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IV. — Complications utérines et péri-iitérines

Aménorrhée et dysménorrhée.

J’ai dit dans un chapitre précédent (p. lOâ), que la dysménorrhée et l’aménorrhée, si fréquentes chez les chlorotiques, sont tantôt liées à une lésion utérine, tantôt sous la dépendance directe de l’appauvrissement du sang.

Dans le premier cas, c’est-à-dire lorsque les troubles menstruels ou l’absence de la menstruation proviennent d’une altération palhologiijue de l’utérus, d’une méirite interne, d’une métrite du col avec boursoutlement de la membrane muqueuse, d’un rétrécissement spasmodique ou d’une coarctation organiijuc

du conduit utérin, il y a lieu de combattre ces lésions, de les détruire, afin de favoriser ou de ramener le flux menstruel, avant de commeneer le traitement de la chlorose. En effet, les ferrugineux ayant pour résultat d’enrichir le sang, et par suite d’augmenter la fluxion ovaro-utérine périodique, il est utile, avant de rendre au sang ses qualités normales, de préparer les voies pour une menstruation plus abondante. Le traitement préliminaire est done indispensable pour le succès de la médication antichlorotique. Je n’exposerai pas ici les moyens spéciaux que réclament ces complications. On les trouvera longuement développés dans mon Traité des maladies de l’utérus.

S’il n’existe aucune lésion utérine et que la dysménorrhée ou l’aménorrhée soient franchement liées à la chlorose, il faut recourir d’emblée aux toniques, aux ferrugineux, et, suivant certaines indications particulières, aux autres agents de la médication antichlorotique, tels que les bains exeitants, l’hydrothérapie, etc. C’est ici qu’il importe de bien se convainere que l’absence ou la difficulté de la menstruation ne sont pas, comme le croient à tort quelques médeeins, la cause de l’état chlorotique.

Cette funeste doetrine est la source des erreurs les plus graves en thérapeutique. Que font, en effet, ceux qui partagent ces idées ? Au lieu d’administrer du fer et de chercher à reconstituer le sang, ils ont recours aux émissions sanguines locales, aux applica-

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lions de sangsues autour du bassin ou aux exlrémilés inlcricures. Sous le prélexte de produire ainsi un effet dérivatif sur les organes génitaux, ils affaiblissent les malades, ils augmentent l’état de pauvreté du sang , ils aggravent la chlorose , ils retardent rétablissement ou le retour régulier de la menstruation.

En regardant, au contraire, avec plus de raison, la dysménorrhée et l’aménorrhée comme les effets, les produits de l’état chlorotique, et en administrant d’emblée les ferrugineux et les toniques conformément à cette donnée pathogénique, on remédie à l’appauvrissement du sang, on combat directement la cause des troubles menstruels, on fait cesser l’aménorrhée et la dysménorrhée en fournissant, pour ainsi dire, un aliment à la menstruation.

Ici le régime et l’hygiène doivent puissamment venir en aide à la thérapeutique. L’exercice, les promenades au grand air, le changement de pays ou de climat, le séjour aux bords de la mer, l’interdiction de toute occupation trop assidue ou trop sédentaire, une bonne nourriture, etc., sont des auxiliaires indispensables de la médication ferrugineuse, dans les cas de dysménorrhée ou d’aménorrhée symptomatiques de la chlorose.

Ménorrharjie et métrorrhagie.

Chez les chlorotiques atteintes de ménorrliagic ou de métrorrhagie, il importe encore, avant d’instituer

le (raifement de la chlorose, de rechercher et de déterminer avec précision la cause des pertes sanguines. Or, nous avons vu que ees pertes peuvent tenir à un état eongestif ou indammatoire des organes génitaux, ovaires, tissu cellulaire péri-utérin, utérus; ou bien provenir directement de l’appauvrissement du sang.

Dans le premier cas, on est en présenee d’une hémorrhagie active, indépendante de la chlorose, et qui n’a avee cette affection que de simples rapports de eoïncidence. Alors le fer est contre-indiqué, jusqu’à ce qu’on soit parvenu, par un traitement rationnel , à dissiper les phénomènes hypérémiques ou inflammatoires. Ce précepte est d’une haute importance; car l’emploi prématuré des ferrugineux ne pourrait, dans ces circonstances, qu’être impuissant ou nuisible.

Cette règle ne souffre d’exception que pour les chlorotiques ehez lesquelles la pauvreté du sang est extrême et la faiblesse considérable. Alors la chlorose prime tous les autres phénomènes morbides; et il est urgent de la combattre directement tout en faisant le traitement des complications. Le médecin doit alors faire appel à toute sa sagacité pour instituer coneurremment deux thérapeutiques qui semblent s’exclure, et pour choisir des moyens qui puissent, sans se neutraliser, remédier à deux états morbides opposés.

