‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 59 sur 109 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

DE Ju’ÉTAIET ET DE SES COMPOSÉS.

OXIDE STANNEUX , OXIDE STANNIQUE , CHLORURE STANNEUX , CHLORURE STANNIQUE, CHLORURE STANNICO-AMMONIQUE .

Etain.

Formule. . Sri

§ 212. Ce métal, qui paraît avoir déjà été employé du temps de Moïse, se trouve dans le commerce. On le tire de l’Inde, du Mexique, de l’Angleterre, de la Saxe et de la Bohême. D’un blanc presque aussi pur que celui de l’argent et très malléable , il a une odeur et une jsaveur sut generis

très prononcée et très désagréable. Sa pesanteur varie de 7,28 à 7,29. C’est le métal qui a le point de fusion le plus bas : il peut être coulé sur une feuille de papier ou sur des étoffes quelconques sans les charbonner. D’après Newton, son point de fusion -serait = à 212°, et d’après Chrichton , à 228°.

Les étains du commerce" peuvent être accompagnés de différents corps. Ils renferment quelquefois ensemble ou séparément , du plomb , du cuivre , du fer , et même , mais plus rarement, de l’arsenic. Dans le commerce , on juge de la pureté de l’étain par ses propriétés physiques : ainsi il sera considéré comme d’autant plus pur qu’il sera plus blanc, qu’il présentera moins d’indices de cristallisation , et que , plié, il fera entendre un cri plus aigu. Indépendamment de ces moyens d’essai , qui donnent cependant des résultats assez certains , il en est d’autres auxquels il vaut mieux avoir recours et qui sont basés surl’oxidation facile de l’étain par l’acide nitrique et sa transformation en oxide stannique insoluble Après avoir introduit 5 grammes d’étain laminé ou en grenaille dans une petite fiole , on y ajoute assez d’acide nitrique pour attaquer tout l’étain. On fait évaporer le tout à siccité , afin de donner de la cohésion à l’o^ide stannique ; on traite le résidu par une eau aiguisée d’acide nitrique ; on fait bouillir, afin de dissoudre le plomb et le cuivre qui pourraient accompagner l’étain; on filtre, puis on lave bien l’oxide stannique en dépôt sur le filtre, et on le 'calcine dans une petite capsule de porcelaine. Si, après la calcination , il est blanc, c’est la preuve que l’étain ne contenait pas de fer, car, dans le cas contraire , il présenterait une teinte j aunâtre . On doit évaporer jusqu’à siccité la liqueur nitrique qui peut contenir du cuivre et du plomb, afin d’expulser l’excès d’acide nitrique. Si elle renferme du plomb seulement, elle sera incolore, 'précipitant en blanc par l’acide sulfurique, en jaune par le chromate potassique , et en noir par le sulfide hydrique ; si elle renferme du cuivre , elle ser^ colorée en bleu , ne précipitera point par l’acide sulfurique , se colorera en bleu céleste

de l’étain et de ses composés. 203

par l’ammoniaque, et quel que soit son degré de dilution, donnera une coloration cramoisie par le cyanure ferroso-potassique . Si le plomb et le cuivre se rencontrent en même temps dans l’étain , on précipite le premier à l’état de carbonate insoluble , au moyen du carbonate ammonique alcalin, tandis que le cuivre reste en dissolution à l’état de carbonate double, soluble et bleu, qu’il est toujours facile de séparer par filtration.

Le meilleur moyen pour essayer les étains est sans contredit celui qu’indique Proust [Journal de Physique , t. LXXIX, p. 119). Il consiste à chauffer, dans une petite cornue, del’étain avec un excès de chlorure mercurique . Tout l’étain disparaît; et s’il contenait du fer, du cuivre ou du plomb, seuls ou mélangés, ces métaux restent pour résidu.

On décèle la présence de l’arsenic dans l’étain en dissolvant ce dernier dans le chloride hydrique , et en faisant passer le gaz au travers d’une dissolution de nitrate argentique. L’argent , s’il y a de l’arsenic , se trouve .précipité en même temps que ce dernier entre en dissolution dans le liquide ; quand celui-ci est débarrassé de l’excès d’argent par le chloride hydrique , on fait évaporer la liqueur et l’on y constate la présence de l’arsenic à l’aide d’un petit flacon .surmonté d’un tube effilé dans lequel on introduit du zinc, de l’eau et de l’acide sulfurique avec la liqueur provenant du gaz. L’hydrogène qui naît de cette réaction , brûlé sur une, soucoupe de porcelaine , y dépose des taches métalliques miroitantes si l’arsenic fait partie de l’étain examiné.

