‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 5)Chapitre 3 sur 183 · SECTION PREMIÈRE - SECONDE DIVISION · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE - SECONDE DIVISION

Des couleurs qui sont fixées par la vapeur ou teinture par voie

sèche.

§ 718. Pendant longtemps on ne connut d'autres moyens d’appliquer solidement les couleurs aux étoffes que ceux que nous venons d’exposer, c’est-à-dire qu’on y imprimait ou des matières colorantes qui , comme l’indigo , devaient être rendues momentanément solubles pour adhérer au tissu en revenant à leur état primitif, ou des auxiliaires ( mordants ) qui y attiraient les principes colorants d’un bain de teinture , de la garance , par exemple.

Dès 17 AO, on cherchait les moyens d’imprimer directement les couleurs , et l’on se servait d’espèces d’encres colorées, connues plus tard sous le. nom de couleurs cT application , mais qui, disparaissant des étoffes sur lesquelles elles étaient déposées , dès qu’on leur faisait subir un lavage , ne pouvaient être qu’une transition aux procédés moins imparfaits que ré-

” DK LA FABRICATION KN PARTICULIER.

clamaient les besoins de l’industrie. Il s’agissait de donner à ces couleurs une fixité qui les rapprochât de celles que fournit la teinture : on y est parvenu par l’emploi de la vapeur, dont nous allons tout-à-l’heure étudier les effets.

L’art de fixer et de rendre les couleurs adhérentes au tissu par l’intermédiaire de la vapeur d’eau est une invention moderne. Les premiers essais qui furent tentés à ce sujet datent de la fin du siècle dernier ; ils eurent lieu en Angleterre ; mais on ne paraît pas y avoir attaché tout d’abord dans ce pays un grand intérêt , puisque , ainsi que nous le verrons , ce ne fut que beaucoup plus tard que les fabricants anglais apprirent d’un Français (Loffet) les procédés propres à ce genre d’impres- b sion sur laine et sur soie.

Dans son ouvrage sur la teinture publié en 1797 , Bankcrof parle déjà d’un imprimeur qui fixait à la vapeur des couleurs appliquées directement sur Casimir , et dans son mémoire sur le quercitron , il rapporte comment il est parvenu lui-même à fixer directement le principe de cette matière colorante. Voulant produire sur du drap une impression jaune , il imprima une décoction concentrée de quercitron , à laquelle il avait ajouté une certaine quantité de composition d’étain (nitro-sulfate) , et après avoir recouvert de papier la surface imprimée, afin d’éviter les rapplicages , il enroula le drap sur lui-même et l’introduisit dans un sac en coutil, d’un tissu très serré et dont les fils, préalablement cirés, avaient été rendus imperméables à l’eau, puis, en exposant ce sac, hermétiquement fermé, à l’action de ce liquide en ébullition durant 15 à 20 minutes , il parvint à Appliquer à l’étoffe un jaune aussi solide que si on l’eût fixé à la manière ordinaire. Des impressions, ainsi conduites , de la même préparation. sur un fond bleu , lui donnèrent des dessins verts , qu’il réalisa encore en déposant du sulfate d’indigo sur un fond jaune. Du reste , dans le principe , on ne prêta pas beaucoup plus d’attention en France qu’en Angleterre à ce moyen de fixer les couleurs, du moins à en juger par l’historique de l’impression

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à la vapeur sur laine et sur soie , que M. D. Kœchlin a présenté à la Société industrielle de Mulhouse ( voir Bulletin de cette Société , t. VII , p. 19Ü ), et dont nous allons donner un extrait.

Les premières impressions de cette espèce sur laine paraissent avoir été faites en. 1810 sur tissus mérinos, en dessins riches, imitation des châles cachemires , dans la maison Dollfus Mieg, sous la direction de M. Georges Dollfus. Après’ avoir imprimé les couleurs sur 1’étofFe, on se servait d’un fer chaud [fer à repasser) pour en déterminer la fixation ; mais ce procédé ne conduisait pas au but désiré : les couleurs , tout en prenant assez de vivacité , n’adhéraient point assez fortement au tissu pour résister aux lavages. Plus tard , M. Georges Dollfus , se trouvant à Paris, fit, de concert avec un nommé Loffet, de Colmar, des essais en vue de remplacer la chaleur du fer à repasser par celle de la vapeur d’eau. A la suite de l’impression, ils pliaient les châles chargés de couleurs , en les doublant entièrement de flanelle, et les exposaient dans cet état à l’action de la vapeur d’eau dans un tonneau défoncé , ajusté au-dessus d’une chaudière en ébullition.

Ce nouveau procédé de fixage des couleurs prit en quelques années le plus grand essor ; dès 1819, on s’en servait pour iiflprimer une grande quantité d’étoffes de soie et de laine dans les environs de Paris , à Beauvais et au Logelbach : des récompenses étaient décernées par le jury d’exposition à MM. Haussmann pour leurs impressions sur soie , et à Loffet pour ses dessins cachemires exécutés sur mérinos. C’est ce dernier qui transporta cette industrie en Angleterre, et y réalisa, en l’y faisant connaître, des sommes considérables.

Si M. Georges Dollfus n’a pas été le premier à imprimer et à fixer à la vapeur les couleurs sur laine et sur soie , du moins résulte-t-il des recherches de M. Daniel Kœchlin que le génie inventif de ce fabricant n’a pas peu contribué à perfectionner ce genre d’impression.

Depuis cette première période, l’impression des couleurs vapeur a pris de jour en jour plus d’extension. En 1827 déjà , un nommé Bossard exécutait à Saint-Denis des genres que l’on ne peut faire mieux , aujourd’hui qu’il est peu de maisons où l’on ne fabrique quelques articles de cette espèce.

