‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 93 sur 109 · DES CORPS GRAS ET DE X.EURS DÉRIVÉS · texte numérisé non relu

DES CORPS GRAS ET DE X.EURS DÉRIVÉS

§ 335. Nous réunirons et nous confondrons dans ce chapitre une foule de substances qui diffèrent tant par leur origine, puisque les unes sont retirées des animaux , les autres extraites de divers organes et particulièrement de la graine des végétaux, que par leurs propriétés physiques, puisque les unes sont solides et les autres liquides, mais qui néanmoins constituent , au point de vue chimique, parmi les produits du règne organique, une classe naturelle en raison des réactions auxquelles elles donnent lieu et de l’analogie des propriétés de leurs dérivés.

Toutes ces substances sont divisibles en trois groupes : les corps gras neutres , les corps gras acides , enfin les corps de nature grasse.

Dans le 1er groupe se rangent toutes les substances qui , possédant les caractères physiques delà graisse, jouissent en outre de la propriété de se décomposer , à chaud , en présence des alcalis et de l’eau, et de donner naissance, d’une part , à des acides gras, capables de s’unir à la base alcaline pour former avec elle un sel, d’une autre, à un composé neutre, la glycérine (principe doux dis huiles), qui est mis en liberté.

Dans le 2e prennent place tous les acides formés durant la.

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saponification ou qui se rencontrent naturellement dans quelques produits du règne organique.

Le 3e comprend tous les corps qui, jouissant de la plupart des propriétés des corps gras , n’en diffèrent que parce qu’ils 11e peuvent être saponifiés et sont incapables de se combiner avec les bases salifiables pour former dos sels.

Les corps gras sont loin d’ avoir la même consistance ; les plus durs sont désignés vulgairement sous le nom de suifs : on aies suifs de bœuf, de mouton , etc.; viennent ensuite les corps qui fondent à une température plus basse , tels que le beurre , par exemple , qui se fait avec le lait de vache , de chèvre , de brebis, etc., et que, dans le règne végétal , on retire du cacao, du coco et de la muscade. — D’autres corps gras, d’une consistance molle, quelquefois même à demi fluide, portent le nom de graisse ou d’axonge, graisse de porc , à' ours , d 'oie, etc. ; d’autres enfin , liquides à la température ordinaire , sont connus sous le nom d’huiles, qu’on divise en deux classes en raison de la manière dont elles se comportent au contact de l’air , savoir, les huiles grasses , qui s’y rancissent comme les graisses , et les huiles siccatives , qui , absorbant l’oxigène , se résini fient et se durcissent comme le vernis.

Indépendamment de ces divers corps gras, qui ont tous, sous l’influence des alcalis et de l’eau, la propriété de former delà glycérine , il en est deux , le blanc de baleine ou spermacéti et la cire, qui par la saponification donnent naissance à des produits particuliers. — Le premier, tout en formant , avec le concours des bases , les acides gras ordinaires, ne produit pas de glycérine, mais une substance neutre appelée èthal ; le second donne l’acide margarique . Les autres produits de la saponification ne sont pas encore bien connus.

Quoique les corps gras en général fournissent par la saponification des produits qui ont entre eux beaucoup d’analogie, il s’en faut qu’il y ait identité dans leur composition chimique. Mais Comme ils sont formés pour la plupart d’au moins deux principes

immédiats qui s’y trouvent en proportions variables, on s’explique cette différence décomposition. M. Chevreul , qui, le premier, a 'extrait dès corps gras les principes immédiats qui les constituent, leur a donné les noms de stéarine , d ’oléifte , de margarine , de butyrine , de phocènine, à' hircine, de cétine, etc.

Les trois premiers sont ceux qui se rencontrent dans presque tous les corps gras ; les autres dans quelques espèces seulement. — Tous ces principes immédiats ne se comportent pas de la même manière en présence de certains véhicules, de l’éther, par exemple, et de l’essence de térébenthine. Pour les séparer, emploie des procédés en quelque sorte mécaniques , et qui consistent, soit à les faire congeler et à les soumettre ensuite à une pression entre des feuilles de papier buvard, dans le but de séparer les parties liquides de celles qui sont solides , soit à faire intervenir l’éther ou l’essence de térébenthine , afin d’augmenter la fluidité de la partie liquide et d’en rendre ainsi la matière solide plus facile à séparer.

