DES GENRES DERIVES DE L APPLICATION DU CAMPÊCHE
§ 656. La matière tinctoriale du campêche, utilisée d'abord comme matière colorante bleue , et fréquemment employée par les teinturiers en petit teint , les seuls qui eussent le droit de s'en servir, s' est peu à peu introduite dans la fabrication de l'indienne, d'abord pour colorer les mordants , puis pour former des cou leurs d'application plus ou moins solides, et, vers la fin du siècle dernier, tant pour former des genres spéciaux (fonds noirs) que pour engendrer une foule de couleurs complexes par son association avec d'autres matières colorantes.
La manière dont elle est fixée a une grande influence sur sa stabilité. Les toiles chargées de mordants d'alumine et de fer se teignent avec cette substance en des nuances qui ont assez de rapport entre elles, ainsi qu'on peut en juger par1 l'échant. 157,
15?. Mordants d'alumine et de fer teints au campêche,
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Les mordants dont cet échantillon est imprimé, et qui , employés à fixer les matières colorantes de la garance , de la garancine , de la cochenille . ont donné le noir , le violet . le lilas ,
le rouge, le rose elle puce, fournissent, teints à la manière ordinaire dans un bain de campêche , un noir bleuté ou un bleu foncé au lieu de fin rouge ;
Au lieu de deuxième rouge, un bleu grisâtre ;
Au lieu de puce , un noir qui se confond presque toujours avec celui du mordant de fer pur qui borde l'échantillon.
Les préparations stannifères , intervenant comme mordants, donnent des violets en présence du campêche.
L'oxide chromique ne prend qu'une fausse teinte en passant dans un bain de cette substance, échant. 158.
15§. Oxide chromique teint en campêche,
Une solution d'hématine engendre cependant , avec les préparations chromiques , une couleur parfaitement définie.
Ces moyens de fixage par les mordants sont communs à toutes les matières colorantes étudiées dans ce chapitre ; mais si l'on réfléchit , d'une part, que l'hématine qui existe dans deux états (colorable et colore) , § 406, ne peut être en présence de l'acide chromique sans lui enlever de l'oxigène , le ramener à l'état desuroxide, et former avec lui une combinaison intime; d'une autre , qu'elle s'oxide dès qu'elle est en présence delà chaux et de l'air, on comprendra que l'on ait mis aussi à profit* ces deux genres de réactions pour la faire adhérer aux tissus et lui don-
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GENRES DÉRIVÉS DU CAMPÈCHE. 3/|l
lier plus de fixité , ainsi que nous allons le voir tout-à-1' heure.
§ 657. Fonds noirs teints en campèche. On ne teint des
fonds de cette espèce que sur les étoffes de laine qui comportent l'emploi d'acides énergiques dont on ne pourrait pas faire usage sur le coton. Dans cette fabrication , on se borne à plaquer uniformément l'étoffe, soit à froid, soit à chaud, d'une solution ferrugineuse, d'acétate de fer, puis , lorsque le tissu est suffisamment saturé de mordant , on le plonge dans un bain de campèche avec les précautions que nous indiquerons en traitant de la teinture du genre blanc enlevage.
§ 658. Fonds noirs campèche , impression blanc réserve.
Comme cette couleur noire a toujours pour base l'alumine et l'oxide ferrique, il est évident que la fabrication de ce genre rentre dans des genres blanc réserve sous oxide ferrique, ^ 576 , ou sous oxide aluminique, éch. 151 , et que la fixation préalable du mordant une fois achevée, il n'y a plus qu'à procéder à la teinture.
On réserve aussi par la gravure en fonds noirs campèche des dessins blancs, surtout dans les genres composés. Anciennement ce mode de réserver des parties blanches était poussé à un degré de perfection "tel , qu'il se rapprochait des résultats de l' enlevage ; mais on se servait alors d'une gravure métallique , et l'impression se faisait en deux temps. A une époque déjà fort éloignée, MM. Louis Verdan père et fils, des Isles, ont obtenu dans ce genre un véritable succès ; ils opéraient de la manière suivante :
Les sujets réservés étaient détachés ; c'étaient de petites mignonnettes, des arabesques, des objets déliés en cuivre, soudés à rétain à une plaque également en cuivre qu'on fixait à un bloc en bois ; on gravait en creux sur une planche en bois les contours des figures métalliques. L'impression de la première des deux planches donnait un dessin blanc contourné de noir ; celle de la seconde , en juxtaposant le fond au contour , complétait l'opération, et l'on avait ainsi un fond noir avec impres-
sion blanc réserve d'une délicatesse comparable à celle d'un blanc enlevage.