Si l’on a étudié avec attention tous les moyens que nous avons exposés de fixer les couleurs aux étoffes , on a dû remarquer que toutes les laques colorées que l’on retrouve après les opérations de la teinture ont généralement été formées sur le tissu : c’est l’indigotine colorable qui, en s’oxidant, passe au bleu ; c’est le cachou qu’on oxide et transforme en un de ses dérivés auquel on donne ainsi , avec une couleur plus foncée , une insolubilité qu’il n’a pas par lui-même ; c’est l’oxide ferreux qu’une oxidation fait passer à l’état d’oxide ferrique ; c’est l’oxide manganeux qui se suroxide pour donner naissance au bistre ; enfin ce sont les oxides aluminique , chromique et ferrique qu’on fixe aux tissus pour les colorer dans divers bains de teinture. Que si les oxides chromique et ferrique seuls peuvent devenir adhérents à l’étoffe sans se former sur la fibre même, § 575-580, encore est-il indispensable qu’ils lui soient présentés à l’état naissant, § 472 bis. Maintenant, si l’adhérence ou la combinaison d’une couleur par teinture proprement dite ne peut avoir lieu qu’à l’une ou l’autre de ces conditions, en est-il de même dans le vaporisage , ou bien les couleurs se fixent- elles par ce dernier moyen d’après d’autres lois? C’est la première question à examiner ; elle nous semble dominer toutes les autres.

Si les couleurs vapeur se fixaient à des conditions spéciales , il suffirait d’établir ces conditions sans se préoccuper des autres moyens de fixation, et toutes les couleurs pourraient être appliquées aux tissus à l’aide de la vapeur d’eau , aussi bien l’indigo que la garance , celle-ci que les bois rouges ou la cochenille. Or , pour peu qu’on réfléchisse, on voit qu’il n’en est point ainsi , qu’il existe au contraire un rapport intime entre ce mode de fixation et ceux qui nous sont déjà connus. En effet, on dé-

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pose sur l’étoffe , tantôt un corps soluble, comme l’acide ferrocyanique , qui , décomposable par la chaleur , passe peu à peu à l’état de bleu de Prusse insoluble ; tantôt une laque , véritable composé salin , qu’on dissout dans un acide capable de balancer la puissance delà matière colorante, et qui s’empare momentanément de la base à laquelle elle est unie pour la lui rendre sous l’influence de la vapeur d’eau , soit qu’il doive être expulsé par la chaleur , soit que dans de pareilles conditions il perde tout ou partie de l’affinité qu’il avait d’abord pour l’oxide (base de la laque) ; tantôt , enfin , une matière colorante mélangée à un sel dont elle peut déplacer l’acide, qui, en disparaissant comme dans les cas précédents , la laisse en combinaison intime avec la base et l’étoffe.

D’après ce que nous venons de dire , on ne trouvera pas étonnant que jusqu’à présent on ne soit point encore parvenu à fixer l’indigo par le vaporisage, qui demande comme condition préalable de toute fixation de couleur qu’elle puisse exister momentanément à l’état soluble , état auquel la vapeur d’eau ne peut amener une substance qui ne l’affecte qu’en suite d’une réaction chimique des plus prononcées.

Cette similitude admise entre des procédés aussi différents , examinons à un point de vue général les agents qu’on fait intervenir dans le vaporisage et les appareils qu’il demande ; nous nous occuperons ensuite , conformément aux divisions précédemment établies , des impressions vapeur sur les tissus de diverses natures.

Toutes les fibres textiles n’attirent pas à elles avec une égale énergie les matières colorantes ; il en est donc dans lesquelles on doit relever cette force attractive, en leur faisant subir une préparation qui n’est qu’un véritable mordançage ; toutefois cette préparation n’est pas toujours réclamée par la nature seule du tissu , mais encore , dans certains cas, par celle des matières colorantes , dont quelques unes , perdant toute aptitude à former une combinaison intime avec féioffe quand elles sont une

fois engagées dans un composé salin , réclament impérieusement un mordançage préalable de la toile sur laquelle on les applique alors en état de liberté.

Quant aux couleurs que l’on fixe à la vapeur, ce sont toutes celles qui ont été traitées dans le deuxième chapitre de la première section de la quatrième partie de cet ouvrage ; mais des unes on n’emploie que l’extrait ou la solution aqueuse, que l’on épaissit pour l’imprimer sur la toile préparée ou mordancée , et alors la vapeur d’eau , à l’action de laquelle on soumet le tissu, n’a pour effet que d’opérer une véritable teinture locale à des places déterminées ; c’est l’opération ordinaire de la teinture du genre impression sur fond blanc, mais renversée. Aux autres, on ajoute le mordant -qui doit servir de base à la couleur ; mais, dans ce cas, il y a toujours intervention d’un agent capable de maintenir la laque en dissolution et de déterminer la mise en liberté du mordant sous l’influence de la vapeur. C’est ici que nous voyons jouer un rôle important aux composés stannifères : le chlorure stannique se décompose par l’action de l’eau en chloride hydrique et en oxide stannique , dont le premier est expulsé par la chaleur ou neutralisé par l’intervention d’un corps saturant, et le second n’est jamais mis en liberté en présence du tissu sans faire corps avec lui au point de résister à tous les moyens d’enlevage dont on se sert pour les autres substances et sans y fixer en même temps la substance colorante à laquelle il était préalablement associé. Le même raisonnement s’applique au chlorure aluminique. L’acide oxalique remplit à peu près les fonctions de ces deux composés salins. Nous avons vu qu’on se sert de cet agent pour enlever des oxides ou des mordants , § 620, et constaté que cette application qu’on en fait, basée sur l’affinité qu’il a pour l’alumine et le fer, est subordonnée à certaines conditions : ainsi . déposé sur une toile mordancée , il peut , ou en faire disparaître tout l’oxide si on l’emploie en quantité nécessaire pour attaquer ce dernier, ouïe lui restituer en tout ou partie , à la longue, si l’on prolonge le

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contact à la température ordinaire , immédiatement si l’on vaporise. Il est facile d’après cela d’expliquer son rôle dans- certaines couleurs vapeur, puisque, dissolvant énergiquement les oxides, il les maintient en dissolution durant tout le temps de l’impression , puis les abandonne sous l’influence de la vapeur ou de la chaleur , et les laisse sur l’étoffe avec toutes les propriétés dont ils jouissaient dans leur état d’isolement. C’est à cette particularité qu’offre l’acide oxalique qu’est due la solidité de certains noirs d’application, dans la composition desquels on le faitinintervenir depuis longtemps.

