DES GENRES DÉRIVANT DE L APPLICATION DES IODURES
§ 602. Il semble au premier abord que les belles combinaisons que forment les iodures doivent pouvoir être fixées sur tissu ; mais deux causes puissantes s'y sont toujours opposées : la première, c'est qu'ils n'ont pas le degré d'insolubilité voulu pour résister aux lavages; la seconde, qu'ils sont fortement impressionnés par la lumière. En supposant que la première de ces causes n'existât pas , la seconde suffirait pour les faire rejeter ; leur fixation au tissu ne peut être que mécanique , et le corps qui les y ferait adhérer devrait posséder en outre la propriété de les préserver de Faction de la lumière.
GENRES DÉRIVÉS DE INAPPLICATION DES CYANURES ET SPÉCIALE- MENT DU BLEU DE PRUSSE.
§ 603. L'application du bleu de Prusse à la toile peinte est déjà assez ancienne , puisque M. Délormois donne, pag. 73 de son ouvrage , un procédé propre à le dissoudre et à l'imprimer , que quelques fabricants suivent peut-être encore de nos jours , et qui consiste à dissoudre le bleu de Prusse pulvérisé ou en pâte dans une certaine quantité de chloride hydrique du commerce et à épaissir la solution avec la gomme adragante, pour l'imprimer ensuite. Ce n'est cependant que vers la fin du siècle dernier qu'on l'a formé et fixé de toute pièce sur le tissu, et c'est à J.-M. Haussmann qu'il faut en rapporter le mérite. On trouve, tom. XLIX, pag. 252 , Journal de Physique , un travail sur cette couleur , dans lequel il expose les nombreuses tentatives qu'il a faites à cet égard. Après avoir imprimé plusieurs dissolutions salines sur du calicot, il a fini par trouver les conditions
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dans lesquelles la teinture pouvait s'opérer le mieux. Au reste , nous ne sommes pas les premiers à restituer à Haussmann la priorité d'une découverte qu'une récompense donnée plus tard à Raymond semblait devoir lui enlever ; car , dans la Statistique du Haut -Rhin , publiée sous les auspices de M. D. Kœchlin, il est dit, pag. 361, à l'occasion des découvertes faites par Haussmann ; qu'on lui doit « ï application du beau bleu de Prusse par le procède attribué plus tard à Raymond, c est- à- dire en le formant sur la toile de toute pièce, au moyen de Voxide de fer et du prussiate de potasse [cyanure ferroso-potassique (Berzélius). »
Indépendamment de ces deux modes de fixer le bleu de Prusse, qui consistent , le premier , à le former et à le dissoudre ensuite pour l'appliquer sur le tissu; le second, à le produire en fixant préalablement sur l'étoffe de l'oxide ferrique, qu'on sature par voie de teinture, de la quantité de cyanure nécessaire; il en existe d'autres qu'on a découverts depuis, qui sont basés sur l'altération du cyanide ferreux ou du cyanide ferrique, éléments constituants des cyanures ferroso et ferrico-potassiques , et qui sont généralement suivis de nos jours. Nous nous en occuperons en traitant des couleurs vapeur dont ils font partie ; nous n'examinerons ici que le bleu formé par teinture.
La fixation en est des plus simples : il suffit de combiner à l'étoffe , par un des procédés , § 57A , une certaine quantité de fer oxidé , et de la faire passer ensuite dans un bain d'eau tiède, tenant en dissolution du cyanure ferroso-potassique (prussiate jaune), et légèrement acidulé par l'acide sulfuriquê. Le prussiate potassique, décomposé par l'acide sulfuriqiie, fournit un liquide dont on peut se représenter la constitution de bien des manières , mais dans lequel , au point de vue pratique , il ne faut voir qu'une espèce de matière colorante qui, en réagissant sur l'oxide ferrique , engendre le bleu de Prusse.
§ 60/l. Fond bien <lc Prusse ainii. La seule difficulté qui Se
présente dans cette fabrication , c'est d'arriver à un fond par-
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faitement uni qu'on ne réalise qu'en apportant le plus grand soin à ht préparation du fond rouille qui lui sert de base. On commence donc par teindre l'étoffe en rouille d'autant plus foncé qu'on veut obtenir un bleu plus intense, Pour le gros bleu, il faut lui donner la couleur avenlurine , en employant pour mordant le nitro-sulfate ferrique. Quand la toile est bien chargée d'oxide ferrique et qu'on l'a parfaitement dégorgée aux roues à laver , afin d'enlever de la surface tout ce qui n'y serait pas parfaitement adhérent et pourrait, en s'en détachant plus tard, produire des nuances raclées, on la passe dans un baquet surmonté d'un tourniquet , § 56*2 , plein d'une solution étendue de cyanure jaune, acidulée par l'acide sulfurique ; et on l'y manœuvre jusqu'à ce quelle ait atteint la nuance voulue, en supposant qu'il y ait suffisamment de cyanure en dis olution. Lorsqu'on veut obtenir des teintes d'un bleu encore plus foncé et plus pur, on remplace l'acide sulfurique de la dissolution du cyanure par une certaine quantité de chlorure stannique, qui remplit le double rôle de déplacer l'acide du prussiate et , en entrant comme partie constituante de la laque bleue , d'en changer la nuance. Quand au lieu de tissus de coton et de soie on a des laines et des mi-laines à teindre en fonds unis, on se contente d'un bain de cyanure ferroso ou ferrico-potassique , auquel on
^«fc l'ond Meai «le Prusse uni.