§ ÔÔQ.ï'onds noirs, blanc enlevage. Ce ge re, dit deuil,
s'exécute sur une grande échelle depuis plus de quarante ans «, et ce sont les fabricants anglais qui l'ont exécuté jusqu'ici avec le plus de succès. Cette fabrication est fort délicate; elle exige entre l'alumine et le fer, qui sont la base de la couleur, un rapport dont on ne peut s'écarter , car le fer prédomine-t-il , le noir devient rougeâtre ou prend un reflet grisâtre ; est-ce , au contraire , l'alumine, le noir devient trop bleuté; en outre elle demande les plus grands soins dans la dessiccation etl'oxidation du mordant sur le tissu, dans la réalisation de l' enlevage et dans le dégorgeage. Il y a clone ici trois choses à considérer : le mordant, X enlevage et la teinture.
Mordant. Des fabricants composent leur mordant de
d'autres de
14 lit. pyrolignite ferreux à 14°,4B,
2 lit. mordant rouge B;
4 part, mordant rouge B,
\ part, pyrolignite ferreux à 1 0° ,4B,
3 part, eau;
d'autres de
4 part, mordant rouge B,
2,5 part, pyrolignite ferreux à 1 4° AU ;
d'autres , enfin , de
mordant d'alumine;
mais ni l'une ni l'autre de ces préparations n'est à l'abri de critique: la couleur que donnent les premières devient promptement rougeâtre , et celle que fournit le mordant d'alumine pur est d'une teinte trop bleutée , qui se dégrade facilement à l'air; il importe donc de trouver le terme moyen entre ces proportions: et surtout le degré d'oxidation où le fer doit être amené sur l' étoffe.
On introduit aussi dans ces mordants du nitrate potassique qui n'est pas sans influence sur la manière dont ils s'oxident
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et se fixent à l'étoffe; le fer surtout est fortement influencé par ce corps, tant dans son oxidation que dans l'état d'agrégation qu'il affecte. Nos ancêtres l'avaient compris : aussi faisaient-ils intervenir le nitre dans la composition de plusieurs préparations ferrugineuses.
Quel que soit le noir employé, on plaque les pièces de manière à les imprégner de mordant aussi uniformément que possible , on laisse reposer le mordant quelque temps , on dégorge à l'eau, et après avoir rincé on dessèche.
Enlevage. Pour enlever avec succès au rouleau on emploie la préparation suivante :
Dans 10 lit. jus de citron à 26° .4B, on fait dissoudre :
2 lit. acide oxalique , et l'on épaissit avec 5 kil. amidon grillé.
On peut remplacer l'acide oxalique par le bisulfate potassique , et même le jus de citron et le bisulfate par l'acide oxalique pur.
L'enlevage imprimé , on le laisse quelques heures en contact avec le tissu, puis on procède au lavage à l'eau courante, après avoir passé les toiles dans un lait de craie ; on rince , on dégorge soigneusement et Ton teint.
Teinture. Cette teinture ne se fait pas de la même manière dans tous les établissements : les uns n'emploient que du çampêche avec une certaine quantité de colle- for te destinée à préserver les parties blanches ; d'autres associent à cette substance tinctoriale soit du quercitron , soit du sumac , soit toute autre matière astringente qui n,e salisse pas les parties blanches du tissu, qu'il est toujours extrêmement difficile de ramènera leur pureté primitive.
- Pour 10 pièces, on prend ordinairement :
3 kil. eampèche, % kil. sumac.
2 kil. colle verte. > .
On élève en deux heures ce bain de teinture de. la tempéra •