Les tartrates et l’acide tartrique interviennent aussi dans, le même but; mais l’affinité de ce dernier acide pour les bases, l’énergique pouvoir avec lequel il les masque , fait que , sous ce point de vue d’application, l’emploi en est plus limité que celui de l’acide oxalique : on l’utilise cependant pour opérer des déplacements et pour maintenir des oxides en dissolution, en un mot, pour donner plus d’homogénéité aux couleurs.

L’acide acétique entre également dans la formation des couleurs vapeur. Doué d’un pouvoir dissolvant que ne possèdent point d’autres acides , et pouvant d’ailleurs être employé dans son plus grand état de concentration sans attaquer le tissu , il est appliqué dans toutes les circonstances où des corps de nature plus ou moins résineuse ont besoin d’être maintenus en dissolution pour pouvoir être imprimés, attendu qu’abandonnant sous l’influence de la chaleur les bases auxquelles il est associé, il leur permet de contracter une combinaison intime avec l’étoffe..

Indépendamment de ces corps, il en est d’autres qui concourent à la composition des couleurs vapeur, en oxidant la matière colorante et en en transformant le principe colorable en principe colore ; tels sont particulièrement les sels cuivriques et lechromate potassique, appelés à suppléer à l’air, qui dans la teinture ordinaire remplit un rôle si important.

Les couleurs qu’on veut fixer par la vapeur, après avoir été convenablement épaissies, doivent être imprimées avec les soins

que chacune d’elles peut réclamer en particulier, et les étoffes qui en sont recouvertes préalablement exposées , s’il en est besoin , durant un certain temps dans une atmosphère humide.

Toute disposition qui permet d’exposer un tissu imprimé à la vapeur d’eau est un véritable appareil de vaporisage; la forme de ces appareils varie donc à l’infini , car les différences que l’on observe entre eux proviennent uniquement de la manière dont les étoffes sont disposées pour subir l’action de la chaleur. Dans les uns, les plis du tissu sont en contact plus ou moins immédiat ; dans les autres , au contraire, ils sont maintenus à distance par des arrangements particuliers.

§ 719. Fixage au tonneau et à la cuve . L’appareil le plus anciennement employé et le plus simple est le tonneau , qui s’ajuste exactement au-dessus d’une chaudière murée dans une maçonnerie, et qui porte à sa partie inférieure une espèce de diaphragme en toile d’emballage destiné à donner à la vapeur un libre accès jusqu’aux toiles qu’il renferme, . tout en s’opposant à ce que l’eau projetée par l’ébullition les atteigne.

Ce sj^stème de vaporisage a été modifié en ce qui concerne la production de la vapeur ; au lieu de la former directement sous chaque tonneau, on a préféré établir un générateur assez grand pour le service de tout un établissement. A l’avantage qu’il y a de n’avoir qu’un seul chauffeur, se joint celui d’éviter des pertes qu’on ne peut prévenir par un chauffage direct. On place tous les tonneaux dans une salle quelconque affectée à l’opération, et on les met en communication par leur partie inférieure , à l’aide d’un tube , avec le générateur de vapeur. La fig. 151 fera comprendre un semblable arrangement.

a, b, c, représentent la coupe d’un tonneau ou cuve cylindrique dont les douves , en bois blanc , ont

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5 à 6 centimètres d’épaisseur. A la partie inférieure est un trou par lequel passe le tube f qui met ce tonneau en communication avec le générateur, et, se terminant en forme de pommelle d’arrosoir, distribue la vapeur dans toutes les directions voulues.

A 15 ou 20 centimètres du fond , on ajuste un diaphragme en toile d’emballage e qui fait office de double fond et prévient l’arrivée de l’eau de condensation sur l’étoffe.

A la partie supérieure du tonneau , est fixé intérieurement un cercle , a , b , servant de support au cadre ou traverses sur lesquelles reposent les étoffes que l’on veut vaporiser ; enfin un couvercle est fixé au tonneau , soit par des crochets en s, g, soit à l’aide 'de contre-poids. On remplace ce couvercle , • dont futilité est assez contestable , par un drap qui permet à l’air de la cuve de s’échapper au commencement du vaporisage.

La manière de placer les toiles dans l’intérieur du tonneau varie avec la nature des couleurs et des étoffes, et aussi avec les habitudes des fabricants. Tantôt, quand on n’a pas à craindre les rapplicages , on enroule les pièces sur une bobine , sans les serrer , puis , cet enroulage achevé , on retire la bobine , et l’on a ainsi une espèce de boyau qu’on aplatit à l’une de ses extrémités , en faisant passer par la lisière un fil qui sert à la suspension dans l’intérieur du tonneau. Lorsque des rapplicages sont possibles , on enroule l’étoffe en la doublant d’une toile j doublief) consacrée à cet usage, et qu’on lave après chaque opération. Tantôt , lorsqu’on traite des impressions délicates , on encadre les toiles comme s’il s’agissait de les teindre en bleu de cuve, puis on descend le cadre dans le tonneau , où le cerceau a, b , lui sert de support.

