‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 5)Chapitre 135 sur 183 · GARANCE , ENLUMINÉ OU NON · texte numérisé non relu

GARANCE , ENLUMINÉ OU NON

§ 826. Il y a plusieurs manières d’exécuter ce genre complexe ; mais toutes ne donnent pas toujours les mêmes résultats,

au point de vue de l'exécution et de l’encadrement des cou leurs.

D’après la première, A, p. 313, on forme un fond blanc garance, enluminé ou non , on recouvre les sujets de réserve et l’on teint en cuve. Ici la formation du bleu succède à celle du fond blanc garancé, c’est une véritable fabrication soubassement. C’est ainsi qu’on a obtenu l’éch. 312 ; on a exécuté un fond blanc ga-

Fond bleu enluminé formé par la transformation d'un genre fond bleu garancé.

rancé auquel on a ensuite fait subir toutes les opérations décrites à l’occasion de la fabrication de l’éch. 288 , pour obtenir les sujets rouge et rose plus ou moins bien encadrés dans le fond gros bleu , avec enluminage petit bleu. Un inconvénient inhérent à cette première méthode, c’est que les toiles garancées qui sortent des opérations de l’avivage restent toujours plus ou moins imprégnées d’une certaine quantité de savon , qui , en se combinant avec la chaux de la dissolution indigotique , fait réserve , et s’oppose à une fixation uniforme du bleu. Pour combattre cette cause d’imperfection , on est dans l’obligation de monter des cuves d’indigo à la potasse ou à la soude, qui rendent la fabrication extrêmement coûteuse.

D’après la deuxième, E , on forme, au contraire, le fond bleu

avec impression blanc réserve et l’on rentre les mordants rouge, rose, violet, que l’on teint en présence du fond. C’est ce genre qui est désigné sous le nom de fond gros bleu enluminé.

D’après la troisième, F, le mordant s’imprime comme réserve et se fixe en même temps que le fond bleu ; il ne reste plus alors qu’à teindre et à aviver pour réaliser des sujets garancés , parfaitement encadrés dans le fond. Ce genre est connu sous le nom de genre lapis avec mordant réserve.

D’après la quatrième enfin, G, quand le fond est teint en indigo, on y imprime dès mordants appropriés , qui font en outre office de corps destructeurs du bleu , en sorte que par la teinture et l’avivage, on réalise, comme dans la fabrication précédente , des sujets parfaitement encadrés. Ce genre prend le nom de lapis enlevé.

Nous allons entrer dans les détails de ces différents modes ; toutefois nous ne dirons rien du premier, qui, sans l’interversion des opérations, pourrait se confondre avec le deuxième.

§ 827. C’est en France qu’on a exécuté ce genre avec le plus de succès, et parmi les fabricants qui se sont distingués dans cette branche de l’impression, nous devons citer M. Lefèbre, lorsqu’il dirigeait la maison Barbet, de Chantilly; MM. Kœchlin frères, de Mulhouse ; J. Schlumberger jeune, deThann, E. Robert, de la même ville ; Eck, deCernay. D’abord exécutées avec des garances d’Alsace, les nuances qu’on obtenait sur fond bleu supportaient à peine les avivages ; plus tard, l’emploi de la garance d’Avignon permit dé les soumettre , moyennant certains ménagements , à toutes les opérations qu’on leur faisait subir à l’état d’isolement, et l’on développa ainsi les effets du dessin et du contraste des couleurs. Dans ces derniers temps , on a remplacé, par motifs d’économie, la garance par lagarancine, et niême par le garanceux , dont on retire directement des rouges assez purs sans avoir recours aux passages au savon. La

fabrication dont nous donnons ici un éch. 313, réclame de la

S 13* Gros blet* enluminé , couleurs garancées rentrées dans le fond bien.

part du fabricant des soins minutieux. Les toiles doivent être parfaitement blanchies et bien vitriolées , § 454 , afin que le bleu prenne également sur toute la surface, et que les parties réservées, qui doivent rester blanches, n’attirent point à la teinture et puissent être convenablement purifiées. Il convient en outre de multiplier assez les trempes, pour que l’indigo contracte une adhérence intime à l’étoffe et ne se détache point durant les -opérations du garançage et de l’avivage.

