‹ Traité théorique et pratique de la construction des batteries [Textbd.] [...]Chapitre 37 sur 50 · Celles qui sont construites sur des radeaux · texte numérisé non relu

Celles qui sont construites sur des radeaux

2. ” Celles qui sont établies sur ou dans des batimens ou bateaux pontés ou non pontés.

Les batteries flottantes de la seconde classe sont beaucoup plus faciles que celles de la première à diriger ou à gouverner, ce sont même les seules avec lesquelles on puisse réellement naviguer-, mais aussi les premières ont cet avantage, qu’elles ne peuvent être coulées par les coups de l’ennemi; déplus, elles peuvent être construites presque partout et très -promptement par les canonniers eux-mêmes, avec les matériaux qu’ils trouvent sous la main, et comme elles tirent peu d’eau, on pourra s’en servir sur des bas-fonds qui rendraient impossible l’emploi des batimens.

D’après ces motifs, les artilleurs donnent ordinairement la préférence aux batteries Jlottantes établies sur dès radeaux : nous croyons donc devoir entrer dans quelques détails sur leur construction , et nous nous bornerons à une simple indication de celles établies sur des batimens, d’autant plus que la construction de ces dernières

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batteries appartient plus spécialement au génie maritime.

Des batteries flottantes établies sur des rOf deaux formés de poutres ou poutrelles.

Le plus ordinairement, les radeaux, sur lesquels on établit les batteries flottantes,’ sont formés de plusieurs lits ou couches de poutres , poutrelles ou corps d’arbres équarris, sur le massif desquels les bouches à feu sont placées derrière un épaulement, comme dans une batterie horizontale.

Pour qu’une batterie de ce genre soit d’un bon service , il faut,

i.° Que son tablier ou pHincber soit assez élevé au-dessous de l’eau, pour que celle-ci, même agitée et soulevée par le vent, ne puisse le surmonter.

Que toutes les parties de la charge soient distribuées de manière à maintenir le tablier horizontalement en équilibre sur l’eau...

Et si l’on veut remplir parfaitement ces condijdons, il faut, préalablement à la Construction,

' ( 4oj )

Calculer le poids que doit sup'poHâr le radeau et son propre poids, suivant qu’il sera formé de trois, quatre, ou un plus grand nombre de couches de poU-* trelles, lambourdes ou corps d’arbres.

2. ° Déterminer le nolnbre de ces couches de manière à ce que, le poids du vo-’ lume d’eau déplacée étant égal au poids total, la hauteur du bord au-dessus de l’eau soit suffisante pour que les vagues'ne puissent submei^er le radeam

3. ° Trouver les centres de gravité particuliers des différens corps pesans que le radeau doit porter, tels que le parapet ^ les pièces, leurs affûts, etc.

4<-° Déterminer l’emplacement du parapet de manière à ce que le centre de gravité général corresponde au centre de , figure du radeau.

On ne parviendra point à résoudre complètement ces questions sans de forts longs calculs ; mais , • toutes les fois qu’on aura le temps de s’y livrer, la réussite de la construction dédommagera bien de la peine qu’ont aura prise. 11 ne faut pas espérer , toutefois , de parvenir jamais à des résultats parfaitement exacts ; car^

FUoche XXI, fig. X."

parmi le grand nombre de données sur lesquelles reposeront nécessairement les calculs, telles que les pesanteurs spécifiques de l’eau, de la terre, des bois , etc., il est à peu près impossible qu’il ne s’en trouve quelques-unes différentes en réalité de ce qu’on les estime en théorie j mais si l’on a opéré avec soin, les erreurs qu’on aura co'mmises n’auront pu être d’une grande importance, et on les corrigera facilement au moyen de quelque contrepoids.

