CHAPITRE XYI
ALUNS j HYDRATE ALUMINIQUE , SULFATE ALUMINIQUE , SULFATE TRI-ALUMINIQUE , NITRATE ALUMINIQUE , CHLORURE ALUMINIQUE , ACÉTATE ALUMINIQUE, ALUMINATE POTASSIQUE.
Sulfate aluminico- potassique hydraté.
Formule . S;< Al + S* K + 24 H1 2 O
Équivalent. . . . 5566
§ I/46. Ce composé, que le commerce fournit en abondance, est généralement connu sous le nom cl 'alun. On accompagne souvent cette dénomination de noms spécifiques qui en indiquent l’origine ou la composition. Il y aY alun de roche , ou de rocco , en Syrie : c’est le plus anciennement connu en Europe; Y alun de Rome , qui a joui pendant fort longtemps dans le commerce d’une réputation justement méritée (1); l’alun artificiel oa français, qui s’obtient, soit par l’exposition à l’air de schistes alumineux et pyriteux , soit par la combinaison directe de l’acide sulfurique avec certaines argiles et la potasse ; Y alun à hase d'ammoniaque , composé dans lequel le sulfate potassique est complètement remplacé par le sulfate ammonique, sans que la forme et les principales propriétés de l’alun soient altérés ; Y alun ammoniacal , qui contient des proportions variables de sulfates ammonique et potassique ; Y alun à base sodique , dans lequel les sulfates potassique et ammonique sont remplacés par le sulfate sodique. Enfin , l’on connaît encore Y alun cubique , qui a pour base le sulfate potassique ou le sulfate ammonique ,
(1) C'est à un Génois , Jean de Castros , qu’on doit la découverte de l’alun de Rome. Explorant la Syrie, et notamment le lieu où l’on fabriquait de l’alun , il fut frappé d’y voir une végétation identique à celle des
environs de la Tolfa. De retour chez lui , il fit des recherches et découvrit la mine d'alun qui eut depuis une si grande célébrité.
ou un mélange de ces deux sels, et qui , contenant proportionnellement une plus grande quantité d’alumine que l’alun ordinaire, jouit de propriétés que ce dernier ne possède point.
§ ïhl . Sous ces différents noms spécifiques, on représente des composés salins de l’ordre le plus élevé (les sels doubles hydratés , voyez notre Intr. à l’Ët. , p. 18-205), résultant de l’ union de 1 éq. de sulfate aluminique S5 Al avec 1 éq. d’un sulfate RO, plus une certaine quantité d’eau. Ce dernier sulfate peut être :
\ équivalent . SK,
\ équivalent . S Am
\ équivalent , mélange . . . . S -j- x Am -j- y *K
\ équivalent , mélange . . . . S- + x Am + y K + 2?e
Le sulfate sodique n’y figure que dans des circonstances assez rares, vu la grande solubilité de l’alun sodique dans l’eau. Il y a donc un élément variable dans l’alun : c’est le sulfate qui a pour base un oxide de la formule RO. L’autre élément , le sulfate aluminique S3 Al-, peut quelquefois aussi, dans des cas particuliers, être remplacé par des quantités variables, mais proportionnelles , d’un sulfate dont la Rase a pour formule R2 0\ tel que le sulfate ferrique et surtout le sulfate chromique.
Ces aluns , quelles que soient les proportions respectives d'oxide potassique ouammonique qu’ils renferment, cristallisent avec la même proportion d'eau (24 éq.), et affectent constamment la forme d’un octaèdre régulier. D’autres contiennent, outre les éléments constitutifs que nous venons d énoncer, une certaine quantité d’hydrate aluminique dont les proportions peuvent singulièrement varier, et dont il serait difficile d’assigner l’arrangement moléculaire. Quel que soit cet arrangement, la présence d’un excès d’hydrate aluminique dans l’alun exerce toujours une influence qui mérite d’être prise en considération: ainsi , la forme de ces aluns varie depuis celle d’un cube octaèdre jusqu à celle d’un cube parfait, qui correspond à la composi-
15 k MATIÈRES PREMIÈRES INORGANIQUES.
tion de l’alun le plus riche en alumine tout en conservant sa solubilité. Outre ces différences de forme, il y en a de plus importantes dans la manière dont ces deux sels se comportent avec l’eau.