§ 213. A|>piicatioBîs. L’étain étant la matière première de laquelle dérivent directement la plupart des composés de ce métal, est fréquemment employé dans les fabriques. Il entre dans la composition de quelques alliages et notamment de celui qui sert à couler des empreintes. (Voyez Gravure en cliché ,) Dissous dans le chloride hydrique , il concourt à la formation du sel d’étain; dissous de même dans des mélanges d’acide nitrique et de chloride hydrique , ou d’acide nitrique et de chlorure , ou bien enfin dç chloride hydrique et de nitrate , il

20/l MATIÈRES PREMIÈRES INORGANIQUES.

est la base d’une foule de préparations désignées sous le nom de compositions d’ étain ; et comme il peut jouer le rôle de corps désoxidant en présence d une base salifiable puissante , il est mis en contact avec l’indigo quand il s’agit de faire passer celuici à l’état soluble par une désoxidation. ( Voyez Bleu d'application solide. )

Oxide sianneux.

Formule . Sn O

Équivalent. . 835,29

§ 21 h . L’oxide stanneux est anhydre ou hydraté ; pour l’obtenir dans ce dernier état , on décompose une solution de chlorure stanneux par l’hydrate ammonique en léger excès (1). Il se produit du chlorure ammonique et de l’oxide stanneux qui , en présence de l’eau, se combine avec elle et se précipite. Recueilli sur un filtre et lavé à l’eau tiède , il peut être chauffé sans perdre son eau ; mais à une température de plus de 100°, il passe à l’état anhydre.

§ 215. Æppiieati©Bis. Cet oxide est un des agents désoxida.nts les plus énergiques ; mélangé avec les oxides alcalins, il désoxide l’indigo et le rend soluble dans les alcalis caustiques . On se sert de sa solution pour préparer les toiles destinées à recevoir les impressions genre vapeur.

Oxide stannique.

Formule . Sn O ’

Équivalent . 935,29

§ 216. Cet oxide existe sous deux états et possède des proprié tés tout-à-fait distinctes. Quand il provient de l’oxidation de l’étain par l’acide nitrique ou par l’oxide mercurique, il est tout-à-fait

(!) On peut substituer à l'hydrate ammonique une dissolution de carbonate potassique ou sodique ; celle-ci fournit un précipité d'oxide qui ne renferme pas d’acide carbonique.

de l’étain et de ses composés. 205

insoluble dans les acides et impropre à former aucune combinaison par voie humide. Quand au contraire il résulte de la décomposition du chlorure stannique par une solution concentrée d’hydrate ammonique, comme dans la préparation de l’oxide stanneux , il est soluble dans l’acide nitrique, ainsi que dans plusieurs autres acides , et, desséché à l’air, devient d’un blanc lustré. Chauffé à 55°, il perd la moitié de son eau , et se transforme en un autre hydrate friable , à demi transparent et à cassure vitreuse. A cette même température , sa dissolution dans les acides se décompose facilement , à moins quelle ne renferme des sels ammoniacaux. L’oxide stannique est une base si faible qu’il est considéré comme un véritable acide. Il forme en effet des combinaisons définies avec la plupart des bases . Proust a fait connaître ^ Journal de Physique , t. LXI , p. 3â9) une combinaison définie et cristalline, formée d’oxide stannique , d’oxide potassique et d’eau. Les cristaux ainsi obtenus, chauffés dans une cornue, ont abandonné leur eau , et Proust dit les avoir portés au rouge sans les fondre et en leur conservant leur forme cristalline.

§ 217. Applications. L’oxide stannique est la base de plusieurs préparations d’étain qui ne sont pas sans importance dans la teinture : dissous dans la potasse et dans quelques acides , il sert à la préparation des toiles pour certains genres d’impressions. (Voyez Couleurs J application. )

Chlorure stanneux cristallisé.

Formule . Cl2 Sn -f- H2 O

Équivalent . 4 290,42

§ 218. Ce composé est fourni par le commerce , qui 1e- vend le plus communément sous le nom de sel d’étain, mais quelquefois aussi sous celui de proto-hydro-chlorate ou proto-chlorure d'étain. Obtenu par la dissolution de l’étain dans le chloride hydrique , ce sel contient , outre le chlorure stanneux , une petite quantité de sulfate stanneux et de chlorure stannique : il

est très soluble dans l’eau. Sa dissolution précipite en brun par le sulfide hydrique , et le sulfure ainsi obtenu doit se dissoudre sans laisser de résidu dans les sulfures alcalins. Comme il contient quelquefois une certaine quantité de chlorure stannique , il est bon d’en traiter la solution par une lame de zinc qui précipite tout l’oxide stannique , comme aussi de le faire agir sur un sel ferrique si l’on veut établir le pouvoir désoxidant de sa solution titrée.

