‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 98 sur 109 · DISTILLATION SÈCHE · texte numérisé non relu

DISTILLATION SÈCHE

Glycérine :

Acroléine.

Acide stéarique :

Acide margarique.

Margarone.

C33Hfi60 . -f-77

Hydr. carboné liquide.

Gaz inflammable.

Acide margarique.

( V. acide stéarique.)

Acide oléique.

Acide oléique.

Acide sébacique . . . +127 C10 Hl(i O3 + Aq Hydr. carbonés liquides.

Gaz inflammable.

Huile de ricin.

Résidu solide.

Acide acétique.

Acide ricinique.

Acide élaïodique.

Elaïdine.

Acide élaïdique.

Palmine.

Acide métoléique.

Élaène (bout à 1 1 0°).

ClS H36

Oléène (bout à 55°).

Liquide oléagineux.

Acide carbonique.

I Acide hydr oléique .

I (F. Acide métoléique).

£É 3° PRODUITS |i

~ bE i*

l’action DE S -j- Aq.

A. (stéarine y

Acide sulfoglycérique.

Cf) H*4 05 + 2/S Acide stéarique.

C et huile d’olive.

Acide sulfoglycérique.

Acide sulfoléique.

Acide métoléique.

C7«HI2608 + Aq(?)'

Acide hydroléique.

C?0 H 1 28 09 -J- Aq (?)i Acide métamargarique.

Ac. hydromargaritique + 60 C34 H7« O5 (?)

Ac. hydromargarique . + 68 C34 H73 06(?)

l’action de. N2 04 et de S.

Huile d’olive.

Élaïdine, . . . + 32

Margarine.

Matière oléagineuse.

Huile de ricin.

Palmine. . . . + 66

Il 5» PRODUITS fl

DE

l’action de N* O5 + Aq.

Acide stéarique.

Acide margarique.

Acide margarique.

Acide subérique . . . + 120 C8 H12 04 + Aq Acide succinique.

C4 H 4 03 + Aq . . -h 4 80 Acide oléique.

Acide margarique.

Acide subérique.

Acide piméliqùe.

C? Hin O5 + Aq Acide adipique.

CO H18 07 + 2 Aq.

Acide lipique.

C5 H4 O3 + 2 Aq Acide azoléique.

Cl3 H26 Oi (?)

Éthal.

Acide piméliqùe.

Acide adipique.

Acide succinique.

Huile de ricin.

Acide œnanthilique.

CO H26 O3 + Aq

DE

l’action de lv + Aq (Hydrate sec).

Éthal.

Acide éthalique . 4-60

C3, H62 O3 + Aq Acide oléique.

Acide acétique.

Acide gras non étudié.

Acide èldidique.

Acide acétique. ,

Acide gras non étudié.

CORPS GRAS

§ 339. Applications. Les corps gras sont employés en très grande quantité dans les fabriques d’indienne, soit en nature , soit à l’état de savon. Les premiers sont : 1° V huile d'olive. Ce n’est pas une huile douce, fine et légère , résultant de la simple expression des olives et ne renfermant que peu de matières étrangères qu’on recherche pour la fabrication des toiles peintes, c’est au contraire une huile dite grasse dans le commerce , que l’on obtient en faisant subir aux olives l’action de l’eau chaude avant de les soumettre à la pression , et qui par conséquent est fortement chargée de matières extractives. Cette huile est désignée dans les fabriques sous le nom d 'huile tournante , dénomination qui rappelle le pouvoir qu’elle possède, étant mélangée à une dissolution de carbonate potassique ou sodique à 2° Æ, de produire immédiatement une émulsion lactescente, légèrement colorée en jaune. Une huile de cette nature est d’autant plus estimée que son émulsion est plus durable et que sa partie grasse met plus de temps à se séparer.

Il n’est pas difficile de rendre une huile tournante ; il suffit pour cela de délayer deux jaunes d’œuf dans un litre d’huile qu’on abandonne à lui-même; en peu de temps l’huile ainsi traitée produit une émulsion avec une lessive de carbonate potassique ou sodique , et a acquis toutes les qualités qu’on lui demande.

