‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 4)Chapitre 23 sur 92 · GENRES DÉRIVANT DE INAPPLICATION DU BLEU DE SAXE · texte numérisé non relu

GENRES DÉRIVANT DE INAPPLICATION DU BLEU DE SAXE

§ 608. Cette couleur, depuis fort longtemps connue clans les fabriques de toiles peintes sous les noms de sulfate etd 'acétate d'indigo, n'entre que comme accessoire dans l'exécution de certains genres. Peu de matières colorantes se combinent aussi facilement à l'étoffe par teinture ; il suffit , en effet, de passer dans une solution de cette matière colorante un tissu imprégné d'un

♦ VI ^-w> ■/>■..,»,

mordant à base d'alumine , pour obtenir un bleu ayant toute l'intensité désirable. Nous verrons , en traitant des couleurs d'application, que la fixation n'en est pas plus difficile dans les genres vapeur où on l'emploie le plus communément. Pour teindre en bleu de Saxe, on passe les étoffes mattées ou imprimées en mordants d'alumine clans une solution de cette matière colorante, § 390 , contenue ordinairement dans un baquet surmonté d'un tourniquet, § 562, où l'on manœuvre les pièces jusqu'à ce que les mordants soient saturés, pour les rincer ensuite. Applications. On se sert particulièrement de ce bleu comme couleur d' application ; en teinture on ne l'emploie que pour obtenir des fonds bleus légers , ou pour nuancer des fonds dont les mordants ne sont pas complètement saturés de matière colorante ; il entre aussi comme partie constituante dans certains verts pistache dont la découverte est encore due à J.-M. Haussmann.

DES GENRES QUI DERIVENT DE L APPLICATION DE LA MATIERE COLORANTE DE LA GARANCE ET DE SES DÉRIVÉS.

§ 609. L'emploi de la garance clans l'impression des tissus remonte jusqu'à l'introduction en Europe de l'art de fabriquer les toiles peintes, que nous avons emprunté aux Indiens. On sait que depuis des siècles ces derniers se servent , pour leur teinture, déplantes de la famille des rubiacées, dans lesquelles on rencontre le même principe colorant que dans la garance (l'alizarine), § 394, p. 485. Ce principe colorant, ainsi que nous l'avons établi, n'adhère aux étoffes qu'àl'aidede mordants d'une nature différente ; les uns, à base d'alumine , de fer, d'étain, de chrome, de bismuth ou de tout composé oxidé jouissant de la double propriété de contracter une combinaison avec l'étoffe et la matière colorante, sont de nature inorganique , et n'ont besoin que d'être déposés sur le tissu dans des conditions spéciales, pour accomplir leur rôle ; les autres , d'origine organique, sont le résultat d'altérations que l'on fait subir à des

wÊ

In t

il M

corps gras sur la fibre même qui doit être ultérieurement recouverte de matière colorante. Quoique nous ne soyons point fixé sur la véritable constitution de ces corps gras , on ne peut leur refuser la qualité de mordants dans l'acception que nous avons donnée à ce mot, § 473, attendu que l'étoffe qui ne se teint pas dans un bain de teinture, § 459, p. 84, lorsqu'elle est parfaitement blanche, s'y charge fortement de matière colorante lorsqu'elle est recouverte de corps gras modifiés. C'estparsuitedela nécessité qu'il y a pour le fabricant de préparer préalablement les toiles qu'il veut teindre de certaines nuances en garance , que les expressions : teindre ou imprimer sur toiles huilées ou préparées pour rouge turc , se sont introduites dans la pratique, par opposition aux teintures ou impressions rouge ordinaire.

Les genres auxquels donne lieu la garance sont de plusieurs espèces et doivent se distinguer l'un de l'autre non seulement par la différence des procédés de fabrication, mais encore par celle des mordants qui servent de base à la couleur qu'on veut réaliser ; nous aurons donc

Fonds unis sur toile ordinaire à base de mordant d'alumine. Tel. à base de mordant de fer.

Id. à base de mordant de fer et d'a-

lumine.

Id. à base de mordant de chrome.