L’obligation que nous nous sommes imposée d’éviter dans cet ouvrage les calculs algébriques qui ne seraient point à la portée de tous les lecteurs, nous empêche d’entrer à ce sujet dans de plus longs détails, et nous nous bornerons à indiquer comme résultats principaux;

i.“ Que pour une batterie flottante carrée, qui serait destinée à porter deux canons de 12 et un obusier de 6 pouces, et dont le radeau serait formé de pièces de pins ayant 60 pieds (20 mètres) de long, et un diamètre moyen de i5 pouces (40 cent), il faudrait composer ce radeau de huit couches de poutrelles semblables, pour qu’étant plongé dans l’eau, et chaîné

de tout ce qu’il doit porter, il surnageât d’environ lo pouces j '

3.“ Que pour la même batterie il faudrait placer la ligne inférieure du talus intérieur du parapet à environ 36 pieds (i3 mètres) du bord extérieur du radeau.

Entrons maintenant dans quelques détails pratiques sur la construction d’une batterie flottante de cette espèce, et prenons toujours pour exemple celle qu’on voudrait armer de deux canons de douze et d’un obusier de six pouces.

Pour construire le radeau, on commencera d’abord par placer horizontalement, à côté l’une de l’autre, quarante-huit pièces de bois des dimensions, indiquées cidessus, en les disposant de manière à ce que le gros bout se trouve alternativement d’un côté et de l’autre du radeau. A la surface supérieure de ces pièces de bois on fera ensuite, perpendiculairement à leur longueur, douze coupures ou encastremens , ' destinés à recevoir autant de liteaux ou' traverses, qu’on clouera bien solidement, de manière à former des quarante -huit , pieds d’arbre un assemblage solide. Si l’on'

B6 pouvait pas se procurer de liteaux ou 'traverses de 6o pieds (20 mètres) de longueur, on pourrait y suppléer au moyen de traverses plus courtes, qu’on réunirait en les amincissant aux bouts par lesquels . elles seraient réunies et superposées sur une longueur de 2 ou 3 pieds (65 cent, à . 1 mètre); enfin, pour donner encore plus de solidité à cet assemblage,, ou pourra clouer également des liteaux ou traverses sur les côtés des bouts des pièces 'de bois.

On formera de même une seconde , une troisième couche, autant enfin qu’il sera nécessaire, avec cette seule précaution, de disposer les pièces de bois de chaque couche perpendiculairement à celles de la couche immédiatement au-dessous, et de rendre la couche de dessus parfaitement horizontale, soit en plaçant des coins sous les bouts des pièces d’arbre les plus minces, soit en enlevant au rabot l’excédant des gros bouts.

Toutes les couches seront liées solidement entre elles au moyen de forts cla- 'meaux en fer, et sur la couche supérieure s’établira un plancher ou tablier en madriers, qui seront aussi attachés, soit entre

eux, soit au radeau, au moyen des mêmes clameaux.

Pour que ces madriers ne soient point trop endommagés par les roues de l’afFût dans le recul des pièces, on disposera le parapet de manière à ce que sa longueur soit perpendiculaire à celle des madriers. On tracera d’abord le côté intérieur de ce parapet à environ 3ô pieds (la mèt.) du bord extérieur du radeau; puis le côté extérieur du même épaulement à i8 pieds (6 mèt.) du côté intérieur; sur ces deux lignes, à la distance de 5 pieds ( i mèt.) l’un de l’autre, on enfoncera des piquets, auxquels on donnera l’inclinaison des talus intérieur et extérieur du parapet Ces piquets doivent pénétrer dans le radeau de toute l’épaisseur d’une couche de poutrelles pour le moins, et leur tête doit déborder le tablier de a pieds (65 c.).

Cela fait, si l’épaulement doit être revêtu en gazon, on placera derrière' ces piquets une planche de i4 pouces (40 cent) de largeur, rabotée de manière à ce qu’elle suive exactement le talus du parapet, et c’est cette planche qui soutiendra le premier rang de gazons; mais si le revêtement doit être fait en saucissons, ce seront ces piquets

eux- mêmes qui retiendront le premier rang de saucissons, puisqu’il ne sera 'pas possible , en pareil cas , de les piqueter , comme dans une batterie ordinaire.

Le reste de la construction du parapet s’exécutera ‘comme pour les batteries construites sur la terre J seulement, au lieu de banquette , on disposera derrière les merions des bancs solides , formés de fortes planches ou madriers, et destinés aux tirailleurs, ou aux canonniers qui devront observer l’effet des coups.

