‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissusChapitre 2 sur 291 · SECTION PREMIERE SECONDE DIVISION · texte numérisé non relu

SECTION PREMIERE SECONDE DIVISION

Des couleurs qui sont fixées par la tapeur ou teinture par voie

sèche.

§ 718. Pendant longtemps on ne connut d'autres moyens d'appliquer solidement les couleurs aux étoffes que ceux que nous venons d'exposer, c'est-à-dire qu'on y imprimait ou des matières colorantes qui , comme l'indigo , devaient être rendues momentanément solubles pour adhérer au tissu en revenant à leur état primitif, ou des auxiliaires [mordants) qui y attiraient les principes colorants d'un bain de teinture , de la garance , par exemple s

Dès 1740, on cherchait les moyens d'imprimer directement les couleurs, et l'on se servait d'espèces d'encres colorées, connues plus tard sous le nom de couleurs d 'application , mais qui , disparaissant des étoffes sur lesquelles elles étaient déposées , dès qu'on leur faisait subir un lavage , ne pouvaient être qu'une transition aux procédés moins imparfaits que réiv. ^

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clamaient les besoins de l'industrie. Il s'agissait de donner à ces couleurs une fixité qui les rapprochât de celles que fournit la teinture : on y est parvenu par l'emploi de la vapeur, dont nous allons tout-à-1'heure étudier les effets.

L'art de fixer et de rendre les couleurs adhérentes au tissu par l'intermédiaire de la vapeur d'eau est' une invention moderne. Les premiers essais qui furent tentés à ce sujet datent de la fin du siècle dernier; ils eurent lieu en Angleterre ; mais on ne paraît pas y avoir attaché tout d'abord clans ce pays un grand intérêt, puisque, ainsi que nous le verrons, cène fut que beaucoup plus tard que les fabricants anglais apprirent d'un Français (Loffet) les procédés propres à ce genre d'impression sur laine et sur soie.

Dans son ouvrage sur la teinture publié en 1797, Bankcrof parle déjà d'un imprimeur qui fixait à la vapeur des couleurs appliquées directement sur Casimir , et dans son mémoire sur le quercitron , il rapporte comment il est parvenu lui-même à fixer directement le principe de cette matière colorante. Voulant produire sur du drap une impression jaune, il imprima une décoction concentrée de quercitron , à laquelle il avait ajouté une certaine quantité de composition d'étain (nitro -sulfate) , et après avoir recouvert de papier la surface imprimée, afin d'éviter les rapplicages , il enroula le drap sur lui-même et l'introduisit dans un sac en coutil, d'un tissu très serré et dont les fils, préalablement cirés, avaient été rendus imperméables à l'eau, puis, en exposant ce sac, hermétiquement fermé, à l'action de ce liquide en ébullition durant 15 à 20 minutes , il parvint à appliquer à l'étoffe un jaune aussi solide que si on l'eût fixé à la manière ordinaire. Des impressions, ainsi conduites , de la même préparation sur un fond bleu , lui donnèrent des dessins verts , qu'il réalisa encore en déposant du sulfate d'indigo sur un fond jaune. Du reste , dans le principe , on ne prêta pas beaucoup plus d'attention en France qu'en Angleterre à ce moyen de fixer les couleurs, du moins à en juger par l'historique de l'impression

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à la vapeur sur laine et sur soie , que M. D. Kœchlin a présenté à la Société industrielle de Mulhouse ( voir Bulletin de cette Société , t. VII , p. 19A ), et dont nous allons donner un extrait.

Les premières impressions de cette espèce sur laine paraissent avoir été faites en 1810 sur tissus mérinos, en dessins riches, imitation des châles cachemires , dans la maison Dollfus Mieg, sous la direction de M. Georges Dollfus. Après avoir imprimé les couleurs sur l'étoffe, on se servait d'un fer chaud (fer à repasse?-) pour en déterminer la fixation ; mais ce procédé ne conduisait pas au but désiré : les couleurs , tout en prenant assez de vivacité , n'adhéraient point assez fortement au tissu pour résister aux lavages. Plus tard , M. Georges Dollfus , se trouvant à Paris, fit, de concert avec un nommé Loffet, deCôlmar, des essais en vue de remplacer la chaleur du fer à repasser par celle de la vapeur d'eau. A la suite de l'impression, ils pliaient les châles chargés de couleurs , en les doublant entièrement de flanelle, et les exposaient dans cet état à l'action de la vapeur d'eau dans un tonneau défoncé , ajusté au-dessus d'une chaudière en ébullition.

Ce nouveau procédé de fixage des couleurs prit en quelques années le plus grand essor ; dès 1819, on s'en servait pour imprimer une grande quantité d'étoffes de soie et de laine dans les environs de Paris , à Beauvais et au Logelbach : des récompenses étaient décernées par le jury d'exposition à MM. Haussmann pour leurs impressions sur soie , et à Loffet pour ses dessins cachemires exécutés sur mérinos. C'est ce dernier qui transporta cette industrie en Angleterre, et y réalisa, en l'y faisant connaître, des sommes considérables.

Si M. Georges Dollfus n'a pas été le premier à imprimer et à fixer à la vapeur les couleurs sur laine et sur soie , du moins résulte-t-il des recherches de M. Daniel Kœchlin que le génie inventif de ce fabricant n'a pas peu contribué à perfectionner ce genre d'impression.

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