§ 219. Applications. On fait un fréquent usage du chlorure stanneux. Après l’avoir dissous dans l’eau , on peut , en y ajoutant une quantité de chlore égale à celle qu’il contient lui-même, le transformer en chlorure stannique (deuto- chlorure d’étain), et en le traitant par l’acide nitrique , obtenir la composition d’ étain des teinturiers . Traité par l’acide sulfurique faible ou concentré, froid ou chaud, il donne naissance aux sulfates stanneux et stannique : décomposé par l’ammoniaque et par les carbonates alcalins, il entre dans la préparation de l’oxide stanneux. Le rôle important qu’il joue dans la toile peinte est basé sur son énergique pouvoir désoxidant. C’est par suite de cette propriété qu’il ramène instantanément les sels ferriques à l’état de sels ferreux , et qu’il est employé soit pour réaliser des enlevages blancs sur des fonds colorés par l’oxide ferrique , soit pour s’opposer à la fixation de cet oxide , qui , dans certains genres de fabrication , recouvre le mordant aluminique (Voyez Rouge rongeant ou absorbant). Comme il détruit le suroxide manganique toutes les fois qu’il est en contact avec ce dernier, on s’en sert pour enlevage blanc sur fond bistre simple , et enlevage bleu sur fond bistre cuvé. (Voyez Bistre. ) Le chlorure stanneux entre aussi dans la préparation du bleu et du vert d’application solides ainsi que dans les opérations d’avivage du rouge turc. Enfin , seul ou avec le concours de l’acide sulfurique ou d’un alcali , on l’emploie pour préparer les toiles destinées à recevoir l’impression des couleurs qui se fixent à la vapeur.

Chlorure stannique.

Formule . Clt Sn

Équivalent . 1620,60

§ 220. Ce sel se trouve dans le commerce ; mais assez généralement le fabricant le prépare dans ses laboratoires. Il y a plusieurs moyens de le préparer. On peut , par exemple, traiter directement le chlorure stanneux anhydre par un courant de chlore jusqu’à ce que celui-ci cesse d’être absorbé ; ou bien dissoudre ce chlorure et en exposer la solution à un courant de chlore gazeux jusqu’ à ce que ce dernier y soit en excès : on chauffe alors la dissolution, l’excès de chlore se dégage en même temps que l’eau, et par une concentration convenable on obtient une dissolution de laquelle se séparent par le refroidissement des cristaux de chlorure stannique hydraté , qui contiennent le tiers de leur poids d’eau de cristallisation (1) . On obtient aussi le chlorure stannique en introduisant de l’étain dans un tube de verre légèrement courbé en U et communiquant par une de ses extrémités avec un appareil duquel se dégage du chlore lavé et sec , et par l’autre avec un récipient. Le chlore se combinant déjà avec le métal à la température ordinaire , il y a d’abord production de chlorure stanneux , et ensuite de chlorure stannique qui se volatilise et se rend dans le récipient par l’effet soit de la chaleur qui se développe durant la combinaison, soit de celle qu’on a produite pour chauffer le tube à la fin de l’opération. Enfin un autre moyen de préparer le chlorure stannique consiste à faire dissoudre àchaud l’étain dans l’eau régale.

A l’aide d’un sel aurique, qui est toujours réduit par le chlorure stanneux , on peut reconnaître si dans ces diverses préparations tout l’étain se trouve à l’état de chlorure stannique.

(1 ) Quand le chlore employé à la chloruration n’a pas été bien lavé , le chlorure stannique renferme toujours une certaine quantité de manganèse provenant du chloride manganique qui s’est volatalisé.

r§ 221. Applications. On emploie ce chlorure pour aviver certaines couleurs garancées , pour préparer les toiles qui doivent recevoir des couleurs vapeur, et surtout pour faire les couleurs d’application. (Voyez ce genre. )

■ Chlorure stannico-ammonique .

§ 222. Sous le nom de sels d’étain pour rose (Kestner), on vend dans le commerce des chlorures doubles qu’on obtient avec la plus grande facilité en dissolvant dans l’eau 1 équivalent de chlorure ammonique avec 1 équivalent de chlorure stanneux ou stannique : la liqueur évaporée convenablement laisse déposer de très beaux cristaux. Pour reconnaître dans ces sels la présence de l’ammoniaque , on en fait dissoudre une petite quantité, à laquelle on ajoute de la chaux , de la potassé ou de la soude. Si l’ammoniaque en fait partie , il se dégage en se décelant tant par son odeur que par l’action qu’il exerce sur le papier de tournesol rougi par les acides.

§ 223. Appi54*satioBis. Le chlorure stannico-ammonique s’emploie spécialement dans quelques couleurs d’application.

Page 1