I. On objecte contre le tir à boulets rouges, i.** qu’il
exige des appareils dont la construction et l’entretien sont ■ • fort dispendieux;- a.° qu’il est fort difficile de tenir les boulets prêts b être tirés au moment précis ou on en a . besoin ; 3.” que la fumée des feux qu’il faut entretenir pour les faire rougir, fait reconnaître au loin, parles vaisseaux, l’emplacement des batteries ; 4-° qu’on a beaucoup de peine . • b inspirer aux canonniers assez de confiance pour qu’ils .exécutent ce tir avec le même sang froid et par conséqueak • ' *
la même justesse que le tir ordinaire. D’après ces motifs, beaucoup d’artillenrs préfèrent aux boulets rouges les boulets incendiaires, et surtout les obus, qui produisent le même ^
effet; mais comme ils ont moins de masse, ils sont loin d’avoir la longue portée, la justesse de tir et la force de percQSsioa qu'on peut obtenir des boulets rouges, et ceuxci ont en outre l’avantage de ne p^s être aperçus facilexnent, comme le sont les projectiles creux ^ b cau^e de leurs fusées. ' . ■
néral Montliolon , et que nous avons déjà cités, Napoléon conseille de placer ces grils, fourneaux ou fours à 3 pieds ( i met.) au plus du revêtement intérieur, et derrière un merlon,si lad>atlerie esta embrasure, afin de les tenir à l’abri des coups de l’ennemi *. Pour prévenir les accidens , il recommande encore de mettre les pièces tirant à boulets rouges à l’une des extrémités de la batterie, et de les séparer, par une traverse, des autres bouches à feu dont cette batterie est armée.
■ Pour faire rougir les boulets, on se contentait autrefois* de creuser dans la terre ’ • une espèce de fosse de i pied ( 3a cent.) en-
1. Si les localilés ne permettaient pas de placer les grils, fonrs ou fourneaux dans la batterie même , il faudrait transporter les boulets aux pièces dans des boites en fer, fermant à couvercle , et qu'on remplirait de poussière de charbon allumée ou de cendres chaudes.
a. Quelques auteurs ont écrit que la manière de tirer à boulets rouges avait été inventée par un soldat anglais de la' garnison de Gibraltar, du temps du général £lliot;.mais cette assertion n'est point exacte, etle tir à boulets rouges est beaucoup plus ancien. Il est prouvé que les Polonais eu firent usage à Polozk , en i58o,'et meme au siège de Dantzig, dès >577. Plous verrons plus loin que ce sont les fourneaux'^ faire rougir les boulets qui ont été employés pdur la première fois à Gibraltar,
viron de profondeur ; on la remplissait de charbon de bois ou de charbon de terre, ^ . qu’on allumait ensuite, et dont on entretenait la combustion au moyen d’un soufflet, pendant tout le temps que durait l’opération. Au-dessus de la fosse était un gril, sur lequel se plaçaient les boulets, qu’on faisait i*ougir jvisqu’à la couleur cerise; puis des canonniers les retiraient avec de grosses pinces, et d’autres se servaient de grandes . cuillers de fer pour les porter jusqu’aux pièces et les introduire dans l’ame ducanôn, qui devait être déjà chargé à poudre, avec un bouchon sec et un bouchon mouillé par-^^ dessus, et qui était toujours pointé au-dessus ’
de l’horizon , attendu que, comme on ne
mettait pas de bouchon par-dessus le boulet, ce projectile aurait nécessairementglissé dans l’ame, si la pièce eût été pointée audessous de l’horizon. *
1. Cette manière de tirer à boulets ronges faisait perdre nécessairement beaucoup de la justesse du tir et de l'étendue dès portées; mais on s'est assuré, par des expériences faites k Cherbourg en i^SS, qu'on pouvait tirer k boulets rouges ^u-dessus comme au-dessous de l'horizon, en employant la terre grasse ou le foin mouillé pour bouchon , sur la poudre et sur le boulet. On avait cherché k obtenir le même avantage k Gibraltar, en enveloppant le boulet d'une feuille d»
Le gril était porté sur trois double>pie<ls, écartés dans le bas de a5 pouces (6o cent.)»' de 12 pouces (S2 cent.) de hauteur, et mobiles à charnière sur les barreaux du cadre. Sur ces mêmes barreaux s’assemblaient les barres de la grille ; elles avaient 26 pouces (70 cent.) de longueur; 10 lignes (23 mill. ) d’équarrissage, et étaient espacées entre élites de 4 pouces ( 1 1 cent.) pour les boulets de gros calibre , et de 2 pouces 9 lignes (74 millim.) seulement pour les boulets des canons de campagne.
