DES GENRES SIMPLES , DERIVES DE L APPLICATION DU SUROXIDE
MANGANIQUE.
$ 58â. Cette couleur, généralement connue sous les noms de bistre, solitaire, quelquefois tête-de-maure, a été appliquée pour la première fois par MM. Hartmann , de Munster, en 1815. Elle fut d'abord employée seule, pour des impressions genre fond blanc , dessins mignonnettes , fond picot âge ; ensuite on l'appliqua concurremment avec du jaune d'application et du rouille, et plus tard seulement on l'utilisa en fonds couverts, sur lesquels on imprima d'abord du blanc enlevage , puis des couleurs enlevage de toute espèce. On peut dire sans exagération que , pendant un certain nombre d'années , elle fut une des plus usitées , et que l'étude qu'en ont faite les fabricants les a conduits à constater une foule de réactions et de propriétés dont ils ne se doutaient point , par exemple qu'un acide déposé sur une étoffe teinte en couleurs végétales et recouverte de suroxide manganique , produit une impression enlevage ; que du suroxide manganique, appliqué sur un tissu qu'on passe ensuite en cuve bleue, détermine la fixation d'une plus grande quantité d'indigo, et qu'à l'occasion do la fixation du jaune enlevage sur bistre , le sulfate plombique se fixe directement par le seul fait de l'intervention de la chaux.
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Pour parvenir à fixer sur l'étoffe le suroxide manganique ou cet oxicle particulier qui prend naissance par l'oxidation à l'air de l'oxide manganeux, il suffit d'imprégner cette première d'une préparation à base d'oxide manganeux (chlorure , sulfate ou acétate). Il faut avoir grand soin d'employer les deux premières aussi neutres que possible , et de les saturer quand ils renferment un excès d'acide : autrement, comme il est indispensable de dessécher assez fortement les tissus au moment où on les imbibe de sel manganeux , ils seraient inévitablement brûlés. Ces inconvénients ne sont point à craindre avec l'acétate. Le tissu une fois imprégné de sel manganeux, on fait intervenir l'action déplaçante d'une base salifiable , qui s'empare de l'acide du sel et met l'oxide manganeux en liberté , en sorte qu'il n'y a plus qu'à favoriser l'oxidation de ce dernier , soit par une exposition à l'air, soit par l'intervention d'une certaine quantité de chlorure de chaux, pour assurer la fixation de cette couleur métallique , qui jusqu'à présent n'a été combinée qu'aux tissus végétaux.
§ 585. Fond bistre uni. Rien n'est plus facile que de produire un fond bistre uni quand on prend certaines précautions , et cependant il est peu de genres dont l'exécution ait donné plus de peine aux fabricants sans connaissance des particularités qui en assurent le succès. On fait choix d'une dissolution à base d'oxide manganeux, qu'on étend à volonté, selon la nuance que l'on désire (depuis le brun le plus foncé qui paraît noir , jusqu'à celle du bois ) ; elle doit être bien neutre , et comme c'est du chlorure, résidu de la préparation du chlore, qu'on se sert le plus communément , il est des fabricants qui , après l'avoir déjà purifié, ainsi que nous l'avons dit § 192, y ajoutent une certaine quantité d'acétate plombique dans le but de saturer l'excès d'acide ; il se produit alors une certaine quantité de chlorure plombique peu soluble, qui ne porte aucun préjudice au développement de la nuance, et reste mélangé au chlorure manganeux et à l'acétate de la même base qui a pu prendre naissance , par suite de la double décomposition d'une portion du premier de ces composés
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salins. Quand cette dissolution a été amenée au degré de saturation et de condensation voulu, et que, pour prévenir le coulage et obtenir un fond plus uni, on a ajouté au sel manganeux une certaine quantitéde gomme ou de solution gommeuse, àlOlitres, par exemple, solution de chlorure manganeux saturée, marquant 14 ou 18°, 0',820 eau de gomme à 750 gr. par litre , on Pro~ cède au placage. La liqueur manganeuse est introduite cîans le bassin d'un foulard, § 523, qui, dans ce cas spécial , doit renfermer 6 à 8 roulettes, pour que les points de contact de l'étoffe avec le liquide soient aussi multipliés que possible; les pièces qu'on y a plongées , imprégnées de la dissolution à leur sortie du foulard, sont dirigées dans une étuve chauffée à '60 ou 65«, afin que la dessiccation s'en fasse le plus rapidement possible. C'est là une des conditions indispensables pour une bonne réussite. Quand elles sont desséchées, on procède au déplacement cle l'oxide manganeux , ou , si cette opération ne peut se faire immédiatement , on les laisse enroulées clans le séchoir chaud pour empêcher qu'elles n'attirent l'humidité de l'air par le chlorure manganeux qu'elles renferment , et qui , ne se répandant pas uniformément sur l'étoffe , donnerait inévitablement lieu à des teintes inégales. Le déplacement cle l'oxide manganeux se fait clans un foulard semblable à celui dont on se sert pour mater en sel de cette base ; il importe seulement que le liquide alcalin qu'on introduit dans le bassin soit caustique, concentré, et puisse être chauffé par un jet de vapeur jusqu'à l'ébullition , au moyen d'un tube de plomb qui circule dans la partie inférieure ou d'un double fond.
