‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 4)Chapitre 52 sur 92 · II · texte numérisé non relu

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mation , ou qu'on leur donnait tout au plus un léger bain de chlorure de chaux.

On les avivait ordinairement d'une manière fort simple en les introduisant pendant une heure dans un bain de savon , à raison de lk,50 pour dix pièces , qu'on élevait peu à peu de la latempérature ordinaire jusqu'à 72°, selon les besoins. Au sortir de ce bain , elles étaient exposées sur le pré durant six à sept jours , ou simplement passées deux par deux durant cinq minutes dans une solution froide de chlorure de soude , puis nettoyées et apprêtées.

De tous les procédés que nous avons donnés , celui-ci nous paraît le plus avantageux ; outre que les produits qu'on lui doit sont plus réguliers et ne manquent jamais quand on opère sur des toiles parfaitement blanchies , ils sont encore d'une nuance qui ne laisse rien à désirer. En effet , ce passage en bain d'arséniate ayant pour résultat de former sur la toile un arséniate ferrique, la teinture se fait par déplacement , et l'on n'est plus exposé à voir l'oxide ferrique arriver à cette modification brune où ses tendances chimiques sont en quelque sorte anéanties et sur laquelle tous les moyens d'avivage sont impuissants. Le pyrolignite ferreux joue d'ailleurs ici un rôle important, en donnant beaucoup plus de stabilité à la nuance par un effet semblable à celui des corps gras sur les couleurs garancées, le rouge turc entête, qui supportent d'autant mieux le passage en chlorure de chaux qu'elles sont plus saturées de ces corps gras. Nous verrons que les violets obtenus par ce moyen supportent parfaitement les passages en chlorure de chaux sans avoir été savonnés. (Voyez Jaune enlevage sur fond violet à la cuve décolorante, genre aladin.)

Maintenant pourquoi, tandis que MM. Verdan repoussaient comme nuisible à la fabrication du violet le pyrolignite goudronneux, MM. Haussmann le proclamaient-ils nécessaire à la bonne réussite de cette couleur t On se rendra compte de cette contradiction si l'on réfléchit que l'eau, qui est extrêmement

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calcaire chez MM. Verdan , est sensiblement pure auLogelbach. Dans la fixation du mordant en présence d une eau calcaire, il se peut que la chaux forme avec le goudron une combinaison nuisible à la beauté de la nuance , et d'autre part la lessive arsenicale dont MM- Verdan faisaient usage pouvait aussi, en raison de la chaux qui lui sert de base, exercer sur le goudron une certaine action.

Indépendamment de ces traitements affectés à la préparation des violets, il en est d'autres moins importants , dans le détail desquels nous ne croyons pas devoir entrer ; mais il est un mode d'avivage qui mérite d'être signalé , parce qu'on l'applique généralement et avec succès aux violets qui se développent simultanément à côté des rouges.

Quand les pièces sortent du garançage , on les passe durant une heure à la pression de h atmosphères dans un bain de son , § 5M, contenu dans la chaudière close 5 la. nuance en devient très belle : seulement, le blanc en est légèrement sali , et pour le rendre tout-à-fait pur , on plonge le tissu dans un autre bain renfermant une faible proportion de chlorure de soude ; on nettoie alors et l'on dessèche ou l'on donne, comme dans les procédés p. 253-254 , un passage en chlorure de chaux neutralisé par le carbonate potassique , on rince et on dégorge parfaitement , puis on donne un dernier passage dans un bain bouillant, formé de 2 kil. de savon et de 132 gr. dissolution d'étain, § A80 , pour 8 pièces de 40 mètres.

On voit que dans tous ces procédés d'avivage il y a une oxidation à réaliser , et qu'on y parvient soit par une exposition à l'air qui permet à l'oxigène d'agir directement sur la partie oxidable , soit par un passage en chlorure qui conduit au même but. L'oxigène , dans ces deux cas, agit-il directement ou indirectement sur la matière colorante l telle est la question qu'on peut se poser. Ceux qui admettent que les violets sont le produit de la combinaison d'un oxide de fer bleu avec une matière colorante rouge diront ou qu'une portion de cet oxide

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bleu n'est point encore complètement formée et que le chlore lui fournit ce qui lui manque , ou bien que cetoxide existe, mais que la matière colorante qui s'y combine, n'étant point saturée d'oxigène , en demande une plus forte proportion. Quelle que soit celle des deux hypothèses que l'on adopte , on a peine à se rendre compte de la stabilité de cet oxide bleu en pareille circonstance.