On calandre les toiles avant l’impression ; mais en les soumettant à cette opération, il faut s’assurer que les cylindres ne sont imprégnés ni de cire ni de toute autre matière grasse ou résineuse qui faisant office de réserve occasionnerait des taches . Quelquefois on n’opère ce cylindrage qu’après avoir donné aux pièces l’apprêt qui contribue à la fixation de l’indigo, §548, p. 26.

La planche à l’aide de laquelle on dépose la réserve doit porter gravés en relief les sujets appelés à apparaître en rouge, en rose, en blanc, en bleu, en jaune et en vert.

Le choix de cette réserve varie avec les habitudes du fabricant. On emploie avec succès les blancs réserve , n° 1 , n° 7 et 8, § 549. Comme il est essentiel que la préparation pénètre bien

la fibre , afin que les parties blanches restent intactes et que les couleurs garancées reçoivent tout le développement et toute la pureté dont elles sont susceptibles , on y fait prédominer le . nitrate cuivrique , qui de tous les sels de même base appliqués sur le tissu , se dessèche le moins promptement et a le plus de propension à le transpercer.

M. Witz Kœnig, qui a exécuté de forts jolis fonds gros bleu enluminés, employait une réserve composée Comme suit.

Dans 7 litres eau mélangés à 1 litre vinaigre, il faisait dissoudre à chaud :

2 kil. acétate cuivrique ,

Qk,500 sulfate idem ,

6 lit. nitrate idem , à 60° dB, et il épaississait le tout avec 4 lit. eau de gomme, àl kil. par litre,

8 kil. terre de pipe.

Il va sans dire que la réserve , quelle que soit celle que l’on choisisse , doit toujours être bassinée avec soin , afin que l’impression ait toute la régularité possible. Enfin, quand on emploie un blanc réserve qui, comme le n° 1 , est sujet à cristalliser en vieillissant, il importe de n’en mettre qu’une petite quantité à la fois dans le baquet. Il convient aussi de veiller à ce que l’imprimeur ne frappe pas sa planche avec le maillet, attendu que la réserve n’ayant pas le temps d’être aspirée par la fibre , pourrait , en bavant sur les bords des contours des formes, donner lieu à des accidents plus ou moins fâcheux , soit sur le point même où elle serait refoulée, soit sur d’autres parties du fond en se détachant durant les immersions dans la cuve bleue .

Un jour après l'impression de la réserve, on peut déjà passer en cuve. On monte et l’on entretient cette cuve ainsi qu’il a été indiqué § 5Z|8, p. 21. Selon JVI. Witz, elle doit renfermer :

10 kil. chaux,

10 kil. sulfate ferreux,

2k,500 indigo parfaitement broyé avec 1 lit. eau.

Il est des fabricants qui, avant de commencer les trempes, plongent les pièces dans un lait de chaux qui neutralise sur-lechamp la réserve; d’autres, et avec raison , préfèrent les immerger d’abord dans une cuve d’indigo de force moyenne , contenant un grand excès de chaux hydratée et trouble. Quand elles sont encadrées, on leur donne une première trempe de 25 à 30 minutes dans la cuve trouble , pour décomposer complètement les sels cuivriques , et en rendant insolubles les portions de la réserve qui pourraient se détacher ultérieurement des points où elles ont été appliquées, leur enlever toute aptitude à contracter une adhérence avec d’autres parties de l’étoffe.

