‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 6 sur 109 · MONSIEUR DANIEL KOECHLIN SCIIOUC · texte numérisé non relu

MONSIEUR DANIEL KOECHLIN SCIIOUC

Fabricant à Mulhouse.

Hommage de respect et de reconnaissance,

PERSOZ,

PREFACE

L’industrie de la toile peinte , cette source de tant de fortunes colossales, de la prospérité des contrées où elle a pris naissance , a fait depuis un siècle , grâce aux développements de la physique, de la mécanique et de la chimie , des progrès immenses, mais que celui-là seul a pu suivre, qui de chimiste s’est fait fabricant. Il était en effet difficile à tout autre d’en saisir la clef dans les traités jusqu’alors publiés , et qui tous , exclusivement pratiques , ne présentent qu’une suite de recettes d’une application dont aucune considération scientifique ne précise les circonstances. Notre intention n’est point de diminuer le mérite d’ouvrages consciencieux, tels que ceux de Delormois, d’Hommassel, de Yitalis , de Dingler, de Runge, le Manuel de Tillaye; mais on est forcé de reconnaître que l’élève à ses débuts ne saurait y trouver un guide capable de le diriger dans sa marche, ni le chimiste un ensemble de principes dont il lui soit possible de tirer, au profit de l’art, d’heureuses conséquences.

Cette lacune ne pouvait échapper à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale : aussi s’est-elle fait à plusieurs reprises , et tout dernièrement encore, un devoir d’appeler les hommes compétents à la combler. 11 eut été à désirer, sans doute , qu’un de ces fabricants qui joignent à une longue expérience dans leur industrie de profondes connaissances en chimie, un D. Kœchlin, par exemple, un E. Schwartz, un H. Schlumberger , un C. Kœchlin, un Lefèbre, un Loewel , un Colomb, un Steiobach, un Thompson, un Valter Crum, un Mercer, un

PREFACE

Dingler, ou un Leitenberg, eût entrepris cette tâche , que seuls peut-être ils auraient accomplie dignement. A leur défaut, familiarisé dès notre enfance avec les opérations de la toile peinte, et d’ailleurs ayant fait des applications de la chimie à cet art une étude de prédilection , nous avons cru devoir répondre à l’appel de la Société d’encouragement.

Chargé en 1832 par M. le baron Thénard de la partie de son cours relative aux matières colorantes et à leurs applications , nous fîmes au Collège de France , sur cette importante matière , une vingtaine de leçons qui obtinrent quelque succès. Une honorable maison de librairie de Paris nous avait proposé de les publier en un volume ; mais , en présence du programme publié par la Société d’encouragement , il y avait quelque chose de plus complet à faire : nous résiliâmes donc sans hésiter un traité avantageux et nous préparâmes les bases du travail qui paraît aujourd’hui. Appelé depuis en Alsace, et initié que nous étions déjà à la connaissance de l’art de la toile peinte, nous avons mis à profit les nombreux mémoires publiés sur cette branche importante de l’industrie nationale , et les précieuses ressources que nous offrait la Société industrielle de Mulhouse, ainsi que plusieurs amis membres de cette société éclairée. Nous avons d’ailleurs été soutenu dans cette longue et laborieuse entreprise, d’un côté , par le désir de consacrer les progrès de cette belle industrie et de contribuer à son développement ; d’un autre , par le concours des fabricants les plus distingués de cette riche province.

Qu’on nous permette maintenant quelques mots, tant sur le style de cet ouvrage que sur le plan que nous avons adopté. Aux yeux de quelques personnes, un ouvrage d’art n’a réellement ce caractère qu’autant qu’il est dépouillé de toute expression scientifique , écrit dans les

