La nécessité de donner un talus aux terres du parapet
2. ° L’impossibilité de fixer la pente de ce . talus d’une manière invariable pour toutes les circonstances.
En terme de fortification, le faZuj s’évalue par le rapport de la base à la hauteur, dans un triangle rectangle dontl’hypothénuse est la ligne oblique formée par l’inclinaison
des terres, et dont l’autre côté de l’angle droit est la verticale abaissée du sommet ou de la crête de celte inclinaison.
Cette base doit être, suivant la nature des terres , des , de la X > ou du % de la hauteur.
Comme la face extérieure du parapet est exposée aux coups de l’ennemi , qui , en ébranlant les terres, en facilitent néces-
sairement l’éboulement, on est dans l’usage de lui donner un talus plus considérable qu’aux autres côtés de l’épaulement.
D’un ^autre côté , comme il est avantageux que les bouches « feu et leurs serrans puissent être placés le plus près possible de cet épaulement, on est conduit, par cette considération, à donner à sa face intérieure le moindre talus possible.
Enfin, difFérens motifs, que nous ferons connaître par la suite, engagent à donner aussi une pente au plan supérieur du parapet, qui devient ainsi un plan incliné dont la hauteur varie du % au de l’épaisseur de l’épaulement. *
De l’épaisseur et de la hauteur du parapet.
On est convenu, une foispour toutes, que, quand on parlerait de l'épaisseur du parapet , sans la définir expressément, on eu tendrait toujours par là son épaisseur supérieure , ou la ligne horizontale menée du point le plus' élevé du talus extérieur vers la face intérieure, et que, quand on parlerait de sa hauteur., on. entendrait sa hauteur intérieure, ou la verticale abaissée delà crête inférieure sur la base ou sur le sol de la ' batterie. ' *
Du revêtement du parapet.
Pour empêcher l’éboulement des terres du parapet , et pour pouvoir donner au talus intérieur la moindre inclinaison possible, on est dans l’usage de le revêtir, ou d’y faire un revêtement , auquel on peut employer différens matériaux , tels que saucissons, claies, gabions , gazons, etc. Mais, quelque espèce de revêtement qu’on fasse au parapet, il ne faut pas croire qu’on puisse ne donner aucun talus à ses faces,
excepté cependant en se servant de gabions; car la poussée naturelle des terres, la pression qu’on leur fait éprouver en les damant, et l’ébranlement que leur causent les coups de l’ennemi, tendraient continuellement'^ à les faire écrouler, et tout , autre revêtement qu’on voudrait faire verticalement, ne pourrait résister à cette action toujours agissante.
Quand les revêtemens sont faits en saucissons, on leur donne ordinairement leur talus, en reculant chaque rang sur celui •du dessous, de 2 pouces sl 2% pouces (5 à 8 cent.) pour le côté extérieur du parapet,
' et seulement de 1 pouce à 2 pouces (4 à 5 centim. ) pour la face intérieure.
Quant aux faces latérales du parapet, on leur donne, suivant les circonstances, ou le talus du côté extérieur, ou celui du côté intérieur.
On donne à peu près la même pente aux revêtemens formés de gazons , ce qui revient à )( de la hauteur pour la face extérieure, et % OM % pour la face intérieure.
D’après ce que nous avons dit de la nécessité particulière de donner le moindre Ualus possible au côté intérieur du parapet,
on comprend que, si l’on manquait de temps ou de matériaux pour revêtir toutes les faces de la batterie, ou si celle-ci était . pratiquée dans la tranchée , il serait suvu perdu de donner un revêtement au côté extérieur et aux faces latérales de la batterie; mais qu’on ne pourrait jamais se dispenser de revêtir sa face intérieure.
De la hauteur de la genouillère.
La hauteur de la genouillère se détermine naturellement par l’élévation de la pièce au-dessus du sol ; élévation qui dépend de la construction de l’affût : mais il est à observer que la plate-forme élève un peu l’affût et sa pièce au-dessus du terrain naturel , de sorte qu’il faut toujours donner à la genouillère un peu plus de hauteur que si les bouches à feu ne reposaient pas sur ces espèces de planchers.
