‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 114 sur 189 · SCEPTICISME · texte numérisé non relu

SCEPTICISME

D'être qu'une succession d'idées (cf. 10, 43); par Kant qui, dans sa Critique de la raison pure, aboutit au même résultat en refusant toute valeur objective aux principes a priori de la raison (cf. 47, p. 33).

Les arguments du Scepticisme peuvent se ramener à quatre. 1° L'objet de la connaissance est variable (par exemple, les êtres organisés sont dans un ebangement perpétuel), en sorte que l'esprit ne peut se prendre à rien de fixe. 2° Le sujet qui connaît varie lui-même sans cesse par la santé et la maladie, par la veille et le sommeil; comment constater qu'il n'est pas le jouet d'une illusion, d'une hallucination perpétuelle ? 3° La connaissance varie comme l'objet et le sujet, parce qu'elle est relative à tous deux. On le voit par la contradiction des opinions humaines : la morale et les lois dépendent de la coutume, de l'éducation, du climat; nos prétendues sciences ne sont que des systèmes arbitraires, des hypothèses gratuites, dont les auteurs sont en contradiction les uns avec les autres. 4° Enfin l'intelligence ne peut démontrer qu'elle voit les choses telles qu'elles sont, que la pensée a une valeur objective.

La réponse que l'on fait à ces quatre arguments peut se résumer ainsi. 1° La science n'étudie que les essences et les lois (cf. 69). 2° L'esprit distingue parfaitement la veille et le sommeil ; l'objection même le prouve (cf. 41). Or, dans l'état de veille et de santé, il lie ses idées par les lois de la conscience et les principes de la raison, qui ne varient pas selon les circonstances et les individus. 3° Malgré la contradiction des opinions humaines, il y a des faits et des principes admis par tous, qui constituent le sens commun et le consentement universel (cf. 149-150). Dans les mathématiques, l'esprit humain est infaillible et ajoute à ses connaissances autérieures sans y changer jamais autre chose que la forme (cf. 214). Si, dans les sciences physiques et naturelles, il change des lois ou des définitions précédemment admises, c'est que la découverte de nouvelles données, sans infirmer les observations ou les expériences précédentes, exige des formules plus compréhensives ou plus générales. Les progrès de l'art et de l'industrie prouvent que nous connaissons réellement l'ordre de la nature : car, sans cette connaissance, nous ne pourrions faire servir ses forces à la satisfaction de nos besoins. Quant aux sciences morales, elles reposent sur la constatation de faits tout aussi évidents que les faits physiques, puisque nous ne pouvons connaître la matière ou Dieu saus nous connaître d'abord nous-mêmes. L'opposition

des systèmes s'explique par la diversité des points de vue, parce que l'un étudie une partie de la vérité et l'autre une autre. 4° Demander à l'intelligence de démontrer sa propre véracité, c'est demander une chose impossible, parce que toute démonstration implique la véracité de l'intelligence -, mais on en trouve une preuve indirecte dans le succès de nos inventions, comme nous l'avons expliqué ci-dessus.

Les causes du Scepticisme sont le spectacle de la diversité et de la mobilité des opinions, la recherche des problèmes qui dépassent la portée de notre esprit, l'abus de la spéculation, l'adoption d'un système qui explique mal l'origine de nos connaissances (cf. 59). Ses conséquences sont l'indifférence dans la spéculation et l'apathie dans la pratique (cf. i&'t).

Lire Charles, Lect. de phil., II, p. 32-37.

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