L’huile tournante sert à préparer les toiles destinées à la teinture en rouge turc. (Voyez cette fabrication.) On la fait entrer dans quelques mordants d’alumine pour augmenter l’éclat du rouge, ainsi que dans quelques couleurs d’application, et notamment dans le noir. Toutefois d’autres huiles peuvent remplacer l’huile d’olive dans les opérations que nous venons d’énumérer.

2° On introduit la graisse de porc , l’axonge et le suif dans quelques réserves, afin de les rendre moins impressionnables à l’eau, et de permettre au tissu de se teindre sans que les parties blanches recouvertes de réserve soient endommagées. — Ces

memes corps entrent dans la composition du parement dont on imprègne la chaîne dans le tissage des tissus végétaux.

3° Le spermacéti ou blanc de baleine entre comme corps gras dans les couleurs d’application pour leur donner de l’éclat (voyez Noir d application) , ainsi que dans les réserves. Il jouit du double avantage de pouvoir être incorporé facilement et en très grande quantité à ces dernières , sans offrir les inconvénients que présentent dans les mêmes circonstances le suif et le saindoux, qui font tache sur les points qu’ils ont réservés lorsqu’on les emploie dans ce but.

h° La cire, dont on faisait autrefois un si grand usage dans les réserves, n’est presque plus employée aujourd’hui. On ne s’en sert plus que pour lustrer les étoffes (voyez Genre meuble), La cire est naturellement jaune ; quand on veut la blanchir on la rubanne , c’est-à-dire qu’on la réduit en lanières minces et étroites, et qu’on l’expose à l’action de l’air. — Sa densité est de 0,966 et son point de fusion est fixé à 62° ; elle se dissout complètement dans les huiles grasses, dans les huiles essentielles et dans les éthers, incomplètement dans l’alcool, qui sépare deux de ses principes immédiats, la cérine et la myricine ; et comme elle n’est attaquée que très difficilement par les alcalis faibles , sous l’influence de l’eau, on a toujours dans cette propriété un moyen de reconnaître si elle est mélangée d’acides gras dont le point de fusion est voisin du sien.

5'- L’huile de lin rendue siccative sert quelquefois à F application de couleurs métalliques sur tissus.

Des Savons,

§ 3Z|0. Les savons sont des produits du commerce qui résultent du traitement des différents corps gras par la potasse ou par la soude. On en distingue deux espèces: les savons durs et les savons mous. Les premiers ont toujours pour base l’oxide sodique, et sont formés d’huiles grasses ou de graisses. Dans les pays rnéri-

CORPS GRAS

dion aux, les huiles d’olive, auxquelles on ajoute quelques ^centi' mes d’huile d’œillette , sont les seuls corps gras que l’on emploie à cette fabrication ; mais suivant les proportions de margarine et de matières colorantes qu’elles renferment , ces huiles donnent naissance à des savons plus ou moins durs , plus ou moins colorés et aussi plus ou moins estimés. Les huiles d’olive les plus convenables à la fabrication du savon sont les huiles de Provence , d’Espagne, de Naples et du Levant. Depuis un certain nombre d’années on se sert aussi pour faire le ’ savon de quelques autres matières grasses, savoir :

1° L’huile ou plutôt la graisse de palme (car elle n’est fluide qu’aù-dessus de 29°) qu’on exprime de l’amande d’une espèce de palmier (X Eldis guianensis). Le savon auquel donne lieu ce corps gras est appelé savon de palme ; il a l’odeur de la violette et une couleur qui rappelle assez celle de la cire jaune ;

2° Le beurre de coco, extrait de la noix de coco (Cocos nucifera ). Le savon qu’on retire de ce beurre est blanc, renferme ordinairement beaucoup de sels, et se fond à une très basse température.

Dans tous les pays du Nord, on confectionne les savons durs en soumettant les graisses et les suifs à la saponification.

Les seconds, les savons mous, autrement dits savons verts ou noirs, ont pour base l’oxide potassique. Les corps gras qui leur donnent naissance sont les huiles’ de graines , particulièrement l’huile de chènevis , qui imprime au savon une nuance d’un brun verdâtre qu’on obtient difficilement d’autres huiles ; et après celle-ci , en les rangeant dans l’ordre de la préférence qu’on leur accorde , les huiles de cameline , de lin , d’ œillette , de colza et de navette. Ces savons sont tous transparents ou translucides; mais 10 p. 0 0 de graisse ajoutés à l’huile employée à leur fabrication suffisent pour les rendre opaques.