Dans le second cas, on a affaire à une hémorrhagie passive, déterminée par l’appauvrissement du sang et

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nnalogue à celles qui se produisent par d’autres surfaces muqueuses dans le cours de la chlorose. Ici la médication antichlorotique directe est formellement indiquée. 11 faut prescrire les préparations martiales et de préférence le perchlorure de fer, qui jouit d’une puissante action hémostatique, les astringents et les amers, les préparations de tannin, de quinquina, de ratanhia, de gentiane, etc.

Si les hémorrhagies utérines sont trop abondantes, on peut recourir à l’administration de l’ergot de seigle ou de l’ergotine et aux autres moyens préconisés contre ce genre de pertes ; mais, je ne saurais trop le répéter, le moyen curatif par excellence, c’est le traitement antichlorotique bien appliqué.

Leucorrhée.

La leucorrhée est fréquente chez les femmes chlorotiques, et beaucoup de praticiens administrent tes préparations ferrugineuses dans cette circonstance, sans trop se préoccuper de l’origine et du point de départ du lliix leucorrhéique. Il importe, cependant, d’établir des distinctions basées sur la connaissance de la nature des lésions auxquelles se rattache ce phénomène morbide. Faute de poser nettement cette indication préalable, on s’expose à voir échouer le traitement martial, ou même à voir, sous son influence, s’aggraver les accidents qu’on cherche à combattre.

Souvent la leucorrhée est le produit, l’expression symptomatique d’une phlegmasie de la muqueuse utérine ou d’un état congestif de l’utérus coexistant avec un engorgement péri-utérin.

Si ces phénomènes inflammatoires affectent une forme aiguë ou subaiguë, s’ils s’accompagnent de douleur dans la région pelvienne, de sensibilité à la pression, d’un sentiment de chaleur, avec ou sans réaction générale, les ferrugineux sont contre-indiqués d’une manière formelle. On doit, avant d’y recourir, éloigner la complication utérine ou péri-utérine par l’ensemble des moyens que j’ai indiqués à l’occasion du traitement de la métrite et du phlegmon périutérin. (Voyez mon Traité des maladies de V utérus et de ses annexes, p. 120 et 291 .)

Si la leucorrhée est liée à un état congestif ou phlegmasique de l’utérus ou de la région péri-utérine, sans douleur, sans réaction locale ou générale, et présentant une forme légère et franchement chronique, on peut administrer les préparations martiales, mais avec une extrême réserve; on ne doit les continuer qu’autant qu’elles ne sont suivies d’aucune recrudescence inflammatoire.

Si la leucorrhée ne se rattache point à un des états morbides qui viennent d’être signalés, si elle consiste dans une simple sécrétion intra-utérine ou vaginale, sans phlegmasie franche, en une sorte de flux catarrhal, atonique, tel qu’on l’observe chez les femmes

lymplialiques et chez quelques cliloro- anémiques , alors le fer est administré avec avantage, et il exerce sur la leucorrhée une influence heureuse, mais indirecte, par la modification qu’il imprime à la constitution du sang.

En résumé, chez les femmes chlorotiques atteintes de leucorrhée, il ne faut pas d’emblée prescrire les préparations ferrugineuses. Il faut commencer par s’assurer qu’il n’existe du côté de rutérus ou de ses annexes aucune lésion inflammatoire ou subinftammatoire, qui puisse en contre-indiquer l’usage. En toute circonstance, d’ailleurs, on doit procéder avec prudence et comme par tâtonnements, n’instituer définitivement la médication martiale que si les premiers essais ne provoquent aucune augmentation de la leucorrhée, ni aucune recrudescence du travail phlegmasique utérin ou péri-utérin. Procéder autrement ce serait s’exposer à voir s’aggraver les complications sans aucun profit pour l’amélioration de la chlorose.

Grossesse et allaitement.

D’accord avec Cazeaux et la plupart des accoucheurs modernes, j’ai précédemment fait ressortir l’intluenee aggravante de la grossesse et de l’allaitement sur l’état chlorotique. Avant que l’attention ne fût fixée sur ce sujet, beaucoup de médecins, abusés par les apparences d’une fausse pléthore, avaient l’ha-

bitude de pratiquer des émissions sanguines chez les femmes eneeinles. Une pareille méthode, loin de remédier aux accidents, ne faisait que les aggraver. Quelles que soient les périodes de la grossesse ou de l’allaitement, toutes les fois que l’on reconnaît l’existence de la chlorose, il est avantageux, nécessaire même, de recourir à l’usage des préparations ferrugineuses. lei encore on doit se guider pour l’institution du traitement et pour le choix de la préparation martiale sur l’état et le degré de tolérance des organes digestifs.

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