On pouvait faire rougir, à la fois, sur un gril de ce genre. ^ .
Dix-huit boulets du calibre de 24.
Vingt-un i
idem
de 16.
Trente-deux
idem
de 13.
Trente-six
idem
de 6 ou 8.
Quarante
idem
de 4.
tôle emboutie , dont les bords avaient des entailles qui retenaient le projectile. En 17921 l'artillerie piémont.rise ayant k établir des batteries k boulets rouges, .élevées au-dessus de la mer, M. le capitaine Casimir Vayra imagina, pour retenir les boulets dans les pièces pointées fort au-dessous de l’iioriaon, une espèce de calotte en fer, k laquelle étaient brasées quatre bandes élastiques formant ressort, qui empêchaient le projectile de descendre dans l’ame en s'appuyant vontre sa paroi. —, <■ .
Comme le$ boulets chauffés jusqu’au rouge -blanc commencent à devenir pâteux et à se déformer, il fallait avoir soin de les remuer et de les éloigner à temps dû courant d’air entretenu par le soufflet.
Les instrumens accessoires ou les ustensiles nécessaires étaient un soufflet, un cro-r chet en fer, une pince et une pelle à feu ordinaires; une grosse pince en forme de tenaille, pour retirer lesboulets du feu; plus une grande cuiller en fer par pièce, pour porter les boulets et les introduire dans l’ame. '
Ce procédé était simple et peu coûteux; mais les boulets ne rougissaient que trèslentement et très -imparfaitement. Ce, fut pour remédiei; à ces inconvéniens que fut imaginé, à Gibraltar, pendant le dernier siège, une nouvelle espèce àe fourneau à rougir les boulets, dont la première idée fut donnée par un soldat hanovrien de la . garnison de cette place , nommé Schwependick.
1. J'ai encore tu employer souTent cette méthode dans les polygones d’Olmntz et de Vienne, de iSoa ik 1810, lorsque je me trouvais au service de l'Aulriebe comme capitaine d'artillerie. (iVote du, général Ravichio.) -
Cet bomme , cloutier de profession, fit construire un carré long , entouré d’un mur, dont deux parois opposées étaient percées chacune d’une ouverture ; les deux ouvertures correspondant exactement en- .tre elles, de manière à établir un covirant d’air. Dans cette enceinte en maçonnerie se trouvaient deux grilles , placées l’une audessus de l’autre : celle du dessous destinée à recevoir le charbon; celle du dessus formée de gros barreaux sur lesquels on plaçait les boulets, avec du bois par-dessus, pour accélérer leur chaulfage. Au moyen de ce fourneau, une fois échauffé, il suffisait de trente minutes pour porter à la couleur rouge-cerise tous les boulets -qui y étaient placés.
Comme il s’agissait, -dans cette circonstance, d’entretenir un feu très-actif pour détruire les batteries Jlottantei de l’assiégeant,* dont nous avons parlé §. 109, les Anglais avaient établi sur les remparts de Gibraltar une batterie à boulets rouges de quati’e-vingts bouches à feu , avec deux fourneaux tels que ceux que nous venons de décrire. Il y en avait un à chaque extrémité de la batterie, et pour appro vision-
ner promptement les pièces, on avait imaginé des chariots garnis en fer, qui, roulant en arrière de la batterie, se chargeaient de . boulets rouges à une de ses extrémités, les , distribuaient en passant a chaque pièce, et en reprenaient â l’autre extrémité pour les distribuer de même au retour, et ainsi dé suite. .
En 1785, on s’occupa à Cherbourg de- ,• plusieurs questions importantes sur le tir . à boulets rouges. On constata que le boulet rouge ne se dilatait pas assez pour l’empêcher d’entrer, dans la pièce de son calibre.