Une chose qu’il est encore important de remarquer, c’est que, si la batterie devait être armée , comme dans l’exemple que nous avons choisi, d’un obusier et d’un nombre pair de canons, il faudrait placer l’obusier dans le milieu, pour ne point rompre l’équilibre.

Pour conduire et manœuvrer le radeau, ^ il faut : ,

Deux gouvernails , placés vers le bord intérieur , à égale distance de son milieu , en D, D;

Six avirons, trois de chaque côté du radeau; deux en avant du parapet, et un en arrière , en E, E, E}

Deux cabestans en arrière de Tèpaule-

ment et sur les diagonales allant d’un angle du radeau à l’angle opposé, en F, F;

Quatre forts anneaux en fer, un à chaque coin du radeau, en G, G;

Quatre billots ou pieux, de 4 pouces ( 1 1 cent.) de grosseur, 2 pieds (65 cent.) de longueur, et pénétrant dans le /adeati de toute l’épaisseur d’une couche de poutrelles pour le moins , en H, H.

Les cabestans sont destinés à remorquer le radeau , au moyen d’ancres que ’ l’on mouille en amont, et sur lesquelles on tire, en manœuvrant au treuil, lorsque le feu' de l’ennemi ne permet pas de haler ta batterie du rivage, en y employant des hommes.

Les anneaux et les pieux sont destinés à amarrer solidement la batterie pendant l’action au moyen de cordages. '

Pendant le feu, il sera nécessaire de défendre tout naouvement inutile, abn de n% pas faire chanceler le radeau.

Si le parapet est revêtu en saucissons, il faudra se munir de quelques seaux, au moyen desquels on l’arrosera abondamment au moment de l’action, pour le préserver de l’incendie.

* EnGn, pour démarrer, jeter, et lever les ancres, apporter les munitions, etc., il, faudra avoir quelques petits bateaux ou., nacelles, que l’on amarrera en arrière du radeau.

Il serait fort imprudent de porter les munitions sur le radeau même qui porte la batterie, et on fera bien de n’y avoir jamais plus de trente à quarante coups à la fois. Le surplus des munitions devra se conserver dans des nacelles , mises à l’abri / des coups de l’ennemi au moyen d’un ap-.^ pareil que nous allons décrire.

i>]ncii«zxi, Supposons, pour fixer les idées, que les ■ nacelles aient 4 pieds ( i mètre 3o cent )

de largeur, et a4 pieds (7 mètres 80 cent) de longueur, On commencera par former, avec des poutrelles de 8 pouces ( aa cent) d’équarrissage, et 3o pieds (9 mètres ^ 75 cent) de longueur, deux petits radeaux

composés chacun de deux couches, de six de ces poutrelles, bien liées et réunies entre elles, toutes dans le même sens, au moyen de boulons ou clameaux, etc.

On disposera ensuite ces deux petits radeaux à 10 pieds ( 3 mètres a5 cent) l’un de l’autre , de manière à ce que deux na-

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celles ac.coiïplées puissent être facilement placées entre euxjpuis l’on posera, en travers de la longueur des radeaux, à un pied (5a cent) de l’un des bouts, quatre poutrelles semblables à celles dont les radeaux sont formés , et solidement fixées , soit les unes aux autres, soit à ces radeaux, au moyen des mêmes boulons ou clameaux.

Cela fait, sur chaque radeau ou établira une demi-ferme de charpente, D, E, D, composée de pièces de bois de même équarrissage à peu près que celles des radeaux, et sur ces demi-fermes on établira une espèce de toit ou blindage incliné, l , G, K, composé aussi de poutrelles jointives, qui » viendra s’appuyer sur les quatre poutrelles placées à l’un des bouts des radeaux, et qui, à l’autre bout, s’élèvera au-dessus de ces radeaux d’environ 6 pieds ( 2 mètres).