Fonds unis, impression blanc réserve sous mordant d'alumine,

de fer ou de chrome.

Fonds unis, impression blanc enlevage sur mordant d'alumine,

de fer ou de chrome (toile ordinaire).

Fonds unis , impression blanc enlevage sur toile ordinaire et ga-

rancée mordancée.

Fonds unis , impression blanc enlevage sur toile huilée et garancée. Fonds blancs , impression mordant de fer ( violet et lilas au rouleau).

Fonds blancs, impression mordant d'alumine (rouge et roseau

rouleau).

Fonds blancs, impression mordant d'alumine et de fer (rouleau). Fonds blancs , impression mordant , rouge , violet , puce , noir, assemblage, binaire, ternaire, quaternaire de ces couleurs.

Fonds blancs, impression mordant, rouge, violet ou puce , isolés

ou réunis (planche ou perrotine).

Fonds unis sur toile huilée mordancée d'alumine ou de fer (rouge

turc ou d'Andrinople, violet huilé).

Fonds blancs, impression mordant de fer et d'alumine sur toile

huilée.

S 610. Fonds unis sur toiles huilées ou imprégné es de nior»

dant organique. Ce genre est plus généralement connu sous le nom de fond rouge turc ou mérinos. Tout semblaprouver que ce mode de teinture a pris naissance dans l'Inde, où , au dire des voyageurs, on est clans l'habitude d'imprégner depuis des siècles les étoffes sur lesquelles on veut déposer et fixer des couleurs , de liquides qui renferment de la graisse, tels que le lait, par exemple. Le Goux de Flain, Annales cTOreilly , t. XVII , qui a publié plusieurs mémoires sur l'industrie des Indiens, rapporte que dans ce pays les toiles blanches qu'on se propose de teindre sont trempées dans du lait de buffle ou de brebis , mélangé d'une certaine quantité de poudre de mirobolan , puis exposées à l'action des rayons solaires. Toutefois, ce n'est qu'après s'être répandue dans le Levant et avoir subi de grandes modifications, que cette industrie a été importée en France par des Grecs, vers le milieu du xvih6 siècle. En 1747, MM. Fesquet , Goudard et d'Haristoy attirèrent chez eux des teinturiers de cette nation et formèrent deux établissements , l'un à Damétal , près Rouen, et l'autre à Aubenas, en Languedoc. Neuf mois plus tard , un nommé Flachat, qui avait séjourné longtemps dans l'empire ottoman, ramena des ouvriers avec lesquels il forma à Saint-Chamont, près Lyon, une troisième manufacture de coton en rouge d'Andrinople, ville dont les produits jouissaient alors de la plus grande réputation (Vitah's) ; mais ces étrangers ne purent tenir leurs procédés longtemps secrets ; ils eurent bientôt de nombreux imitateurs : d'abord on teignit le coton en écheveau , puis, au commencement de ce siècle , la maison Nicolas Kœchlm frères, d'une part, et-L. Weber, d'une autre, teignirent directement des toiles en cette couleur.

Les opérations par lesquelles on arrive à réaliser ce genre de teinture sont de plusieurs espèces, qu'il ne faut point confondre et qui concernent : les premières Y huilage des pièces ou , si Ton veut, la formation et la fixation du mordant organique sur la toile ; les secondes , la combinaison avec l'étoffe d'une certaine quantité de mordant d'alumine ou de mordant de fer , selon qu'il s'agit de teindre des rouges ou des violets (engallage et mordançage) ; les troisièmes , la teinture de ces toiles huilées et mordancées ; les quatrii mes enfin , Yavirage des couleurs obtenues par la teinture. Nous commencerons par examiner ce genre de fabrication d'une manière générale , et nous indiquerons ensuite quelques uns des procédés qui y sont affectés.