C’est par des procédés de ce genre que M. Chevreul , d’une part, etM. Braeonnot , d’une autre, ont trouvé dans les graisses ci-après :

Suif de mouton .

Matiov soiiilc.

Oiï oléine.

Suif de bœuf .

Moelle de bœuf .

Moelle de mouton. . . .

Beurre d'hiver .

Beurre d’été .

Graisse de porc .

Graisse d’oie .

Graisse de canard. . . .

Graisse de dindon. . . .

Huile de colza. .....

Huile d’olive .

Huile d’amandes douces.

Les corps gras sont généralement

peu colorés

ou même

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colores, à l’exception des huiles. — La couleur verte ou jaune de la plupart de celles-ci est due à une matière colorante qui s’y est dissoute au moment de la fabrication ou qui s’y est développée postérieurement par l’altération de quelques principes qu’elles tenaient en dissolution.

Les graisses, dans leur état normal, sont très peusapideset sans odeur. Au contraire, quand elles ont subi un commencement d’altération qui y provoque ordinairement la formation d’«un ou de plusieurs acides gras, âcres et volatils, elles contractent une saveur et une odeur plus ou moins désagréables.

La densité des corps gras, toujours inférieure à celle de l’eau, est fort différente selon la température à laquelle elle est prise. Nous avons fait voir [Inir. àl’ Et.,]). 223, 263) que la dilatation des corps est proportionnelle au volume moléculaire et hypothétique d’une substance : or, les- corps gras sont d’une constitution moléculaire très complexe • leur dilatation doit donc être très grande , et par suite , leur densité très variable , suivant qu’ils se trouvent à un degré de température plus ou moins élevé.

En opérant sur la graisse de porc, M. Théodore de Saussure a trouvé que la densité de celle-ci ,

à la température de 13° était de 0,938 et à 30° — 0,892

Des observations du même genre , faites sur différentes huiles , ont prouvé que de 12 à 9/i° la densité de ces huiles se réduit ainsi qu’il suit :

Celle de l’huile de noix , de. . 0.928 à 0,871

— d’amandes, de 0,920 à 0,863

— de lin, de. . . 0,939 à 0,881

— de ricin, de. . 0,970 à 0,908

— d'olive, de . . 0,91 9 à 0,862

Dans ces derniers temps, M. Gobley et M. Heidenreich ont

MATIÈRES PREMLÈRES ORGANIQUES.

mis à profit les expériences de M, Théodore de Saussure, pour donner les moyens de reconnaître là pureté de certaines huiles du commerce. Voyez le travail de ce premier^ Jtiimml de Pharmacie de 18/13 et 18 hh

La faculté conductrice des corps gras, tous d’ailleurs mauvais conducteurs de l’électricité , est très inégale ; celle dé l’huile d’olive est si faible qu’elle a donné l’idée de construire un instrument , le diagomètre de Rousseau , au moyen duquel on constate jusqu’à un certain point la pureté de cette huile. — En effet, comme elle conduit le fluide électrique 675 fois moins vite que les autres huiles , on conçoit qu'il est toujours facile d’en déterminer, à l’aide de cette donnée, le degré de pureté.

§ 336. Pour faciliter l’étude chimique des corps gras , nous les examinerons d’abord sous le point de vue de leur constitution moléculaire.

Tous les chimistes partagent cette opinion de M. Chevreul , que les corps gras sont des combinaisons salines qui présentent assez d’analogie avec les éthers formés par les oxacides , pour que leur étude puisse se confondre avec celle de ces derniers composés (Voyez Considérations sur /’ analyse organique , Paris, Levrault, 1824). Quant ànous, nous considérons les éthers à oxacidès sous un point de vue différent qui nous est propre ( Tnt. à VEt., p. 853), et l’éther oxalique comme une molécule d’alcool dont 1 éq. d’hydrogène se trouve remplacé par le radical de l’acide oxalique : on comprendra donc que nous envisagions aussi les corps gras comme des molécules glycériques ou éthaliques dans lesquelles 1 éq. d'hydrogène enlevé a été remplacé par la molécule d’un acide qui a perdu 1 éq. d’oxigène employé à brûler l’hydrogène de la glycérine ou de Léthal. Ainsi, pour nous , la glycérine et les acides gras n’existent pas tout formés dans les corps gras, mais s’y développent à l’aide de l’eau, qui, moyennant la dissociation de ses éléments , produit, par son hydrogène , la glycérine , et par son oxigène les acides gras , tout comme l'éther oxalique ne contient ni acide oxalique ni alcool, I

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mais seulement les éléments propres à engendrer ces corps par J 'intervention de l’eau, qui, en se décomposant sous l’influencé des alcalis ou des acides , régénère l’alcool par son hydrogène et l’acide oxalique par son oxigène.