L’alun octaédrique se dissout dans l’eau, et sa dissolution, évaporée directement à une température -+- 100°, ne se trouble point et fournit des cristaux de forme octaédrique identiques à ceux qu’on avait préalablement dissous.
L 'alun cubique se dissout aussi complètement dans l’eau , pourvu que la température ne dépasse pas Z|0°, car à partir de ce point, sa dissolution se trouble et laisse déposer du sulfate trialuminiquq. Si elle a été plus ou moins chauffée au-dessus de ce degré, et par conséquent dépouillée de l’excès d’hydrate alum inique qui s’y trouve, elle ne fournit plus de cristaux cubiques , mais des cristaux cubo-octaèdriques , et octaédriques seulement si elle a été portée à l’ébullition.
Un travail de Leblanc, publié Journal de physique , t. XXX, p. 2/il, établit nettement les circonstances dans lesquelles ces deux espèces de sels peuvent se former et exister. Dans une première expérience, ce chimiste fit bouillir une solution d’alun de roche (alun octaédrique) avec une certaine quantité d’alumine ; il se forma un magma, et l’évaporation spontanée de la liqueur np donna que quelques cubes. Ayant répété cette expérience, mais en faisant agir l’alumine dans une solution d’alun à la température ordinaire de 15 à 20°, il retrouva, après une évaporation spontanée , de l’alun cubique en très grande quantité, et qui était d’une grande transparence toutes les fois que l’expérience avait été faite avec soin. Cet habile observateur avait parfaitement constaté qu’un excès d’hydrate aluminique avait pour effet de précipiter toute l’alumine à l’état de sel micacé. La composition de ce sel n’ayant pas été donnée par Leblanc, nous ne pouvons dire s’il avait obtenu du sulfate tri-aluminique, ou un mélange dudit sel avec un autre alun plus riche en alumine et insoluble , qui a été obtenu par Vauquelin dans
des circonstances à peu près semblables à celles où Leblanc a opéré, et dont la formation a été confirmée plus tard par Anatole Riffault. Cet alun serait formé de 3 S Al- + SK + 9H20, et pourrait être représenté par l’alun ordinaire anhydre (S3 Al 4- 3 H 2 O) + S K, combiné avec 2 équivalents d’hydrate aluminique 2 (Al + 3 H2 O.) Quoi qu’il en soit de la composition de ce sel micacé découvert par Leblanc, il est à remarquer qu’en le faisant dissoudre dans une solution d’alun octaédrique, ce chimiste obtint, par une évaporation spontanée , un très bel alun cubique.
D’après les expériences qui précèdent, et en faisant abstraction du sulfate alcalin qui sert de base à l’alun, on peut établir qu’il existe trois espèces d’aluns : l’un, soluble, qui contient les éléments du sulfate aluminique neutre, et les deux autres, dont l’un seulement est soluble, qui renferment ces mêmes éléments, plus une certaine quantité d’hydrate aluminique en excès, et se forment toutes les fois que l’alumine, en présence de l’alun ordinaire, se trouve à une température inférieure à -f- 60°.
Naturellement coloré à sa surface par une légère couche d’oxide ferrique, l’alun de Rome était facilement reconnu par les teinturiers, qui repoussaient tous les autres aluns. Présumant que la préférence qu’on accordait à cet alun était une affaire d’imagination et de caprice, les fabricants d’alun eurent l’idée de colorer artificiellement l’alun ordinaire par le même oxide, pour lui donner, comme on le disait alors , un certificat d'origine. On croyait pouvoir se permettre cette supercherie , qui eut momentanément un grand succès , parce que d’une part MM. Thénard et Roard venaient de démontrer par expérience que l’alun français, bien épuré et exempt de sels de fer , produit des teintes aussi pures et aussi intenses que celles qu’on obtient de l’alun de AWie , et que d’une autre M. Vauquelin prétendait que la composition de ces, deux aluns était identique , proposition qui n’est plus admise aujourd’hui.
