de l’acide carbonique que sous l’influence d’une grande quantité d’eau, et qu’en conséquence

il !l MATIÈRES PREMIÈRES INORGANIQUES.

la double décomposition est d’autant plus rapide qu’il y a plus d’eau en présence. Ce qui le prouve d’une manière évidente , c’est que le carbonate calcique est décomposé avec formation de carbonate potassique par l’hydrate de la même base quand on le met, à l’état de craie en contact avec une solution concentrée d’hydrate potassique.

En tenant compte de ces observations , le fabricant qui n’aura pas besoin d’une lessive très forte pourra , par l’addition d’une convenable quantité d’eau , favoriser beaucoup la double décomposition qui doit s’opérer entre le carbonate potassique ët l’hydrate calcique, tout en réduisant considérablement la proportion de ce dernier composé. Nous voyons, en effet, qu’en supposant purs le carbonate potassique et la chaux employés , et qu’en faisant abstraction des causes que nous avons signalées comme pouvant influencer la double décomposition , cette dernière s’effectuerait entre 86/j. de carbonate potassique et 350 d’oxide calcique , tandis que dans la pratique il faut une quantité de chaux jusqu’à trois fois plus considérable que celle qui est chimiquement nécessaire.

Nous ne donnons point ici les tables des densités des dissolutions de potasse caustique correspondantes à la potasse libre qui s’y trouve , attendu que les sels étrangers (sulfates et chlorures potassiques et sodiques) qui accompagnent cette dernière se rencontrent dans ces dissolutions en proportions qui varient avec la qualité des potasses dont on s’est servi pour les préparer , et que si le carbonate potassique n’a pas été convenablement purifié , les corps étrangers sont comptés à l’aréomètre comme potasse libre , et ne pouvant remplacer celle-ci , exposent le fabricant à de fâcheux mécomptes. Mais on peut toujours , quand une opération est terminée , prendre 55 c. c. de la liqueur, l’étendre d’eau, si elle est très concentrée, de manière à en fofrner un demi-litre, puis procéder à l’essai alcali métrique'', afin de connaître combien elle renferme dépotasse ruelle. (Voy. p. l/i()-l/j3.)

life

§ 109. Applications. Certains fabricants se servent encore aujourd’hui de l’hydrate potassique pour enlevage sur fond bleu de Prusse , pour la préparation de l’aluminate potassique; pour celle du stannate de même base, et pour dissoudre le rocou. Toutefois leprix élevé qu’ont atteint les potasses du commerce, par suite de la consommation qu’en font les cristalleries et les fabriques d’alun , a eu pour conséquence d’en réduire considérablement l’emploi dans les ateliérs d’impression. Par économie, on y substitue dans tous les cas possibles la soude caustique. Dans le lessivage des toiles , par exemple , la soude a complètement remplacé la potasse, dont on faisait autrefois une si grande consommation. Il n’y a plus guère que la fabrication des savons pious et verts, etc., qui réclame impérieusement cette base; et encore des mélanges de corps gras , saponifiés par la soude , peuvejit-ils conduire à peu près aux mêmes résultats. Comme tous les autres hydrates alcalins , l’hydrate potassique peut servir, moyennant l’influence simultanée de certains corps avides d’oxigène , à déterminer la désoxidation et la dissolution de l’indigo bleu. (Voyez Bleu d’ application solide.)

Page 1