On a remplacé ce tonneau par une espèce de caisse ou cuve carrée, tout en conservant les autres dispositions: ce léger changement a amené quelques modifications dans la manière de suspendre les toiles. Une cuve de cette espèce, construite en planches d’au moins 0'n,05 d’épaisseur, doit avoir 3 mètres de profondeur et lm,25 de côté, A 0m.l A au-dessous de

l’ouverture , on fixe intérieurement de fortes lattes ou poutrelles destinées à supporter le cadre ou les bobines qui portent les pièces. Du reste, ici, comme dans la cuve ronde , il y a à la partie inférieure un tube muni aussi d’une pommelle ou chapiteau de Q"‘,6A de large, et à une distance de 0m28 du fond se trouve un diaphragme en toile d’emballage. On ferme la cuve par un couvercle mobile*. et l’on y introduit les pièces imprimées soit en boyaux, soit sur un cadre carré où elles sont agrafées de la même manière que dans la chambre à soufrer , § Zj6o. On peut aussi les plier de la largeur de la cuve, dans laquelle on les expose alors à l’action de la vapeur, en les suspendant par l’une des lisières à l’aide d’un fil. On a trouvé dans ces derniers temps le moyen de les maintenir en mouvement durant l’opé¬

ration , et de rendre ainsi l’action de la vapeur plus uniforme. A cet effet, on enroule l’étoffe eh coquille avec son doublier, puis on la suspend à l’aide d’une roulette à la partie supérieure

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de la cuve, en ayant la précaution de faire sortir l’une des extrémités de Taxe de cette roulette, à laquelle on attache une manivelle qui permet à l’ouvrier de lui imprimer de temps en temps un léger mouvement à l’effet de changer la position des plis du tissu et d’en multiplier les points de contact avec la vapeur. C’est une disposition de ce genre que représente la fig. 152.

a est la cuve surmontée de son couvercle mobile t; s, s, bobines sur lesquelles sont enroulées les pièces b , b , qu’on fait mouvoir par les manivelles m , m; d, double fond en toile ; r , tube pour l’introduction de la vapeur, garni d’une pommelle p.

§ 720. Fixage à la colonne. Cet appareil est très répandu; il y aune quinzaine d’années qu’à Paris le plus petit imprimeur avait dans un coin de, sa cuisine une colonne à l’aide de laquelle il fixait ses couleurs. Une petite chaudière de 25 à 28 litres de capacité , fermée et surmontée d’un tube à robinet auquel s’ajustait un cylindre de cuivre creux , percé d’une multitude de trous, constituait tout l’appareil. On enroulait sur ce cylindre, avec ou sans doublier,'les étoffes destinées au vaporisage, puis, après avoir, recouvert le tout d’une ensouple de drap pour prévenir la condensation, on ajustait la colonne à la chaudière ; on ouvrait le robinet, et la vapeur s’introduisait aussitôt dans cette colonne, d’où elle s’échappait par les ouvertures qui s’offraient à elles , pour transpercer les plis de l’étoffe et fixer durant son passage les couleurs qui y étaient déposées.

A quelques modifications près, qui n’ont eu d’autre but que de le rendre applicable sur une grande échelle, cet appareil est encore celui dont on se sert de nos jours. Comme il arrivait souvent que l’eau était entraînée par le jet de vapeur jusque dans l’intérieur du cylindre , au moment où l’on ouvrait le robinet , on a ajusté au tube de communication une sphère dans laquelle reste cette eau. D’une autre part, comme l’opération à l’air libre donnait souvent lieu à des condensations qui détruisaient la régularité du vaporisage , on a imaginé de placer les colonnes dans une espèce de guérite , où l’ouvrier a un libre accès, et où

les tubes ne sont plus exposés comme auparavant à se refroidir. La fig. 153 donne une idée de cette disposition. On établit quelquefois dans cette espèce de guérite , m , m , 4 , 6 ou 8 colonnes, dont la coupe que nous donnons ne représente que deux.

Fig. 4 53.

Les sphères g , g , sont immobiles ; elles communiquent par leurs tubes inférieurs avec le générateur de vapeur , et par le tube c, muni d’un robinet r, avec le cylindre en cuivre a, qui, s’y ajustant à frottement, peut être placé et enlevé à volonté. On recouvre le cylindre creux A, qui est percé d’une multitude de trous, d’une chemise en drap, ou d’un doublier , puis on y enroule fortement l’étoffe, tantôt seule , tantôt recouverte d’une

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ensouple ; on enveloppe le tout d’un autre drap b qu’on lie aux deux extrémités au moyen d’une corde fortement serrée, et l’on dépose le cylindre sur le tube, auquel il s’ajuste à frottement; on ouvre alors le robinet supérieur R , ensuite le robinet inférieur ; dès que la vapeur qui se précipite dans le cylindre en a chassé l’air et élevé la température des couches avec lesquelles elle est en contact , on ferme le robinet supérieur , et ce fluide élastique ne trouvant d’autre issue que les ouvertures dont la surface du cylindre est recouverte , passe à travers et pénètre le tissu.

§ 721. Fixage à la chambre. C’est en Angleterre que ce mode de fixage a pris naissance. Pour faut se représenter une chambre b, a, c, d, fig. 154, d’environ 4 mètres de long sur 3 mètres de large , dont l’un des côtés s’ouvre à deux battants pour donner entrée aux cadres sur lesquels sont agrafées les pièces et qui s’avancent jusque dans l’intérieur, au moyen de roulettes, sur deux rails en fer.