En avant des quatre poutrelles placées en travers des deux radeaux, on fixera solidement à chacun d’eux un anneau en fer, et au moyen de ces anneaux, et de' cordages d’une longueur suffisante, le mar gasin sera amarré à la battei’ie, de telle sorte qu’il présentera toujours l’inclinaison de son toit aux coups de l’ennemi-

C’est sous ce toit et entre les radeaux qu’on placera les deux nacelles contenant les munitions : on conçoit qu’elles y seront en svireté. Les bombes et obus qui atteindront Je l)iindage qui les recouvre, tombant eu effet sur une surface inclinée, et sur un corps qui pourra céder jusqu’à un certain point à leur choc, en s’enfonçant un peu dans l’eau, ces projectiles ricocheront très-probablement sans endommager le magasin; mais dans tous les cas, lors même qu'il arriverait un accident à ce dernier, la batterie du moins n’en souffrirait pas au moyen de cette disposition.

Batteries flottantes établies sur des radeaux formés de futailles vides.

L’amiral vénitien Ëmo ayant été chargé par son gouvernement, en 1785 et 1786,,. d’aller bombarder plusieurs places appartenant aux puissances barbaresques, y employa, outre les chaloupes canonnières qui faisaiedt partie de son escadre , des batteries flottantes, établies sur des radeaux formés des mâts de rechange et des futailles

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rides qui 5e trouvaient sur ses vaisseaux.

Les matériaux de ces radeaux pouvant se trouver presque partout sous la main , et leur construction extrêmement simple n’exigeant que quelques heures d’un travail facile, nous croyons devoir entrer ici dans quelques détails à ce sujet. >

Au moyen de quatre mâts de rechange ou de quatre corps d’arbres non équarris, de i8 pouces (6o c.) de diamètre, on forme d’abord ùn cadre de 3o pieds (ip mètres) environ de long, sur 20 pieds (6 mètres 5o cent;) de large, dans oeuvre.

Cela fait, en supposant que les futailles vides qu’on a à sa disposition aient 4 pieds 6 pouces (1 mètre 5o cent.) de long, et 3 pieds (1 mètre) de diamètre dans leur plus grande épaisseur, on tend de l’un des côtés du cadre à l’autre, et perpendiculairement à leur direction, des cordages qui font le

I. Les Vénitiens ont regardé l’invention de ces batteries comme si importante que, sur le monument qu'ils ont élevé dans l'arsenal à la gloire de l’amiral Émo, un des bas-reliefs sculptés par Canova , représente un génie qui , à genoux sur un des radeaux dont cet amiral est l’inventeur, inscrit son nom sur la colonne de l'immortalité. (iVote du général Kavickio.)

tour des deux mâts et, revenant sur euxmêmes, laissent entre leurs deux brins un intervalle de i8 pouces (6o cent.). Le pre-i mier de ces doubles cordages est tendu à 9 pouces (2S cent.) de l’un des petits côtés -,du cadre; le second, à 3 pieds (i mètre) du premier; lé troisième, à 18 pouces (5o cent.) du second; le quatrième, à 3 pieds (1 mètre) du troisième; le cinquième, à 18 pouces (5o cent.) du quatrième, et ainsi de suite jusqu’au dernier, qui doit sè trouver aussi à 9 pouces (aS cent.) de l’autre petit , côté du cadre.

. C’est dans les intervalles que chaque double cordage laisse entre ses deux brins, et parallèlement à la longueur du cadre , qu’on place trente-six barriques ou futailles vides, de manière à ce que chacune d’elles soit supportée par deux des 'doubles câbles; on les maintient latéralement au moyen de cordages simples, tendus de l’un des petits côtés du cadre au côté opposé, entre chaque file de tonneaux, et on a soin de placer ceux-ci la bonde en dessus, afin de pouvoir pomper l’eau qui filtrerait dans leur intérieur et reconnaître ceux qui ne se- .raient pas étanchés. . ^

Entre deux rangs consécutifs de futailles, et parallèlement à leur longueur, se placent ensuite des trayerses de 9 pouces (a5 cent.) d'équarrissage ; pour chaque futaille deux cordages verticaux unissent le bout supérieur du câble au bout inférieur et aux traverses, et un coin ou une clef en bois sert à donner au cordage la tension suffisante.