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ajoute une certaine quantité d'acide tartrique et de chlorure stannique pour déplacer le cyanide qui reste en dissolution v et de chlorure sodique pour s'opposer à la précipitation des éléments qui sont en présence ; le cyanide ferreux ou ferrique , par la chaleur , passe à l'état de bleu de Prusse , qui se fixe sur l'étoffe en même temps qu'une portion d'oxide stannique. Nous donnons ici un échantillon bleu de Prusse fond bleu sur calicot, éch. 89.
§ 605. Fond bleu de Prusse, impression blanc réserve.
Si ce genre s'exécute en deux temps , c'est-à-dire si l'on commence par fixer le mordant de fer pour teindre ensuite dans le prussiate , le traitement est le même que celui des fonds rouille impression blanc réserve , § 576 , que ce blanc ait été réservé par l'impression ou par la gravure. Si au contraire il s'agit de fixer le bleu de Prusse de toute pièce sur le tissu, on doit tenir compte de la constitution complexe de cette couleur et ne pas perdre de vue qu'elle se dédouble facilement par les alcalis pour constituer un ferroso-cyanure soluble et un oxide ferrique insoluble : or, dans le cas où on l'imprimerait toute formée, l'impression préalable d'une substance basique s'opposerait à sa fixation et ferait réserve ; il ne faut donc que savoir faire un choix des corps de ce groupe, en tenant compte des avantages qu'ils présentent pour l' exécution de l'impression. Comme réserve sous bleu de Prusse servant à appliquer la couleur de toute pièce , on imprime avec soin la craie, X acétate calcique , h phosphate sesqui-calciqne, matières qui, outre le pouvoir dont elles jouissent de saturer les acides , sont insolubles et font en outre fonction cle réserves physiques. C'est dans le genre vapeur que ces effets sont mis à profit.
§ 606. Fond blende Prusse, impression blanc enlevage.
Quand il s'agit d'une fabrication de ce genre sur calicot , on prépare un rouille , dont la nuance soit de nature à produire avec le cyanure ferroso-potassique acidulé le fond bleu que l'on désire ; on introduit dans le mordant même ou dans le prussiate la quan-
tité de chlorure starinique nécessaire pour donner au bleu la nuance pure qu'elle doit avoir ; alors on procède à l'enlevage , qui a lieu ordinairement en deux opérations distinctes , ayant pour but * la première , d'amener la décomposition du bleu de Prusse à l'aide d'une base salifiable puissante, qui forme du cyanure jaune et met l'oxide ferrique en liberté ; la seconde , de faire disparaître l'oxide ferrique par l'intervention d'un acide. Mais le succès de cette seconde opération dépend de l'énergie de la première , et surtout des lavages qui la suivent , et qui doivent avoir enlevé tout le cyano-ferrure : autrement la présence de l'acide aurait pour effet de régénérer le bleu de Prusse sur les points mêmes d'où l'on a intérêt à l'expulser. Les pièces desséchées et cylindrées , on y imprime une dissolution de potasse caustique épaissie à la gomme , et dont la force proportionnée à l'intensité du bleu ne doit , dans aucun cas , marquer moins de là° AB , pour contracter convenablement le tissu et fournir une impression nette. Alors on rince et l'on dégorge avec assez de soin pour qu'il ne reste plus que de l'oxide ferrique sur tous les points du tissu touchés par l'alcali , puis on trempe dans une eau acidulée de chloride hydrique ou d'acide sulfurique , jusqu'à ce que l'oxide ferrique ait complètement disparu Quand on ajoute à la potasse quelque peu de tartrate potassique , l'oxide ferrique du bleu de Prusse entre en combinaison avec l'acide tartrique, et disparaît en grande partie par les lavages qui suivent l'impression alcaline.