Après cette immersion, on rince à l’eau pure, on plonge ensuite, durant 5 minutes, dans une cuve d’indigo forte et claire, on laisse déverdir durant le même temps , on répète la trempe et le déverdissage à. dix ou vingt reprises , selon la force des cuves, jusqu’à ce qu’on ait réalisé la nuance cherchée; on décadré alors , on pend à l’eau courante , pour oxider l’indigo , et enfin on passe en acide sulfurique, à 2° AB, tant pour activer la précipitation et l’oxidation du bleu que pour netto}rer les parties blanches réservées , qui se trouvent alors dans l’état de l’éch. 314 , dont le fond bleu a presque atteint la teinte voulue,

314, Gros bleu avec Impression folane réservé , destiné à

recevoir les couleurs d’enlaaminagc.

et le blanc a été réservé pour recevoir l’enluminage proprement dit.

Dans ce blanc on a rentré une réserve petit bleu , qui a la plus grande analogie avec plusieurs des réserves du § 5Z|9? et dont l’objet est de conserver intacts tous les points destinés à passer en. rouge, en rose, en jaune, tandis que les autres parties devront passer au bleu clair par un second cuvage.

Réserve petit bleu N° 1.

Dans 10 litres eau colorée par l’acétate d’indigo, on fait dissoudre :

2k,50 sulfate cuivrique,

0k,640 acétate idem,

0k,320 nitrate idem cristallisé, et l’on épaissit le tout avec 2 kil. gomme Sénégal ,

4 kil. terre de pipe.

Réserve petit bleu N° 2.

Dans 10 litres eau colorée par le fernambouc , on fait dissoudre :

4k,200 sulfate cuivrique, et l’on épaissit avec 2*,5 eau de gomme, à \ kil. par litre,

3k,750 terre de pipe.

Cette dernière réserve, qui résiste aussi bien que la précédente, n’étant pas aussi dispendieuse, mérite la préférence.

On remplace quelquefois ces préparations trop faibles par une solution d’acétate plombique ou de chlorure zincique épaissie à la gomme ou à la terre de pipe.

Quand on a imprimé cette réserve petit bleu , le tissu se trouve dans l’état de l’éch. 315. Encadrant alors les pièces, on les fait passer de nouveau en cuve , où on les laisse de 3 à 5 minutes, puis on les déverdit durant 5 minutes , et si, après ce temps, le petit bleu n’a pas atteint le degré d’intensité que l’on désire, on procède à une seconde trempe , aussi de 3 à 5 minutes. On décadré ensuite , on expose durant quelques heures à l’eau courante, on dégorge aux roues ou au plateau-

31S. Cîros bien avec impression blanc réserve, dans lequel

battoir, on passe durant une heure dans une eau acidulée , à raison de 1 partie acide sulfurique pour 60 parties d’eau , on dégorge de nouveau aux roues , on passe une seconde fois en acide sulfurique, enfin l’on rince et l’on dessèche. Par ces passages en acide sulfurique , l’indigo tin e se trouve complètement déplacée, et le blanc de l’étoffe parfaitement purifié des parcelles de la réserve qui pourraient y adhérer. Après ces opérations, l’état des pièces est celui de l’éch. 316, c’est-à-dire que

SI®. Gros bien avec ÎBnpvessaon petit bien et blanc, prêt à recevoir l’impression des mordants, qui doivent être teints en garance.

3/jO DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.

les parties blanches de l’éch. 316 ont passé au petit bleu, tandis que celles qui étaient recouvertes de réserve sont restées blanches ; ces dernières , convenablement purifiées par les lavages et passages en acide , sont prêtes à recevoir l’impression des mordants, ou , en d’autres termes , à subir les opérations d’un genre fond blanc garance enluminé.

Lorsque les pièces ont été desséchées, on les étire en long ou en large, afin de pouvoir y rentrer les mordants assez exactement pour qu’il n’apparaisse pas de solutions de continuité ou de ces effets de superposition qui détruisent une grande partie de l’harmonie des couleurs. Ces .mordants sont toujours à base d’alumine, attendu que les nuances violettes qu’on réalise avec le concours des mordants de fer s’obtiennent ici par la seule superposition du rose sur le petit bleu. On a donc imprimé dans l’échant. 316 le mordant fin rouge, ci-après :

Mordant rouge pour gros bleu.