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termes mêmes qui sont consacrés dans les ateliers : nous avons dû tenir compte de ces exigences» C'eût été , sans doute, un non-sens d’employer un autre langage que celui dont se sont servis J.-M. Haussmann et Bartholdi à une époque où la chimie était encore dans son enfance, de nos jours les Valter Crum , les D. Kœchlin , les E. Schwartz , les H. Schlumberger, etc.; sous ce rapport, d’ailleurs, nos plus illustres chimistes, Berthollet , Chaptal , Chevreul , Dumas , etc. , nous présenteraient d’assez beaux modèles à suivre dans les traités spéciaux qu’ils ont publiés ; nous dirons plus, nous aurions cru faire injure, et aux fabricants, et aux jeunes gens qui se préparent par les études les plus sérieuses à le devenir, en nous abstenant de tous les termes de la science qui leur est familière ; mais tout en conservant à ce travail un caractère scientifique, nous nous sommes efforcé de le rendre accessible à toutes les intelligences, et nous sommes d’autant plus rassuré à cet égard qu’ aujourd’hui la classe laborieuse, qui a droit à toute notre sollicitude, n’est plus généralement étrangère au mouvement ni au progrès des idées, grâce à tant d’ouvrages composés à son intention par des hommes compétents et dévoués, et parmi lesquels on peut citer le livre si intéressant de M. Girardin sur la chimie appliquée (1). Enfin, si quelque chose peut surtout nous donner la confiance que notre travail sera compris de tous , c’est qu’un homme habile, M. Lelièvre, secrétaire de notre Académie , a bien voulu nous donner un témoignage d’amitié dont nous conserverons le plus doux souvenir, en nous prêtant son concours pendant l’impression de notre ouvrage.

Quant au plan de ce traité, il nous était tracé par l’ordre

(1) Troisième édition, Paris, 1844, I vol. iii-8 en deux parties, avec figures et échantillons dans le texte.

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même des opérations que nous avions à décrire; il n’est que le développement de celui que nous avons suivi, en 1832, au Collège de France , et depuis, avec les jeunes chimistes auxquels nous avons dû faire connaître les principes de cette importante industrie.

11 est peu d’arts qui réclament des études aussi variées et aussi sérieuses que celui de la toile peinte. En effet, le fabricant doit être initié à bien des connaissances préliminaires. L’histoire des drogues simples lui facilite la connaissance des matières premières qu’il emploie chaque jour. La physique, par les principes de l’hydrostatique, de la chaleur, de la météorologie , de l’optique même, lui apprend à utiliser avec avantage la force naturelle dont il dispose, à développer avec économie celle, qu’il est dans le cas d’emprunter au combustible , à perfectionner ses moyens de chauffage, à tenir compte de l’influence- des variations atmosphériques sur les opérations , à calculer les effets du contraste des couleurs.

Il trouve dans la mécanique les moyens d’améliorer ses machines, ou du moins d’apprécier et de s’approprier les perfectionnements qui , depuis quelques années, ont fait faire de si grands pas à l’impression.

La chimie, enfin, le met à même non seulement de se rendre compte de la pureté et de la valeur des matières premières qui lui sont nécessaires, mais encore de suivre les réactions occultes qui s’opèrent journellement dans les diverses opérations , de régulariser ces dernières , et de profiter de toutes les découvertes qu’enregistre la science.

Le fabricant doit donc posséder à fond ces sciences diverses qui constituent, avec les connaissances administratives et commerciales, et le goût dans le choix des dessins, les préliminaires de la fabrication proprement dite ; mais notre plan ne comportait pas plus la compilation d’ouges d’histoire naturelle, de physique, de mécanique, etc. ,

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que la composition d’un traité de chimie. De quelle utilité, en effet, eût pu être ce traité en présence des ouvrages si consciencieux et si complets de MM. Thénard et Dumas en France , Berzélius, Mitscherlich , Liebig et Graham à l’étranger ? Nous nous sommes donc borné à passer en revue tous les corps -dont on fait usage dans les établissements de toiles peintes , et à les examiner seulement sous le triple rapport des caractères chimiques qui en constatent la pureté , des moyens de les doser, et des principes de leurs applications. Des deux parties que nous avons consacrées à cette étude , Tune , divisée en vingt-six chapitres , traite des substances du règne minéral ; l’autre en six, des matières premières qui fournissent les corps organisés.