Quand on considère la teinture des violets au point de vue où nous nous sommes placé , on voit qu'une véritable combustion s'opère entre l'oxide ferrique et la matière colorante, et que la formation d'une certaine quantité d'oxide ferreux doit résulter de la réduction du premier par la seconde : or, cet oxide ferreux, base salifiable puissante, forme une combinaison avec la matière colorante non oxidée , et la conséquence de ce fait, c'est qu'il fautoxider cet oxide lui-même pour le faire passer à l'état d'oxide ferrique qui , cédant à son tour son oxigène à la matière colorante non oxidée , achève de compléter l'oxidation. Ainsi nous comparons la matière colorante de la garance à l'acide gallique , qui, oxidé par des bases réductibles ou par l'air, sous l'influence des bases puissantes, se transforme en un produit coloré. Cependant, quelle que soit la simplicité de cette explication, elle n'est point applicable à tous les phénomènes du garançage , puisque nous nous sommes convaincu par expérience qu'on obtient de très beaux violets de l'emploi du sulfure ferreux. Nous avons, en effet, fréquemment sulfuré de l'oxide ferrique qui se trouvait sur la toile par du sulfure ammonique , et en plongeant le tissu dans un bain de garance avant qu'il eût subi le contact de l'air, nous avons réalisé des lilas tendres d'une grande beauté. Il y a donc lieu de conclure , ou que durant le garançage il se passe un phénomène d'oxidation, ou que, comme avec l'acide gallique, le fer devient partie constituante de la laque.

Un mot encore sur les violets et les lilas : on les obtiendrait plus promptement en imprimant directement un sel ferrique

sulfate saturé ) qu'on fixerait immédiatement à l'arséniate ou encore par le vaporisage dans une atmosphère saturée d'acétate ammonique , ou bien en imprimant le phosphate ferrico-sodique alcalin et séché ; l'un et l'autre de ces mordants satisferaient dans plusieurs cas à tous les besoins du fabricant.

On imprime à la planche , à la perrotine et au rouleau , par les mêmes procédés que ceux que nous venons d'indiquer , des violets et des lilas sur une foule d'étoffes, sur les calicots les plus grossiers comme sur les plus fines mousselines et balzorines ; c'est particulièrement sur ces dernières que cette nuance, quand elle est un peu rose , ressort avec éclat. Nous avons dans ce genre des échantillons qui, vus à une certaine distance, se confondent pour le brillant avec des étoffes de soie.

§ 635. Violets et lilas à plusieurs nuances On exécute ce genre de plus d'une manière : tantôt , quand on opère avec la machine à une seule couleur , on applique successivement les mordants , et dans ce cas il n'y a pas de rapport exact possible entre les diverses impressions qui se suivent ; tantôt on applique les couleurs à la machine à deux ou plusieurs rouleaux, et les rapports sont alors possibles, mais l'impression réclame une attention plus particulière.

Quand on n'a à sa disposition qu'une machine à une seule couleur , on est sans doute très limité dans le choix des dessins à réaliser ; cependant, à défaut de sujets composés, on imprime avec succès des lignes trarrsv ers aies et longitudinales qui se coupent perpendiculairement , ou un sujet détaché sur un fond sablé ou sur de petits ramages vermicelles aussi uniformes que possible, attendu que l'objet ne peut prendre sur le tissu une position déterminée. MM. Verdan, qui n'avaient à leur disposition qu'une machine à une seule couleur, employaient pour leurs impressions des gravures dont le sujet réalisait plusieurs effets de nuance. (Voyez éch. 35; 36.)

On ne fait usage de la machine à deux rouleaux que dans les cas obligés; quand on s'en sert, il faut être attentif à. ce

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que le drap et la pièce soient parfaitement tendus : autrement il est difficile que les sujets se rapportent et que l'impression soit nette. Il faut aussi que les diamètres des cylindres soient le plus semblables possible , parce qu'il est bien démontré que les efforts que l'on fait pour corriger des défauts occasionnés par une différence à cet égard sont toUt-à-fait impuissants.