Dans 10 lit. d’eau colorée par le campêche, ou mieux par le sapan, on fait dissoudre :

2k,500 alun, et l’on sature par 0k,250 carbonate sodique ,

2 kil. pyrolignite plombique.

On épaissit 10 lit. de ce liquide décanté avec :

1k,280 amidon, et, quand la couleur est cuite , on y ajoute 0k,350 nitrate zincique.

Après l’impression de ce fin rouge , on expose durant deux jours les pièces à l’étendage , puis on rentre un mordant petit rouge que l’on compose comme suit :

41&V . Mordant petit rouge pour gros bleu.

■ Dans 10 litres d’eau colorée par le campêche , on fait dissoudre :

1k,280 alun, que l’on décompose par 4k,280 acétate plombique, puis on épaissit 5 lit. du liquide décanté, avec 10 lit. eau de gomme, à 700 gr, par litre.

Ce dernier mordant imprimé, le tissu est dans l’état de l’éch. 317. On l’abandonne au repos durant trois jours, puis

31*. Gros» Méat, Impression Marne el petit Mcm réserve, avec rentrtare de mordants ronge et rose.

on procède au bousage , à la température de 50° , dans la cuve carrée, § 533, fig. 1Z|0, et pendant vingt minutes dans la cuve en rond , on dégorge aux roues , et l’on teint en garance, à raison de lk,5 à 2k,5 de garance par pièce, avec addition de potasse , savoir :

Durant demi-heure , à la température de 23°.

Durant une heure, à la température de 25 à 45°.

Durant demi-heure , à la température de 45 à 60°.

Durant une heure, à la température de 60°.

On rince ensuite , on dégorge de nouveau aux roues, et la toile se présente dans l’état de l’éch. 318. On procède alors à l’avivage, § 543, c’est-à-dire qu’on donne un premier passage en savon , à raison de 2 kil. pour 10 pièces , à la température de 50°, durant une heure ; un deuxième , à la température de 60°, durant le même espace de temps ; un troisième , dans un bain de savon renfermant 750 gr. dissolution d’étain, jusqu'à ce que le rouge commence à virer à l’orange ; et enfin un dernier, a la température de 70 à 80°. Aussitôt après, on rentre

Je jaune d’application, comme dans l’éch. 319, qui présente , indépendamment des couleurs successivement fixées à l’étoffe,

SI®, Gros ïilen enluminé*

Si§. Gros bleu, impression blanc et petit bleu réservé, avec rentrure de mordants rouge et rose, passés en garance.

des nuances complexes dues à des effets de superposition , savoir : le violet évêque , provenant de la combinaison du rouge avec le bleu; l’orange, du jaune avec le rouge; le vert, du jaune avec le petit bleu.

Le jaune d’application, § 776, dont on se sert ici se compose

de 10 lit. décoction de graine de Perse , à 250 g r. par litre, dans lesquels on fait dissoudre :

0k,320 alun , que l’on épaissit avec ■ 0k/l 20 gomme adragante ,

0kJ20 gomme Sénégal, et auxquels on mélange 0k,060 chlorure stanneux.

Quelque temps après l’impression de ce jaune, on lave à l’eau courante.

Quand il s’agit d’un jaune solide , on imprime un mordant jaune et l’on teint en quercitron, à une basse température, avec addition de colle forfe.

On réalise quelquefois le genre gros bleu enluminé en formant d’abord le fin rouge et en rentrant ensuite un rose d’application au sapan ; on va même jusqu’à n’employer que des couleurs d’application.

Il suffit de quelques dispositions particulières pour augmenter beaucoup l’effet de cette fabrication . On peut , par exemple , imprimer sur le gros bleu un picotage blanc réserve qui se compose :

Soit d’une solution d’acétate cuivrique gommée, que l’on applique à chaud, afin d’en prévenir la cristallisation ;

Soit , comme le faisait M. Witz Kœnig , d’un mélange de :

4 lit. eau,

3 lit. eau de gomme ,

3 kil. terre de pipe ,

3 lit. réserve gros bleu n° 2.

