‹ Traite theorique et pratique de la chloroseChapitre 19 sur 38 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DK LA CHLOlîOSE DANS l’eNFANCE.

La chlorose, chez les enfants, n’a pas encore été l’objet de recherches spéciales et suivies : c’est une étude à faire, c’est uu chapitre à ajouter à la pathologie. Sauvages, le premier, dit l’avoir rencontrée chez des enfants en bas âge affectés de pica ; mais les auteurs du Compendium se demandent si Sauvages n’aurait pas confondu la clilorose avec des maladies d’une autre nature. Ce doute est justifié par rinsuffisance des moyens de diagnostic que Sauvages avait à sa disposition; de son temps, en effet, on n’avait point de stéthoscope pour ausculter les gros vaisseaux, et l’analyse chimique n’élait pas encore venue déceler la véritable lésion anatomique de la chlorose, la déglobulisation du sang. C'est à tort que les auteurs du Compendium disent que M. Roche admet la chlorose chez les enfants ; il pense, au contraire, comme eux, que, dans ces cas, on s’est trompé sur la nature du mal, et que l’on a pris pour des chloroses des affections vermineuses, ou des névroses de l’estomac, ou des anémies, etc. (JS ouveaux Élém. depaihol.^ t. II, p. 420). Aussi MM. Monneret et Delaberge pouvaient-ils justement dire en 1838 : <( .Tusqu’à présent

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il n’existe pas de faits bien avérés fini doivent nous contraindre à regarder l’existence de la chlorose des enfants comme hors de doute. »

Ainsi que je l’ai établi dans une lettre adressée à l’Académie de médecine, le 18 octobre 1859, je crois avoir été des premiers à signaler la fréquence de la chlorose chez les enfants, et à insister sur l’importance de ce fait trop généralement méconnu.

Dans ces derniers temps M. Roger, en faisant des recherches sur l’auscultation de la tête, a été conduit à ausculter accessoirement les gros vaisseaux de la région. cervicale chez les enfants, et il a été frappé d’y rencontrer si souvent le bruit de souffle caractéristique de la chlorose. Il a fait part du résultat de ses observations à l’Académie, dans la séance du 11 octobre 1859.

Je suis surpris que ceux de nos confrères qui sont à la tête de services d’enfants malades n’aient pas porté plus tôt leur attention sur un phénomène qui est bien loin d’être rare. Je pense que les observations se multiplieront désormais de manière à ne plus laisser aucun doute sur l’existence fré<]uente de la chlorose dans l’enfance.

En attendant, je vais rapporter quelques-uns des cas qu’il m’a été donne d’observer.

Première observation.

Comme je l’ai déjà dit dans ma Lettn à l’Académie, c’est

DE LA CHLOROSE DANS l’eNFANCE.

mon fils qui a été l’objet de ma première observation. C’était en 1852 ; il avait alor.s neuf ans, une constitution assez délicate, le teint habituellement pâle, les muscles peu développés, le pouls petit, mais la taille élevée pour son âge.

A cette époque, il eut une rougeole, dont la marche fut simple et régulière, mais dont la convalescence présenta une durée inaccoutumée. Pendant près de trois mois, sa santé fut languissante ; ses forces ne se relevaient pas, et la moindre fatigue suffisait pour provoquer une réaction fébrile.

La pâleur des téguments et la décoloration des muqueuses ayant augmenté, j’eus l’idée de porter le stéthoscope sur la région des gros vaisseaux du cou. A droite et à gauche, je constatai l’existence d’un souffle chloro-anémique très-bien caractérisé; il était continu, avec un renforcement intermittent et régulier. J’observai alors le petit malade avec plus de soin ; je remarquai qu’il était plus faible et plus accessible à la fatigue que ne le sont ordinairement les enfants de son âge, qu’il était sujet à des palpitations de cœur, et parfois à des troubles digestifs caractérisés par un appétit bizarre et des digestions pénibles. Il abordait avec une certaine nonchalance les travaux intellectuels, et son attention se lassait promptement.

Di'puis la disparition complète de sa rougeole, mon fils était soumis à une vie régulière, à un régime fortifiant et à toutes les conditions de la meilleure hygiène. Lorsque j’eus constaté chez lui les signes d’une chlorose confirmée, je lui administrai le fer réduit, à la dose journalière de 10 à 15 centigrammes.