Huilage. Pour huiler les toiles il ne suffit pas de les recouvrir de corps gras, puisque l'expérience prouve qu'une tache d'huile ou de graisse qui n'est pas modifiée fait réserve sur la partie du tissu qu'elle recouvre , et empêche les mordants de fer ou d'alumine d'y adhérer ; il faut modifier la nature de ce corps à l'aide d'alcalis ou des composés alcalins, sous la triple influence de l'eau, de la chaleur et de l'air. Toutefois, ilne s agit pas ici d'une simple saponification, comme quelques personnes l'ont publié, car, s'il en était ainsi, il suffirait de prendre des savons à base d'huile d'olive , d'en imbiber le tissu, puis de mettre les acides gras en liberté , pour obtenir des toiles capables de se teindre en rose clans un bain de garance : ce qui n'a pas lieu , puisque l'opération de l'huilage ne réussit jamais mieux que quand on fait usage de carbonate et surtout de bicarbonate potassique ou sodique, dont l'action saponifiante à la température ordinaire n'est point à comparer à celle des alcalis caustiques ; l'on doit donc en rechercher la cause ailleurs. L'huile, les bicarbonates alcalins sont sans doute les éléments principaux de cette opération; mais l'huile doit être tournante, § 339, et, en outre , il faut y faire intervenir des substances de nature particulière, telles que le crottin de mouton ou la fiente de vache qu'on a en vain cherché à supprimer. On prend une infusion

de ce crottin ou de cette bouse de vache , auxquels quelques fabricants font subir un commencement de fermentation , et en y ajoutant des proportions convenables d'huile tournante et de carbonate potassique, on obtient un liquide lactescent qu'on désigne sous le nom de bain blanc , avec lequel on foularde les pièces à huiler pour les recouvrir ainsi d'huile divisée , de carbonate ou de bicarbonate et d'une certaine quantité de matière excrémentitielle saline. Ces pièces sont alors exposées au soleil, s'il fait beau temps, dans un séchoir chaud, si on le préfère. Pendant cette exposition, le corps gras éprouve une modification qui le rend inslouble dans les alcalis faibles et acquiert à un haut degré la propriété d'adhérer fortement au tissu; mais comme cette modification s'effectue de la surface au centre et que les parties superficielles de chaque couche , n'entrant pas en combinaison avec l'étoffe, s'en détachent facilement, on recommence l'opération du passage en bain blanc jusqu à ce que le centre de la toile soit suffisamment huilé. Le nombre de ces passages est déterminé tant par la saison que par la température du séchoir dans lequel on expose les pièces et la nature de l'huile ; anciennement on en donnait de 8 à lh , on en donne moins auj our d'hui .

Le soleil et la chaleur exercent une très grande influence sur les pièces qu'on dessèche à l'air : en automne, en hiver et au printemps , on éprouve beaucoup plus de difficultés qu'en été à modifier et à fixer le corps gras. Lorsque ces pièces sont exposées dans un séchoir , les effets de la chaleur artificielle ne se font pas moins remarquer , et si l'on n'atteint pas le degré voulu , on observe de notables différences dans l'intensité des nuances : aussi est-ce le cas d'employer des séchoirs très bas , qui admettent une température plus égale.

Quelle est la modification que subit le corps gras lorsqu'il est soumis en présence du tissu à la triple influence de l'air, de la chaleur et des carbonates alcalins ; quels sont les produits dans lesquels il se métamorphose ; en un mot , quelle est l'équation de cette opération mystérieuse?