Les savons que nous venons d’énumérer ne sont pas les seuls qu’on puisse produire ; il en est d’autres, mais dont nous

3/l8 MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.

ne parlons pas , parce qu’ils sont sans application à l’art de la toile peinte.

Les deux tableaux ci- après indiquent la composition des principaux savons.

Savons durs à base de soude .

1 00 parties savon blanc de Marseille

renferment .

Id. savon marbré de Marseille . .

Id. id. id .

Id. sav. formé de 90 p. 100 suif.

Id savon de Castille D— l ,0705.

Id. id. D = 0,9669.

Id. savon blanc de Glascow . . .

Corps gras Oxide sotlique. Eau.

Thénard,

id.

Darcet.

Ure.’

id.

id.

Savons mous à base de potasse.

1 00 parties savon vert renferment.

Id. id .

Id. id .

Id. id .

Id . sav . vert fabriqué à Londres .

Id. sav. vert fabriq. en Belgique.

Id sav. vert fabriqué en Écosse.

Id. Id .

Id. sav. vert fabriqué avec l'huile de navette.

Id. Id. . . d’olives.

rps gras. 0'

tille potnssiq.

Eau.

Thénard.

Chevreul.

id.

id.

Ure.

id.

id.

id.

id.

Les différences que présente ce tableau clans la composition des principaux savons dépendent de la nature du corps gras employé à leur préparation , et de la manière dont la saponification a été effectuée sous l’influence de quantités d’eau et d’alcali variables.

CORPS GRAS

§ 341. Avec les substances qui les constituent, les savons en contiennent quelquefois d’étrangères que la fraude a introduites , ou qui proviennent soit de l’impureté des lessives dont on a fait usage , soit du peu de soin avec lequel ils ont été purifiés ou lavés. Le fabricant d’indienne ne peut donc être fixé sur la qualité et la valeur d’un savon qu’autant qu’il a préalablement déterminé, 1° la quantité d’eau, 2° la quantité, et au besoin la nature des acides gras, 3° la quantité d’alcali qu’ils contiennent ; et qu’il s’est en outre assuré que le corps gras du savon est complètement saponifié, et que ce dernier n’est, altéré par aucune substance étrangère.

§ 342. Pour évaluer Veau. — On pèse et l’on réduit en copeaux minces 5 à 6 grammes de savon retirés en partie de l’intérieur , en partie de l’extérieur d’un pain , afin d’avoir un échantillon moyen que l’on expose ensuite dans une étuve à un courant d’air chaud, ou mieux sur un bain d’huile chauffé à 180° ; on retire cet échantillon quand il a cessé de perdre de son poids, car alors la dessiccation en est complète, et l’on évalue la perte en le pesant de nouveau; la différence des poids représente la quantité d’eau qui se trouvait dans le savon.

§ 343. Pour évaluer les acides gras. — On fait dissoudre 15 à 20 grammes de savon, que l’on décompose ensuite au moyen du chloride hydrique, qui s’empare de la base et met les acides en liberté. — On porte le tout à l’ébullition dans une capsule de porcelaine et on le laisse refroidir jusqu’à ce que les acides gras soient devenus solides ; on perce alors d’un trou la croûte qu’ils forment au-dessus du liquide, et l’on décante celui-ci qu’on remplace par de l’eau chaude. On fait bouillir de nouveau ce liquide, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les eaux de lavage ne précipitent plus par le nitrate argentique. Après avoir décanté la partie aqueuse , on dessèche dans une étuve la capsule avec les acides gras quelle contient, on en fait la tare, puis on enlève l’acide gras par une solution alcaline, et après avoir lavé et desséché la capsule vide , on la pèse de nouveau. La diffé-

rence des poids donne la quantité d’acide gras qui existait dans le savon analysé.

Pour faciliter la solidification des acides gras et arriver à en connaître plus promptement le poids , on fait fondre en même temps et au moment où ils viennent d’être déplacés par le chloride hydrique, un poids de cire blanche, égal à celui du savon essayé; et en procédant comme ci-dessus, on obtient un poids N de corps gras , duquel on retranche celui de la cire ajoutée.