Quand des corps simples, l’oxigèneoule chlore, par exemple, viennent à réagir sur l’éther oxalique , leur action se porte d’abord sur l’hydrogène de la molécule alcoolique, puis, celle-ci détruite, sur l’hydrogène de la molécule de l’acide ; mais les produits de ces réactions sont toujours complexes, comme ceux qui proviennent de la destruction des éthers par la chaleur

Si l’on substitue à la formule de l’éther oxalique celle de quelques corps gras, et que, pour plus de clarté, on représente les éléments qui constituent ces derniers , savoir • la glycérine par Gl. -f- H2 et les acides gras par A g -j- O, Ag 4- O Âg + O, et A g H- O, on aura pour expression générale de la composition des divers corps gras Gl Ag, Gl Ag, Gl Ag, etc. ; par conséquent la décomposition de 1 éq. d’eau en présence d’une pareille molécule , qu’elle soit déterminée par un alcali ou par un acide ou par la chaleur, donnera toujours pour résultat, d’une part, la formation de la glycérine Gl 4- H2 ou ou de ses produits dérivés , et d’une autre , celle des acides gras Ag 4- O, A g 4- O, A g 4- O, etc. ou de leurs produits dérivés.

§ 337. Les corps gras bruts, c’est-à-dire tels qu’on les retire des différents organes des végétaux et des animaux , sont toujours plus ou moins altérés parle contact de l’air. Cette altération elle même a lieu plus ou moins promptement, et les produits qui en résultent sont en relation tant avec la nature du corps ‘ gras qu’avec . celle des matières étrangères qui peuvent se trouver mélangées. Nous avons dit, p. 327, que les graisses et les huiles grasses rancissent à la longue au contact de l’air, et que les huiles dites siccatives se résinifient dans les mêmes i conditions. M. Théodore de Saussure, qui a fait de ces phénomènes d’altération l’objet d’une étude spéciale, a démontré

qu’ils sont toujours le résultat d’une absorption d’oxigène par le corps gras j Annales de chimie , t. XIII, p. 350). Ayant exposé à l’action de ce gaz, renfermé dans une cloche sur le mercure, une couche d’huile de noix de six millimètres d’épaisseur, cet habile chimiste constata qu’abandonnée à l’ombre pendant 8 mois , cette huile avait à peine absorbé trois fois son volume d’oxigène, mais que tout-à-coup elle subit une modification qui rendit l’absorption si considérable qu’elle s’éleva, dans l’espace cle dix jours , à 00 fois ce même volume. Quelques semaines plus tard , cette absorption était de l/iO fois le volume de l’huile. Durant cette expérience , M. T. de Saussure remarqua qu’il se développait une certaine quantité d’acide carbonique , mais' qu’il n’y avait pas d’eau formée, et qu’en conséquence l’hydrogène n’avait pas été brûlé.

Quand dans l’huile exposée à l’air se trouvent certaines substances étrangères, qu’elles y existent naturellement ou qu’on les y ait ajoutées , ces substances exercent ordinairement une grande influence sur l’absorption de l’oxigène et sur la nature des produits auxquels les corps gras donnent alors naissance. Qu’on expose, par exemple, au contact de l’air, de l’oléine, de la margarine et de la stéarine , ces principes immédiats dans lesquels se résument la plupart des corps gras , ils se conserveront longtemps sans s’altérer, pourvu qu’ils soient bien purifiés ; mais s’ils sont accompagnés de matières étrangères, telles que nous les présente l’huile d’olive^ particulièrement celle qui est dite tournante , ils s’altéreront dans un bref délai. Cette altération deviendra plus rapide encore si l’on mélange à l'huile une dissolution de carbonate ou mieux de bicarbonate potassique ou sodique , qui forme avec elle une émulsion , car alors l’huile attire à elle l’oxigène avec la plus grande avidité, et se transforme en une nouvelle espèce de corps gras , inattaquable par les alcalis faibles, et qui, par une propriété remarquable, se comporte à la manière des mordants , en attirant avec une énergie sans égale les molécules colorantes d’un bain de ga- i