L’alun de Rome est basique ; sa dissolution , opérée à -f- 30°
et portée- ensuite à une température plus élevée , se trouble en laissant un dépôt de sulfate tri-aluminique. Il doit sa couleur rosée à l’oxide ferreux, qui , s’oxidantpeu à peu au contact de l’air, passe à l’état d’oxide ferrique, et se trouve déplacé par l’oxide aluminique.
Si , pendant un certain temps , l’on a confondu des aluns si différents, cela tient , comme le fait remarquer M. Chevreul, à ce que l’on comparait les aluns à l’aide de dissolutions faites ! à chaud , circonstance où l’alun de Rome se transforme en alun ordinaire.
Comme l’alun est la base de toutes les couleurs tendres formées par la garance , la cochenille et les matières colorantes jaunes , le fabricant ale plus grand intérêt à s’assurer qu’il ne contient pas un sel de fer , qui ferait passer les couleurs roses au lilas et les couleurs jaunes à l’olive. Pour y reconnaître le fer , on prépare une dissolution concentrée d’alun , dans laquelle on verse de l’infusion de noix de galle. Si, au bout de j plusieurs heures , la liqueur ne s’est point colorée en rose violacé ou en violet y on en peut hardiment conclure qu’il n’y a pas de fer ou qu’il y en a très peu. Toutefois , comme l’alun , qui est très acide , peut empêcher ou rendre difficile la coloration , par la noix de galle, de la dissolution dont nous venons de parler, et qu’on serait souvent induit en erreur par ce procédé , nous en proposons un autre qui nous semble plus sûr , et qui consiste à verser dans cette dissolution une certaine quantité d’acide tartrique pur, puis à saturer cette dissolution avec un excès d’hydrate ammonique , à l’introduire ensuite dans un flacon bouché à l’émeri, en y ajoutant quelques gouttes de sulfure ammonique. Si le fer y est en quantité tant soit peu notable , il se forme un précipité noir ; s’il ne s’y trouve qu’en faible proportion , il n’y a qu’une simple coloration de la liqueur en noir verdâtre ; mais au bout d’un certain temps , un précipité noir se ! dépose au fond du flacon , et le liquide devient transparent.
On recueillera au besoin ce dépôt noir et on le dissoudra dans
lin acide , afin de pouvoir , à l’aide des réactifs qui servent à caractériser le fer, démontrer la présence de ce métal dans l’alun.
Quelques chimistes recommandent l’emploi des cyanoferrures, prussiate jaune et rouge; mais ces réactifs ne sont point assez fidèles lorsqu’il s’agit de constater seulement des traces de fer, attendu que dans ce cas la réaction ne s’effectue qu’au bout d’un certain temps , et que le précipité bleu ou bleuâtre qu’on observe quelquefois n’est le plus souvent que le produit de la décomposition du cyano-ferrure par l’acide libre de l’alun.
Le fabricant d’indiennes n’est pas moins intéressé à connaître l’état de saturation de l’alun , afin de régler 1a, quantité d’acétate ou de toute autre substance saturante qu’il doit ajouter à l’alun; autrement il est exposé à préparer des mordants qui , toutes circonstances égales d’ailleurs , se combinent très différemment avec les tissus. Au moyen d’une liqueur titrée de carbonate sodique , on connaît parfaitement quelle est la proportion d’acide libre que renferme l’alun.
L’alun est beaucoup plus soluble à chaud qu’à froid , car cent parties d’eau à 19a ne dissolvent que 9,01 d’alun , tandis que la même quantité à 100° en dissout 75.
§ làB.Sila séparation du fer qui accompagne l’alun brut avait lieu-, ce qui ne serait pas impossible, autrement que par des cristallisations répétées , on pourrait alors fabriquer de l’alun à base de soude , et le consommateur y trouverait, avec l’avantage de le payer moins cher, celui d’opérer sur une substance très soluble à froid , et qui , en dissolution concentrée , ne serait pas sujette à cristalliser comme l’alun à base de potasse.
