DES FONDS CACHOU ENLUMINES
§ 836. Les fonds cachou peuvent recevoir comme couleurs d’enluminage : l°le bleu , le rouille , le jaune et le vert solides ; 2° toutes les couleurs garancées , puisque cette matière colorante une fois fixée au tissu est susceptible de passer en teinture sans éprouver de modification sensible ; 3° toutes les couleurs vapeur et d’ application.
On exécute cette fabrication ou par rentrures contournant des sujets garances , § 819, ou comme celle des fonds gros bleu enluminés , en formant le fond cachou avec sujet blanc réservé soit par l’impression, soit par la gravure, et en y rentrant les couleurs ou les mordants d’enluminage , ou comme
celle des lapis , par l’impression de couleurs ou mordants qui fassent réserve sous cachou ou qui se juxtaposent régulièrement, ou , enfin , par celle d'un fond cachou réserve, sur lequel on superpose les couleurs d’enluminage.
Fond cachou avec enluminage bleu.
§ 837. La fabrication de ce genre n’est autre chose que celle des lapis fond cachou. On imprime un fond cachou réserve sous bleu avec dessin bleu ménagé par la gravure, on teint en cuve, et l’on nettoie dans une eau contenant un peu de bichromate potassique.
Les Indiens ne teignent pas autrement leurs pagnes , ordinairement recouverts de sujets bleu, blanc. et cachou : ils appliquent d’abord le cachou , et ensuite une réserve à la cire ; en passant alors en cuve , ils obtiennent des sujets cachou , blanc et bleu inégalement distribués.
Fond cachou avec enluminage bleu cuvé, rouille et blanc .
§ 838. C’est encore un genre lapis. M. J. Schlumberger jeune a exécuté , en 1835, sous le nom d q fond cacao , un très bel article de cette espèce ; le sujet se composait de fleurs de fantaisie , en bleu, rouille et blanc , contournées de noir.
La présence du rouille exclut la possibilité d’employer un noir bon teint; on doit avoir recours à un noir d’application. Voici le procédé que suivait M. J. Schlumberger jeune ; il imprimait-^
1 0 Le noir d’application lapis ;
2° Le blanc réserve sous bleu moyen (-Æ3&) ;
3° Le rouille ou chamois , réserve sous bleu qui suit :
Chamois réserve sous bleu .
Dans 15 lit. eau on fait dissoudre :
5k,625 pyrolignite plombique, qu’on décompose par 5k,625 sulfate ferreux.
Ü.i dirige un courant de chlore dans la partie claire, coin-
FONDS CACHOU ENLUMINES.
posée d- acétate et de sulfate ferreux , pour en suroxider le fer ; dans 10 lit. de cette dissolution ferrique on fait dissoudre : 0k,640 acétate cuivrique, et l’on épaissit avec
1 kil. gomme Sénégal ,
2 kil. terre de pipe , lk,500 chlorure zincique.
4° Le fond cachou réserve composé de
r*- Cachou réserve.
10 lit. décoction de cachou ordinaire , à 25 gr. par litre-,
1',25 solution de chlorure calcique, à 4« .413,
1 kil. acétate cuivrique , le tout épaissi avec
2 kil. gomme Sénégal ,
4k,20 terre de pipe.
Lorsque l’impression de ce fond cachou , qui demandait un double rapplicage , était terminée, on passait en cuve pendant une demi-minute, on déverdissait à l’air, puis on laissait séjourner les toiles durant quelques minutes dans un lait de chaux trouble, à l’effet, tant de décomposer le sel ferrique et de déterminer la combinaison de son oxide avec l’étoffe que d'effectuer la fixation du cachou ; on nettoyait ensuite à deux reprises aux roues , on dégorgeait durant trente minutes dans un bain de craie chauffé à la température de 60° , on nettoyait de nouveau, on rinçait et l’on séchait. Ainsi que nous l’avons dit, pour mieux fixer le cachou et compléter l’oxidation du fer, on peut le passer dans une solution de bichromate potassique.
Fond cachou avec enluminage de couleurs g avancées.
§ 839. Ce genre, que peut représenter la combinaison d’un fond cachou, impression blanc réserve, et d’un fond blanc garancé, enluminé ou non , s’exécute de la même manière que les genres décrits § 795. On imprime au rouleau le fond cachou, les mordants noir et rouge, un blanc enlevage ou réserve sous mordant, s’il y a lieu, on bouse avec addition de chromate potassique, pour fixer le cachou en même temps que les oxides , on teint en garance d’Alsace , ou en garanceux , ou en garancine, et l’on obtient des produits, éch. 33/j, plus ou moins semblables à l’é-
334» Fond cachou enluminage rouge ei puce.
chant. 295 , avec cette différence que le cachou encadre exactement les sujets garances. Dans les parties restées blanches, on rentre des couleurs d’enluminage vapeur ou d’application, du vert , par exemple , et quelquefois du rose , qu’on ne peut employer ici que comme couleur d’application, vu la difficulté d’aviver les couleurs garancées en présence du cachou.
