‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 57 sur 109 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

RI-CHROMATE POTASSIQUE , SULFATE CHROMICO -POTASSIQUE , HYDRATE CIIROMIQUE ET CHLORURE CHROMIQUE .

Bi-ckromate potassique.

Formule . Cr2 K

Équivalent . 1893,55

§ 196. Ce sel, préparé d’abord dans les laboratoires , est maintenant exclusivement fourni par le commerce , qui le vend sous les noms de chromaie, de sur-chromate , et enfin de chromât e rouge, par opposition au sons-chromate ou chromaie jaune , dont on faisait usage lorsqu’on commença à faire L’application des composés du chrome. C’est de Baltimore , où l’on exploite en ce moment un minerai de chrome , le chromate de fer, qu’on retire la majeure partie du bi-chromate potassique, employé en si grande quantité et avec tant de succès dans les ateliers de toiles peintes. Il se présente sous forme de prismes ou de tables à h pans, d’un volume assez considérable, d’une belle couleur rougeorangée foncée. Soluble dans 10 fois son poids d’eau froide , il l’est beaucoup plus dans l’eau chaude, et une dissolutiou saturée à l’ébullition cristallise par le refroidissement. Le bi-chromate potassique est rarement altéré par des substances étrangères; cependant il renferme quelquefois du sulfate potassique ' qui , s’y trouvant mélangé durant sa formation , a cristallisé en

49 h MATIÈRES PREMIÈRES INORGANIQUES.

même temps que lui. Pour déceler la présence de ce sulfate , on fait dissoudre 2 à 3 grammes de chromate dans une eau fortement aiguisée de chloride hydrique pur, et l’on fait bouillir la dissolution jusqu’à ce que, de rouge qu’elle était, elle devienne complètement verte; de cette manière, tout l’acide chromique se trouve transformé en chlorure chromique soluble en même temps qu’il s’opère un dégagement de chlore. Si l’addition de quelques gouttes de chlorure barytique à cette cette dissolution y détermine un précipité , on a la preuve que le chromate potassique contient du sulfate.

§ 197. Applications. H n’est pas décomposé chimique qui, dans la fabrication des toiles peintes, ait joué et joue encore un rôle plus important. On peut dire que l’application du chrome à l’impression des tissus a opéré une véritable révolution dans plusieurs branches de cette' industrie. C’est du bi-chromate potassique que dérivent directement ou indirectement tous les composés du chrome qu’on prépare dans les laboratoires. Chauffé avec ou sans le concours du soufre, il donne naissance, en se décomposant, à l’oxide chromique. Saturé par 1 éq. d’hydrate ou de carbonate potassique, il est employé à la préparation du chromate jaune et saturé par la chaux , il forme un chromate double (calcico-potassique). Neutralisé et mis en contact avec les dissolutions salines , dont les oxides forment avec l’acide chromique des chromâtes insolubles , il sert à préparer , par voie de double décomposition , les chromâtes plombique , bismuthique, mercureux, mercurique et barytique. Décomposé par un grand excès d’acide sulfurique , on en extrait de l’acide chromique cristallisé (Fritsch). Il concourt encore à former du chromate plombique (jaune de chrome) sur fond rouge turc et violet garancés (Voyez Enlevage à la cuve décolorante) et à produire des impressions jaunes sur fond bistre. On le fait en outre entrer depuis quelques années dans la fabrication du vert solide . Comme agent décolorant , le bichromate potassique facilite des impressions blanches sur diffé*

rents fonds , notamment sur les fonds vert et carmélite , et comme agent oxidant , il contribue à développer, à fixer et même à rehausser le ton de plusieurs matières colorantes jaunes et rouges (Voyez Brun au cachou , Noir au campêche fixe au chrome , Couleurs conversion) ; enfin il est utilisé dans la préparation de quelques réserves, ainsi que dans celle de certains composés qui renferment de l’oxide chromique seul ou associé à l’acide arsénique , avec lesquels on produit sur calicot des impressions ou des fonds couleur gris-vert.

Sulfate chromico-potassique.

Formule . S3 Gr S K -f 24 H2 O

Équivalent . 6297,71

§ 198. Ce composé, qui peut être représenté par l’alun ordinaire dans lequel l’oxide chromique remplace l’oxide aluminique, est souvent désigné sous le nom d'alun de chrome. On l’obtient sous forme d’octaèdres réguliers d’un rouge brun par réflexion et d’un rouge améthyste par transmission.

On produit le sulfate chromico-potassique dans les ateliers mêmes de toiles peintes , en traitant le bi-chromate potassique en présence de l’eau par l’acide sulfurique et une proportion de matière organique (X amidon , le sucre, la mêlasse ou l 'alcool, par exemple) telle que l’acide chromique perde assez d’oxigène pour passer à l’état d’oxide chromique , et que l’acide sulfurique soit en quantité nécessaire pour saturer ce dernier , d’après l’équation Cr5 K + 4S H =’S* Gr SK + O3 ou 1893,55 bichromate pour 613 X 4 , ou 2452 gr. acide sulfurique.