§ 149. Applications. L’alun est la principale matière première de laquelle dérivent directement ou indirectement toutes les préparations alum iniques. 11 est employé directement comme mordant dans la fabrication du rouge turc ; il est la base d’un grand nombre de couleurs d’application , et sert en outre à
former tous les mordants aluminiques , acides ou alcalins. Quelquefois aussi il entre dans la préparation des toiles sur lesquelles on veut imprimer des couleurs d’application (voyez les couleurs Vapeur) enfin on en fait usage pour réserver des parties blanches dans la teinture en bleu de cuve , pour nuancer le bleu de Prusse, et pour former la base de certains verts.
Hydrate aluminique .
Formule . -AF -f- 3 FF O
Équivalent. . . . . . 979,77
§150. Ce composé naturel est désigné par les naturalistes sous le nom degibbsite. L’hydrate aluminique qu’on prépare dans les laboratoires renferme une plus grande quantité d’eau. Au lieu de 3 éq. que contient le premier , il paraît en contenir 8 ; du moins est-ce la quantité d’eau qu’il retient lorsqu’il est desséché à la température de 20 à 25°. On l’obtient en décomposant à froid une solution d’alun par une addition de carbonate potassique ou sodique ou d’hydrate ammonique suffisante pour rendre la liqueur alcaline. Le sulfate aluminique de l’alun se trouve ainsi complètement détruit , et l’oxide aluminique mis en liberté se combine avec l’eau qui est en présence , pour constituer l’hydrate. Celui-ci doit être lavé par décantation à plusieurs reprises ; on le met égoutter ensuite sur une toile ou sur une chausse , pour en séparer les sulfates alcalins.
Dans cette préparation , le degré de dilution de la dissolution d’alun et la température à laquelle on opère peuvent exercer une influence très grande sur les propriétés physiques et chimiques de l’alumine hydratée, qui s’obtient sous forme de gelée opaque ou transparente.
Cette gelée, exposée à l’air et à des températures plus ou moins élevées , perd de son eau et subit des modifications physiques qui ont fixé d’une manière toute particulière l’attention de M. Théodore de Saussure. D’après ce chimiste, en précipitant par l’ammoniaque une solution saturée d’alun, on obtient un précipité qui , bien lavé et desséché à l’air , a l’aspect
d’une terre Blanche , légère , friable , très spongieuse , happant à la langue, et qui constitue pour lui Y alumine spongieuse.
Cette dernière retient invariablement 58 p. 0 0 d’eau, quelle perd lorsqu’elle est portée au rouge , mais à une chaleur inférieure à celle où l’argent entre en fusion.
En faisant cette même préparation avec une solution d’alun très étendue d’eau , on obtient un hydrate qui , lavé et séché à l’air, se présente en masse transparente et colorée en jaune. En fragments un peu volumineux , elle possède une des propriétés du soufre, celle de sauter en éclats par l’effet de la chaleur de la main. Elle n’a pas l’aspect terreux, ne happe point à la langue ; par sa cassure lisse et conchoïde elle ressemble à de la gomme arabique ou à une gelée desséchée ; enfin elle occupe un volume dix fois moindre que celui de l’alumine' spongieuse. M. de Saussure la désigne sous le nom d 'alumine gélatineuse , qui renferme comme la précédente 58 p. 0/0 d’eau. La chaleur rouge la plus élevée n’en opère pas la décomposition complète; en effet, à la température de 130° pyromètre de Wedgwood , elle retient de 10 à 15 p. 0/0 d’eau qu’on ne peut lui enlever. Ces faits doivent être pris en sérieuse considération toutes les fois que l’hydrate d’alumine est déplacé d’une combinaison pour jouer ensuite par lui-même un rôle chimique , et particulièrement celui de mordant.
§151. Applications. L’hydrate aluminique sert à préparer directement tous les sels aluminiques qu’on ne peut pas obtenir par une double décomposition de l’alun ou du sulfate aluminique. On l’emploie encore pour produire certains verts d’impression. (Voyez Verts faïences.)