§ 636. Fonds blancs avec impression violet et blanc réserve ou enlevage. Comme dans ce genre de fabrication la marche est la même , qu'on applique des dessins plus ou moins légers, ou qu'on recouvre uniformément le tissu , soit au cylindre par un mille-points , soit à la machine à matter , nous ne diviserons pas ce que nous avons à en dire.

Nous mettons sous les yeux du lecteur un échant., 121, de ce qui se fait de mieux dans cette fabrication ; il vient de la maison Thomas Hoyle et sons de Manchester, et nous le devons à l'obligeance de M. Graharn , chimiste attaché à cet important établissement.

â£i. Donble violet, impression blanc réserve.

Cet échantillon a pu se faire de plusieurs manières, mais dans tous les cas le noir et le violet foncé qui s'encadrent exactement dans le blanc ont été rentrés en même temps.

On a pu matter à un seul rouleau le fond avec carreaux, ou

on Ta fait en deux fois , puis , après avoir dégorgé les pièces , imprimer à la machine à deux couleurs :

\ ° Le blanc enlevage sur mordant fond violet faisant réserve

sous noir, 2° Le noir ou violet foncé qui est encadré dans le blanc ;

ou bien on a commencé l'exécution en imprimant , à la machine à deux ou trois couleurs :

1° Un blanc réserve sous violet et noir (jus de citron ou citrate potassique n08 8 et 9, § 618 ), 2° Le violet foncé ou noir qui s'encadre avec le blanc, 3° Par dessus le fond quadrillé rayures lilas moyen.

Ce dessin pourrait encore s'exécuter en partie à la perrotine, en partie au rouleau ; on imprimerait :

1° Le blanc réserve,

2° Le violet foncé ou noir et par dessus à un ou plusieurs rouleaux le fond violet moyen et lilas foncé.

L'impression terminée , on a procédé au bousage et à la teinture. On a dû faire le bousage avec le sel à bouser, § 51, et une certaine quantité de gélatine , dans le but de ne pas charger les parties blanches , attendu que c'est en purifiant celles-ci qu'on fatigue et altère la nuance des violets. Cette nuance 5 nous l'avons déjà dit, se développe entièrement durant la teinture; elle n'est jamais ternie que par les impuretés qui la recouvrent ainsi que le fond.

Quant à la teinture et aux avivages , ils ne doivent rien présenter de particulier, si ce n'est que les passages en savon se donnent à une haute température, et que le carbonate sodique qu'on mélange au savon dans la chaudière close est remplacé par du nitrate potassique.

Il se vend en France , sous les dénominations de zèbrines , parisiennes , mouchoirs violets , des articles classiques à fond violet moyen , impression noir avec ou sans blanc enlevage, que MM. Kœchlin frères, Robert, de Thann, etHaussmann, ont

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particulièrement exécutés avec succès. Le fond en est réalisé tantôt à la machine à foularder, et les deux faces sont alors recouvertes de couleur, tantôt à l'aide d'un rouleau mille-points , et en conséquence la toile n'est mordancée et teinte que d'un côté seulement. L'échant. 122 donne une idée de ce genre de fabri-

12**. Fond violet moyen, impression noir (zébrine).

cation . On y remplace quelquefois le noir bon teint par du noir d'application, qui réduit considérablement les frais de cette fabrication.

Pour imprimer les parisiennes (Haussmann) , on foularde les pièces dans un mordant violet pour fond, p. 247, contenant 4 p. 100 pyrolignite ferreux. Quand elles sortent de la chambre chaude, on les passe à la cuve carrée, § 539, fig. 139-140, remplie d'eau chaude , pour les dégommer, puis on les rince , on les dessèche et l'on imprime à la machine à deux couleurs :

1 ° Le blanc enlevage sur fond violet moyen qui fait réserve

sous noir n° 7, 2° Le noir qui contourne le blanc.

On suspend les pièces à l'air durant un jour et à l'abri de la

lumière ; car l'acide oxalique que renferme le blanc pourrait ,

ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer § 474, p. 162, céder

de nouveau sa base au tissu ; on les passe ensuite dans un lait de

craie et on les met immédiatement à l'eau courante ; quand elles

ont été rincées et dégorgées , on les teint en deux fois avec

5k,550 de garance par pièce,

La première fois en 2 h. 1/2, en portant la température à 60°, La seconde en 3 h., en portant la température à 80°.