Les mâts ou corps d’arbres qui forment le cadre doivent être bien goudronnés , ainsi que les futailles, les cordages et les traverses. Sur ces dernières, et perpendiculairement à leur direction, s’assemblent des poutrelles de même équarrissage , et ayant pour longueur la largeur du. cadre dans œuvre; enfin, sur ces poutrelles s’établit le tablier de la batterie , formé de madriers retenus en dessus par quatre traverses de 5 pouces (14 cent.) d’équarrissage, et maintenues également au moyen de cordages et de coins ou clefs. De ces traverses, deux sont aux extrémités du radeau et deux dans son milieu , mais disposées de manière à ne point gêner le recul et la manœuvre des pièces.

‘ Celles dont l’amiral Émo arma ses bat-

teries , étaient des pièces en fer des plus gros calibres, qu’il tira de ses vaisseaux, et qui étaient montées sur leurs affûts marins ordinaires, de sorte que les parapets n’avaient que 3 pieds (i mètre) de hauteur. Ces parapets peuvent être formés de sacs à terre, de saucissons, ou être tout en bois; on doit leur donner une épaisseur proportionnée à la distance à laquelle on veut s’approcher des batteries ennemies, et au calibre 'des bouches à feu dont ces batteries sont armées. On a calculé qu’un parapet tout en bois de chêne, dé i5 pieds (6 mètres) de longueur, 3 pieds (i mètre) ' de hauteur, et 5 pieds (i mètre 6o cent.) d’épaisseur, ce qui suffirait pour arrêter les plus gros boulets à 3oo pieds (loo mèt.) de distance, ne pèserait que 14 à i 6,000 livres (7 à 8,000 kil.) Ce parapet s’établit perpendiculairement à la longueur du radeau , à 4 ou 5 pieds ( 1 mètre 3o cent, à i mèt. 60 cent.) de l’un des bords, et vers le bord opposé se placent les munitions, et un contre-poids en sacs à terre, destiné à faire équilibre aux pièces et au parapet, et à maintenir la batterie dans une position horizontale ou légèrement inclinée vers le

devant, afin de diminuer le recul des bouches a feu. *

Un grand avantage des batteries flottantes de cette espèce, c’est que, sans être à l’abri des bombes, elles ne peuvent pas en être submergées, puisqu’un de ces projectiles peut traverser la batterie de part en part sans altérer sa solidité, et qu’un tonneau détruit peut toujours être remplacé facilement. Lors même que plusieurs tonneaux se trouveraient percés à la fois, il n’y aurait point encore de danger pour la batterie, puisque, formée de trente-six tonneaux des dimen^ons précitées , elle peut supporter, en s’enfonçant à fleur d’eau, jusqu’à 54>ooo livres ( 27,000 kil.*)

On comprend sans doute qu’il n’y a rien d’absolu dans les dimensions des pièces de bois et des tonneaux qu’on doit employer; que, si' nous avons donné ces dimensions.

I. Me trouTant en garnison à Venise, en 1800 et 1801, j'ai èu occasion d’y suivre la construction de quelques batteries de ce genre , les unes armées de canons de gros calibre et destinées h la défense des canaux principaux des lagunes, les autres portant des bouches à feu d’un moindre poids et qui furent employées à fermer les canaux plus petits. {Note du giniral haviehio.)

ce n’a été que pour 6xer les idées, et qu’on pourra toujours se servir de ce qu’on aura sous la main , en établissant ses calculs d’après les règles que nous avons exposées au commencement du paragraphe précédent.

Des batteries flottantes établies sur des bateaux ou bdtimens -pontés ou non pontés.

Parmi les batteries de ce genre, les plus simples et les plus faciles à construire sont celles qu’on établit sur un couple de ba> teaux, réunis et pontés comme une portière ou une troLvée séparée de pont de bateaux.

Sur le tablier de cette portière on construit le parapet, et on place ensuite les bouches à feu , comme dans les batteries que nous avons décrites précédemment , et on dispose en arrière les munitions et un contrepoids, de manière à faire équilibre à l’épaulement et aux bouches à feu, et à maintenir la batterie horizontale ou un peu inclinée sur le devant.