JjfiSr

Si

Il n'est pas de question plus digne d'intérêt pour le chimiste , puisqu'à l'importance qu'elle présente au point de vue théorique s'attacheraient des avantages pécuniaires tels que celui qui parviendrait à modifier à volonté des corps gras de cette nature, y trouverait la source dune grande fortune. Nous avions commencé ce travail ; mais sachant que M. Chevreul s'en occupe et a déjà tous les matériaux nécessaires pour arriver à une solution, nous nous sommes abstenu de le continuer, et nous ne donnons que le résultat de quelques observations faites en 1839 dans notre laboratoire par un jeune industriel de nos élèves , M. AVeissgerber. Ce fabricant, destiné à cette époque à faire du rouge turc sa spécialité , a observé que les toiles huilées par les procédés ordinaires, qui cèdent leur corps gras modifié à X essence de térébenthine, abandonnent aussi parfaitement ce même corps kX acétone: ainsi, après avoir coupé en lanières des toiles huilées, il les a exposées dans l'allonge de l'appareil, § 284, p. 255, et au moyen d'un petit volume d'acétone, il est parvenu à les purger de tout le mordant organique dont elles étaient recouvertes. Voici comment il s'en est assuré : toutes les fois qu'il faisait passer la toile huilée dans un bain de garance, elle se teignait en rouge moyen, et il obtenait, à la suite des avivages, § 543, un rose pur et bien nourri ; au contraire , cette toile , à mesure qu'elle était épuisée par l'acétone , perdait de plus en plus la propriété de se teindre et finissait par ne plus attirer de matière colorante en passant dans le bain de teinture. Ayant distillé au bain-marie la solution du mordant dans l'acétone , pour en retirer ce dernier, il trouva pour résidu un liquide visqueux , de nature grasse, se séparant en deux couches, l'une solide, l'autre liquide, et qui se maintient pendant longtemps dans le même état. Dans le désir de savoir si ce liquide visqueux possédait encore la propriété essentielle du corps gras qui lui avait donné naissance , il le saponifia par des bases puissantes , et n'ayant trouvé aucune trace de glycérine dans les produits de la saponification , il dut en conclure que ce corps

•sss*

avait disparu. Enfin il a constaté, et nous avons vérifié le fait à plusieurs reprises , qu'il suffit d'appliquer sur une étoffe une quantité convenable de ce corps gras modifié , pour obtenir avec la garance les nuances les plus foncées et les plus pures. D'après ce que nous avons vu , nous demeurons convaincu que si jamais on parvient à préparer directement ce corps gras , on s'affranchira de l'emploi des mordants d'alumine. Cette proposition , au premier abord assez extraordinaire , a pour appui une observation qu'a faite M. Chevreul sur un certain rouge turc qu'il a analysé , et dont il n'a pu retirer qu'une très petite quantité d'alumine, substance qui cependant s'emploie, comme nous le dirons plus tard , en assez forte dose dans la fabrication du rouge turc. Si la glycérine disparaît dans cette opération , c'est en subissant une oxidation et une métamorphose qui ont leur cause : la première , dans le concours de l'air et les conditions de température auxquelles on opère l'huilage* la seconde, dans l'emploi des substances azotées indispensables pour mettre en mouvement la matière organique. C'est sans doute à ces substances qu'il faut rattacher en grande partie la nécessité de se servir de matières fécales ou excrémentiti elles ; nous disons en grande partie , parce qu'il résulte d'expériences qui nous sont propres sur des produits de cette espèce , qu'ils contiennent des corps gras précisément dans cet état où on les retrouve sur la toile, qui jouit de la propriété d'attirer la matière colorante, ce qui nous a conduit à nous demander si l'on ne pourrait pas utiliser l'acte de la digestion de certains animaux pour modifier des graisses , et les rendre propres à entrer directement, sous forme d'excréments, dans la teinture du rouge turc. Tous ceux qui se sont occupés du rouge turc savent que les bains blancs sont d'autant plus actifs qu'ils renferment une plus forte proportion de bain blanc ancien , dans lequel se rencontre , avec le corps gras ordinaire , celui qui est déjà modifié. On a attribué au crottin un autre rôle , celui de mettre par sa présence les pièces à l'abri de cette combustion qui n'est que trop ordinaire

lorsqu'on a l'imprudence de les laisser en tas et de leur donner le temps de s'échauffer. L'élévation de température qui a lieu dans ce cas-là peut très bien être attribuée à une fixation d'oxigène , § 337 : or, si le corps azoté du crottin a pour effet, comme tout porte à le penser , de rendre le corps gras plus stable en le métamorphosant , on s'explique la cause de l'influence qu'il exerce. Il y aurait peut-être aussi à tenir compte du rôle que pourraient jouer dans les opérations qui suivent celles de l'huilage , les phosphates qui se rencontrent en assez grande quantité dans les matières excrémentiti elles.