La teinture se fait toujours avec une certaine quantité de craie à laquelle on ajoute un peu de colle pour que le blanc, ordinairement peu considérable dans ces genres de dessins, ne s'altère pas ; et après un passage en son donné à l'ébullition, on dessèche, on apprête et on livre à la consommation.

Les mouchoirs violets se font de la même manière, si ce n'est qu'on imprime à la main les mordants et le blanc enlevage et réserve.

Il est des fabricants qui, employant pour ces deux fabrications [parisiennes et mouchoirs violets) le même traitement que pour les violets et lilas, soumettent l'étoffe :

\ ° Au chlorure de chaux ,

2° Au savon de 80° à l'ébullition ,

3° A l'acide sulfurique .

4° A un bain de chlorure de potasse,

5° A un bain de savon ;

et comme le noir est fortement attaqué, on le rétablit au moyen d'un peu de sumac qu'on introduit dans le bain de savon par lequel se termine l'opération de l'avivage.

§ 637. Violets à la main. Nous ne dirons rien à présent des violets à la main et à la perrotine , qu'on teint et avive de la même manière , mais avec des mordants généralement plus forts, et épaissis à l'amidon et à la farine.

§ 638. Fonds blancs, impression rose et rouge garantes (impression -en taille-douce). Avant l'introduction de la gravure en taille-douce dans l'impression des tissus , le rouge se voyait rarement seul sur une étoffe ; mais , du moment où la planche plate fut employée, la rentrure des couleurs auxquelles on l'associait ordinairement devint si difficile qu'on y renonça presque entièrement pour s'attacher à réaliser de grands des-

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sins rouges sur fond blanc ( en camaïeux ) . Qui n'a pas admiré les. charmants groupes de fruits et de fleurs, et même les scènes de la vie domestique , imprimés en fin rouge sur tissu , à la planche plate, avec tant de délicatesse et de perfection, en Angleterre, en Suisse et en France l Toutefois ce genre d'impression, vu la spécialité de sa destination (meubles), ne pouvait prendre et ne prit pas , en effet , une grande extension même lorsque l'introduction du rouleau vint le modifier, attendu qu'on ne connaissait d'autre procédé pour aviver le rouge que d'exposer sur le pré, après les avoir passées en savon , les pièces qui en étaient chargées , procédé beaucoup trop lent et peu en harmonie avec le puissant levier de production qu'offraient les machines à impression continue. Si les fonds blancs impression violet eurent un meilleur sort , c'est que ravivage en était plus facile et plus prompt. Mais quand on eut découvert un moyen aussi expéditif que parfait de donner aux rouges, et surtout aux roses , une vivacité et un éclat qu'on ne leur connaissait point auparavant , cette fabrication prit un essor inouï. Qu" avait-il donc fallu pour produire une semblable révolution dans l'art de teindre et d'aviver les roses sur toile 1 tout simplement faire intervenir à propos dans ravivage un acide , ou plutôt la composition d'étain employée pour tant d'autres couleurs, et dont J. -M. Haussmann s'était lui-même servi pour imiter le rouge turc huilé. Mais qui eut le premier cette heureuse idée et la mit en pratique? D'après des renseignements dont nous pouvons garantir l'authenticité , ce serait un nommé H. Baûmgartner de Mulhouse, alors contre-maître chez MM. Robert Roulet à Thann , qui aurait découvert , de 1822 à 1823 , et vendu ce procédé à tous les fabricants d'Alsace. Cependant , dès 1809 ; rétablissement de Wesserling produisait des roses qui jouissaient, tant en France qu'à l'étranger, d'une réputation méritée ; et , plus tard , la maison Hartmann , de Munster, imprima un autre rose non moins estimé , ce qui nous semble démontrer jusqu'à l'évidence qu'avant la découverte de Baûmgartner, ces fabricants avaient su mettre à profit

deux observations de J.-M. Haussmann, savoir : que les nuances teintes à une basse température sont toujours plus pures, et qu'avivé à l'ébullition , sous l'influence d'une forte pression . le rouge ordinaire devient à la fois plus stable et plus vif, § 543. ( Voyez l ouvrage déjà cite . )

Les mordants pour rouge et rose sont des préparations aluminiques , dont la base est tantôt à l'état d'acétate ou de pyrolignite , tantôt à celui d'aluminate potassique ; d'où la dénomination de rose à Valuminate. Voici la composition des préparations de ce genre les plus usitées .

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