Le degré de concentration cle la solution alcaline ne doit être, dans aucun cas, au-dessous de ïh° AB pour des fonds unisquelquefois même on l'élève à 22° AB. Cette force est nécessaire pour saisir la fibre au moment où le tissu entre dans le bain alcalin , et forcer/ par la contraction qui s'opère, l'oxide manganeux à y rester engagé jusqu'à oxidation complète. U va sans dire qu'à mesure qu'on passe un certain nombre de pièces
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dans la liqueur , on y ajoute de la lessive fraîche et concentrée, pour l'entretenir au même degré.
Les deux derniers cylindres de foulard doivent être fortement chargés, afin que les pièces , comprimées en proportion , ne retiennent que la plus faible quantité de lessive. Alors quelques fabricants exposent directement l'étoffe dans un séchoir à air libre ; d'autres la plient et la mettent en paquet pendant quelques heures avant de procéder à cette exposition. Durant ce contact prolongé, l'alcali continue à produire son effet, pénètre dans le centre du tissu, et achève la décomposition des portions de sel manganeux qui auraient pu échapper à l'action de la lessive. Par l'exposition à l'air , l'alcali se carbonate , et s'il est dans le cas de compléter le déplacement , c'est en produisant du carbonate manganeux qui ne s'oxide que très difficilement. Enfin, si J'oxidation demande un certain temps d'exposition, elle a besoin d'être complétée par un passage au chlorure de chaux qui suroxide le manganèse dans toutes ses parties. Ce passage est surtout nécessaire quand on n'a pas eu la précaution d'employer de la soude ou de la potasse bien caustiques, et qu'il faut détruire le carbonate manganeux formé en même temps que l'hydrate. La liqueur dans laquelle on passe les pièces est ordinairement formée de 500 litres eau auxquels on ajoute 10 à 12 litres solution de chlorure de chaux à 9° AB. En sortant du chlorure de chaux , le manganèse est complètement suroxide, et le tissu se présente dans l'état ci-après, échantillon 79.
Pour fabriquer avec succès ces fonds unis qui entrent dans une foule de genres composés , il faut :
1° Employer une préparation à base d'oxide manganeux qui ne soit point acide , afin de pouvoir dessécher promptement le fond et éviter le coulage, sans être exposé à brûler l'étoffe;
2° Déplacer l'oxide manganeux par une solution concentrée et chaude d'oxide potassique ou sodique exempte de carbonate. Il faut quelle soit concentrée , pour que l'étoffe subisse cette
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contraction qui doit retenir le suroxide manganeux ; chaude , pour prévenir la formation de l'hydrate qui prendrait naissance si le déplacement avait lieu à une basse température , et dont l'oxidation est infiniment plus difficile ;
3° Compléter l'oxidation par une solution de chlorure de chaux employée à un degré tel , que l'étoffe n'ait pas à en souffrir.