DES GENRES DÉRIVÉS DE LA BRESILINE OU DES BOIS ROUGES
§ 654. Il y a longtemps que les bois rouges, § 407, sont employés clans les ateliers d'impression : d'abord on ne s'en servait que pour colorer les mordants destinés à l'impression ; plus tard on en forma des couleurs d'application que l'on finit par fixer à la vapeur; qe n'est que depuis peu d'années qu'on les utilise à la teinture des mordants imprimés, pour remplacer une certaine quantité de cochenille dans des genres où cette matière
1 55, Mordants de fer et d'alumine teints en fernambonc.
est employée. Ils fournissent des nuances d'une teinte tellement peu solide , qu'on ne peut que repousser l'application qu'on en fait dans ce but. Les couleurs que fournit la brésiline se rapprochent beaucoup de celles que donne la cochenille , ainsi qu'on peut en juger par l'éch. 155, où se trouvent imprimés deux mordai.ts , l'un d'alumine, l'autre de fer, qui , après avoir été dégorgés, ont été teints dans un bain de fernambouc
L'oxide chromique sert aussi de mordant à cette matière colorante , et la fixe en lui donnant la teinte particulière que présente l'éch. 156.
150 Mordant de chrome teint en fernambouc.
Applications. Si ces bois ne jouent qu'un rôle secondaire dans les teintures par voie humide, nous verrons qu'il n'en est pas de même dans les genres vapeur et à' application, où on les substitue autant que possible à la cochenille , qui est beaucoup plus chère , mais qu'ils ne peuvent pas toujours remplacer. (Voyez Couleurs vapeur et cT application.)
GENRES DÉRIVÉS DE l'oRCANETTE.
§ 655 . L'application de cette matière première à la toile peinte date de la fin du siècle dernier ou du commencement de celui-ci; elle est due à J. - M. Haussmann , qui fit connaître son procédé quelques années aprèsl'avoir exploité [Annales dechimie, t. LX,
GENRES DÉRIVÉS DE l'ûRCANETTE. 337
pag. 288), sous le titre du Pourpre violet et des différentes nuances que Von peut en faire dériver. Le grand éclat de la couleur des écheveaux de coton mordancés et teints de cette matière colorante lui donna l'idée de l'appliquer à l'indienne , et il fabriqua des châles genre turc qui firent l'admiration des connaisseurs, mais qui n'eurent pas d'écoulement à cause du prix élevé auquel on les établissait, Longtemps après , quand cette couleur prit faveur , on la vit pendant deux ans figurer dans toutes les indiennes en plus ou moins grande quantité.
La fixation de l'orcanette ne se fait que jusqu'à un certain point aux mêmes conditions que celle de ses congénères; il faut sans doute fixer préalablement les mordants , mais de plus les colorer dans une infusion alcoolique de la substance. Ces mordants doivent toujours être à base d'alumine ou de fer; les premiers sont spécialement employés comme étant les seuls qui donnent une nuance dont la beauté et l'éclat puissent compenser le peu de stabilité ; les seconds ne donnent que du gris.
Comme l'orcanette est insoluble dans l'eau, c'est en vain qu'on tenterait de faire passer, pour les teindre, dans une décoction de cette racine des étoffes mordancées ; les mordants n'y trouveraient pas de matière colorante ou en rencontreraient trop peu pour qu'on dût en tenir compte ; c'est le motif qui oblige à en faire une infusion alcoolique, à laquelle on mélange ensuite une certaine quantité d'eau pour y plaquer les pièces. J.-M. Haussmann ajoutait à une partie de cette infusion alcoolique 6 à 8 parties d'eau , et effectuait la teinture dans ce bain porté peu à peu à l'ébullition. Ce dernier procédé a été repris , il y a quelques années, avec de légères modifications.
Les toiles , après avoir été bien nettoyées et desséchées , sont plongées dans un bain formé de *
\ vol. mordant rotige B) 2 vol. eau.
Après la dessiccation du mordant et sa combinaison à la fibre, on dégorge l'eau bouillante dans la cuve carrée, on rince et m. 22
l'on sèche. On plaque de nouveau au foulard dans un bain composé de :
\ vol. infusion alcoolique ,
2 vol. eau ;
on enroule alors les pièces par cinq sur une bobine, et on les passe immédiatement à l'eau bouillante pour compléter la combinaison de la matière colorante avec le mordant.
C'est ainsi que Ton opère pour la teinture des fond unis. Pour les fonds avec impression blanc réserve ou enlevage , les mordants sont les mêmes que pour les genres garances; cependant nous verrons , en traitant des genres composés , qu'on produit des impressions réserve sous la couleur même en recouvrant les parties, mordancées ou non, que l'on veut conserver blanches, d'une solution de gomme qui, précipitée par l'alcool de l'infusion colorée, forme réserve mécanique sous fond orca-
nette.
Du reste, nous nous sommes assuré que cette matière colorante peut être aussi imprimée directement par le procédé que nous avons indiqué à l'occasion du carthame, § 565, c'est-àdire que si , après avoir saturé le corps gras d'orcanette, on y incorpore peu à peu de l'aluminate potassique, l'application de cette émulsion donne, quand elle a été desséchée, puis saturée par un acide, une belle couleur violette. Rien ne s'opposerait non plus à ce qu'on en fît de très beaux genres fond blanc impression pourpre au rouleau ; il ne faudrait qu'imprimer le mordant rouge et le teindre au moyen d'une infusion alcoolique d'orcanette, étendue cle beaucoup d'eau, mais portée à l'ébullition , attendu que cette matière colorante ne prend jamais une belle nuance bleutée que dans cette condition de température , à laquelle sans doute doivent être attribuées les différences que l'on constate entre les étoffes teintes en orcanette dans les divers établissements où ce genre a été exécuté.
L' orcanette n'a jusqu'à ce jour donné lieu à aucun genre spécial; on l'a toujours fait concourir à la formation des genres
composés. C'est ainsi que nous verrons des fonds blancs garances ou non transformés en fonds orcanette enluminés.