Ce genre s'exécute aussi sur laine et sur soie ; mais on comprend qu'en l'exécutant sur ces tissus , on a de grandes précautions à prendre pour ne pas attaquer et dissoudre la fibre même en enlevant le bleu. Pour l'impression des foulards de soie , on fait passer les pièces, pendant environ 30 minutes, dans un bain cle nitrate ferreux à !i° AB , puis à l'eau courante , et enfin dans les roues à-dégorger , fig. 19 Après les avoir ainsi nettoyées , on les plonge dans un lait de chaux clair et froid , à l'effet de décomposer le sel ferreux, de déplacer et de fixer l'oxide sur
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l'étoffe ; on lave et dégorge de nouveau avant de procéder à la teinture , qui se fait dans un baquet surmonté d'un tourniquet , où l'on ajoute à l'eau nécessaire et aiguisée d'un peu d'acide sulfurique , 60 à 80 gr. de cyanure ferroso -potassique. Lorsqu'on a manœuvré le tissu pendant quinze à vingt minutes dans ce bain , on ajoute à celui-ci une nouvelle proportion d'acide , et l'on y fait passer de nouveau les pièces pendant quinze minutes, temps ordinairement suffisant pour leur donner la nuance voulue. Le traitement que nous venons d'indiquer est plus spécialement appliqué aux fonds bleu moyen ; quand les fonds des foulards doivent être d'un bleu foncé, on plaque les pièces de nitrate ferrique à 6'J AB , on les sèche , puis on les fait passer rapidement dans une solution légère d'oxide sodique pour déplacer l'oxide ferrique. A la suite de cette opération, on lave et l'on dégorge pour teindre en prussiaie potassique acidulé, mais en augmentant la close de ce sel et de l'acide en proportion de l'intensité de la nuance à réaliser. Cette teinture réussirait infiniment mieux et serait plus économique, si l'on décomposait préalablement dans un vase à part le cyanure ferroso-potassique , en y ajoutant deux équivalents d'acide sulfurique pour un équivalent de ce sel : il se formerait du sulfate potassique et de l'acide ferro-cyanique qu'on verserait peu à peu dans le bain jusqu'à ce que l'oxide ferrique en fût saturé. Quand les fonds sont terminés , on procède à l'enlevage à l'aide de l'un des agents que nous avons indiqués dans le paragraphe précédent , c'est-àdire qu'on imprime de la potasse caustique à 14 ou 15° AB pour les fonds légers , et à 20 ou 22° pour les fonds nourris. Les passages en acide destinés à faire disparaître l'oxide ferrique se donnent dans une eau acidulée d'acide sulfurique marquant, pour les premiers, 2° AB, et pour les seconds 3° AB. Si l'on se rappelle que les tissus animaux sont fortement attaqués par les alcalis caustiques , on comprendra combien un enlevage de cette nature réclame de soins et de prudence ; et du reste comme cette impression n'a de mérite qu'autant que le bleu est pur, il
ne faut pas hésiter à rapplique?' pour bien faire pénétrer l'enlevage dans l'intérieur du tissu. Voici un enlevage de cette espèce
sur toile de coton, échant. 90 :
, Fond hleu de Prusse . impression blane enlevage.
§ 607. Foiïïî hïanc impression bleu de Prusse . Ce genre, qui se fait par teinture, à la vapeur, ou en couleurs d'application, ne peut nous occuper ici que sous le premier des points de vue. La fabrication en est des plus simples , car il suffit d'exécuter le genre fond blanc impression rouille, § 578, de la nuance voulue pour le bleu, et de teindre en cyanure jaune acidulé , comme s'il s'agissait d'obtenir un fond uni , mais en évitant d'em-
f$fl. Fond fftïane, isnpressâoaa blende Priasse.
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ployer trop d'acide ferro-cyanique, attendu qu'en se décomposant cet acide pourrait se fixer sur les? parties blanches et les 'salir. On substitue ici avec avantage le chloride stannique à l'acide sulfurique pour acidifier le prussiate au moment de la teinture. L'échant. 01 est le résultat d'une impression de ce genre exécutée au rouleau.
Le bleu de Prusse, résistant jusqu'à un certain point à l'action des agents oxidants , se prête très bien à la formation des couleurs enïevage; nous verrons plus loin un bleu de Prusse enlevage sur rouge turc. Il peut aussi entrer comme couleur réserve clans tous les cas oùl'oxicle ferrique joue ce rôle, puisqu'il suffit, lorsque ce dernier s'est combiné à l'étoffe, de le saturer d'acide ferro-cyanique. Enfin il se prête dans beaucoup de circonstances à la formation de couleurs conversion extrêmement intéressantes.
Applications. L'application du bleu de Prusse sur les étoffes donne lieu à plusieurs genres distincts , particulièrement au genre fond bleu impression blanc enïevage , qu'on exécute sur laine et surtout sur coton , pour imiter le genre gros bleu cuvé blanc réserve, § 549 , échant. 56. On va quelquefois jusqu'à combiner ces deux genres ; mais c'est particulièrement pour enluminage et pour fonds fixés à la vapeur que le bleu de Prusse est utilisé ; enfin il est la base de la plupart des verts à' application et vapeur. En substituant l'oxide cuivrique à loxide ferrique qui sert de base au bleu de Prusse , on obtient un cramoisi.