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rance. La matière organique azotée que l’huile tient, dans ce cas, en dissolution, opère sur celle-ci comme un véritable ferment. Si, au lieu du bicarbonate potassique ou sodique , on faisait usage de ces mêmes bases à l’état caustique , on n’obtiendrait plus le même produit : on arriverait à une véritable saponification .

Comme l’oxidation de l’huile , quand elle a lieu , est toujours accompagnée d’un développement de chaleur, il arrive souvent que des tissus entassés et recouverts de corps gras, qui se trouvent dans les conditions convenables pour subir ce genre de modification , s’enflamment spontanément.

Dans ces diverses circonstances , l’oxigène porte d’abord son action sur la glycérine, qu’il modifie, puis sur l’acide. Nous nous sommes assurés que l’huile altérée durant les opérations du rouge turc ne renferme ou plutôt ne fournit pas de glycérine à la saponification.

Beaucoup de corps agissent sur les graisses tant par l’oxigène qu’ils leur cèdent que par celui qu’ils mettent en liberté en leur présence. Les acides nitrique , chromique et manganique sont dans le premier cas ; le chlore , le brome et l’iode avec le concours de l’eau, dans le second. Ces trois derniers attaquent encore les corps gras anhydres par l’action qu’ils exercent sur l’hydrogène de ces corps.

§ 338. Ce sont, sans contredit, les modifications que les corps gras éprouvent de la part des alcalis et des oxides métalliques en général , et la nature des composés qui se forment par l’influence de ces bases, qui doivent surtout fixer l’attention des fabricants.

Quand un oxide métallique , doué d’un pouvoir basique tant soit peu énergique , se trouve en présence d’un corps gras et de l’eau , celle-ci se décompose et reconstitue par son hydrogène la glycérine , et par son oxigène les acides gras. Ces derniers forment avec l’oxide un composé insoluble toutes les fois que cet oxide n’est pas à base potassique , sodique ou ammo-

nique , soluble au contraire lorsque dans des circonstances particulières on emploie ces trois bases. Quant à la glycérine, elle reste en dissolution dans l’eau, mais elle y est tantôt pure, tantôt mélangée; pure, quand le savon est insoluble dans le liquide ; mélangée, quand il y est soluble. .

En traitant l’huile par l’eau etparl’oxide plombique, lasaponification a lieu , et tous les acides gras deviennent insolubles; la glycérine seule reste en dissolution. Quand on saponifie l’huile par la potasse , la glycérine est ou libre ou mélangée au savon , suivant que la lessive employée à l’opération a été plus ou moins concentrée.

M. Chevreul , auquel nous devons les travaux les plus importants qui aient été faits sur les corps gras , a démontré par de nombreuses expériences :

1° Que l’air n’a aucune part à l’acte de la saponification, qui s’accomplit en l’absence comme en la présence de cet agent ;

2° Que l’eau est nécessaire à la saponification , à laquelle elle concourt directement , puisque la somme des produits obtenus est toujours supérieure à la quantité du corps gras employé, et que l’augmentation correspond à 1 équivalent d’eau.

J 00 parties de corps gras fournissent par la saponification, savoir :

Acides gras.

Glycérine.

Total.

Eau lixée

Graisse de mouton

— de porc . .

— d'homme.

Les produits de la saponification des corps gras ne sont pas toujours identiques ; ils varient tant par la nature du corps gras saponifié que par les' proportions respectives des acides auxquels ils donnent lieu. Les corps gras engendrent, les uns, et c’est le plus grand nombre , les acides stéarique, margariqueet oléique;,les autres, des acides particuliers qui caractérisent certaines graisses : tels sont les acides butyrique,

CORPS GRAS

caprique, caproïque, phocénique et palmique, qui sont les produits de la saponification , les trois premiers des beurres de vache , de chèvre et de mouton ; le quatrième , de l’huile de poisson; le cinquième de l’huile de palme.