Dans la première , nous avons exposé aussi succinctement que possible les caractères particuliers de chaque substance inorganique ; les procédés les plus convenables à leur préparation quand elles doivent être obtenues dans les laboratoires , à leur dosage , c’est-à-dire aux méthodes d’évaluations des divers combustibles du chlore (chlorométrie ) , des acides (acidimétrie), des alcalis (alcalimétrie) ; enfin , les applications qu’on en a faites et qu’on peut en faire, et les principes sur lesquels reposent ces applications.

Dans la seconde , nous avons donné plus d’étendue aux notions chimiques , en isolant ou groupant à dessein les substances organiques au point de vue des différences ou des similitudes qu’elles présentent dans leurs applications. Sous ce rapport , nous avons dû soigneusement distinguer l’acide acétique , dont le rôle n’est comparable qu’à celui de l’eau et de l’acide carbonique (1), des acides tartrique , citrique et oxalique ; nous avons dû distinguer aussi ces derniers , des acides gallique et tannique , qui ne sont -dans certains cas que de véritables acides, dans d’autres

. (1 .) Voyez notre Introduction à l'élude de la chimie, Strasbourg. î 839 .

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que de véritables madères colorantes. Si nous sommes entré dans quelques développements quant à ces deux derniers , c’est parce qu’il nous a semblé qu’en raisonnant par induction , et en procédant par voie d’analogie , on pourrait arriver à faire application des propriétés que nous leur avons reconnues à des corps qui sont évidemment leurs congénères quand on les envisage du même point de vue.

En parlant des matières neutres , des fécules, des gommes, des ligneux, nous avons exposé sur les gommes artificielles, ainsi que sur les causes d’altération des fibres textiles, quelques considérations qui ne seront peut-être pas sans utilité. Il existe un grand nombre de corps gras ; si nous les avions pris un à un pour les suivre dans leurs transformations , un volume eût à peine suffi à cette étude ; nous avons cherché la forme la plus convenable pour en faire connaître en abrégé la nomenclature , les principes immédiats et les modes de transformation : des tableaux nous ont paru parler assez clairement aux yeux pour nous dispenser de tout développement ultérieur. Du reste , à l’occasion de ces corps, nous avons formulé, touchant Faction de l’acide sulfurique sur les matières organiques , des règles dont nous avons constaté l’exactitude dans nos cours depuis 4837.

Les matières colorantes demandaient une attention particulière.

Dans le but d’établir des principes généraux dont les applications auxquelles ces substances donnent lieu découlassent, pour ainsi dire, d’elles-mêmes , nous les avons envisagées sous une double face : nous avons précisé d’abord les circonstances dans lesquelles elles s’altèrent , en présence de la chaleur et de la lumière, et à ce sujet nous n’avons eu qu’à reproduire les travaux de MM. Gay- Lussac et Thénard , ceux de M. Chevreul sur les modifications que leur font éprouver ces fluides dans les divers

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milieux, et établi quant aux autres agents qui peuvent les impressionner , qu’ils interviennent ou non dans les opérations de la teinture et de l’impression, des catégories basées sur l’identité de leurs propriétés. C’est ainsi que nous avons formé un groupe des corps oxidants qui développent ou détruisent les principes colorants en présence desquels ils se trouvent , un autre groupe des corps hydrogênants qui les réduisent , un autre des acides qui les influencent toujours plus ou moins, un quatrième des oxides qui s’y combinent tantôt purement et simplement , tantôt après en avoir préalablement déterminé l’oxidation ; nous les avons ensuite étudiés isolément , tant à l’état de principes immédiats purs qu’à celui de matières premières, et nous avons dû en faire connaître, comme pour les substances du règne inorganique, les caractères, les divers moyens d’évaluation et d’extraction. 11 va sans dire que , sous ce triple rapport, la garance, l’indigo , la cochenille, qui, représentant des valeurs considérables, offrent tant d’encouragement à la fraude , ont été traités avec tous les développements qu’ils méritent.