On rechercha les moyens d’empêcher la chaleur du boulet, une fois logé dans la pièce, de se communiquer à la poudre, pendant un temps suffisant pour rassurer les canonniers et leur permettre de pointer avec l’attention nécessaire; et l’on reconnut que la terre glaise humectée remplissait parfaitement cet objet. On constata aussi que l’enfoncèment du boulet rouge dans le boi? est le même que celui du boulet froid, et que les'vaisseaux ne peuvent s’exposer sans danger aux feux des batteries a boulets rouges. Enfinnn s’occupa surtout des moyens les plus expéditifs pour rougir et maaoeuvrer
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les boulets. 11 fallait plus de'deux heures pour rougir sur le gril le boulet de 36 ; il ne fallait que vingt minutes pour rougir le boulet de 33, en aidant l’action du feu par un soufflet de forge. C’est au général, du génie Meusnier, rapporteur de la commission nommée pour ces expériences, et également distingué comme savant ingénieur et comme militaire, que l’on dut la construction des fours à reverbère à rougir les bouléts.
En 1794 on en construisit en Fran.ce, sur les côtes de la Méditerranée, aux batteries depuis les bouches du Rhône jusqu’à Savone, d’après le modèle de cet officier général , et ils parurent convenir parfaitement à leur usage. (Aide-mémoire d’art, p. 47^.)
Ces fours sont composés: 1.° d’un yb«r- n. xxin. neau rectangulaire de 36 pouces (98 cent) * sur 24 pouces (65 cent), où se trouve une grille pour recevoir le bois ou le charbon, avec un cendrier au-dessous ; 2." d’une chaufferie adjacente et perpendiculaire aù * fourneau, et dans laquelle on plabe lès boulets; elle a 3o pouces ( 81 cent ) de largeur, et lo pieds 6 pouces (5 mèt) de longueur. 'Le sol de cette chaufferie, divisé en
quatre sillons, est incliné vers le fourneau, et se trouve de niveau avec lui dans'sa partie la plus basse. - -
Depuis, on a apporté quelques changemens au modèle de Meusnier: ainsi les coulisses ' ne sont plus en briques, mais en barres de fer de i5 lignes de côté, appuyant sûr une arête, et ayant de à de leur longueur de pente.
Pour accélérer l’incandescence des boulets, et pour économiser le combustible, il est important de conduire le feu d’une manière uniforme. Pour cela, il faut que le bois soit débité en morceaux de 12 à i5 * pouces (5o à 4® cent) de longueur, sur 3 ' pouces (8 cent) de grosseur, au plus. On en jette dans le fourneau, en quantités égales, toutes les quatre à cinq minutes, et de manière à ce qu’il s’y tienne debout ; s’il est disposé irrégulièrement et s’il se tasse, on l’éparpille avec legrapin, pour.faire élever beaucoup de flamme.
Pour mettre le four en train , il faut chauffer pendant une heure, et pour donner ensuite au boulet de 36 la couleur rouge -cerise, il faut trente à trente,- cinq minutes. Dans ces deux espaces de temps
réunis, la consommation de bois est de i6 à i8 pieds cubes (648 3617 décimèt. cubes) de bois blanc, pin ou peuplier, en le supposant médiocrement sec.
Le chargement du fourneau pourra durer à chaque fois une minute, et son service exigera constamment deux hommes, dont l’un pour aller chercher le bois et l’autre pour le jeter dans le fourneau.
En chauffant avec du charbon, il en faut 6 quintaux (Soo^kil.), pour donner d’abord au four le degré de chaleur nécessaire, -et ensuite 12 livres (6 kil.) par heure pour l’entretenir. » *
Nous sortirions des limites de cet ouvrage, si nous entrions dans de plus longs détails sur le tir à boulets rouges; toutefois nous devons faire remarquer qu’on emploie dans ce tir un bouchon de foin sec sur la poudre, puis un bouchon de foin mouillé sur le bouchon de foin sec; on. enfonce ensuite le boulet rouge , et enfin un second bouchon mouillé; ou bien on> sépare la poudre du boulet rouge par un bouchon de terre grasse, et on place un second bouchon .semblable sur le boulet. Or, comme la poudre enflammée trouvera plus d’obstacles à
son expansiôn quand on emploîra la première de ces méthodes que quand on tirera à boulets froids; et comme-, lorsqu’on se servira du second procédé, elle trouvera encore plus de résistance que lorsqu’on emploîra le premier; il s’en suivra que les pièces auront généralement plus de recul en tirant à boulets rouges que lorsqu’on tirera à boulets froids; et plus encore' quand on se sei’vira de bouchons de terre- grasse, que quand on emploîra^ ceux de. foin mouillé. Cest une considération à laquelle il faudra avoir attention, qiiand ou déternlinera la longueur des plate -formes des bouches à feu destinées à cette espèce de tir.