Après ces divers passages , des pièces sur lesquelles il se

trouve, outre l'alcali : 1° du corps gras non modifié, 2° du corps

gras modifié (mordant non adhérent à l'étoffe) , 3° du corps gras

modifié et adhérent à l'étoffe , on est dans la nécessité de les

nettoyer : autrement elles fixeraient inégalement le mordant

inorganique qui doit y être appliqué ensuite, en raison du

corps gras non modifié qui ferait fonction de réserve ; on les

fait donc macérer durant douze à dix- huit heures clans un cu-

vier d'eau, tenant en dissolution une faible dose de carbonate

potassique ou sodique , employée ici pour favoriser la mise en

suspension de* toutes les parties grasses modifiées ou non qui

doivent se clétacher de l'étoffe. On les sort l'une après l'autre

de la cuve, et on les foule bien, on les exprime même pour

recueillir le bain qui s'en écoule , auquel on donne le nom de

bain vieux, et que l'on préfère au bain blanc récent comme étant

beaucoup plus actif.

Le traitement que nous venons d'indiquer est celui qu'on suit généralement ; il est long et exige les soins les plus constants , tant pour que le bain blanc se répande uniformément à la surface de l'étoffe que pour que la dessiccation qu'on fait succéder à chaque immersion dans ce bain s'effectue toujours avec autant d'égalité que possible et à des degrés déterminés.

Il paraîtrait, si ce qui nous a été rapporté est vrai, qu'on est parvenu à réduire ces diverses opérations à une seule , en im-

prégnant le tissu de bicarbonate potassique ou sodique et en le recouvrant uniformément d'huile tournante, § 339 , accompagnée sans doute de l'élément nécessaire à l'espèce de fermentation qu'elle doit subir sur la toile ; mais comme la pièce mattée dans l'huile en prend beaucoup plus qu'il ne lui en faut , on la met entre deux autres qui ne le sont pas encore, et on les fait passer toutes trois entre deux cylindres. On répète l'opération sur de nouvelles pièces recouvertes seulement de bicarbonate , jusqu'à ce que la première ne cède plus de son huile ^u tissu avec lequel on la met en contact ; on place alors une toile ainsi imprégnée de carbonate sodique et recouverte à sa surface d'une couche extrêmement mince d'huile dans les conditions de température et dans le milieu nécessaires pour obtenir la modification du corps gras.

M. Ed. Schwartz, qui s'est occupé de la question de l'huilage des toiles , fait connaître , dans le mémoire qu'il a déposé à la Société industrielle de Mulhouse, toutes les expériences qu'il a faites en vue de jeter du jour sur ce sujet intéressant et particulièrement pour résoudre les deux questions ci-après : 1° les alcalis sont-ils indispensables dans la composition du bain blanc? 2° est-il possible d'abréger les opérations de l'huilage et de remplacer l'action de l'air et de la couleur par celle d'agents plus énergiques capables de produire une réaction plus ou moins instantanée? Il se prononce pour l'affirmative en ce qui touche la première , c'est-à-dire qu'il reconnaît la nécessité d'employer un carbonate alcalin à base potassique , sodique ou ammonique , par la raison qu'ayant rendu de l'huile émulsive, d'une part , avec un jaune d'œuf , d'une autre, avec de la gomme arabique, et imprégné de chacune de ces émulsions un morceau de calicot, il n'obtint sur ces échantillons desséchés , puis traités comme s'il eût opéré avec des bains blancs, et enfin mordancés, teints et avivés, qu'un rose sale complètement manqué. Quant à la seconde question, après avoir traité l'huile tournante : 1° par une solution de carbonate potassique concentré à la température où ce mélange prend tous les caractères de l'huile modi-