Un inconvénient majeur de ces sortes de batteries, c’est qu’un boulet qui atteint

ün des bateaux à fleur d’eau, ou un projectile creux tombant Acrticalement, suflisent pour les faire couler à fond.

Nous ne parlerons point ici des cAn/ou^e.ï canonnières et des galiotes à bombes , leur construction étant entièrement dans les attributions de la marine; ‘mais les batteries ' Jlottantes construites par d’Arcon au siège de Gibraltar en Septembre 1782, nous paraissent mériter que nous nous y arrêtions un moment, -

La première idée de l’inventeur était de punchexxi, les établir sur des prames plates de 124 pieds (40 mètres) de longueur, 33’ pieds 6 pouces (il mètres) de largeur, et tirant 9 pieds (5 mètres) d’eau.

Ces bâtimens, pontés, à 12 pieds (3 mètres 90 cent.) du fond de cale, auraient porté, à bâbord seulement, dix pièces de 24 espacées de 10 pieds (8 mètres 26 cent.) d’axe en^ axe, et il serait resté en sus un espace libre de 12 pieds (3 mètres 90 cent.) à l’avant, et autant à l’arrière, au-dessous desquels on aurait ménagé les soutes aux poudres, renfei’mées sous ^deS cloisons et des planchers doubles : les projectiles, placés dans la carène, vers la partie du stri-

bord, où ils eussent été maintenus par une cloison , auraient servi en même temps de > lest et de contre -poids pour faire équilibre à l’excès de pesanteur donné au ba- • bord par la surépaisseur du bois employé au doublement de la cai'ène, par les pièces et par le blindage.

La surépaisseur donnée à la carène, et qui devait aller en augmentant, depuis le fond de cale jusqu’à la ligne de flottaison , où le bordage aurait eu 6 pieds ( a mètres) d’épaisseur, avait pour objet de rendre les batteries insubmersibles , en leur donnant «ne espèce de cuirasse qu’aucun projectile n’eût pu traverser.

Un blindage incliné à quarante degrés, aurait mis la batterie à l’épreuve de la bombe, et l’aurait même rendue incombustible : il devait avoir 3 pieds (i mètre) d’épaisseur, et être formé de trois couches de poutrelles en chêne disposées en travers l’une de l’autre; on l’aurait renforcée par des barres de fer de a pouces (55 cent.) <le, largeur, 9 lignes (ao centim. ) d’épaisseur, espacées de a pouces (55 cent.), et il aurait été continuellement arrosé par de l’eau élev'ee au moyen de pompes dans une rigole

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pratiquée au faîte de cette espèce de toit<

Comme ces prames n’auraient eu ni mâts ^ ni voiles, ni gouvernails, on les aurait remorquées la nuit dans une première posi-*^' tion, à 5oo toises (looo mètres) de la place « au moyen de légers bâlimens à voile; et les ' positions plus rapprochées auraient été -

prises successivement par l'opération lente, mais sûre et précise, des louages exécutés sur des ancres perdues en avant. Un grand avantage que ces batteries eussent offert , c’est que, pouvant se placer très-près les unes des autres dans leurs différentes positions, elles eussent procuré derrière elles un grand espace couvert, dans lequel les com- '' munlcations eussent été parfaitement sûres.

D’Arcon, n’ayant pu obtenir la construc-n. xxii.iig. tion de ces prames, reçut, pour en 'tenir lieu, dix vieux vaisseaux, dont cinq à deux ponts et cinq à un seul pont, et voici comment il les transforma en batteriesflottantes:, ’

Il augmenta d’un côté l’échantillon de ces vaisseaux jusqu’à lui donner 5 pieds ( i mètre 6o cent.) d’épaisseur au niveau de l’eau ; il plaça ses bouches à feu de ce . même côté et les couvrit d’un blindage ' incliré de 4 pieds (i mèt. 8o cent.) d’épais-

*eur, formé de trois couches de poutrelles en chêne; la première bien jointive et bien calfatée, les deux supériêures laissant des intervalles entre les poutrelles pour la circulation de l’eau destinée à éteindre le feu

des boulets rouges. Le reste du bâtiment fut couvert, partie par un blindage appuyé à celui qui recouvrait les pièces et incliné en sens contraire, partie par trois couches de sacs à laine étendus sur le pont.