Si le savon ne renferme pas de matières salines étrangères, on en décompose par l’acétate plombique 10 grammes préalablement dissous dans l’eau. Il se produit un précipité abondant qu’on doit laver, fondre et peser, pour le calciner ensuite au contact de l’air dans une capsule de porcelaine. — Le résidu qu’on obtient d’abord est du plomb mélangé de charbon; mais en ajoutant peu à peu à ce résidu, pendant qu’on le chauffe, du nitrate ammonique, on fait disparaître le charbon, le plomb s’oxide, et il rue reste plus que de l’oxide plombique pur , dont le poids comparé à celui du savon plombique fait connaître la quantité d’acide gras que renferme le savon.

Lorsqu’on désire connaître la nature des acides gras qui se trouvent dans un savon, on doit rechercher d’abord s’il n’en renferme pas de volatils. A cet effet on prend une certaine quantité de ce savon en dissolution, qu’on introduit dans une cornue et qu’on décompose par l’acide tartrique. On distille la liqueur, et s’il y a des acides gras volatils , ils se réunissent dans le récipient; quant aux acides fixes, ils restent dans la cornue. Ce premier point établi, il n’y a plus qu’à rechercher, par les procédés qu’indique M. Chevreul dans son traité sur les corps gras, quels sont les acides gras qui constituent le produit volatil, et ceux qui constituent le produit fixe de la distillation.

§ 34/4. Pour évaluer V alcali . — On dose par les méthodes alcalimétriques la proportion d’alcali que renferme un savon , en ayant la précaution de maintenir chaude la dissolution de savon dans laquelle on verse la liqueur acide titrée. La quantité

CORPS GRAS

d’acide employé fait connaître quelle est celle de la potasse ou de la soude qui se trouve dans le savon. On arrive au même résultat en décomposant une solution de 5 grammes de savon par un excès d’a'cide sulfurique, puis en filtrant et en évaporant la liqueur jusqu’à siccité ; le résidu est calciné , et le poids du sulfate potassique ou sodique qu’on en retire fait connaître par le calcul la quantité d’oxide potassique ou sodique.

Il est souvent utile de savoir si le savon est à base de soude, ou à base dépotasse , ou s’il renferme ces deux bases. — Pour résoudre cette question, on calcine et on incinère ensuite dans une capsule de platine 10 grammes de savon ; on dissout dans l’eau une portion de ce résidu que l’on sature d’acide nitrique pur, puis on verse dans la dissolution quelques gouttes de chlorure platinique, ou à défaut de ce sel, d’une dissolution concentrée d’acide tartique . Si le premier de ces réactifs détermine un précipité jaune , et le second un précipité blanc , le savon essayé est à base de potasse ; il est au contraire à base de soude quand ces deux réactifs ne produisent pas de précipité. • — Pour reconnaître si un savon dans lequel on aurait décelé la potasse contient en outre delà soude, on sature une autre partie du résidu cidessus de la calcination du savon par l’acide hyperchlorique, et le produit desséché est ensuite traité par l’alcool. Si l’hyperchlorate est tout-à-fait insoluble dans ce liquide, le savon est à base potassique pure ; s’il y est en partie soluble et en partie insoluble, le savon est à la fois à base potassique et sodique , et les poids respectifs d’hyperchlorate potassique et d’hyperchlorate sodique permettent de calculer dans quel rapport ces deux bases y existent.

^ 345. Pour évaluer un corps gras imparfaitement saponifié dans un savon. — On décompose celui-ci par un acide , et l’on traite à froid, par l’alcool à 85°, les acides gras qui s’y trouvent. — Ceux-ci entrant en dissolution donnent pour résidu la graisse saponifiée; mais lorsque cette dernière est elle-même soluble dans l’alcool ou qu’elle s’y dissout à la faveur des

acides gras, pour éviter toute erreur on doit saturer les acides gras ( extraits des savons par le chloride hydrique et ensuite bien lavés) par l’oxide b ary tique. Le produit de la saturation , traité par l’alcool pur ou mélangé d’un peu d’éther, cède à ces liquides la graisse non saponifiée , et qui, ainsi séparée, devient facile à évaluer.

§ 3 hQ. Quant aux substances étrangères , ainsi que nous l’avons déjà dit , ce sont ou des savons insolubles qui se forment aux dépens des impuretés que renferment les lessives des soudes ou des potasses employées à la saponification , ou des corps étrangers au savon qui n’en ont pas été expulsés après l’opération, ou enfin des matières qui y ont été introduites par fraude.

