‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 4)Chapitre 12 sur 92 · DES GENRES DERIVANT DE L APPLICATION DE L OXIDE CHROMIQUE · texte numérisé non relu

DES GENRES DERIVANT DE L APPLICATION DE L OXIDE CHROMIQUE

§579. L'application de l'oxide chromique à l'impression est due à M. Camille Kœchlin,qui l'employa, pour la première fois, en 1832 , à la manière de l'oxide ferrique, comme couleur d'e?iluminage et comme fond ou mi-fond rentré après la teinture des garances. Pour déterminer la combinaison de l'oxide ehro-

mique avec l'étoffe, il suffit d'imprégner celle-ci d'un sel chromique , chlorure , nitrate ou sulfate , assez neutre pour ne pas altérer la fibre en s'y desséchant , puis d'opérer le déplacement de la couleur en enlevant à l'aide d'une base salifiable convenable l'acide du sel chromique pour en précipiter l'oxide sur le tissu.

Voici les diverses préparations usitées dans ce but : la première , qui porte dans les fabriques le nom de mordant sucré , donne lieu à du sulfate chromique avec excès d'oxide (voyez § 98 ); on obtient la seconde en faisant bouillir ensemble :

\ kil. bichromate potassique,

2 kil. chloride hydrique du commerce.

La réaction entre ces corps ne tarde pas à avoir lieu ; les deux acides se détruisent mutuellement avec production d'eau et de chlore , qui se dégagent en laissant un résidu de chlorure chromique , § 202. On évapore alors cette dissolution pour en dégager l'excès de chloride hydrique et préserver l'étoffe de l'action qu'il exercerait sur elle.

A l'effet d'obtenir des nuances plus foncées avec l'oxide chromique, on y fait intervenir de l'acide arsénique en proportion déterminée. Voici cette préparation :

A 10 lit. d'eau on ajoute :

5 lit, bichromate potassique ,

6,65 acide arsénieux et une quantité (4 0 ou 12 kil.) de chloride hydrique telle qu'elle puisse détruire tout l'acide chromique , et que le chlore , mis en liberté en en présence de l'eau et de l'acide arsénieux . transforme ce dernier en acide arsénique par l'oxigène de l'eau décomposée.

Lorsque la réaction a cessé , on a une liqueur d'un beau vert pur. qu'il suffit de faire évaporer tant pour la concentrer à 60 ou 65° que pour dégager l'excès d'acide.

Telles sont, en résumé, les préparations de ces deux composés, à la saturation desquels on ne peut trop veiller. Si une

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première évaporation n'expulsait pas tout l'excès d'acide, il ne faudrait pas hésiter à le neutraliser par une certaine quantité de carbonate sodique.

■ § 580. Fond uni à l'oxide rfiromiqiie. On teint beaucoup de

toiles à l'oxide chromique, qui, avec l'avantage de ne pas fatiguer la vue par la couleur vert d'eau auquel il donne lieu, possède une solidité qu'aucune autre matière colorante ne dépasse.

On épaissit légèrement à la gomme le produit obtenu de la réaction indiquée § 579, après l'avoir étendu de manière à marquer 45° AB, puis on verse cette liqueur dans le bassin de la machine à foularder, et l'on y soumet les pièces à une pression suffisante. On les dessèche ensuite avec précaution, afin d'aider à la fixation de la matière colorante sans nuire à l'étoffe , et on les passe, pour effectuer le déplacement de cet oxide, dans une petite cuve à roulettes remplie d'une dissolution , soit de carbonate sodique marquant 3MB et portée à une température de 40°, soit .d'ammoniaque liquide qu'on ajoute au bain ou qu'on y forme directement en dissolvant dans 100 lit. d'eau :

0k,250 sel ammoniac ,

0k,250 chaux préalablement éteinte avec soin.

Le sel chromique qui recouvre les pièces qu'on passe dans de semblables dissolutions se décompose, et l'oxide chromique mis en liberté reste adhérent à l'étoffe. Quand on emploie le carbonate sodique , il faut choisir des cristaux de soude qui aient été exposés à l'air , parce que dans cette circonstance il se produit une certaine quantité de bieîi^^ qui précipite plus nettement l'oxide chromique , que dans le cas où le carbonate ne renferme qu'un équivalent d'acide. Nous avons constaté "à cette occasion des différences correspondantes à celles que l'on observe lorsqu'on fixe l'oxide aluminique par les carbonates et les bicarbonates dans l'opération dubousage.

Les teintes que produit l'oxide chromique par cette voie sont pales; M. D. Kœchlin en rehausse ordinairement le ton en les

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passant à chaud dans une eau qui tient en dissolution une faible proportion de sulfate euivrique. L'éch. 76 a été préparé ainsi,

¥H. Fond uni teint en oxide chroiiiiquc et passé

en sulfate euivrique.