Sulfate aluminique .
Formule . S5 AI- +18 H; O
Équivalent. . . . 4 1 70,46
§ 152. Pendant longtemps on a vainement cherché à donner ù ce sel un degré de pureté qui permît aux fabricants de l’employer
avec autant de succès que l’alun épuré , dont on fait une si grande consommation. Ce problème est résolu depuis quelques années , car à l’heure qu’il est plusieurs fabricants de produits chimiques des environs de Paris préparent et livrent à la consommation des quantités assez considérables de sulfate aluni inique pur. C’est parce qu’il a été reconnu tel , qu’il est à bas prix et qu’il est riche en alumine , que plusieurs fabricants d’indiennes le substituent à l’alun.
Quoique , sous ces divers rapports J il puisse y avoir avantage pour le consommateur à préférer le sulfate aluminique à l’alun , il y aurait cependant à examiner si dans la fabrication en grand de ce produit on retrouvera toujours les mêmes quantités d’acide et d’eau , vu que si la composition de ce sel devait varier , on ne pourrait plus compter sur le bon résultat des opérations dans lesquelles il concourrait comme agent. Sous ce dernier point de vue ainsi que sous celui du prix de revient d’une couleur, nous croyons qu’il vaudrait mieux substituer , tant à l’alun qu’au sulfate aluminique, un composé aluminique (le sulfate trialuminiqae ) qui dispenserait d’avoir recours à l’acétate ou au pyrolignite plombique dans la préparation des mordants alurniniques . ( Y oyez Mordants . )
Aucune préparation n’est plus facile que celle du sulfate aluminique ; car elle consiste simplement à traiter à une température de 70 à 80°, par l’acide sulfurique étendu, de l’argile légèrement calcinée. L’acide silicique de l’argile se trouve mis en liberté , tandis que l’oxide aluminique , avec un peu d’oxides ferreux et calcique , entre en dissolution à l’état de sulfates. Mais sa purification , et surtout sa séparation d’avec le fer , présentent des difficultés. L’oxide ferrique seul peut être déplacé par l’oxide aluminique ; par conséquent , le fer qui se trouve dans l’alun doit passer à l’état de sel ferrique pour être isolé par l’oxide aluminique. Il faut donc premièrement faire intervenir un agent oxidant capable de transformer en sel ferrique tout le sel ferreux qui souillait le sulfate aluminique ; en second lieu,
ajouter une certaine quantité d’alumine après l’oxidàtion , pour précipiter tout l’oxide ferrique. On arriverait bien à ce but en employant seulement du chlorure de chaux, puisque, dans ce cas , celui-ci oxidant le fer , l’oxide ferrique est la première base déplacée par la chaux ; mais au moment où tout le fer est séparé complètement , on devrait cesser d’ajouter du chlorure de chaux : sans cette précaution , on .décomposerait le sulfate aluminique.
§ 153. Applications. Jusqu’à présent ce sel n’a été employé qu’à la fabrication de l’alun et à la préparation de l’acétate d’alumine par double décomposition ; mais sa fabrication et sa purification méritent de fixer l’attention des chimistes industriels.
Sulfate tri- aluminique .
Formule . S Al- JD -f- 6 H2 O
§ 15 h. Ce sel. qui existe dans la nature, se prépare aussi dans les établissements d’indiennes , et de la manière suivante : à une solution d’alun saturée à une température inférieure à 30° on ajoute peu à peu du carbonate potassique ou sodique , en remuant avec soin le mélange jusqu’à ce qu’on ait saturé l’acide de l’alun , de manière à transformer celui-ci en alun cubique ou basique soluble. On reconnaît que l’on est arrivé à ce terme lorsque le précipité formé par l’addition du carbonate alcalin cesse de se redissoudre , quoique constamment agité dans le liquide. Il faut alors porter à l’ébullition cette solution d’alun saturée ; elle se trouble bientôt et donne un précipité abondant de sulfate aluminique tribasique , qui peut , selon les circonstances de l’opération, se combiner avec un nouvel équivalent d’ alumine hydraté et former le composé S -H- 2 ( Àl- 6 H2 O ) . M. Daniel Koechlin a signalé dans cette opération la formation d’un composé qui , au lieu d’être tri ou sex-basique , serait octo-basique , formé de 22,61 d’acide sulfurique, et 77.39 ' i. H
162 maTiMës premières inorganiques.