' Pour l’affût de siège français il ‘ faut ' donner 5 pieds 8 pouces ( 1 mètre 20 cent) de hauteur intérieure à la genouillère âudessus du plan supérieur du gîte du milieu j et cette hauteur s’obtient en la formant
avec quatre ou cinq rangs de saucissons, suivant leur diamètre. Quant à sa hauteur extérieure, elle est nécessairement variable, attendu qu’elle dépend du talus qu’on donne au plan inférieur de l’embrasure, et que ce talus varie lui-même, suivant l’espèce de tir et la position relative de la batterie et de l’objet à battre. En général, on règle le talus de manière à bien découvrir l’objet qu’on veut battre, en se couvrant le mieux possible du feu de l’ennemi. En France, dans les batteries d’école, on donne au fond de l’embrasure 2 pouces ( 5 cent. ) pour 6 pieds (amètres ) de talus de l’intérieur vers l’extérieur.
Dans l’artillerie de plusieurs puissances d’Allemagne, lorsque les batteries sont revêtues en saucissons , on donne à la genouillère 3X rangs de saucissons de hauteur pour les pièces de campagne, et 4X rangs de saucissons pour les pièces de siège , excepté pour les batteries à ricochet, dans lesquelles la genouillère a un ou deux rangs de saucissons de plus de hauteur. Quand les circonstances le permettent, et particulièrement dans les batteries horizontales, les artilleurs allemauds donnent à la
genouillère i rang de saucissons de hauteur à l’extérieur pour les batteries de campagne, et 2 rangs de saucissons pour celles de siège; et de cette manière le plan inférieur de l’embrasure se trouve avoir l’inclinaison convenable. *
Des embrasures.
Les principales conditions auxquelles les embrasures doivent satisfaire, sont les suivantes :
X 1 Elles doivent être disposées de manière à ce que leur directrice, axe ou ligne du milieu, soit dans un plan vertical passant par l’objet qu’on veut battre; ’
2.° Cette directrice doit être perpendicu-. laire au côté intérieur du parapet de la batterie, ou du moins ne s’éloigner que le moins possible de la perpendiculaire; car d’une obliquité trop grande de cette ligne sur le parapet résulteraient plusieurs inconvéniens. D’abord les merlans , ou les massifs de terre entre deux embrasures, deviendraient
I. Tontes ces hauteurs se composent d’un certain nombre de saucissons, plus un demi, attendu que le premier rang est enterré de la moitié de son épaisseur. ^
trop peu épais pour résister au canon de l’ennemi; ensuite les pièces devant toujours être placées exactement suivant la directrice, elles n’entreraient plus assez dans l’embrasure, et lèur feu endommagerait bientôt l’ouverture extérieure; enfin, comme dans ce cas l’affût ne pourrait avoir qu’une de ses roues près de l’épaulement, et que l’autre s’en ■ trouverait d’autant plus éloignée que là J/rec/rtJ^erait plus oblique , il en résulterait ^écessaireinent que la pièce et les servans seraient beaucoup moins bien couverts parle parapet; d’autant plus qu’il faudrait en même temps donner plus d’évasement à l’ouverture extérieure, attendu que, si on lui laissait les mêmes dimensions qu’aux embrasures directes, les explosions , ,
les détruiraient très-promptement.
Si donc on est forcé par des circonstances particulières d’établir une batterie sùr une direction très-oblique à sa ligne de tir, on fera bien de la construire à redans pu à crémaillière , de manière à ce que, pour chaque pièce, la directrice puisse être perpendiculaire^ à la portion d’épaulement qui la couvre. .
Dans le cas où plusieurs pièces de la
même batterie devraient battre un même objet peu étendu et peu éloigné, on comprend que les directrices ne pourraient plus se trouver parallèles entre elles, ni par conséquent être toutes perpendiculaires à l’épaulement Si leur obliquité était peu considérable, on pourrait continuer néanmoins à tracer l’épaulement en ligne droite ; mais si les directrice devaient être très-convergentes, il serai^Hdispensable^de construire le parapet à redans au àcrémailliere , comme nous l’avons expliqué cidessus.
5.” L’ouverture intérieure de l’embrasure doit être telle qu’elle permette i la bouche à feu de s’y introduire commodément , sans cependant trop découvrir l’intérieur de la batterie.