Les bases qui saponifient le mieux et le plus promptement les corps gras sont les oxides alcalins , la chaux en particulier , quoiqu’elle forme avec eux des composés insolubles.

Il résulte de nos observations que l’action des bases sur les corps gras est d’autant plus prompte et plus complète que la réaction a lieu à une pression plus élevée. Les carbonates alcalins, qui saponifient mal les graisses à la pression ordinaire , les saponifient très bien à la pression de 2 à 3 atmosphères.

Enfin, si l’on fait réagir les hydrates potassique ou sodique sur les corps gras , il se passe de véritables phénomènes d'oxidation , et l’on voit se former des acides gras bien différents de ceuxquel’on obtient de ces mêmes corps saponifiés à la manière ordinaire.

Les oxides anhydres en présence des corps gras sans le concours de l’eau en modifient quelques uns d’une manière particulière. Ainsi l’oxide plombique , ou mieux encore les suroxides plombeux et plombique , chauffés en présence des huiles dites siccatives, des huiles deiin, de noix, d’œillette, de chènevis, etc. . les changent au point qu’étendues en couches minces, elles se comportent à la manière des vernis , et se dessèchent aussi promptement.

Plusieurs acides, en contact avec certains corps gras, donnent lieu à des réactions qui doivent nous arrêter un instant. Dans les tomes X , XII et XVI du Journal de Physique , nous trouvons relatés les résultats d’expériences faites par M. Achard, chimiste de Berlin, sur l’action qu’exerce l’acide sulfurique mélangé à l’huile d’olive. Ce chimiste démontre, dans le dernier volume cité , que l’acide sulfurique en contact avec l’huile produit un véritable savon. Il appelle ainsi tout

produit résultant de l’union d’un corps gras avec un élément sali fiable quelconque, base ou acide, capable de former un composé soluble dans l’eau et dans l’esprit de vin. Ayant en effet mélangé 2 parties d’acide sulfurique et de 3 parties d’huile , il obtint une masse consistante semblable à de la térébenthine. Cette masse, délayée dans 6 parties d’eau , se sépara en deux couches l’une , plus visqueuse que l’autre, renfermait le corps gras , et occupait tantôt la partie inférieure , tantôt la partie supérieure du liquide. Séparée par décantation de la partie aqueuse qui retenait l'excès d’acide, cette partie visqueuse jouissait de la propriété de se dissoudre complètement dans l’eau chaude.

M. Pelouze a fait voir que , dans pareille circonstance, l’acide sulfurique donne naissance , en agissant sur la glycérine , à un acide complexe, l’acide sulfo-glycérique ; et M. Frémy , qui , de son côté , a étudié les produits de la saponification par l’acide sulfurique, aconstaté qu’elle donne encore naissance àdes acides complexes dans lesquels figurent les éléments de l’acide sulfurique , les "acides sulfo-margarique et salf o-olkiqxie , et qu’enfin ces acides se décomposent et se transforment en de nouveaux acides , distincts des acides gras ordinaires par une certaine quantité d’eau qui s’y trouve en plus. (Voyez dans les divers traités de chimie ce qui a été publié au sujet des acides hydro-oléiquç et hy dro-margarique . )

Pour comprendre la formation de ces acides complexes , il suffit d’y appliquer la proposition que nous avons publiée sur ce genre de composés dans les comptes-rendus de l’Académie (1837) . Une molécule de matière organique est-elle en contact avec un acide qui exerce sur elle une réaction , il y a deux choses à considérer :

(a) Le rôle chimique de la substance organique ;

[b] Le nombre des molécules d’acide mises en mouvement en présence de la molécule de la matière organique.

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a. Lorsqu’une substance organique est traitée par un acide capable de céder 1 vol. d’oxigène, l’acide sulfurique (1) par exemple, et que les molécules mises en mouvement sont dans le rapport de 1 à 1, il y a formation de 1 éq. d’eau susceptible d’être éliminé aux dépens de 2 vol. d’hydrogène de la substance et de 1 vol. d’oxigène de l’acide. Si nous représentions la molécule d’une substance organique

par N quand elle est neutre , et par A quand elle est acide ,

nous aurions pour expression générale de la réaction , ou N + S' = (N S) + H* O, ou A + S = (A S) + H2 O.