Après avoir recouvert l’étoffe de cette réserve , on imprime la réserve petit bleu sur tous les points que l’on veut obtenir blancs, soit pour les conserver tels, soit pour y rentrer postérieurement des couleurs ou des mordants , et l’on teint en petit bleu. C’est ainsi que , dans des articles gros bleu enluminé, on a produit des palmes, des feuilles, des branches, enfin des sujets de forme quelconque, avec petit bleu dessin picotage. Le fond gros bleu, s’il a quelque intensité, n’est jamais nuancé par la réserve picotage dont il a été recouvert.

OâZi DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.

Pour produire du blanc sur bleu, on pourrait teindre d’abord en gros bleu uni qu’on détruirait sur les points destinés à recevoir les couleurs d’enluminage.

Dans cette fabrication , comme dans tous les genres cuvés , pour économiser l’indigo qui se dépose à l’endroit comme à l’envers de l’étoffe , quelques fabricants appliquent et collent deux pièces l’une contre l’autre ; d’autres , comme le faisait déjà en 1812 M. D. Kœchlin , renversent chaque pièce sur elle-même, de manière à coller ensemble , au moyen d’un empois , les faces de l’envers. L’impression des réserves se* fait alors des deux côtés, et ce n’est qu’ après le cuvage qu’on décolle en employant de l’eau chaude.

Le genre gros bleu enluminé est quelquefois formé en partie de bleu de Prusse, en partie d’indigo. Dans ce cas, on fait intervenir un mordant de fer qui contourne les sujets à conserver, et l’on teint en cyanure ferroso- potassique légèrement acidulé. Un bleu de cette espèce n’est détruit complètement ni par l’acide hypo-chloreux , qui fait disparaître l’indigo pur sans attaquer le bleu de Prusse , ni par la potasse caustique , qui enlève ce dernier sans porter atteinte au bleu végétal.

Lapis , impression mordants réserve.

§ 828. En 1808 , MM. Hartmann , de Munster , furent mis en possession , par une maison anglaise , d’un genre fond bleu clair, dans lequel se trouvaient enchâssés des sujets orange et noir garancés , qu’ils imitèrent bientôt en copiant exactement le dessin, qui était d’origine indienne. Le bleu de ce fond, sans jouir de l’éclat et de la vivacité du bleu d’outre-mer ( lapis lazulli ) , fit cependant donner à ce genre le nom de lapis , qu’il a conservé jusqu’à ce jour. Cette découverte, les travaux surtout qui l’ont perfectionnée, sont, avec les moyens qu’on a trouvés de réaliser des enlevages de couleurs sur fonds garancés, les principales causes des progrès de l’art d imprimer sur étoffes , et l’on peut dire qu’ils ont ouvert une ère nouvelle pour le fabri-

FONDS BLEUS ENLUMINES (LAPIS,). 3/n

cant, car ce n’est qu’à dater de cette époque qu’en s’exerçant sur ces deux genres primordiaux, il a pu se convaincre combien, au point de vue de la combinaison des nuances et de la composition d’un dessin, il y a d’avantage à suivre une fabrication où toutes les couleurs et toutes les figures , les plus déliées même, s’encadrent les unes dans les autres.

Si, malgré nos investigations , nous sommes dans l’impossibilité de faire connaître celui auquel revient l’honneur d’avoir pour la première fois imprimé un mordant faisant réserve sous bleu de cuve ( rèservage mordant , D. Kœchlin ) , cuvé ensuite et passé dans un bain de garance , du moins devons nous consigner ici , avec le nom de MM. Hartmann , qui ont introduit ce genre en France, celui des deux hommes qui se sont le plus illustrés dans cette fabrication , MM. D. Kœchlin, Schoucet J. Thompson, de Primerose.