Dans l’artillerie française on donne à cette ouverture intérieure i pied 8 pouces (55 cent.) de largeur pour les batteries de’ canon, et a pieds € pouces (8o cent.) pour les batteries d’obusiers. Les artilleurs de plusieurs puissances d’Allemagne leur donnent 1 pied 6 pouces (5o cent.) pour les canons de campagne, et a pieds (65 cent.) pour les pièces de gros calibre.
4-“ Les embrasures doivent aller en s’évasant vers l’extérieur de la batterie, afin qu’on puisse diriger les coups à' droite ou à gauche de la directrice^ et aussi afin d’éviter que les joues ou côtés des embrasures soient détériorées par le feu des pièces.- D’après ce principe, on donne en France aux ouvertures extérieures des embrasures de 6 pieds 8 poucts à 9 pieds (a mètres i5 cent, à 3 mèt. ), suivant que l’épaisseur de i’épaulement, est de 12 à i8 pieds ( 4 à 6 mètres), et en Allemagne on lui donne généralement la moitié de l’épaisseur de l’épaulement à la hauteur de la genouillère. Ces dimensions ne sont cependant poiixt invariables, et la largeur de l’ouverture extérieure de l’embrasure peut dépendre de l’étendue plus au moins grande qu’on doit donner au champ de tir.
5.” Nous avons déjà dit, en parlant de la hauteur de la genouillère, que le talus à donner au plan, inférieur de l’embrasure dépendait de la position respective de la batterie et de l’objet à battre, de sorte que, si ce dernier est plus élevé que le plan de la batterie, le talus de l’embrasure doit être dirigé de l’extérieur vers l’intérieur. Cela
aura toujours lieu pour les batteries à ricochet ou tirant a faible chargej mais, pour les batteries qui doivent tirer à charge entière , il ne faudra pas se contenter de bien découvrir l’objet à battre, et il faudra encore, en déterminant la pente du plan inférieur de l’embrasure, avoir égard à l’effet du fluide élastique produit par l’inflammation de la poudre, *et donner à ce gaz l’espace nécessaire pour se développer librement, sans quoi son action ne manquerait pas de creuser bientôt ce plan inférieur et de détruire le parapet.
Si donc, dans ces sortes de batteries, on
doit /tirer horizontalement, il faudra don-
ner au parapet une pente de l’intérieur à’
1 extérieur, et telle qu’on découvre tout le terrain en avant jusqu’à la crête du fossé. .
Lorsqu’on donne deux saucissons denfoins à la hauteur extérieure de la genouillère qu’à sa hautéur intérieure, suivant ce qui a été expliqué au §. 19, le plan inférieur de l’embrasure se trouve avoir une pente de 20 pouces (55 cent.) du dedans au dehors, ce qui suffit le plus ordinairement, excepté cependant pour les batteries de brèche, aux embrasures desquelles il faut
souvent donner un plus grand talus, pour pouvoir découvrir le bas du revêtement qu’on veut battre.
6° L’ouverture Intérieure de l’embrasure est rectangulaire; mais son ouverture extérieure doit être plus large vers le haut que vers le bas, de sorte que les joues de l’embrasure iront en s’évasant vers l’extérieur en évantail. Il est nécessaire de prendre cette précaution et de revêtir '^solidement les joues des embrasures , pour quelles puissent résister aux effets destructeurs de l’explosion des pièces. Des embrasures peu évasées seraient bientôt entièrement dégradées; mais, d’un autre côté, des ouvertures trop évasées seraient trop découvertes et. > affaibliraient trop les merlons. En conséquence , on ferait bien de consolider le ïevêtement de chaque joue d’embrasure au moyen de trois ou quatre piquets pareils à ceux dont on fait usage dans la construction des gabions, bien ancrés au moyen des procédés que nous expliquerons plus foin, en parlant des harts de retraite. .
7.“ On doit faire en sorte que les embrasures soientaussipeu apparentes qu’il estpossible à la vue de l’ennemi , et qu’elles soient
à l’intérieur couvertes supérieurement. On y parviendra en plaçant en travers, audessus de leur ouverture intérieure, un saucisson bien fixé sur la crête de chaque merlon , c’est ce qu’on nomme un saucisson de blindage.