Nous citerons comme exemples à l’appui de cette proposition , lo la fécule, qui, avec l’acide nitrique, donne naissance à la xyloïne ; la benzine, qui produit avec le même acide le nitro benzine , et avec l’acide sulfurique la sulfo- benzine ; 2° l’alcool et l’esprit de bois , qui , en contact avec tous les oxacides, constituent les éthers dits composés ; 3° les acides benzoïque, cuminique, ombellique, qui, avec l’acide nitrique, fournissent les acides nitro-benzique , nitro-cüminique et nitro-ombelîique , saturant, comme les acides qui leur ont donné naissance, 1 équivalent de base.

b. Quand une substance organique est en contact avec l’acide sulfurique , et que les molécules mises en mouvement sont dans le rapport de 1 éq. de matière organique pour 2 d’acide, l’expression générale de la formule est

N -j- S S — (N S), S + H ! O recomposé ac. saturant ! éq. de base, ou A’ + S S = (A S), S + 11 ' O — composé ac . saturant 2 éq. de base.

Ainsi l’alcool et l’esprit de bois forment , avec les acides

(1) C’est afin d'être plus clair que nous spécifions l’acide sulfurique; tout autre acide peut lui être substitué, quel que soit d’ailleurs son ordre de composition , pourvu seulement qu'il puisse céder un volume d’oxigène.

sulfurique et oxalique, les acides sulfo-viniqueet sulfo-méthylique, et les acides oxalo-vinique et oxalo-méthylique.

La glycérine et la benzine , en contact avec le premier de ces acides, produisent les acides sulfo-glycérique et sulfo-benzique , acides complexes qui , dérivant d’une substance neutre , saturent 1 équivalent de base. Les acides benzoïque et acétique, ainsi que les acides margarique et oléique , qui tous saturent 1 équivalent de base , engendrent avec l’acide sulfurique les acides sulfo-benzoïque , sulfo-acétique , sulfo-margarique et sulfo-oléique, doués d’une capacité de saturation double, puisqu’ils se combinent avec 2 équivalents de bases.

D’après ces considérations, il est facile de se rendre compte des phénomènes qui résultent de l’action d’un acide sur une huile. Celle-ci éprouve d’abord de la part de l’acide une influence physique qui a pour résultat la décomposition de l’eau etla formation de la glycérine et des acides margarique et oléique. Ces trois corps, en présence de l’acide sulfurique, déterminent la production, le premier d’un acide complexe, l’acide sulfo-glycérique, qui sature 1 équivalent de base; les deux autres, de deux acides également complexes , les acides sulfo-margarique et sulfoglycérique , mais qui saturent chacun 2 équivalents de base.

L’acide nitrique, et surtout l’acide nitreux, attaquent les graisses avec beaucoup d’énergie; cependant les produits qui résultent de cette réaction ne sont pas toujours du même ordre que ceux auxquels donne lieu l’acide sulfurique. Nous voyons , en effet, ces acides tantôt transformer les substances grasses neutres en de nouvelles substances grasses neutres , tantôt les saponifier, et même , dans certaines circonstances , les oxider en développant plusieurs acides qui dérivent des principes constituants des graisses.

Tillet a publié (Mémoires de V Académie , 1780) un grand nombre d’expériences intéressantes touchant l’action qu’ exercent les acides nitreux et nitrique sur les huiles. En 1819, Poutet a fait aussi connaître de belles observations sur les modifications

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que subissent les huiles en présence d’une dissolution de nitrate mercureux, et constaté que quelques unes restent fluides, tandis que d’autres se solidifient immédiatement au contact de ce sel. Parmi les dernières , l’huile d’olives est celle qui a fixé principalement l’attention de cet habile pharmacien. Il avait mélangé 92 grammes de cette huile avec une dissolution formée de 12 parties de mercure dissoutes dans 15 parties d’acide nitrique à 38° Æ, étayant remarqué qu’elle se solidifiait plus promptement qu’aucune autre huile placée dans la même circonstance, il proposa de mettre cette propriété à profit pour reconnaître la pureté des huiles d’olives que nous fournit le commerce. (Voyez les divers traités de chimie.)