Le développement de la fabrication des lapis a eu trois époques distinctes. Durant la première , qui n’embrasse que quelques années , on imprimait un mordant rouge réserve sous bleu et un mordant noir ; on cuvait à la nuance bleu moyen, on teignait en garance, et l’on obtenait des sujets rouge et noir exactement encadrés dans le bleu , sans qu’il y eût jamais superposition de l’une de ces couleurs sur l’autre, car c’est là un des caractères de cette fabrication. L’éch. 320, que nous devons, ainsi que les deux suivants, à la complaisance de M. D. Kœchlin, qui a bien voulu les fabriquer exprès, donne une idée exacte des produits de cette époque. Toutefois est-il juste d’ajouter que dans le premier article exécuté par MM. Hartmann , les deux couleurs d’impression, noir et rouge, étaient accompagnées d’un vert qu’on y avait rentré en superposant un jaune d’application solide sur certaines parties du bleu.

Comme on n’était point encore fixé sur la manière de garancer. ces fonds bleus chargés de mordants, les rouges manquaient de vivacité et d’éclat, et le bleu, toujours plus ou moins dégradé, virait au gris. Pour obvier à cet inconvénient, on teignit bien-

t-apis première époque.

tôt uniformément les lapis, tantôt en carthame, dans le but de donner au rouge plus de vivacité et au bleu un ton violet évêque qui le rendît plus agréable à l’œil , tantôt en gaude, dans celui de donner au rouge un ton orangé plus vif, et en transformant le fond bleu en fond vert , de relever cette même nuance par l’effet du contraste.

Durant la deuxième époque , à l’impression d’un mordant noir et d’un mordant rouge réserve , on ajouta celle d’un blanc réserve sous bleu, en sorte qu’en teignant en bleu cuvé et en passant en garance , on obtenait un fond bleu dans lequel se trouvaient détachés des sujets noir, rouge et blanc. On rentrait alors dans ces sujets blancs et même dans le bleu des mordants d’alumine , et l’on teignait ensuite en quercitron ou autre matière colorante jaune, pour produire du vert et obtenir un tissu fond bleu avec impression rouge , blanc, jaune et vert , ou bien encore on foulardait uniformément en mordant d’alumine, puis on teignait en quercitron , et l’on transformait ainsi le fond bleu en fond vert avec impression rouge orangé et jaune. L’éch. 321 offre un spécimen de cette deuxième époque.

Pendant quelque temps , on varia ces données sous une multitude de formes et de dessins. En augmentant l’étendue du

S ^ f • Lapis . deuxième époque.

bleu , on avait des fonds bleu ou vert parsemés de palmes rouge, noir, jaune et blanc ; celle du mordant rouge réserve , on passait à des genres fond orange avec enluminage noir, bleu, jaune et vert ; enfin celle du blanc réserve, on obtenait des fonds blancs enluminés noir, rouge , bleu , jaune et vert. Quelquefois on se contentait de teindre les mordants d’alumine et de fer, à leur sortie de la cuve bleue, dans un bain de quercitron , et l’on réalisait des fonds bleus avec dessin jaune, noir et olive plus ou moins variés.

A la troisième époque , on fit intervenir dans cette fabrication une préparation qui , imprimée en premier lieu , et faisant réserve sous les mordants et sous le bleu, offrait ainsi des moyens de produire des dessins blancs de la plus grande délicatesse.

Ce perfectionnement , sans introduire de nouvelles nuances dans la composition des dessins lapis , mit à la disposition du fabricant des effets qu’il eût été impossible de réaliser autrement.

