CHAPITRE PREMIER
§ 723 . Toutes les étoffes de coton sont susceptibles de recevoir des impressions vapeur ; il suffit de déterminer le degré et la nature de l’épaississant qui conviennent aux couleurs et de fournir la proportion de celles-ci nécessaire pour le saturer. Il est évident que la qualité et la quantité de couleur que demande l’impression d’une mousseline, par exemple, ne peuvent convenir pour celle du calicot , et à plus forte raison du velours.
Parmi les couleurs qu’on fixe à la vapeur , il en est qui n ont besoin que d’être directement appliquées sur l’étoffe, tandis que d’autres réclament une préparation préalable du tissu , qui se fait , tantôt avec des composés aluminiques , tantôt avec des composés stanniques. Quant aux sels de fer, ils ne peuvent intervenir comme mordants dans de pareils cas qu’ autant qu’on applique des fonds unis , attendu que la fabrication des impressions sur fond blanc est incompatible avec un mordançage qui colore tellement les parties blanches du tissu, qu’on ne peut les ramener à leur pureté primitive qu’en détruisant la couleur qu’il a servi à fixer.
Pour préparer les toiles à l’alumine , on les foularde dans une solution d’acétate de cette base , dont on détermine la force d’après l’intensité de la nuance qu’on désire produire, et partant, la quantité de couleur que l’on veut fixer, en prenant la précaution de matter le plus uniformément possible, pour qu’il n’y ait pas d’inégalités dans les nuances.
On suit plusieurs procédés pour mordancer les pièces dans unesolution stannifère. Ces procédés, quoique assez semblables au fond, exercent, par la différence des résultats qu’ils fournissent, unegrande influence sur le succès définitif de l’impression des couleurs vapeur au point de vue, soit de la fixité de la
nuance, soit de sa pureté, soit enfin de la manière dont le blanc est impressionné, car ce dernier, quand il ne se conserve pas presque pur, prend une teinte jaunâtre qui réagit d’une manière plus ou moins défavorable sur les couleurs à côté desquelles il se trouve. Les uns plaquent les toiles dans des combinaisons à base d’oxide stanneux pour oxider ultérieurement ce dernier, et le transformer en oxide- stannique ; les autres , dans du sulfate stannique ou dans un mélange de chlorure stannique et d’acide sulfurique ; mais comme une préparation de cette espèce pourrait brûler le tissu , on prévient cet accident en saturant l’acide par une base qui met en liberté l’oxide ou l’hydrate stannique. Généralement on dissout une certaine quantité de chlorure stannique dans de l’hydrate potassique ou sodique; on y foularde les pièces , et on les passe ensuite ou. dans une solution de chlorure ammonique , ou dans un bain d’acide sulfurique qui , s’emparant de la base alcaline, met en liberté l’oxide stannique. Voici un procédé de cette espèce. On foularde les pièces dans du stannate potassique , préparé avec 2 litres de potasse caustique à 10° AB, et 100 à 120 grammes de chlorure stannique ; on met les toiles dans un étendage à crochets , dont la température ne doit pas dépasser 35°, et on les retire dès qu’elles sont sèches. Une dessiccation complète et prolongée pourrait être nuisible. On prépare ensuite dans un baquet en bois une dissolution de chlorure ammonique, marquant 1 1/2 à 2 degrés AB, et on y passe les pièces attachées deux par deux , en donnant six demi-tours aux deux pièces ainsi attachées ensemble. Après le passage de quelques pièces, il faut remettre de cette dissolution ammonique préparée d’avance. Au sortir du baquet, ont lave les pièces et on les dessèche à l’étendage.
On suit encore plusieurs autres méthodes qui rentrent plus ou moins dans celle que nous venons d’exposer. Selon nous , il serait infiniment plus convenable de matter les pièces à plusieurs reprises dans une solution de chlorure stannique , et après les avoir bien exprimées , de les passer au foulard , à chaud ,
dans une infusion de sumac saturée d’acétate sodique qui précipite l’oxide stannique. En opérant ainsi, on n’aurait à redouter ni l’altération des toiles, ni cette coloration jaunâtre qu’occasionne trop souvent l’emploi des solutions stannifères alcalines. Il appartient , du. reste, au fabricant d’apprécier jusqu’à quel point ce moyen est préférable aux autres, considéré au point de vue de l’économie et de la beauté des nuances.
Ce n’est qu’après avoir ainsi préparé les étoffes qu’on y imprime certaines couleurs; mais nous devons faire remarquer qu’en général cette préparation des toiles ne doit pas être faite trop longtemps à l’avance, attendu que l’oxide stannique perd bientôt la propriété dont il jouit à un si haut degré de déterminer l’adhérence des couleurs.
Les couleurs vapeur que l’on veut imprimer sur coton doivent être tellement composées qu’il ne se dégage pas d’acide durant le vaporisage. Si de pareils agents doivent intervenir, il faut les choisir dans la classe des acides végétaux , tels que les acides acétique et oxalique; toutefois, en employant ce dernier, faut-il encore veiller à ce que, par la double décomposition qu’il fait éprouver à certains sels , il ne développe pas d’acide inorganique .
Une couleur peut exister à deux degrés d’oxidation ; il est toujours plus convenable de l’appliquer à un degré inférieur et de l’oxider sur l’étoffe, parce qu’alors elle acquiert plus de vivacité et de solidité. Pour toutes ces couleurs on emploie des solutions de matière colorante que nous nous contenterons d’indiquer ordinairement par le terme générique de bains. On pourrait aussi parfaitement préparer des laques colorées que l’on dissoudrait ensuite, soit dans l’acide acétique, soit dans l’acide oxalique , soit enfin dans une certaine quantité de chlorure stannique , pour les appliquer d’abord et les vaporiser ensuite. Ce moyen, qui réussit parfaitement dans les couleurs d’application, donnerait encore des résultats plus avantageux dans les couleurs vapeur.