En construisant cet appareil , on a parfaitement compris la nécessité de répartir uniformément la vapeur : aussi n’y arrive-t-elle pas, comme dans les précédents , par un point unique , mais par 2 tubes , ce et clf , fermés à leurs extrémités et percés de petits trous sur toute leur surface. Quant aux cadres d’une construction telle qu’ils occupent et remplissent l’espace libre dans l’intérieur de la chambre ; on y agrafe les pièces par les lisières a 1 aide de crochets fixés aux traverses de manière à y accumuler la plus grande quantité detoffe. Dans une chambre de la dimension de celle dont nous donnons ici la figure , on peut introduire jusqu’à 600 mètres de toile à la fois.. Comme

s’en faire une idée , il Fig. 1 54.

F , G , H , E , ils sont

1 h DE la FABRICATION EN PARTICULIER.

l’espace dans lequel on opère est assez vaste, et que, par conséquent , il peut y avoir condensation de vapeur , on recouvre le cadre d’une chemise en drap, qui empêche l’eau de condensation d’atteindre les pièces.

§ 722 . Fixage à la guérite. Nous n’entrerons pas dans le détail de plusieurs autres moyens de vaporisage qui ont plus ou moins de rapport avec ceux que nous venons de présenter; mais il en est un que nous devons encore faire connaître. Il diffère des précédents en ce que la chambre ou caisse , au lieu d’être fixe, est mobile , et c’est sans doute à cette forme et à cette mobilité que

Fig. 155.

./ gI

cet appareil doit le nom de lanterne nu de guérite , qu’on lui donne. Il se compose de trois parties : la guérite ou chambre mobile, le cadre auquel on suspend B les pièces , enfin la table sur laquelle on place les cadres chargés de ces pièces et que l’on recouvre ensuite de la cloche. Nous empruntons à l’ouvrage de M. Tillaye la figure ci- après :

a, b, c, d, f, fig. 155, représente une guérite ou espèce de cloche mobile de 1"',50 de haut . dont les côtés ont 2 mètres de long , l‘“,3 de large, et se terminent dans la partie supérieure par ^ un toit incliné qui favorise l’écoulement de l’eau condensée. Des cordes attachées à cette espèce de cloche permettent de la soulever à volonté à l’aide de poulies.

Le cadre est d’une dimension telle que la cloche puisse facilement le recouvrir ; il se compose de liteaux de 0m,055 carrés , joints par des mortaises, liés

ordinairement par des traverses ; la longueur en est de 1 ,10,

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la largeur de lm,8â5, et la hauteur de lm3. Sur les deux côtés, dans le sens de la largeur fg , hf , sont vissées deux plaques de cuivre portant deux rangées de crochets de même métal. Qn l’entoure , avant de suspendre les pièces , d’un drap qu’on fixe aux crochets , et dont on laisse pendre environ 1 mètre en dehors , et 0'n,27 en dedans , pour en recouvrir l’étoffe une fois qu’elle est encadrée. Cette portion du drap est soutenue par la ficelle /, /, f. Quand le cadre est chargé , on le recouvre d’une chemise en flanelle, qui a pour objet d’empêcher l’eau de condensation d’atteindre le tissu , et on le place sur la table h , g , supportée par les chevalets k, i. Au centre de cette table passe le tuyau l',l, surmonté d’une pommelle d’arrosoir, par laquelle arrive la vapeur, recouverte d’un châssis en planche ou en étoffe qui , en refoulant le fluide élastique sur les côtés , le distribue plus uniformément. La communication du tube L avec la chaudière est interceptée par une boîte p , qui joue ici le même rôle que la sphère dans les appareils à colonne , c’est-à-dire reçoit l’eau qui se projette et que l’on fait écouler au besoin par le siphon Q. La table h, g , légèrement inclinée dans le même but , permet à l’eau de condensation de se déverser par un siphon trop plein r.

Quant à l’opération, elle est au fond la même que la précédente ; dès que le cadre chargé de pièces et recouvert de son manchon ou enveloppe est déposé sur la tablette hg, en ss , on abaisse la cloche, qui s’engage dans une coulisse ou rainure 5, b , puis on donne accès à la vapeur, qui , arrivant par le tube l’ , passe dans la caisse p, où elle abandonne l’eau dont elle pouvait être chargée , et se rend ensuite par la pommelle dans l’intérieur de la chambre. En ouvrant les douilles placées en o , on peut à volonté donner issue à l’air et imprimer une certaine direction à la vapeur.

Tels sont les appareils dont on se sert pour vaporiser les étoffes imprimées ; étudions maintenant l’action de la vapeur , afin de préciser, s’il est possible, les conditions les plus conve-

t>Ë LA ËAËRÎCATÎON ËN PARTICULIER.

nables pour arriver à ce but. Nous sommes heureux de pouvoir, dans une question aussi importante , nous appuyer d’un travail inédit deM. Ed. Schwartz, quia exécuté sur laine, à la vapeur, des impressions qui ne laissent rien à désirer.

