DOGMATISME. PROBABILISME
passions (cf. 155- lob). — On peut ajouter que cette maxime a son application en littérature. Quand les auteurs dramatiques veulent émouvoir la passion, ils s'adressent à l'imagination et et l'intéresseut assez par la vraisemblance pour qu'il y ait illusion. C'est la règle donnée par Boileau (Artpoét., III, 50) :
L'esprit n'est pas ému de ce qu'il ne croit pas. Dogmatisme. Probabilisme. Scepticisme.
158. En quoi consistent le Dogmatisme, le Probabilisme, le Pyrrhonisme ou Scepticisme? (4 août 1868.)
159. Qu'est-ce que la. probabilité? En quoi diffère-t-elle de la certitude? Qu'appelle-t-on Probabilisme? (3 août 187J.)
Plan. On définira la Certitude, la Probabilité, et le Doute (cf. 141). — Ces trois états de l'intelligence humaine ont donné naissance à trois systèmes. Le Dogmatisme, tel qu'il se trouve dans les écrits de Bacon, de Descartes, etc., professe que l'esprit humain peut arriver à la certitude et que la vérité a pour critérium l'évidence (cf. 146). Le Scepticisme prétend que l'esprit doit s'en tenir au doute, sans rien affirmer (cf. 160). Le Probabilisme constitue une doctrine intermédiaire d'après laquelle l'esprit ne peut atteindre dans ses jugements que {^probabilité.
Chez les anciens, le Probabilisme a été professé par Arcésilas et Carnéade, chefs de la nouvelle Académie. Ceux-ci, pour faire accepter leur thèse, attaquaient à la fois le doute des Pyrrhoniens et le critérium des Stoïciens (çavrajta xxt<x}>t,t:tut„ vision compréhensive, c'est-à-dire perception qui nous fait comprendre l'objet et dont l'évidence détermine notre assentiment). — Chez les modernes, le Probabilisme a pris diverses formes : casuistique indulgente pour le relâchement des mœurs, combattue par Pascal dans ses Provinciales; critique contemporaine plus iDgénieuse et plus brillante que solide, qui, professant que tout est changeant et relatif dans l'humanité, dénie toute autorité aux principes dans les lettres, les beaux arts et les sciences, et met au même rang la vraisemblance et la vérité; indifférence morale d'auteurs qui suivent la mode au lieu de former le goût public, et d'historiens qui se bornent à expliquer les événements sans les juger d'après les règles de la morale et du droit, ou qui, ce qui est pire, enseignent que le succès justifie tout.
Sous toutes ses formes, le Probabil isme a les mêmes défauts : en logique, il se détruit lui-même en détruisant la certitude qui est la mesure de la probabilité, comme l'unité l'est d'une fraction; en métaphysique, il anéantit la science en lui substituant Y opinion; en morale, il nous enlève la force d'âme en ôtant au devoir son caractère absolu.
Formes principales du scepticisme ancien et moderne.
160. Quelles sont les diff< 'renies formes du Scepticisme ? Les énumérer, les classer, les réduire. (23 nov. 1872.)
161. Définir le Scepticisme? Classer les arguments sur lesquels il s'appuie, et indiquer la méthode par laquelle on peut répondre à ces arguments. (15 nov. 1873.)
162. Exposer et réfuter les objections du Scepticisme contre la certitude de la connaissance humaine. (21 nov. 1868.)
163. Que peut-on répondre h l'argument sceptique tiré de la contradiction des opinions humaines ? (5 nov. 1869 ; 27 nov. 1871.)
Dissertation. Le Scepticisme est la doctrine des philosophes qui soutiennent que l'homme doit s'en tenir an doute, sans rien affirmer. Il a pris diverses formes à différentes époques. 1° Dans l'antiquité, le Scepticisme absolu a été professé par Pyrrhon (dix raisons d'époque, c'est-à-dire dix motifs de suspension du jugement), par iEnésidème (cinq tropes, c'est-à-dire cinq motifs de doute fondés sur les variations des hommes et des choses; polémique contre l'idée de cause). Dans les temps modernes, Montaigne a résumé sous une forme vive {Essais, II, xii) les arguments du Pyrrhonisme d'après Sextus Empiricus (Hypotyposes ou Institutions pyrrhoniennes, Contre les mathématiciens). 2° Pascal, dans ses Pensées, s'est servi des arguments de Montaigne pour attaquer la raison humaine au profit de la foi et de la révélation (Scepticisme thèologique). 3° Le Scepticisme relatif , qui conteste la certitude d'une partie de nos connaissances en se basant sur l'Empirisme, a été professé par Berkeley (Idéalisme, négation du monde extérieur); par Hume qui, tirant les conséquences rigoureuses de la doctrine de Locke sur les idées représentatives, nie toute causalité et réduit l'esprit à