Vf1

jli

fiée sur le tissu ; 2° par l'acide nitrique chauffé jusqu'à ce qu'il ne dégageât plus de vapeur rouge ; 3° par une solution concentrée de chlorure de chaux à 8° ^4B; h° par le bicarbonate potassique, il a constaté que ce corps modifié par tous ces agents oxidants, fixé sur clés échantillons de calicot mordancés , teints et avivés , n'engendre qu'un rouge beaucoup moins vif que celui qu'on obtient parle procédé ordinaire. Ses expériences l'ont même conduit à admettre que le corps gras doit se modifier à la surface du tissu pour s'y fixer , opinion que nous ne pouvons partager d'après les expériences que nous avons rapportées. Du moment , continue M. Ed. Schwartz, « que nous avons été convaincu de la vérité du principe, nous avons dû renoncer à former d'avance la matière grasse en question, et nous avons songé à la produire sur le coton même, mais clans un plus petit espace de temps et avec une moindre dépense de combustible ; nous avons donc composé un bain blanc avec

4 parties huile tournante , 1 partie potasse , \ 6 parties eau.

» Le coupon mi-blanc imprégné du "mélange a été roulé autour d'un tuyau dans lequel circulait de la vapeur ; après deux heures d'exposition à cette chaleur de 110° centigrades , nous avons trempé de nouveau . séché cle même que la première fois, lavé, mordancé, teint et avivé. La couleur était belle ; mais le coton s'était affaibli par la grande chaleur.

» Pour obvier à cet inconvénient, nous avons remplacé la potasse du commerce par du bicarbonate dépotasse et procédé toutà-fait de la même manière: alors il n'y aplus eu d'affaiblissement, et la couleur était tout aussi belle. Enfin nous avons remplacé le bicarbonate de potasse par le bicarbonate d'ammoniaque, et, même dans ce cas, le résultat a été tout aussi satisfaisant. Comme ces derniers essais n'ont pas été faits en grand, on ne peut pas dire si l'un ou l'autre de ces deux derniers procédés serait avantageux comparativement à l'ancienne méthode ; mais il y a tout lieu de croire qu'il réussirait. En attendant , il nous est permis

il;

de hasarder la supposition que, si un carbonate alcalin est nécessaire pour la formation et la fixation du principe gras sur le coton , l'acide carbonique paraît y être pour quelque chose , et que la base alcaline pourrait même être une condition moins importante que ce dernier agent. »

Du mordançage proprement dit. Lorsque les pièces ont été parfaitement dégorgées au sortir des opérations de l'huilage, ce que l'on reconnaît toujours lorsqu'on en tord un bout et que l'eau en sort parfaitement claire , on les recouvre uniformément de mordant inorganique. C'est de l'alun ou de l'acétate aluminique qu'on se sert pour mordant rouge , du nitro-sulfate ferrique pour mordant violet; mais ces préparations ne jouent pas leur rôle aux mêmes conditions, car l'affinité des corps gras modifiés pour l'alumine, quelque forte qu'elle soit, n'est cependant pas telle qu'elle puisse déterminer la décomposition totale de l'alun et la fixation complète de sa base à l'étoffe, puisqu'il faut qu'il soit saturé, § 474, p. 164 ; on comprend dès lors que, s'il est des fabricants qui se contentent de plaquer leurs toiles en acétate aluminique pour leur donner la dose d'alumine nécessaire à la fixation de la matière colorante , ceux qui n'emploient que l'alun doivent nécessairement faire intervenir d'autres corps pour favoriser l'adhérence de l'alumine à l'étoffe.. Ils ont en effet recours à Yengal!age: opération préalable à laquelle on soumettait anciennement toutes les toiles appelées à recevoir des mordants. Il suit de là qu'il y a deux manières demordancer, qui consistent : l'une à plaquer purement et simplement les pièces en acétate aluminique; l'autre, aies imprégner d'une décoction de noix de galle ou de sumac, opération qu'on désigne sous le nom iïengallage et que l'on confond le plus souvent avec celle de l'alunage, en faisant préalablement une décoction astringente qui doit marquer 7 à 8° ^4B, et dans laquelle on fait dissoudre l'alun. M. Daniel Kœchlin , qui a fait usage d'acétate aluminique , s'est assuré que l'intervention de la noix de galle n'a aucune influence sur la nuance du rouge; le seul avantage qu'il y ait, selon lui , à faire intervenir ce corps , c'est que la cou-

•rvv .

Page 1