A partir de ce moment, 1e* fabricant put contourner de blanc les sujets du dessin , détacher au centre de ces sujets des traits blancs plus ou moins déliés , faire apparaître , par exemple,. un dessin dentelle , sans solution de continuité , sous bandes bleu et rouge, en imprimant au rouleau un blanc réserve sous bleu et

sous mordant , puis par-dessus des bandes mordant rouge réserve sous bleu pour cuver ensuite àla nuance voulue, nettoyer et teindre en garance enfin il put faire passer à volonté une couleur sur une autre sans .qu’ elle en fût modifiée (bandes noir et rouge). L’éch. 822 représente cette troisième phase, à laquelle

troisième époque.

on n’a plus ajouté depuis que des couleurs d’enluminage rentrure. C’est, comme on le voit, un dessin en colonnes, genre cachemire dans lequel , au centre de bandes noires , blanches , rouges et vertes , apparaissent des sujets rose , rouge , bleu , jaune ou vert. Les figures rouges des bandes noires sont bordées de hachures dues à l’impression d’un blanc réserve sous mordant d’alumine et sous bleu ; les hachures jaunes qui, dans la colonne rouge, contournent les feuillages bleu centre noir , et celles qui bordent le feuillage rouge dans la bande verte , ont également été obtenues par le blanc réserve sous, mordant; quant à la colonne blanche , on l’a réalisée par l’application d’un blanc réserve sous bleu.

Dans cet exposé rapide des découvertes successives qui ont fait faire à cette fabrication de véritables progrès, nous n’avons pas cru devoir parler des perfectionnements accessoires et faciles à comprendre , qui ont résulté de l’emploi de divers

mordants réserve et de couleurs /l’enluminage variées. Sous ce rapport , dès 1809 , la maison Kœchlin frères imprimait des . mordants réserve rouge, puce, vigogne , etc., et une riche collection de couleurs d’enluminage. C’est elle qui fit paraître les premiers mouchoirs genre lapis , dont le prix était alors de 8 à 9 fr. Y aune, et la façon de 3 fr. 50 c. ( Statistique cle la Société industrielle de Mulhouse. )

Il nous reste à étudier cette fabrication dans ses détails et à faire connaître, au fur et à mesure que l’occasion s’en présentera; la nature des préparations qu’on y emploie et le rôle important qu’elles ont à remplir. Nous allons l’examiner successivement sous le rapport de la disposition des dessins , de la qualité du tissu, de la composition des mordants et des réserves, de l’impression de ceux-ci, de la teinture et enfin de la rentrure des couleurs d’enluminage.

Disposition du dessin . Primitivement, les dessins genre lapis avaient un caractère assez défini : c’étaient des fonds bleus enluminés, dessins rouge, noir, jaune , rose , etc., assez semblables à ceux du genre fond couvert , impression Perse ou cachemire , qu’on fabriquait alors; mais bientôt ces dessins changèrent complètement de caractère.. Le blanc et les mordants réserve y prirent une si grande place , que le bleu , au lieu de recouvrir , comme dans le principe , les 9/1 0e au moins de la surface de l’étoffe, y figurait à peine pour 1/200% et l’on en vint à faire des fonds blanc lapis , où les 95 centièmes de cette surface ayant été recouverts de blanc réserve sous bleu restaient blancs, 3 ou h centièmes recouverts de mordant rouge, puce et noir réserve , passaient à ces nuances par la garance , et 1 centième seulement était bleu.

Les effets obtenus avec le blanc réserve furent réalisés avec les mordants de même nature , et l’on vit successivement se produire des lapis fond puce, fond orange , fond carmélite , fond jaune, fond gris, fond cachou, etc., dans lesquels le bleu figurait en si petite quantité , qu’on pouvait le considérer comme coul eur d’ en lu m in a go .

Comme cette extension du genre lapis présente de grandes difficultés dans l’impression de cette masse de blanc ou de mordant réserve qu’il s’agit de déposer et de rendre uniformément adhérente au tissu, et que d’ailleurs elle est extrêmement dispendieuse , d’un côté par la nature et la quantité des ingrédiens qui entrent dans la composition des réserves , d’un autre par l’énorme proportion d’indigo qui se trouve précipitée sur l’étoffe et dont une grande partie disparaît ou devient impropre à la teinture par sa combinaison avec les diverses bases de ces réserves ; de nos jours elle n’est plus qu’un tour de force ruineux dont les jurys d’exposition ont toujours le bon esprit de faire justice.