d’alumine; mais il y a évidemment erreur, car il n'existe aucun composé salin aluminique , formé sous l’influence de l’eau, qui ne renferme lui-même de l’eau d’hydratation ; si donc M. D. Koechlin n’en a pas trouvé dans le composé qu’il, a analysé , cela tient sans doute à ce que l’hydrate aluminique qu’il avait recueilli pour doser l’alumine , ou n’a pas été porté à une chaleur suffisante pour perdre toute son eau, ou se trouvait dans cet état isomérique où il n’abandonne plus l’eau qu’il contient , à quelque température que ce soit, en sorte qu’on aura pris pour de l’aluminé anhydre , et pesé comme telle , de l’alumine hydratée. Du reste, ce sous-sel se dissout parfaitement dans les acides. Dans les fabriques de toiles peintes, on en opère la dissolution au moyen de l’acide acétique, ou, pour plus d’économie, d’un mélange de chloride hydrique et d’acide acétique.
§ 155. Applications. Le sulfate tri-aluminique sert à composer, avec l’acide acétique, le mordant le plus alumineux et le plus fort que l’on connaisse. Quand on vient à le former sous l’influence d’un bain colorant, il entraîne dans sa précipitation la matière colorante , et constitue alors des laques qui ont , sur beaucoup d’autres, l’avantage de se dissoudre facilement dans les acides.
Nitrate aluminique.
Formule . -N3 Al — f- Aq
Équivalent . 2673,44
§ 156. Ce sel, que l’on obtient par plusieurs procédés, est toujours un produit de laboratoire. On le prépare en dissolvant l’hydrate aluminique dans l’acide nitrique ou par la double décomposition du sulfate aluminique au moyen du nitrate plombiqueou calcique, d’après les deux formules ci-après :
& -Ai- + 3 S ca - Al- £* + 3 *S Ca Si Al- -f- 3 S Pb — AÎ- :M* + 3 S Pb
Enfin , sans avoir égard aux sels potassique ou ammonique qui font partie de l’alun , on emploie ce dernier , dont on décompose le sulfate aluminique par des quantités équivalentes de nitrate plombique ou calcique , et l’on n’a pour cela qu’à suivre l’une ou l’autre des équations suivantes :
(S’> Al- + ’S K -f- 24 H2 O) -f- 3 (*ÿ Pb ) =
ou 6k-,2 nitrate plombique | plus la quantité d’eau sur 5k-, 9 alun . '. . j nécessaire .
( S' Al- + S K 4-' U H’ O ) + 3 (U Ca ) . . = ( 3 ® Ca Peu soluble
ou 3 kil. nitrate calcique supposé sec . . \ Ad- W
et 5k,,9 alun . [ S K + U H2 O
§ 157. Applications. Le nitrate aluminique a été peu employé jusqu’à présent ; on lui préfère d’autres sels aluminiques qui cèdent beaucoup plus facilement leurs bases : on s’en sert cependant comme d’acide faible (jaune avec orange de chrome) ; et nous verrons que dans la fabrication du genre couleurs conversions , il recevrait d’utiles applications.
Chlorure aluminique .
Formule . Cl6 A\ — f- Aq
Équivalent . 4670,29
§ 158. Dans les fabriques, ce composé est connu sous le nom d’hydro-chlorate et même de muriate d’alumine. On le prépare presque toujours en dissolvant l’hydrate aluminique dans le chloride hydrique pur (acide hydro-chlorique) , et en évaporant la dissolution suivant le degré de concentration auquel on veut en faire usage. Il peut aussi être le résultat de la décomposition du sulfate aluminique par le chlorure calcique , d’après l’équation :
S‘ Al- + 3 Ca Ch + Ai, = f 3 S®
( Al2 Cl6 soluble
Enfin on peut l’obtenir mélangé avec les sels potassique ou
!S Pb insoluble M- W
ammonique de l’alun , en décomposant \ éq. de ce dernier par 3 éq. de chlorure calcique.