On procède à cette opération de deux manières : 1° en délayant dans un peu d’eau le bi-chromate potassique et la matière organique de façon à en faire une bouillie dans laquelle on verse peu à peu l’acide sulfurique nécessaire ; l’acide chromique est ainsi mis en liberté , cède son oxigène à la matière organique et passe à l’état d’oxide en développant beaucoup de chaleur et en donnant lieu à un dégagement abondant

d’acides carbonique , formique et acétique. 2° En dissolvant dans l’eau le bi-chromate potassique et en ajoutant ensuite à la dissolution l’acide sulfurique d’abord , puis peu à peu la matière organique , jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’ effervescence , et que l’on soit assuré ainsi que tout l’acide chromique est détruit. On fait alors évaporer la dissolution pour l’amener au degré de concentration désiré. Quand l’évaporation a été poussée trop loin , le sel devient vert foncé , d’une consistance poisseuse , et dans cet état il est incristallisable mais , abandonné à lui-même , il éprouve un changement moléculaire qui lui fait contracter la couleur de l’améthyste et le rend cristallisable. Cet alun de chrome pouvant , comme l’alun ordinaire à base d’alumine, contenir de moindres proportions d’acide sulfurique , les fabricants , qui ont intérêt à l’employer le moins acide possible , diminuent de beaucoup, dans la préparation de ce composé, la proportion d’acide indiquée plus haut, et obtiennent un sulfate tri-chromique qu’accompagnent des quantités variables d’acétate etd’oxalate chromiques, qui sont les produits consécutifs de l’oxidation de la matière organique qu’on a employée comme agent réducteur. Voici le dosage généralement adopté en fabrique.

Dans 10 litres d’eau on fait dissoudre :

4 kilogr. bi-chromate potassique ; d’une autre part

on délaie 2 kil. 500 d’acide sulfurique concentré à 66° AB dans 5 litres d’eau qu’on ajoute à la liqueur primitive.

A cette liqueur on mélange peu à peu 1 kilogramme de cassonade ; la réaction a lieu aussitôt ; il se produit une vive effervescence due au dégagement de l’acide carbonique , et l’on obtient une dissolution concentrée qui, étendue d’eau, se décompose en sulfate chromique insoluble et en alun de chrome ordinaire qui reste en dissolution.

§ 199. Applications. Ce sel est employé à imprimer sur les tissus l’oxide chromique, qui joue, quand il y est fixé, le rôle de matière colorante ou celui de mordant.

Hydrate c bromique .

Formule ....... Gr 3 H2 O

Équivalent . 1340,97

§ 200. On prépare l’hydrate chromique en décomposant une dissolution de sulfate chromico-potassique ( alun de chrome ) par l’hydrate ammonique ; mais il convient de laver à plusieurs reprises le précipité abondant qu’on obtient, pour le débarrasser des sulfates potassique et ammonique qui s’y trouvent mélangés.

§ 201. Applications. L’hydrate chromique sert à préparer directement les sels chromiques solubles dont on peut avoir besoin : ainsi, en le faisant dissoudre dans les acides sulfurique, nitrique ou acétique, on obtient le sulfate , le nitrate ou l’acétate chromique.

Chlorure chromique.

Formule . O Cr2

Équivalent . 2031 59

§ 202. On obtient le chlorure chromique , qui est toujours un produit de laboratoire , par différents procédés :

a. En dissolvant l’oxide chromique dans le chloride hydrique.

b. En traitant le chromate plombique par le chloride hydrique. Ce dernier et l’acide chromique se détruisent mutuellement en donnant naissance à un dégagement de chlore ; il se forme en même temps du chlorure chromique soluble et du chlorure plombique peu soluble. Celui-ci se sépare en grande partie de celui-là , et pour en enlever les dernières portions on dirige dans la dissolution un courant de sulfide hydrique qui précipite le plomb à l’état de sulfure complètement insoluble.

c. Enfin on peut obtenir le chlorure chromique mélangé avec une certaine quantité de chlorure potassique en faisant dissoudre et bouillir ensemble du bi-chromate potassique et du chloride hydrique. Comme ci-dessus, il y a dégagement de chlore et formation de deux chlorures ; mais ces deux chlorures étant solubles restent en dissolution et ne sont plus séparables.

§ 203. Applications . Ce chlorure, de même que l’alun de chrome , sert à produire sur les tissus de coton des impressions gris et vert de chrome ; quand il s’agit de cette dernière nuance, on ajoute au mélange une certaine quantité d’acide arsénieux. (Voyez ce genre de fabrication.)

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