Les blindages furent revêtus en outre d’un lit de vieux cables, destinés à amortir la chute des bombes par leur élasticité ; et le faîte de cette espèce de toit fut’formé de longues poutres , où était creusée une rigole, dans laquelle les pompes devaient élever une grande quantité d’eau, destinée à la circulation générale pour l’extinction des boulets rouges. Cette circulation , qui devait s’opérer d’elle-même d’une manière simple et naturelle , aurait continuellement rempli d’eau toutes les ouvertures faites dans les bois par les boulets rouges, à quelque profondeur qu’ils y pénétrassent, et il n’était pas possible que cette eau s’épuisât,' devant toujours être abondamment fournie par un intermède spongieux ( des •

étoupes (le vieux câbles\ placé dans l’intervalle ménagé entre les bordages.*

Du reste, les projectiles furent disposés dans ces bâtimens de manière à ce qu’ils servissent de contre-poids aux pièces et au blindage , comme cela devait avoir lieu dans les prames , et chaque batterie dût être pourvue de quatre ancres , avec des grelins et des câbles à proportion.

Enfin, il fut réglé que les équipages des batteries seraient triplés , qu’un tiers servirait la batterie , qu’un tiers resterait dans la cale, et que le troisième tiers alternerait avec les deux autres, de manière à ce que les canonniers destinés à ce service pussent prendre un repos nécessaire de vingt-quatre en vingt-quatre heures.

Suivant les dispositions primitives, proposées par l’auteur du projet, les hatteries,^ devaient être embossées, pendant la nuit, des distances telles qu’elles n’eussent rien à redouter du feu de la plac,e, et on les aurait rapprochées successivement. ^

On devait d’abord ai’Hver à la voile à 5oo toises (1000 mètres) de la place, et s’y placer plus ou moins bien, cela étant fort indilférent^ à cette distance. On y serait

resté deux ou trois jours, ou même davantage, suivant la contenance de l’ennemi et le plus ou moins d’effet obtenu; et, pendant ce temps- là, l’assiégé aurait épuisé à peu près inutilement son charbon et ses ihunitions.

Apres cette premjere position, qui n aurait été qu’une espèce de tâtonnement ou d’essai, on en aurait pris une deuxième,plus rapprochée de la place de i5o toises (5oo mètres), en se tenant, de nuit, sur des ancres placées en avant. Dans cette se-, coude station,' qui aurait été de trois ou quatre, jours, on aurait complété la ruine des feux de la place, dans la partie des remparts du côté de la mer qu’on se proposait d’attaquer,

A la troisième position , qui eût été prise .à 200 toises (400 mètres) des murailles, les batteries eussent été rapprochées l’une de l’autre et partagées également entre la droite et la gauche du point d’attaque; elles se seraient de même avancées jusquelà, en se touant, ‘pendant la nuit, sur des 'ancres que l’extinction totale des feux de la place aurait permis de jeter en avant. L’objet de ‘cette dernière position, qui eût

encore exigé trois ou quatre jours fie station, eût été d’ouvrir les brèches et de détruire les obstacles artificiels dont l'ennemit avait embai'rassé cette partie de la

rade. ^ '

Il y a tout lieu de penser que ce projet eût réussi, si on l’eût suivi scrupuleusement ' dans toutes ses parties; et si , pendant les dix ou douze jours que demandait son exécution, les batteries de terre, les chaloupes canonnières, les bombardes, enfin tous les moyens accessoires qui devaient seconder les batteries flottantes, eussent coopéré efficacement à l’attaque.