§ 159. Applications. Comme le chlorure aluminique cède assez facilement une partie de sa base aux tissus, il est quelquefois employé comme mordant; mais si ce mordant est appliqué sans inconvénients aux tissus de soie et de laine ( couleurs vapeurs ) , il ne l’est pas toujours sans danger aux tissus végétaux , attendu que le chloride hydrique qui est mis en liberté pendant la combinaison de l’alumine à l’étoffe, et qui est sans action sur les premiers , peut au contraire attaquer les seconds.
Acétate aluminique .
Formule. ....... A3 -Al- -{- Ac[
Équivalent . 2574,90
§ 160. Ce sel, qui est toujours un produit de laboratoire, est plus ou moins pur et concentré, suivant les procédés que l’on emploie pour l’ obtenir. On le forme : 1° en faisant macérer pendant plusieurs jours, à une température qui ne doit pas dépasser ZiO à 50°, l’hydrate aluminique pur dans l’acide acétique ou dans le vinaigre; l’alumine se dissout toujours dans l’un ou dansl’autre, à moins qu’elle ne se trouve dans l’état isomérique, où, comme nous l’avons dit plus haut, elle est peu soluble dans les acides ; 2° en décomposant 1 éq. de sulfate aluminique par 3 éq. d’acétate plombique, d’après la formule (S Al 3 H) +3 (A Pb 3 H'2 O ) — 3 S Pb insoluble + À3 Al 3 H + aq. soluble.
Dans cette formation de l’acétate aluminique par double décomposition, l’acétate plombique peut être remplacé par l’acétate barytique, et même par l’acétate calcique. Faisons remarquer toutefois qu’en employant ce dernier sel, il reste toujours en dissolution une certaine quantité de sulfate calcique qui n’est pas, comme les sulfates plombique et barytique, complètement insoluble. Une dissolution d’acétate aluminique exempte de matières étrangères, peut, d’après M. Gay-Lussac, être chauffée
à l'ébullition sans se troubler ; mais il n’en est plus ainsi lorsqu’elle se trouve mélangée à d’autres dissolutions salines, au sulfate potassique , par exemple ; car alors elle se trouble par la chaleur en donnant lieu à un phénomène remarquable : le précipité qui s’était d’abord formé se redissout par le refroidissement, pourvu qu’on ait la précaution d’agiter la liqueur. Par une cause qui nous est encore inconnue, l’acétate d’alumine se trouble à la température ordinaire ; et dans cette circonstance , le précipité ne se redissout plus ni dans la liqueur ni même dans une nouvelle partie d’acide.
§ 361. Applications. L’acétate aluminique pur étant un excellent mordant, a été quelquefois employé comme tel ; mais, en général , on lui substitue l’acétate aluminique impur, formé, comme nous le verrons plus tard , de proportions convenables d’alun et d’acétate, ou pyrolignite plombique, calcique ou sodique. (Y oyez Mordants d’alumine.)
Âluminate potassique et sadique .
Formule . . . -.41 Ka À\- Na
Équivalent . 1231 — 1032
§ 162. J.-M. Haussmann estle premier qui aitfait connaîtrela préparation et l’emploi de ces combinaisons en qualité de mordants; mais ce n’est que longtemps après lui que les fabricants d’Angleterre les ont accréditées en France, par l’usage qu’ils en faisaient pour les impressions du rose au rouleau.