Des Merlans.
On doit s’attacher à construire les merions de manière à ce qu’ils ne puissent être facilement renversés, ou traversés par les^ boulets de l’ennemi qui viendront'les atteindre.
Les embrasures ayant des dimensions dé- . terminées, celles des merlons ^dépendront jvaturellement de la distance d’une directrice à l’autre. Ainsi, dans la détermination de cette distance, on doit prendre garde non-seulement 'à ménager dans l’intérieur delà batterie l’emplacement nécessaire pour les pièces ët pour les servans, mais encore' à laisser aux merlons une épaisseur sulfir . santé vers l’extérieur del’épaulement.
Si donc on admet que la moindre épaisseur que doivent avoir les merlon^à l’exté-. rieur soit de g pieds (3 mètres) pour, un
épaulemenl de i8 pieds (6 mètres) d’épaisseur, on conçoit que, pour conserver cette épaisseur aux merlons, il faudra augmenter la distance d’une directrice à l’autre, toutes les fois qu’on augmentera l’épaisseur de l’épaulement ou la hauteur des merlons, puisque dans l’un et l’autre cas l’ouverture extérieure des embrasures se trouve agrandie, ce qui rétrécirait nécessairement les merlons , si ces çmbrasures elles - mêmes n’étaient pas plus éloignées l’une de l’autre.
D’après les dimensions ordinaires des batteries chez plusieurs puissances d’Allemagne, pour consérver dans tous les cas aux merlons une épaisseur extérieure de 9 pieds (5 mètres), on augmente d’un pied (3a cent.), au, moins, la distance d’une directrice à l’autre, toutes les fois qu’on augmente de a pieds ( 64 cent ) l’épaisseur ordinaire de l’épaulement, qui est de 18 pieds (6 mètres); et si les merlons sont plus élevés qu’à l’ordinaire, on ajoute encore à la distance entre les directrices, le double du talus des joues de l’embrasure, répondant à la hauteur ajoutée aux merlons.
11 est bon de remarquer ici que des
merlons plus élevés étant aussi plus exposés aux coups de l’ennemi, il conviendrait de les renforcer, pour qu’ils puissent y résister également, lors même qu’ils ne seraient pas affaiblis par l’augmentation de l’ouverture ' extérieure de l’embrasure.
, De la plongée ou du plan supérieur du parapet.
Les artilleurs allemands élèvent au-dessus
de la partie de l’épaulement qui est revêtue , un massif de terrés (c d e f, planche 2), destinées à faire affaisser et à consolider par leur poids celles qui sont comprises entre les côtés du revêtement, c’est ce qu’ils appellent lè couronnement du para- .pet; les terres qui le forment, doiventavoir un talus très -prononcé des quatre côtés.
Quant au plan supérieur du parapet , nous avons déjà dit, §. 16, qu’on lui donnait un talus qui variait du % au )(» de l’épaisseur totale de l’épaulement , et nous allons en faire connaître le motif.
Pour les batteries à barbette , comme lesT • pièces doivent découvrir l’objet à battre
par-dessus répaulement , la pente du plaû supérieur du parapet doit être réglée d’après les mêmes principes sur lesquels on se fonde pour déterminer la pente du fond des embrasuresj il’ en est encore de même dans les batteries à embrasure, lorsqu’on y ménage, entre les pièces, des emplacemens pour construire des banquettes , sur lesquelles montent des fantassins armés de fusils. Dans ces deux cas, il faut donner au plan supérieur du parapet une inclinaison telle qu’elle permette de bien découvrir tout le terrain en avant de la batterie; mais hors de ces deux circonstances, il ne faut donner à ce plan que la pente nécessaire pour l’écoulement des eaux, et il y aurait même un inconvénient à lui donner un talus trop considérable, car alors les boulets ennemis qui l’atteindraient sous une direction peu différente de l’horizontale, y pénétreraient et détérioreraient promptement répaulement; tandis que sur une pente peu sensible , et si les terres du parapet sont bien damées, ces mêmes boulets ricocheront et passeront par-dessus la batterie sans y causer aucun dommage.