Le mauvais succès de cette entreprise ne doit donc point détourner de la renouveler dans des circonstances semblables; et si elle échoua devant Gibraltar, son inventeur put, avec toute apparence de raison, l’attribuer, i.° à ce que les batteries de terre ne firent pas tout ce qu’elles auraient, pu et dû faire pour seconder l’attaque des batteries flottantes , et que les forces navales, canonnières et bombardes; ne les aidèrent en aucune façon ; 2.“ à ce que la première et unique position occupée par les batteries flottantes, fut mal choisie et

beaucoup Irop rapprochée delà place; 3.“ à ce qu’on ne sut ou ne voulut pas exécuter à temps les mouvemens de retraite qu’on avait dû se ménager la possibilité d’effectuer ; 4" enfin , a ce que l’opération du calfatage avait été faite avec trop de précipitation et trop peu de soins, d’où il ar- ' riva que lorsqu’on voulut, dans une expérience faite avant l’attaque, établir la circulation d’eau , sur laquelle on comptait principalement pour éteindre les boulets rouges, l’eau coula dans l’intérieur des batteries, en sorte qu’on fut obligé de boucher tous les conduits destinés à alimenter cette circulation, et qu’on fut réduit, lors de l’attaque, à l’arrosage extérieur des blindages, qui se trouva insuffisant

Malgré tpus ces contretemps les batteries se trouvèrent encore infiniment moins combustibles que ne l’eût été toute autre • espèce de bâtiment, et elles reçurent un granxl nombre de boulets rouges, qui fui’ent sans effet' ou qu’on parvint à éteindre.

1. Quand un boulet rouge se logeait dans (juelijue partie du bordage ou du blindage , on voyait d'abord une inflammalion momentanée dans le trou du projectile ; à cette flamme, ijni s’éteignait après quelques instans, succédait le

Une seule de ces batteries (la Tailla-piedra) reçut cependant, après cinq heures de combat, un boulet rouge qui, ayant pénétré jusqu’à l’intervalle des vieux membres du vaisseaux, où il trouva de l’air, y entretint un cbarbonnement lent, et continua à jeter, de la fumée par l’ouverture extérieure du trou , ce qui dura toutefois plus de huit heures sans aucuns vestiges d’inflammation flagrante.

-Aussi, après plus de treize heures d’un combat terrible, les batteries se trouvaient encore intactes, à l’exception d’une seule, qu’on eût pu facilement sauver en l’éloignant de la place. On sait quelles furent brûlées par les assiégeans, et que, malgré leurs efforts et ceux des assiégés, quatre batteries se trouvaient encore entières six heures après.

Mais un défaut réel de ces bâtimens, c’est

charbonnement superficiel des parois intérieures du trou, charbonneuieat qui n'avait que fort peu d'activité , attendu le défaut de circulation d'air ; on ne voyait plus ensuite qu’une fumée légère ; tous ces symptômes disparaissaient au bout de dix 'minutes au plus; puis le boulet, quoique trèscbaud encore, demeurait dans son logement sans y produire plus d'effet que s’il eût été dans un creuset réfractaire. . ' . •

que la grande épaisseur de leur bôrdage les rendait très-lourds et qu’ils marchaient très-irrégulièrement, parce qu’ils n’étaient renforcés, comme nous l’avons dit, que du côté qui devait être exposé aux coups de l’artillerie de la place.

Les batteries flottantes à vapeur , construites dans ces derniers temps par les Américains, sur les plans de Fulton, paraissent donc beaucoup plus redoutables: défendues par un bordage très-épais et armées de bouches à feu des plus gros calibres, elles sont mises en mouvement par une pompe à feu. La roue motrice étant cachée dans un canal intérieur, et le bâtiment n’ayant ni mât ni voiles, l’ennemi n’a aucun moyen d’empêcher ses manœuvres; mais un grand inconvénient de ces batteries, c’est que la machine à vapeur y entretient une chaleur telle qu’il est impossible de la supporter. On a été obligé , en conséquence , de placer la machine sur un bâtiment particulier, entre deux navires qui portent les batteries, ce qui a rendu la construction plus diflicile et plus compliquée, et la manœuvre plus lente. 11 n’est plus possible , d’après cela , d’exposer ces batteries aux tempêtes

dans leur état actuel , et elles ne peuvent guères être employées utilement qu’à la défense des rades et des ports. ‘

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