Les savons marbrés contiennent toujours une certaine quantité de savon à base d’oxide manganeux et ferrique, qu’ils laissent pour résidu quand on les traite par l’alcool ; ce résidu ne dépasse pas ordinairement 1 p. 0/0 dans les savons marbrés- du commerce. C’est par le même procédé qu’on décèle dans les savons toutes les autres substances insolubles qu’ils peuvent renfermer ; mais pour connaître la nature de ces matières, il est nécessaire d’en soumettre le résidu à l’analyse. Quelquefois, quand le savon a été imparfaitement lavé , il renferme de l’alcali en excès ; dans ce cas il a une saveur fortement alcaline ; mais il est surtout reconnaissable par un procédé que nous indiquerons en traitant de l’action de l’eau salée sur une dissolution de savon.

Quelquefois aussi on incorpore dans le savon de fortes proportions de sel marin. Il suffit d’incinérer un pareil savon et d’en étudier le résidu pour découvrir la présence et la nature du composé salin. Le savon de coco, qui s’assimile facilement une très grande quantité de sel marin, est aussi celui sur lequel la fraude s’exerce le plus souvent.

Après avoir parlé de la composition et des moyens de reconnaître la pureté des savons, il nous reste à dire un mot de leurs

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propriétés chimiques, avant de nous occuper de leurs applications.

M. Chevreul , dans les intéressants travaux qu’il a publiés sur les corps gras, a mis les savons au rang des sels, parce qu’d leur a reconnu tous les caractères génériques de cette grande famille de composés.

Un savon à base de soude ou de potasse , traité par l’eau pure, s’j décompose ou s’y dissout simplement, comme beaucoup d’autres sels, suivant qu’elle est en plus ou moins grande proportion (voyez dans les traités de chimie l’action de l’eau sur les nitrates mercureux et bismuthique ) , et il y a formation de deux nouveaux sels, l’un avec excès d’acide, qui est insoluble et se précipite, l’autre basique où avec excès de base, qui reste en dissolution : aussi une solution de savon très étendue d’eau se trouble-t-elle toujours en devenant louche ou opaline. Cette propriété dont jouit le savon de se décomposer sous l’influence d’une grande quantité d’eau , en donnant naissance à un sel alcalin , explique pourquoi dans beaucoup de circonstances le fabricant a intérêt à rejeter le savon dont l’alcali est en excès. (Voyez Avivages.)

Les sels qui sont en dissolution dans l’eau exercent aussi une grande influence sur la manière dont les savons se comportent en présence de ce liquide : ainsi qu’on ajoute à une dissolution concentrée de savon du chlorure sodique (sel marin), celui-ci en s’y dissolvant enlève au savon toute l’eau qui le tenait en dissolution, le rend insoluble et le fait surnager à la partie supérieure du liquide. — Les savonniers mettent à profit cette propriété du chlorure sodique , pour séparer leurs savons des lessives qui ont servi à les former , et ceux du Nord pour transformer, par voie de double décomposition, les savons à base potassique en savons à base sodique. On peut se servir de cette même propriété pour juger de l’état de saturation d’un savon, et pour reconnaître s’il contient ou non un excès de base. A cet effet on prend un litre d’une dissolution saturée de chlorure sodique

pure, exempte par conséquent des sels magnésique et calcique qui se rencontrent toujours clans les sels de cuisine ; on y verse une solution concentrée de 100 grammes de savon , on évapore ensuite de manière à expulser l’eau qui avait servi à dissoudre celui-ci, puis on abandonne le tout à lui-même. Le savon rendu insoluble par le sel marin surnage ; quant à la partie liquide, séparée par décantation et au besoin par filtration, elle est mise en contact avec le sirop de violette ou avec le papier végétal, rouge et jaune , et n’a de réaction alcaline qu’ autant que le savon contient un excès d’alcali. Dans ce cas il faut soumettre la liqueur à des essais alcalimétriques, afin de connaître la quantité de base que renferme le savon analysé.

A peu d’exception près, tous les acides solubles décomposent les savons, s’emparent de leur base et déplacent les acides gras. Ce déplacement se fait dans les fabriques au moyen de l’acide sulfurique et du chloride hydrique.