S 581 . Fond gris de chrome avec impression blanc réserve.

La couleur de l'oxide chroraique a trop peu d'intensité pour donner naissance à un genre spécial ; elle n'entre que dans' les genres composés, comme fond rentré, après la teinture. D'ailleurs , les sels chromiques étant d'une application facile , on obtient des impressions plus nettes ë:i réservant le blanc par la gravure. Dans tous les cas, les corps qui iont réserve sous l'oxide chromique sont à peu près ceux que nous avons vu employer pour le cachou ( réserves en quelque sorte mécaniques j , ou ceux qui s'impriment sous fond d'oxide ferrique. Voici une préparation qui rentre dans ce dernier genre :

A 5 lit. jus de citron à 34° AB en incorpore .avec soin dans le bassin à broyer :

7k,500 terre de pipe; on introduit ensuite

5 lit. eau de gomme à 650gr.nar lit., et enfin on ajoute peu à peu

5 lit, lessive caustique à 35° AB.

Cette réserve doit être imprimée après avoir été broyée pendant deux à trois jours , puis les pièces qui en sont recouvertes exposées pendant un à deux jours dans un endroit sec, et mat-

tées au foulard , § 523, avec le sulfate chromico -potassique; la toile , desséchée de nouveau, est passée dans la cuve à roulettes, où l'oxide chromique se fixe soit par l'ammoniaque impure, soit par une dissolution de carbonate sodique sur toutes les parties non réservées par le citrate ; on obtient alors les toiles dans l'état ci-après, éch. 77 :

9 ¥. Fond gris à l'oxide chromique pur avec impression

blanc réserve.

.■§ 582. Fond gris de chrome avec impression blanc enle-

vage. Quand une fois l'oxide chromique est fixé sur l'étoffe , il est difficile de l'enlever, mais il n'en est plus ainsi lorsqu'on imprime avant le fixage ou de l'acide tartrique ou tout autre acide de ce genre , ou encore une solution de tartrate potassique fortement alcaline; car l'oxide chromique, se dissolvant à la faveur de la base alcaline, contracte avec l'acide tartrique une combinaison complexe, dont l'effet est de soustraire l'étoffe à l'action de cette matière colorante qui ne peut plus y adhérer.

Nous n'avons pas encore vu de fabrication de ce genre. Si l'oxide une fois fixé était moins difficile à enlever, on ferait de très belles applications de couleurs enlevage sur gris de chrome.

§ 583. Fond blanc impression gris de chrome. Ici le traitement est absolument le même que pour les genres précédents, parce que la couleur se fixe aux mêmes conditions. On peut

prendre du sulfate chromique et l'épaissir, en ayant toujours la précaution de suppléer à la dose d'épaississant convenable par une certaine quantité de terre de pipe ; ou bien

A 10 lit. de chlorure chromique concentré ajouter : 5 kil. léiocome.

Cette couleur doit être desséchée immédiatement après l'impression, autrement elle est sujette à couler ; un jour après on plaque les pièces dans l'ammoniaque et l'on obtient une impression assez nette.

En Allemagne , où l'on a trouvé cette nuance trop faible , on l'imprime mélangée d'acide arsénique, § 60, après l'avoir convenablement épaissie; et, lorsque l'impression a séjourné pendant un certain temps sur l'étoffe , on fixe à la manière ordinaire, c'est-à-dire qu'on fait passer les toiles dans un bain contenant l'alcali nécessaire au déplacement , non plus de l'oxide chromique, mais de l'arséniate chromique. L'échant. 78, ci-après,

¥S. Fond blanc , impression gris de chrome arséniaté.

donne une idée de la nuance qu'on doit à ce procédé : cependant nous en avons vu où cette couleur tirait beaucoup plus au vert. Cette différence tient-elle au mode de fixage ou à la composition? C'est ce que nous ne pouvons préciser.

La manière dont l'oxide chromique se fixe aux étoffes laisse penser qu'il serait possible de l'employer comme couleur ré?

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serve , et sa stabilité fait admettre aussi la possibilité d'en obtenir des couleurs enlevage. Ne formât-il pas à lui seul de couleurs bien tranchées , il y aurait encore à examiner le parti secondaire qu'on peut en tirer en l'envisageant subsidiairement comme mordant ou base propre à fixer le principe colorant d'une foule de substances.

Applications. La couleur formée par l'oxide chromique n'a fourni jusqu'à présent aucun genre spécial autre que les fonds unis ; mais on l'emploie avec succès comme couleur à'enluminage ou comme couleur mi-fond, on fond rentré après la teinture.

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