La vapeur d’eau à laquelle on soumet les étoffes dans les divers systèmes que nous avons passés en revue est- elle simplement un agent calorifique ou remplit-elle encore un autre rôle ? Telle est la question que s’est posée M. Ed. Schwartz dans son travail , et qu’une expérience bien simple, vérifiée ensuite d’une infinité de manières, lui a permis de résoudre. Ayant partagé en deux portions une étoffe de laine imprimée de couleurs diverses , il passa immédiatement sur l’une d’elles, pendant que les couleurs étaient encore humides, un fer à repasser chauffé à 100°, et constata que dans de pareilles circonstances les couleurs se fixent parfaitement au tissu, en raison de l’action combinée de l’eau et de la chaleur. En faisant subir le même traitement à l’autre portion , préalablement desséchée , il s’assura que , dans ce cas, les couleurs n’adhérant nullement à l’étoffe s’en détachent complètement par le moindre lavage. Cette nécessité de l’intervention d’une certaine quantité d’eau pour que le vaporisage produise son effet n’a rien qui doive surprendre, puisque dans cette opération il s’accomplit des réactions chimiques où le concours de l’eau est aussi indispensable que dans la décomposition du sulfate plombique par le sulfide hydrique. On sait que ce gaz, qui attaque et sulfure avec tant d’énergie ce sel plombique en présence de l’humidité, est sans action sur lui à l’état sec. Nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples dans lesquels de doubles décompositions entre deux sels ne s’opèrent qu’ autant qu’une certaine quantité d’eau intervient dans la réaction ; mais nous nous bornerons à signaler deux phénomènes plus applicables au cas particulier. Le chlorure sodique et l’acide silicique , mis en contact à l’état sec , ne réagissent pas l’un sur l’autre, tandis qu’ aussitôt que l’on fait intervenir l’eau, il y a formation de silicate sodique et dégagement

de chlonde hydrique. Le même chlorure desséché et l’acide sulfurique concentré ne réagissent qu’incomplétement l’un sur l’autre ; au contraire , si on les met en présence d’une certaine quantité d’eau, leur décomposition peut devenir complète, même à des conditions de température beaucoup plus basses. Qu’on passe en revue la composition des couleurs vapeur, et l’on verra combien y interviennent de corps de cette espèce dont les réactions sont subordonnées à l’absence ou à la présence de l’eau.

Si ce véhicule est nécessaire dans le vaporisage pour déterminer les réactions chimiques qui doivent s’accomplir, quelle est exactement la proportion exacte de ce liquide à employer? Il est important de le préciser, car est-elle insuffisante , les couleurs ne se fixant pas du tout , ou ne se fixant que d’une manière partielle , au lieu d’être vives et nourries , n’ont que des nuances maigres et ternes ; est-elle trop grande, des coulages en sont la conséquence , les figures se déforment , et les nuances se confondent si elles sont juxtaposées , ou les parties blanches sont plus ou moins fortement endommagées.

D’après ces données expérimentales , on comprendra qu’il n’est pas indifférent d’employer de la vapeur sèche ou de la vapeur chargée d’eau à l’état globulaire , de la répartir uniformément ou non , d’en prolonger plus ou moins longtemps l’action , d’imprimer des couleurs hygrométriques ou des couleurs siccatives, d’exposer les pièces après l’impression dans un lieu sec ou humide, de les y laisser plus ou moins longtemps, enfin d’employer toute espèce d’appareil. Passons en revue ces différents points de la question importante que nous traitons

De l'influence que peut exercer la vapeur sèche ou humide dans le vaporisage. Plusieurs cas peuvent se présenter, suivant qu’une étoffe imprimée de diverses couleurs est sèche ou humide , qu’elle renferme ou non des corps capables de fixer une certaine quantité d’eau. Au point de vue de l’exécution et de la netteté de l’impression , le fabricant a in-

térêt a imprimer des couleurs assez siccatives, pour que leur .mouvement devenant , pour ainsi dire , nul sur le tissu , les traits du dessin ne soient point exposés à se déformer par le coulage ; mais de pareilles couleurs , traitées par une vapeur sèche sous l’influence d’une certaine pression , ne se fixent qu’autant qu’elles contiennent des corps fortement hygrométriques. Sont-elles, au contraire , traitées par une vapeur saturée d’humidité, le fixage en est facile et parfait, pourvu qu’on se renferme , quant à la durée du vaporisage , dans les plus justes limites : si celui-ci n’est point assez prolongé , la vapeur que l'on fait intervenir n’a pas le temps de se décharger d’eau, et alors l’effet calorifique est bien produit , mais les actions chimiques qui sont subordonnées à l’intervention de l’eau à l’état ordinaire ne peuvent s’effectuer ; s’il l’est trop , la couleur absorbant de l’eau en surabondance, les coulages sont inévitables : or, des essais faits sur une petite échelle ne sauraient servir de guide dans la détermination de cette durée, car, si un petit échantillon plongé dans une atmosphère de vapeur y trouve immédiatement la quantité d’eau et le degré de chaleur qui lui sont nécessaires , il n’en est plus ainsi quand on opère sur des masses ; il faut donc à cet égard faire en grand des traitements de ce genre et y donner la plus sérieuse attention.

Si l’on ne vaporise qu’après avoir laissé les couleurs séjourner dans un lieu humide où le tissu s’est chargé d’eau, la vapeur sèche ne produira plus les mêmes effets; loin d’être nuisible, elle deviendra un élément de succès. Que si l’on emploie au contraire de la vapeur humide , il faut nécessairement , en même temps qu’on réduit la durée de son action pour éviter les coulages. , veiller à ce que la vapeur se répande uniformément dans l’appareil où s’opère le vaporisage pour que de très grandes inégalités ne se fassent pas remarquer non seulement sur des pièces vaporisées en même temps, mais encore sur les diverses parties d’une même pièce. Le fabricant préviendra ces derniers accidents , soit par une disposition du cuveau qui per-

mette une parfaite distribution de la vapeur dans toutes les parties de l’appareil, soit en imprimant aux pièces un mouvement qui en mette toute la surface en contact avec ce fluide élastique, il résulte, du reste, du double rôle que la vapeur doit remplir que, toutes circonstances égales d’ailleurs, il y a avantage à en faire affluer, durant un temps donné, la plus grande quantité possible dans l’appareil où le vaporisage a lieu , parce que , en réduisant ainsi la durée de l’opération , on obtient des couleurs plus uniformes : en effet , en arrivant peu à peu sur l’étoffe , la vapeur ne s’y répandrait pas également ; les parties qui seraient les premières en contact avec elle se satureraient de l’humidité qu elle tient en suspension, tandis que les autres ne seraient point encore imbibées ; et ce serait en vain que pour remédier à cet inconvénient on prolongerait la durée de l’opération : pendant que ces dernières arriveraient au point de saturation des premières , celles-ci , continuant à condenser de l’humidité, donneraient lieu à des copiages.