Des tissus. Les toiles destinées à la fabrication des lapis doivent être parfaitement blanchies , par les raisons que nous avons données à l’occasion de la teinture des gros bleus enluminés, § 826. Les précautions à prendre sont d’autant plus nécessaires ici que , le bleu lapis étant d’un ton beaucoup moins élevé que le gros bleu, les inégalités qu’y occasionneraient les corps gras dont le tissu serait imprégné apparaîtraient d’une manière plus sensible , et que , d’autre part, cette nuance est plus sujette à être impressionnée défavorablement par le garançage et dégradée durant le blanchiment et l’avivage des couleurs.

Des blancs réserve sous bleu. Les blancs réserve sous bleu lapis sont de la nature de ceux que nous avons vus, § 549, par exemple :

&38. Blanc réserve sous bleu lapis.

Dans 10 lit. eau bouillante on fait dissoudre, à chaud :

6k,280 sulfate zincique.

On épaissit une partie de cette dissolution avec :

2k,250 gomme Sénégal; on incorpore à l’autre

3k,750 terre de pipe,

4k,280 savon vert ; on cuit le tout , en ayant soin de donner au mélange le plus d’homogénéité possible, et l’on y ajoute , à chaud ,

0k,380 chlorure mercurique (sublimé corrosif), à froid , pour colorer,

\ kil . acétate d’indigo.

Tous les fabricants reconnaissent befficacité du chlorure mercurique comme réserve ; mais, vu ses effets pernicieux sur la cuve , quelques uns le suppriment. D’autres remplacent le sulfate zincique par le chlorure ou par le nitrate de même base.

Des blancs réserve sous mordant et sous bleu ( réserves rongeantes]. Ces préparations sont de deux espèces. En France, on fait ordinairement lisage d’arséniate potassique ou d’un arséniate métallique [.arséniate mercurique ); en Angleterre, M. Thompson emploie , après les avoir mélangés dans un rapport convenable , le jus de citron, qui prévient la fixation à l’étoffe du mordant d’alumine et de fer, § 279 ; et le sulfate cuivrique qui agit comme toutes les préparations de même base , § 391 , c’est-à-dire qui empêche l’indigo d’adhérer à la fibre. Cette dernière préparation réserve également sous les mordants d’alumine et de fer, tandis que l’arséniate ne fonctionne bien qu’en présence des mordants d’alumine; mais il est des cas où un sel arsenical ne peut être remplacé par le citrate, c’est lorsque la nature du dessin , régissant l’impression , oblige le fabricant à imprimer le noir en premier lieu, pour le recouvrir ensuite , en tout ou partie , d’un blanc réserve sous mordant ; on comprend qu’alors s’il était au jus de citron, ce blanc réserve acide attaquerait et fatiguerait plus ou moins le noir.

Blanc réserve sous mordant et sous bleu lapis [réserve

rongeante N° 1 ).

De JO lit. eau bouillante on emploie une partie à dissoudre :

2k,100 bi-arséniate potassique ,

0k,640 chlorure mercurique (sublimé corrosif), une deuxième à fondre

2k,4 00 gomme Sénégal , une troisième à délayer

2k,4 00 terre de pipe ,

0k,640 saindoux; on porte le tout à l’ébullition en remuant avec soin , puis on y ajoute , à chaud ,

0k, 1 6 0 essence de térébenthine,

0k, 450 carbonate potassique, et Ton colore, à froid , par 0k, 460 acétate d indigo.

Le carbonate potassique dont on se sert pour saturer une portion de l’acide arsénique du bi-arséniate et déterminer par double décomposition la formation de l’arséniate mercurique-, donne lieu , par son introduction dans les couleurs , à une effervescence qui les fait écumer et oblige à opérer dans des vases plus grands ; il vaut mieux recourir à une solution de potasse caustique , contenant une quantité de base équivalente à celle que renferme le carbonate, quitte à retrancher du volume d’eau indiqué celui de la solution de potasse caustique.

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