Ces composés, dans lesquels l’oxide aluminique joue le rôle d’un véritable acide , s’obtiennent par deux procédés : l’un consiste à dissoudre à chaud l’hydrate aluminique dans l’hydrate potassique ou sodique, et à ajouter du premier de ces hydrates jusqu’à ce que la lessive alcaline se refuse à en dissoudre davantage. En saturant 2 à 3 grammes de cette dissolution par un peu d’acide nitrique, puis en précipitant l’alumine par le bicarbonate ammonique , on obtient un précipité qui , lavé et
calciné, fait connaître la proportion d’oxide aluminique dissous. Quant à la liqueur qui contient le nitrate ammonique et le nitrate potassique ou sodique, on y ajoute un excès d’acide sulfurique pur, ou mieux encore du sulfate ammonique. On calcine, et il ne reste plus que des sulfates potassique ou sodique , qui sont seuls stables dans cette circonstance , parce que les sels ammoniacaux sont complètement destructibles ou volatils. Le poids de ces sels fait connaître la proportion d’alcali^ et l’on sait par suite quel est le rapport de l’oxide aluminique avec la potasse ou la soude , et celui de ces corps avec l’eau qui les tient en combinaison. Ce procédé n’est plus en faveur. L’autre procédé est plus économique ; il consiste à dissoudre dans une lessive d’hydrate potassique une certaine quantité d’alun ; ce dernier se trouve décomposé, et il y a formation de sulfate et d’aluminate potassiques d’après l’équation
# Al- + S K + 24 H* O + 4 K H2 O = 4 (’SK) +
Ai K + Aq.
Comme l’aluminate ne cristallise qu’avec beaucoup de peine, contrairement au sulfate, en concentrant la liqueur jusqu’à un certain degré , la majeure partie de ce dernier sel se dépose imprégnée d’aluminate potassique qui reste en dissolution. On le met égoutter sur un entonnoir, et on le lave avec un peu d’eau, afin de faire servir cette eau de lavage à la préparation d’une nouvelle quantité d’aluminate.
D’après M. Daniel Koechlin , l’aluminate potassique peut s’obtenir par le procédé suivant :
On forme une lessive d’hydrate potassique en décomposant, avec les précautions que nous avons indiquées page 113 , 80 kilogrammes potasse d’Amérique par 32 kilogrammes chaux vive, et la quantité d’eau suffisante pour favoriser une double décomposition. Les premières lessives, réunies aux eaux de lavage, sont soumises à l’évaporation jusqu’à ce que la liqueur marque 35" à l’aréomètre. Dans 100 litres de cette
lessive concentrée et bouillante on fait dissoudre 41 kilogrammes d’alun pulvérisé grossièrement. Par le refroidissement de la liqueur, la majeure partie du sulfate potassique se cristallise. Après un repos suffisant , la partie claire est décantée , et le dépôt est lavé avec un peu d’eau qu’on réunit à la liqueur première ; de cette manière, on obtient une dissolution contenant de l’aluminate potassique, plus, un excès d’hydrate potassique, une petite quantité de sulfate potassique, et enfin tous les sels étrangers qui se trouvaient dans le carbonate potassique dont on a fait usage pour la préparation de la lessive caustique.
Dans le dosage ci-dessus, il y a un grand excès de potasse, car pour décomposer les 41 kilogrammes d’alun, il ne faudrait théoriquement que 20 à 21 kilogrammes d’hydrate potassique pur; or, en calculant la quantité d’hydrate d’après. le degré aréométrique de la liqueur , on trouvera qu’il y en a environ 30 à 35 kilogrammes dont, à la vérité, il faut défalquer le poids des sels étrangers.
On prépare l’aluminate sodique par un procédé semblable ; mais, comme le sulfate sodique se sépare moins bien que le sulfate potassique, on emploie de préférence des parties égales de soude et de potasse cette dernière se retrouve entièrement à l’état de sulfate.
§ 163. Applications. Ces composés sont employés' comme mordants pour roses et rouges garancés , et aussi, mais plus rarement, pour d’autres couleurs.
Terre de pipe,
§ 16 4. Cette espèce d’argile, qu’on trouve dans le commerce sous forme de poudre ténue d’un blanc légèrement jaunâtre, est douée au plus haut degré de la propriété de happer à la langue . On emploie la terre de pipe en très grande quantité pour épaissir les couleurs, surtout celles qui doivent faire fonction de réserves : le rôle de cette ujatière est essentiellement mécanique.