‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 117 sur 189 · AUTORITÉ. EXAMEN · texte numérisé non relu

AUTORITÉ. EXAMEN

Remarque. On peut rapprocher île ces pensées celles de Bacon (cf 108) ei colles de Descartes D. de la méthode, VI) : « Je m'assure que les plus passionnés de ceux qui suivent maintenant Aristote se croiraient heureux s'ils avaient autant de connaissance de la nature qu'il en a eu... Ils sont comme le lierre, qui ne tend pas à monter plus haut que les arhres qui le soutiennent, et même souvent qui redescend après qu'il est parvenu jusques à leur faîte. »

168. Expliquer cette maxime de Bacon : Veritas temporis filin, non auctoritalis. » (18 novembre 1872.)

Plan. Bacon, avant Descartes et Pascal, a travaillé à substituer l'expérience et le raisonnement à l'autorité des anciens, particulièrement d'Aristote. Il s'exprime à ce sujet dans les mêmes termes que Pascal (cf. 166) : « Homines a progressu in scientiis detinuit et fere incantavit reversntia antiquitatis, et virorum. qui inphilosophia magni habiti sunt, auctoritas... De anliquitate autera opinio, quam homines de ipsa fovent, negligens omniuo est et vix verbo ipsi congrua ; mundi enim senium et grandaevilas pro antiquitate vere habenda sunt; quœ temporibus noslris tribui debent, non juniori wlati mundi, qualis apud antiquos fuit. Auctores vero quod attinet, summz pusillanimitatis est ancloribns infinita tribuere, auctori autem auctorum, atque adeo omnis auctoritatis, Tempori, jus suum denegare. Recte enim Veritas Temporis plia dicitur, non auctoritalis. » (Novum Organum, I, lxxxiv ; éd. Bouillet, t. II, p. 45.)

Celte opinion de Bacon s'explique et se démontre exactement comme celle de Pascal (cf. 166).

Bem. I. Bacon et Pascal ont pu trouver dans Sénèque quelques-unes des idées qu'ils ont exposées sur ce sujet : « Non semel quœdam sacra traduntur. Eleusin servat quod ostendat reviseutibus. Berum natura sacra sua non simul tradit... Ex quibus aliud haec aelas, aliud quae post nos subibit, dispiciet (Quasst. nal.. VII, xxxi)... Istiqui nunquam tutelae suae fiunt, in ca re scquuntur priores, quœ adhuc quseritur ; nunquam autem invenietur, si contenti fuerimus inveutis... Qui antenosista moverunt. non domini uostri, sed duces sunt. Patet omnibus verilas, nondum est occupata : multum ex illa etiam futuris rclictum est (Epist., xxxui). »

Reu. II. Au même sujet se rattachent les pensées suivantes

de Bacon et de Descartes. 1° « Certo sciant homines arles inveniendi solidas et veras adolescere et incremenla sumere cum ipsis inventis (Bacon). » 2° « C'est quasi le même de ceux qui découvrent peu à peu la vérité dans les sciences que de ceux qui, commençant à devenir riches, ont moins de peine à faire de grandes acquisitions qu'ils n'ont eu auparavant, étant plus pauvres, à en faire de moindres (Descartes, Discours de la méthode, VI). »

Analyse. Synthèse.

169. Quels sont les différents sens des mots si souvent employés d'analyse et de synthèse ? (25 août 1869.)

Dissertation. La méthode est l'ensemble des procédés que doit suivre l'intelligence humaine pour la découverte et pour la démonstration de la vérité. Il y en a deux qu'elle est obligée d'employer, quel que soit l'objet qu'elle étudie ; ce sont V Analyse et la Synthèse. On en distingue deux espèces, selon qu'on observe ou qu'on raisonne.

i° Analyse et Synthèse expérimentales. Dans l'observation et dans l'expérience, l'Analyse décompose un objet ou un phénomène, le résout en ses éléments et ceux-ci en d'autres jusqu'à ce qu'elle parvienne à des éléments simples. La Synthèse considère les rapports de ces éléments et leur mode d'union, cherche comment les choses s'assemblent et se combinent. — Dans une fleur hermaphrodite complète, p. ex., l'Analyse distingue les éléments organiques, le calice, la corolle, les élamines, les pistils ; puis, dans l'étamine, le filet, l'antbère, le pollen ; dans le pistil, l'ovaire, le style et le stigmate. La Synthèse détermine les rapports qu'ont entre eux ces éléments, la position qu'occupent les filets des étamines (Et. monadelphes, diadelphes, polyadclphes), le nombre des étamines et leur grandeur proportionnelle (Et. didynames, tétradynames), leur point d'insertion au niveau de la base de l'ovaire ou au-dessus ou sur le pistil même (Et. hypogynes, périgynes, épigynes), etc. On arrive ainsi à connaître clairement et complètement l'ensemble et les détails. — L'Analyse implique abstraction ou division mentale, et la Synthèse, comparaison : c'est par ces deux opérations qu'en psychologie on décrit, p. ex., la perception externe. L'Analyse peut exiger une division matérielle : telle est, en chimie, la décomposition de l'eau. Elle peut n'avoir pas

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