Cependant l’amélioration faisait peu de progrès; les digestions étaient toujours difficiles. J’eus recours alors aux onctions avec l’huile de croton sur le ventre. Depuis l’em-

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ploi de ce moyen, les troubles digestifs ont entièrement disparu.

Alors les forces se sont relevées, et, sous l’influence des ferrugineux, les palpitations ont cessé. Mais je me suis fréquemment assuré par l’auscultation que le bruit de souffle persistait dans les vaisseaux du cou.

Depuis l’àge de neuf ans, mon fils n’a pas cessé de prendre une nourriture extrêmement substantielle et des préparations martiales, dont il interrompait de temps en temps l’usage afin de ne pas fatiguer inutilement l’organisme.

Sa croissance a été très-régulière, et il a franchi, sans aucun accident, l’époque de la puberté. Aujourd’hui il est assez fort pour son âge ; il supporte volontiers les fatigues de la marche et de la chasse, les exercices de la gymnastique et de l’équitation; mais, en dépit du régime et du traitement ferrugineux, il a encore dans les gros vaisseaux du cou un bruit de souffle continu, moins intense qu’autrefois.

Chez lui, la chlorose est très-sensiblement améliorée, mais elle n’est point guérie.

Deuxième observation.

A la même époque (1852), j’eus l’occasion de constater l’existence d’un bruit de souffle chloro-anémique, bien caractérisé, dans les vaisseaux du cou, chez une de mes nièces, enfant de quatre ans, élevée à la campagne et offrant tous les attributs extérieurs delà santé la plus florissante : constitution robuste, teint frais, embonpoint marqué, appétit excellent, digestions faciles; caractère égal, humeur enjouée; aptitude à supporter les fatigues physiques.

Cette enfant a été soumise depuis lors à la médication ferrugineuse ; et malgré ce traitement, malgré un régime

DE LÀ CHLOROSE DANS l’eNFANCE.

fortifiant, j’ai retrouvé, chaque année, chez elle, le signe pathognomonique de la chlorose. Maintenant elle a atteint l’àge de quinze ans, et elle est encore chlorotique.

TroisU^me observation.

En 1854, je constatai tous les signes de la chlorose, au plus haut degré, chez une petite fille d’un an : pâleur extrême, décoloration des muqueuses , mollesse des chairs ; bruit de souffle continu dans les vaisseaux du cou, à droite et à gauche.

Je soumis cette enfant à l’usage des pastilles de chocolat ferrugineux (une ou deux par jour). Sous l’influence de ce traitement, la pâleur des téguments n’a pas tardé à diminuer, les chairs sont devenues plus fermes, et aucun accident n’est venu troubler la santé de l’enlant, ni à l’époque du sevrage, ni aux différentes phases de la dentition. Aujourd’hui elle a neuf ans et demi , elle est forte et bien constituée; mais, comme dans les deux cas précédents, on retrouve encore le bruit de souffle chlorotique dans les vaisseaux du cou.

Oiiatriênic obgervatloii.

Une sœur de la précédente jeune fdle, plus jeune qu’elle de dix-huit mois, a présenté les mêmes phénomènes de chlorose à l’àge de onze mois. Elle a été soumise au même traitement, sa santé s’est sensiblement améliorée; elle a maintenant huit ans, et elle pré.sente toujours un bruit chloro-anémique.

CinqulCine observation.

Chez un petit garçon de dix mois, dans la même famille, j ai pu encore observer un état chlorotique bien caractérisé.

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Mais l’enfant a été enlevé par une pleuro-pneumonie, avant que j’aie pu instituer le tx’aitement ferrugineux.

11 est inutile de multiplier les faits. Les nombreuses observations que j’ai recueillies depuis huit ans ont entre elles une telle ressemblance, qu’il suffit d’en rapporter quelques-unes pour les faire connaître toutes.

Ces observations, sans y comprendre un grand nombre de faits que j’ai rencontrés à l’hôpital, forment un contingent de 68 cas, répartis de la manière suivante :

1® Relativement au sexe :

Garçons... 27

Filles 41

Total 68

2® Relativement à l’âge :

Au-dessous de 1 an 3

De 1 an à 2 ans 17

De 2 ans à 3 ans 6

De 3 ans à 4 ans 5

De 4 ans à 5 ans 4

De 5 ans à 6 ans .' G

De 6 ans à 7 ans 4

De 7 ans à 8 ans 7

De 8 ans à 10 ans 5

De 1 0 ans à 15 ans 11

Total 68

Ces chiffres prouvent : 1® Que la chlorose s’observe

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