Fond cachou avec enluminage rose et lilas cochenille.
§ 840. On imprime un fond cachou avec sujet ménagé par la gravure, et l’on rentre dans ce sujet des mordants d’alumine et de fer que l’on teint en cochenille. On n’a pas d’autre moyen d’effectuer cette fabrication ; car si l’on peut réaliser sur des fonds cachou très clairs un enluminage en couleurs foncées , par exemple en noir d 'application ou vapeur , l’impossibilité à' enlever sur cachou foncé n’a pas permis jusqu’ici d’enluminer des fonds de cette espèce en couleurs claires , telles que rose , rouge, etc,
FONDS ROUILLE ENLUMINES.
§ 841 . Les fonds rouille constitués par un oxide faisant fonction de mordant ne peuvent jamais , une fois formés , recevoir
FONDS ROUILLE ENLUMINES.
l’enluminage de couleurs qui ne se fixent au tissu qu’à l’aide d’un semblable auxiliaire : si donc on veut j faire entrer ces couleurs, il faut les y imprimer préalablement en sujets que le fond viendra contourner ensuite. Ces fonds , au contraire , admettent sans difficulté l’enluminage des couleurs d’application ou vapeur. On les forme de deux manières , ou en employant un sel de fer en dissolution très étendue , et l’on a alors un fond chamois sur lequel on produit sans peine des impressions rouille foncé , blanc , rouge , violet et noir , ou en fixant à letoffe de fortes proportions d’oxide ferrique , et , selon la nature du sel, on obtient des fonds aventurine, abricot, etc., sur lesquels on réalise des impressions blanc et violet enlevage et noir superposé.
§ 842. Fonds chamois enlumines. Après avoir foulardé dans un bain d’acétate ferrique composé de :
1 kil. acétate ferrique, à 1 4° dB ,
4 lit. eau ,
6 lit. eau d’amidon grillé,
on dessèche , on fixe à l’eau bouillante dans la cuve carrée , et sur un fond de cette espèce on imprime :
Tantôt du noir, durouille , du vert et du blanc, en appliquant à la planche :
1° Un noir d’application composé de
4 parties noir d’application [4L® Si) ,
1 partie bleu faïencé , qui n’a d’autre but que de protéger le noir ;
2° Un rouille foncé épaissi à la gomme;
3° Un bleu de Prusse d’application renfermant une certaine quantité d’acétate plombique ;
4° Enfin, un blanc enlevage , § 621 (acides tartrique et oxalique).
On passe alors en chlorure de chaux faible , tant pour oxider le rouille que pour fixer le plomb, et l’on teint en bichromate potassique , pour transformer le bleu en vert.
Tantôt , au rouleau , un puce rougeâtre composé' de 10 litres fernambouc, à 4° AB, qu’on épaissit avec :
()k,750 amidon , et auxquels on ajoute
0k,250 nitrate ferrique, à 50° dB,
0k,320 composition physique [908).
En appliquant sur ce puce , à des points déterminés, une solution d’acides oxalique et tartrique' gommée, on fait virer le puce au rose, et l’on enlève, en outre, des portions du fond chamois, dans lequel apparaissent alors des figures puce, rose et blanc.
Tantôt enfin :
1° Un noir d’application ;
2° Un rouille foncé ;
5° Un violet d’application contenant du chlorure stannicostanneux.
Le fond rouille étant fongé par l’étain , le lilas d’application paraît dans toute sa pureté.
Nous ne multiplierons pas ces exemples ; qu’il nous, suffise de faire observer que toute couleur d’application peut être déposée sur des fonds de cette espèce , pourvu qu’elle comporte l’introduction d’une certaine quantité de sel stanneux , qui , en réduisant l’oxide ferrique, ronge le rouille et produit un blanc dans lequel elle apparaît avec la nuance qui lui est propre. Lorsque le contraire a lieu , et que cette couleur contient ellemême du fer, comme un olive , par exemple , rien n’empêche d’imprimer des décoctions de matières colorantes contenant une certaine quantité d’acide oxalique et de vaporiser. On réalise par ce procédé de très belles combinaisons sur des fonds de cette espèce.
Fonds • avenf urine . Quand on a un fond abricot ou aventurine , § 575-835 , on y imprime :
1° Un noir d’application composé de
\ 0 lit. décoction gallo-campêche , à \ 0° AB , qu’on épaissit avec
4 k,200 amidon, et auxquels on ajoute, à tiède, quand la couleur est cuite ,
21,220 chlorure ferreux , à 40° A B ;
Très souvent , dans le but de former une double teinte noire, on imprime avec ces deux préparations une troisième , qu’on forme en épaississant une décoction de noix de galle -au degré de force que demande la nuance désirée et de l’imprimer. Tous les points sur lesquels on applique cette décoction passent au gris, par suite de la réaction du tannin de la noix de galle sur l’oxide ferrique.