‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 116 sur 189 · AUTORITÉ. EXAMEN · texte numérisé non relu

AUTORITÉ. EXAMEN

(cf. 146) et que toute proposition qui n'est pas claire et évidente doit être tenue pour douteuse. Il faut donc, au début de toute étude scientifique, pour débarrasser l'esprit de tout préjugé, passer en revue les opinions admises sans examen sur l'objet même de la recherebe et tenir pour douteux tout principe qui n'est pas clair et évident. En Astronomie, p. ex., il faut rejeter les apparences et ne tenir pour vrai que ce qui est démontré tel, si 1 on veut comprendre la rotation de la terre et sa révolution autour du soleil. C'est en cela que consiste le doute méthodique de Descartes, et qu'il se distingue du doute absolu.

Le doute absolu de Pyrrbon repose sur cette hypothèse que l'homme ne peut arriver à la vérité : en ce cas, la sagesse consiste dans la tranquillité d'àme (ataraxic), qui est l'indifférence dans la spéculation et l'apathie dans la pratique. Au contraire, le doute méthodique est fondé sur cette conviction que l'esprit humain arrive à la vérité quand il s'applique à discerner le certain de l'incertain, qu'il évite toute prévention et toute précipitation, et qu'il suit les règles de la méthode. C'est ce qu'ont enseigné Pascal (cf. 166), Aruauld, Fénelon, Malebranche. Arnauld dit avec justesse : « Le peu d'amour que les hommes ont de la vérité fait qu'ils ne se mettent pas en peine la plupart du temps de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux... La vraie raison place toutes choses dans le rang qui leur convient ; elle fait douter de celles qui sont douteuses, rejeter celles qui sont fausses, et reconnaître de bonne foi celles qui sont évidentes, sans s'arrêter aux vaines raisons des Pyrrhoniens (Log. de Port-Royal, 1er discours). » Fénelon explique le doute méthodique au début de la 2e partie de son Traité de l'existence de Dieu : « 11 me semble que la seule manière d'éviter toute erreur est de douter sans exception de toutes les choses dans lesquelles je ne trouverai pas une pleine assurance. » .Malebranche, dans sa Recherche de la Vérité (VI, 2e p., ch. u), applique judicieusement le doute méthodique à la Physique d'Aristote. — Au reste, il ne faut pas concevoir ce doute comme portant universellement sur toutes choses, ainsi que le fait Descartes (D. de la méthode, IV; Méditation lre) ; il va trop loin sous ce rapport, quoiqu'il fasse exception pour la religion 'D. de la méthode, III, lre règle). Il suflit de nous affranchir de tout préjugé, d'éviter cette précipitation qui se contente d'apparences, et de ne nous rendre qu'à l'évidence dans ce que nous apprenons des autres comme dans ce que nous trouvons par nous-mêmes.

Ajoutons q>.:e l'antécédent historique du doute méthodique est

l'ironie socratique, qui avait pour principe : Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. — Le doute méthodique répond aussi au vœu de Bacon qui souhaite voir un homme assez courageux pour renoncer à toutes les opinions vulgaires, pour faire table rase et pour s'appliquer à l'étude de la nature elle-même : « Nemo adhuc tanta mentis constantia et rigore inventus est, ut decreverit et sibi imposuent theorias et notiones communes penitus abolere, et intellectum abrasum et aequum ad parlicularia de integro applicare. » (Novum Organum, I, xcvn -, éd. Bouillet, t. II, p. 58.)

Remarque. Le Scepticisme rend les mêmes services que le doute méthodique s'il se borne à la critique et qu'il montre les défauts du Dogmatisme absolu. Il faut dire avec Pascal : « La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. »

166. De l'autorité en matière de philosophie. Exposer l'opinion de Pascal sur cette question. (13 nov. 1867.)

167. L'antiquité et la généralité des opinions doiventelles servir de règle à notre raison dans les sciences physiques et mathématiques? Quelle est, sur ce point, l'opiniun de Pascal exposée dans le fragment De l'autorité en matière de philosophie? (25 août 1868.)

Plan. Dans sa Préface du Traité sur le vide (préface intitulée par Bossul: De l'autorité en matière de philosophie), Pascal, conformément à la doctrine cartésienne, distingue la méthode d'autorité, applicable à la théologie seule, parce qu'elle n'admet pas d'innovations, et la méthode d'examen (expérience et raisonnement), nécessaire aux sciences physiques (comprises alors dans la philosophie), parce qu'elles ne s'augmentent que par des découvertes perpétuelles. « Les secrets de la nature sont cachés ; quoiqu'elle agisse toujours, on ne découvre pas toujours ses effets : le temps les révèle d'âge en âge, et quoique toujours égale en elle-même elle n'est pas toujours également connue... Toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement... Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance des hommes proprement. »

Démontrer que l'opinion de Pascal doit être suivie (cf. 164).

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