Telles sont en résumé les- matières du premier volume, dont le plan et la distribution ne peuvent convenir qu’à un ouvrage tout pratique. Abordant alors la fabrication proprement dite , nous l’avons examinée: l°sous un point de vue général ; 2° sous un point de vue particulier. Dans la première de ces deux parties, ont été passées successivement en revue toutes les opérations chimiques et mécaniques dont se compose la fabrication , celles du blanchiment des diverses fibres textiles , les procédés les plus rationnels et les plus économiques pour les réaliser, et les divers modes de séchage et de chauffage.

À la suite de ces préliminaires se présentait naturellement la question , qui domine tout notre travail , de la cause de V adhérence des matières colorantes aux tissus.

PREFACE

Tandis que les uns rattachent cette adhérence à une cause purement physique et mécanique , les autres la rapportent à une action chimique. La première de ces hypothèses , abandonnée depuis la renaissance de la chimie, semblait devoir l’être pour toujours ; reprise dans ces derniers temps par l’un des fabricants les plus distingués d’Angleterre, nous avons dû la discuter à fond et démontrer par des faits puisés dans les opérations mêmes de la toile peinte , r impossibilité d’admettre la théorie d’Apligny.

Nous avons donné ensuite une définition des mordants, dont le rôle est si important dans la fabrication de Tindienne proprement dite, et distingué les composés salins, qui jouissent par eux-mêmes de la propriété d’attirer les matières colorantes, de ceux qui ne l’acquièrent que par l’intervention d’autres agents , parce que de la solution de ces questions dépend le succès des opérations fondamentales de la fixation, du bousage et du garançage.

Tout en nous gardant d’approfondir la question capitale de la composition des dessins , nous avons fait voir combien il importe au fabricant de se familiariser avéc les principes du contraste des couleurs , et à l’aide de quelques tableaux que nous devons à l’ obligeance de M. D. Dollfus- Ausset, et à celle de M. Silbermann , imprimeur de cette ville, nous croyons avoir fait ressortir toute l’utilité que le fabricant peut retirer des beaux travaux de M. Chevreul sur cette partie de la physique appliquée.

A la nomenclature des étoffes imprimées qu’on trouve dans plusieurs ouvrages, et qui n’est basée que sur l’origine des tissus ou sur les caprices de la mode , nous en avons substitué une qui nous semble reposer sur le principe même de la fabrication ; si elle est fondée en raison , comme nous aimons à le penser, en se perfectionnant avec le temps, elle permettra d’introduire plus de précision dans le langage.

PRÉFACE

M. D. Dollfus-Àusset a composé depuis longtemps une classification des formes , dont il a bien voulu nous donner le tableau ; nous avons jugé utile de la mettre sous les yeux du lecteur, qui pourra ainsi se faire par avance une idée de l’intérêt que doit offrir l’ouvrage qu’élabore en ce moment ce fabricant distingué.

La gravure , les machines à imprimer, ont aussi trouvé leur place dans ces généralités ; nous avons cherché à en faire comprendre l’influence sur les résultats de la fabrication de l’indienne.

Enfin, après avoir traité des divers modes d’impression et des machines qu’ils exigent, nous nous sommes occupé de l’impression dans ses rapports avec ces machines, avec les couleurs, avec les agents en présence desquels elle s’opère, puis des opérations qui assurent la prospérité des établissements : nous voulons parler de V épaississage des couleurs , de la fixation des mordants , du bousage , du garançage et de ravivage .

De ces généralités, qui forment la matière du second volume, nous avons passé à la fabrication en particulier. Deux voies s’offraient ici à nous : nous pouvions ou prendre une matière colorante pour point de départ, et l’examiner successivement dans tous les genres simples et composés auxquels elle est susceptible de donner naissance, ou, après avoir étudié les différents genres élémentaires qu’engendrent les diverses substances tinctoriales * soit par teinture , soit par application , soit par vaporisage et que nous désignons sous le nom de :

Fonds unis;

Fonds unis avec impression blanc réserve sous fond ;

Fonds unis avec impression blanc enlevage sur fond :

Fonds blancs avec impression dans telle eu telle couleur ;

arriver par leur combinaison à tous les genres composés. Cette* dernière marche nous a semblé plus claire et , par

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