Des corps hygroscopiques . L’introduction des corps hygroscopiques dans les couleurs vapeur est-elle indispensable' 4 certains égards on pourrait répondre par la négative , attendu qu’il est démontré que des matières colorantes pures sont susceptibles d’être appliquées sur des toiles convenablement préparées, et de s’y fixer sans le concours d’aucun intermédiaire; mais, en général , l’emploi de ces corps est avantageux , non pas tant pour déterminer l’ adhérence des couleurs au tissu que pour en assurer l’uniformité. Toutefois est- il indispensable, quand on fait intervenir de pareils agents, d’avoir égard à la vapeur dont on se sert et à la durée du vaporisage pour prévenir les coulages.

Influence qu exerce sur le flxuge la plus ou moins longue exposition des toiles imprimées à l’air humide, fl est des fabricants qui vaporisent les pièces presque aussitôt après 1 impression. Cette méthode, qui peut réussir dans certains cas , doit être généralement considérée comme défectueuse, attendu qu’il

io DE LA 1-ABRlCATiON EN PARTICULIER.

est difficile d’arriver à des teintes également solides en vaporisant des couleurs qui, n’étant pas déposées en même temps sur l’étoffe, n'ont pas le même degré d’humidité; il vaut toujours mieux , après les avoir amenées au même état de dessiccation , les placer dans les conditions où elles absorbent la quantité d’humidité nécessaire. Cette seule exposition, qui suffit très souvent pour assurer le succès d’une opération , se ferait avec avantage dans une chambre dont les murs plâtrés seraient continuellement imbibés d’eau.

De cette influence de l’humidité sur ce vaporisage, il découle tout naturellement qu’il y a nécessité de trouver le rapport qui doit exister entre la température de la salle où l’on encadre les pièces et celle du local où se trouve l’appareil à vaporiser; car, de l’état relatif de leurs milieux, il peut résulter, ou qu’une condensation trop forte ait lieu au moment où les toiles passent de la première pièce dans la seconde et détermine des coulages préjudiciables , ou qu’au contraire cette condensation ne pouvant s’effectuer, les effets du vaporisage deviennent en quelque sorte nuis. On ne réussit dans cette partie laplus délicate de l’opération du fixage qu’en se plaçant dans des conditions telles , que des variations soient pour ainsi dire impossibles dans la relation qu’on doit avoir préalablement établie entre ces deux milieux , autrement on s’expose à des accidents inévitables : ainsi le temps sec que produisent les grandes chaleurs de l’été , ou le froid de l’hiver, rend le fixage incomplet faute d’humidité, et le temps humide provoque des coulages. C’est donc assurer à l’opération toute sa régularité que de trouver la température et le degré d’humidité les plus convenables , d’une part, au milieu dans lequel on doit exposer les pièces lorsqu’elles ont été imprimées , encadrées et enroulées, sans que l’impression perde de sa netteté , d’une autre , à celui où le vaporisage doit s’effectuer.

L’eau ayant une si grande part au succès du fixage des couleurs, on conçoit que les divers appareils affectés au vapori-

sage ne peuvent être employés indifféremment. Dans ceux qui sont de grande dimension , il y a nécessairement une plus grande quantité de vapeur condensée au commencement de l’opération , et en conséquence des couleurs peu hygroscopiques peuvent s’y fixer parfaitement ; mais , pour empêcher celles qui le sont beaucoup plus de donner lieu à des coulages , on ne saurait mettre trop de soins à y répartir la vapeur et à l’y introduire en quantité suffisante dans un temps donné. Les appareils de petite dimension n’offrent pas les mêmes inconvénients : toutefois , comme la température s’y élève brusquement , et que la condensation du fluide élastique y devient bientôt impossible, il faut y faire usage de vapeur saturée d’eau à l’état globulaire. On est si bien d’accord aujourd’hui sur ce point, que dans le vaporisage à la cuve on en est pour ainsi dire revenu à l’ancien procédé, p. 2, en plaçant au fond du tonqeau une certaine quantité d’eau dans laquelle .on fait barboter la vapeur.

Tout ce que nous venons de dire rentre en définitive dans le principe posé par M. Ed. Schwartz, savoir, que, pour vaporiser , il faut trouver le moyen de fournir aux couleurs , sans nuire à l’impression , d’abord la quantité d’eau indispensable aux actions chimiques qui doivent s’accomplir, ensuite la quantité de chaleur qui doit favoriser la réaction mutuelle des corps qui sont en présence , et la fixation des couleurs a l’étoffe. L’application rigoureuse de ce principe , si difficile déjà lorsqu’il ne s’agit que d’une seule couleur, le devient bien plus encore quand on en a plusieurs à fixer, car alors , tantôt il en est qui , parleur nature, plus hygrométriques. que les autres , se fixent, dans les mêmes conditions de vaporisage, plus promptement au tissu , ou qui y adhèrent en même temps , mais les unes en conservant au dessin toute sa régularité , les autres en la faisant disparaître par les coulages qui s’opèrent, en sorte qu’il devient indispensable de les modifier toutes pour trouver le mode de fixation simultané qui leur convient le mieux ; tantôt il y en a dont les

éléments donnent lieu, par leur réaction, à des émanations acides qui agissent avec plus ou moins d’énergie sur les laques qui les accompagnent , en sorte qu’il faut , ou rendre celles-ci inattaquables, ou combattre l’action de l’acide. Dans ce cas, ordinairement, en l’entraînant par une affluence convenable de vapeur, on diminue les effets de l’acide, ou on les neutralise , soit en imprégnant les doubliers des pièces d’un corps saturant , soit en introduisant , au lieu d’acide , dans les couleurs , des substances salines qui ne donnent plus lieu à ces dégagements. Sous ce point de vue , la composition des couleurs que l’on imprime a une influence telle sur la vapeur , qu’elle peut à elle seule mettre le fabricant dans l’obligation d’employer plutôt tel système de fixage que tel autre.