M. Boudet [Annales de chimie et dephysique, TL, p. 391), reprenant les travaux de ses devanciers , découvrit des faits nouveaux en traitant le même sujet, et démontra que l’acide nitreux solidifie subitement les huiles ; que, dans les expériences de Poutet, l’action solidifiante du nitrate mercureux devait être attribuée à l’acide nitreux que ce sel renferme toujours à l’état de nitrite ; enfin que durant cette même solidification il y a formation d’autres corps gras artificiels, Y.ela'idine quand on • opère sur l’huile d’olives, et la palmine quand on opère sur l’huile de ricin.

Traitées à chaud par l’acide nitrique, les graisses se saponifient d’abord, mais ne tardent pas à être altérées par l’oxigène que cet acide cède à leurs principes constitutifs. L’acide stéarique passe alors à l’état d’acide margarique ; celui-ci, en se décomposant à son tour, se transforme en acide subérique , et ce dernier en acide succinique. Pour ce qui regarde l’acide oléique , il est encore plus énergiquement attaqué par l’acide nitrique, avec lequel il produit 5 acides : les acides pimélique, adipique, azoléique, lipique , œnantique.

L’acide chromique, agent oxidant énergique, altère aussi les corps gras; mais les produits qui dérivent de cette altération ne sont pas encore bien étudiés.

Les corps gras portés à l’ébullition se décomposent toujours, et donnent alors naissance à des produits différents de ceux qui proviennent de leur saponification . Ainsi un corps gras fournitil de l’acide stéarique en se saponifiant, l’acide margarique est un des produits de sa destruction par la chaleur ; fournit-il de l’acide oléique , on obtient l’acide sébacique. Outre ces produits il se dégage encore des carbures d’hydrogène qu’engendrent la glycérine qui a été décomposée et les acides précédents qui ont subi une destruction plus complète.

Ne pouvant , faute de place , entrer dans tous les détails nécessaires pour compléter l’étude si importante des corps gras , nous donnons ici deux tableaux à l’aide desquels on connaîtra toujours les différents principes immédiats qui les constituent, et les produits dérivés auxquels ils donnent naissance lorsqu’ils sont soumis à l’influence des principaux agents chimiques et physiques.

Ainsi, un fabricant qui aura intérêt à connaître les principes immédiats et dérivés de l’huile de baleine, par exemple, trouvera , à la section des graisses animales , que la densité de cette huile = 0,9270 à 15°, que son point de fusion est indéterminé, et qu’en la traitant par des véhicules choisis on en retire Ix principes immédiats, savoir : A de la stéarine , B de la margarine , C de X oléine , K de la phocénine. Passant de là aux produits dérivés de l’un ou de l’autre de ces principes, de l’oléine, par exemple, il verra aux produits de la saponification que C ( l’o- / léine) engendre l’acide oléique (1ers produits) ; que traité par l’acide sulfurique, il engendre l’acide sulfoléique, qui produit à son tour les acides hydroléique et métoléique (3CS produits); que l’acide oléique distillé se volatilise en partie , et fournit de l’acide sébacique , des hydrogènes carbonés liquides et un gaz inflammable (2eà produits) ; que ce même acide , soumis à l’action de l’acide nitrique, donne les acides margarique , subérique, pimélique, adipique, lipique et azoléique ( 5es produits) ; et à celle

CORFS GRAS.

3Zrl

de la potasse caustique sèche , l’acide acétique et un acide gras non étudié (6CS produits).

A = Stéarine fusible à 62°.

B = Margarine fusible à 48°.

G = Oléine.

D == Hircine.

E = Butyrinc.

F = Cétine fusible à 49".

G s= Oléine (des huiles siccatives).

H = Cérine.

I = Myricine fusible à 35°.

K = Phocénine.

K' = Acide phocénique.

L =Gocinine.

M == Laurinc fusible à 45°.

N = Myristine fusible à 31°.

O = Palmitine fusible à 42°.

P == Principes immédiats de liiuile de ricin.

Q = Principes immédiats de liiuile de croton.

H = Elaïdine fusible à 32",

S = Palmine fusible à 66»,

X = Matière grasse liquide non étudiée.

Y = Huile volatile non étudiée.

Remarque. — Tous tes corps gras ci-dessus nommés fournissent de la glycérine par la saponification, à l'exception de la cérine, qui donne de la céraïnc, et de la cétine , qui fournit de l’ctlial.

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