Les oxides solubles qui forment avec les acides gras des composés insolubles, décomposent aussi les savons, mais d’une manière plus ou moins complète. L’oxide calcique s’empare toujours des acides gras pour les rendre insolubles.

Les dissolutions salines qui sont à bases potassique, sodique et ammonique , sont toutes décomposées par une solution de savon. Il résulte toujours de la double décomposition qui s’effectue alors des sels gras à bases métalliques qui renferment les acides oléique, stéarique, margarique, en un mot les acides qui se rencontrent dans les savons.

Les carbonates alcalins exercent sur les savons insolubles la même action que sur les sels insolubles du règne minéral. (Voyez notre Tnt. àVEt., p. 383.)

Le savon a la propriété cle rendre soluble ou de mettre en suspension dans l’eau beaucoup de corps qui par eux-mêmes sont insolubles dans ce véhicule. Comme il se décompose dans l’eau en sel basique et en sel acide, la portion d’acide gras qui se trouve en contact avec des graisses ou avec des corps de même

CORPS OR AS

nature, s’y combine, les désagrégé1,: et les enlève par sa partie soluble qui est alcaline. C’est ce qui explique pourquoi, pour enlever a un tissu un corps gras ou résineux qui le recouvre , on traite d’abord celui-ci par le corps de cette espèce qui a le plus d’analogie avec lui , puis successivement par ceux qui s’en éloignent davantage et se rapprochent au contraire de l’eau. Ainsi, qu’on veuille enlever du goudron déposé sur calicot , on couvre d’abord d’huile la tache goudronneuse, on l’en frotte avec soin, puis on se sert d’une dissolution de savon et enfin d’une lessive. — Le corps gras du savon s’approprie dans ce cas une partie de l’huile , celle-ci une portion du goudron , et tous deux finissent par disparaître du tissu. Cet exemple explique aussi pourquoi le savon résineux décrasse mieux que les autres savons. — Ce pouvoir dissolvant des savons est appliqué à la saponification des corps gras , qui s’attaquent toujours d’autant plus promptement et plus parfaitement qu’ils ont été préalablement empâtés d’une certaine quantité de savon.

§ 347. Apisiicaiiofias. On emploie dans les fabriques des quantités considérables de savon, tant pour aviver et fixer les couleurs garancées, rouge-turc, rose, violet, etc. (voyez Passages'en savon), que pour nettoyer les parties blanches d’un tissu imprimé qui se sont salies durant la teinture. On s’en sert aussi pour blanchir les étoffes de laine ou de soie, et on l’applique sur tissu pour réserver soit des parties blanches, soit des parties déjà teintes, mais qui doivent passer de nouveau dans un bain de teinture.

Les fabricants d’indienne , qui consacrent chaque année des sommes assez fortes à l’achat des savons qui se consomment dans leurs établissements, devraient, selon nous, réduire cette dépense en fabricant eux-mêmes le savon dont ils ont besoin ; ceux qui sont à proximité des fabriques de bougies stéariques emploieraient l’huile de suif (1) , qu’ils n’auraient qu’à faire dissoudre

( I ) On appelle huile de suif la partie liquide retirée de la saponification du suif dans la préparation des bougies; ce n’est pas autre chose que de l’acide oléique.

dans la quantité de carbonate sodique strictement nécessaire pour former un savon. Une grande partie de celui qui se trouve actuellement dans le commerce est préparée de cette manière. Les fabricants qui ne sont pas dans ces conditions se serviraient des huiles et des graisses du commerce, en les traitant d’abord par l’acide sulfurique pour les saponifier. Les acides hydro-margarique et hydro-oléique une fois produits et lavés , on n’aurait plus qu’à les dissoudre comme dans l’exemple précédent par le carbonate sodique. Enfin on pourrait encore dans les fabriques obtenir économiquement le savon en traitant directement les corps gras dans une machine autoclave , en tôle forte et sous la pression de 2 à 3 atmosphères, par un mélange de carbonate et d’hydrate sodique en quantité suffisante pour former avec le corps gras un composé défini. Par ce procédé la formation du savon est presque instantanée.

Dans toutes ces préparations , on devrait employer le corps gras en léger excès, pour rendre le savon plus actif. — Du reste on serait toujours libre, si le cas l’exigeait, d’ajouter à ce savon, au moment de l’employer, une quantité convenable de carbonate sodique.

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