A ces particularités , qui rendent le vaporisage une opération délicate et difficile, s’en ajoutent d’une autre espèce qui font parfois le désespoir et la ruine du fabricant : nous voulons parler du cuivrage des couleurs et des taches produites sur les étoffes.

Le mot cuivrage indique assez bien les couleurs d’aspect métallique semblables à celles de certains insectes ou des maroquins colorés par l’hématine (bronzés) , que contractent les toiles au vaporisage. Jusqu’à présent on a rattaché ce phénomène à une seule cause , à l’action qu’exerce le sulfide hydrique sur les sels métalliques , ' et l’on a cherché à le prévenir en imbibant les doubliers d’acétate plombique, destiné dans cette hypothèse à transformer le sulfide hydrique en sulfure plombique. Ce moyen, qui a réussi à certains fabricants , a été sans effet pour d’autres; il est même arrivé, qu’employé pour les mêmes couleurs et dans les mêmes conditions , mais dans des localités différentes , il a donné des résultats tout autres. La conséquence à tirer de là, c’est que si le sulfide hydrique , dans certains cas , peut donner lieu à un cuivrage , il n’est pas la cause unique de cet accident ; rien ne le prouve mieux que le procédé auquel plusieurs fabricants recourent pour l’éviter, et qui consiste à introduire de l’essence de téré-

benthine et de l’huile dans les couleurs. On ne voit pas, eneffet, comment ces corps pourraient s’opposer au développement du sulfide hydrique et à son action sur les sels métalliques , surtout à la faible dose où on les emploie. Après avoir examiné attentivement la question , nous croyons pouvoir la résoudre autrement qu’elle ne l’a été jusqu’ici. Tout le monde sait avec quelle facilité les couleurs des bois prennent un éclat métallique sous la triple influence des sels cuivriques , des sels stanneux et de la chaleur , puisque c’est sur cette propriété qu’on se base pour réaliser de semblables nuances sur maroquin. Qu’à des dissolutions de campêcheon ajoute certains sels cuivriques , de l’acétate , par exemple, on obtiendra des laques ayant l’aspect des ailes de cantharides , mais qu’on ne retrouve pas dans les précipités de même espèce , obtenus par le concours du nitrate et du sulfate de la même base, § 230. Beaucoup d’effets de cuivrage sont certainement dus à des phénomènes de cet ordre.

La cause des taches est mieux connue , grâce aux recherches de M. Chevreul sur ce sujet. Comme elles se font particulièrement remarquer sur les tissus de laine , c’est en traitant de l’impression de ces derniers que nous en parlerons.

Jusqu’ici, dans l’opération du vaporisage , ou teinture sèche , on n’a réalisé d’autres effets que de favoriser , par la présence d’une certaine quantité d’eau et par une chaleur suffisante , les décompositions chimiques qui doivent s’opérer sur la toile., y faire adhérer des couleurs , et aussi dans certains cas déterminer l’oxidation d’une matière colorante; mais ce procédé serait susceptible de recevoir d’importantes modifications , d’être, en un mot , rendu propre à une fixation plus intime des matières colorantes. Ainsi rien ne s’opposerait , comme nous nous en sommes assuré , à ce qu’on associât à la vapeur d’eau des corps saturants , gazeux ou gazéifiables, qui , se confondant avec elle , produiraient leur action sur toutes les parties de l’étoffe sans l’endommager : l’ammoniaque , le carbonate ammonique, l’acétate de même base, seraient employés avec succès dans ce

cas. Les bases des couleurs se trouvant ainsi dégagées des acides qui les maintiennent en dissolution , non pas seulement par l’action de la chaleur seule , mais par un véritable phénomène de déplacement , il en résulterait à la fois un fixage plus régulier et la combinaison d’une plus grande quantité de matière colorante au tissu.

Pour faire mieux comprendre l’influence qu’exerceraient de pareils agents sur le vaporisage quand la nature des couleurs le comporte, nous nous servirons d’une comparaison. Supposons qu’un mélange de sulfate et d’acétate ferreux ait été déposé sur une toile ; après une dessiccation convenable , il se fixera une quantité d’oxide correspondante à l’acétate, et si le sulfate cédait une portion de sa base, ce ne serait qu’en subissant l’action de l’air, qui, en en changeant la capacité de saturation, provoquerait nécessairement la mise en liberté d’une proportion équivalente d’oxide. Or, cette fixation, qui ici n’est que partielle, devient complète par l’intervention d’une base salifiable , qui s’empare de l’acide et met en liberté les oxides. N’est-ce pas en vertu du même principe qu’on expose les pièces imprimées de mordant de fer à l’action du gaz ammoniac dans le but de précipiter tout l’oxide? Nous sommes loin de dire que ce principe soit applicable dans tous les cas , surtout quand il est question du gaz ammoniac, qui n’est pas d’un emploi aussi général que l’acétate ammonique, mais nous estimons qu’une application raisonnée de ces corps , en facilitant beaucoup la réussite de cette fabrication , la rendrait plus économique.

Après avoir fait connaître les moyens de vaporiser et les considérations générales qui se rattachent à cette opération , nous allons indiquer successivement les particularités quelle présente relativement aux quatre genres de tissu auxquels on l’applique.

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