THEORIE DE LA DISSERTATION
Objet. Méthode.
§ I. Dans ses Lettres à Lucilius* Sénèque prend pour maxime : Longum est iter pcr prœcepta, brève et efficax per exempta (La voie des préceptes est longue, celle des exemples est courte et sûre). Cette maxime s'applique aussi bien à l'étude de la Dissertation philosophique qu'à celle de la morale pratique. Nous allons donc, sans autre préambule prendre un modèle, l'analy: ser, et déduire de cette analyse 1 objet et la méthode de la" DTssertatiorr:
Sujet. Qu'est-ce que la pensée? '\ <.$uXs. .
Dissertation. « Il n'est personne qui ne sache ce qui est désigné par ce mot, et qui, en l'employant, puisse se méprendre et le rapporter à quoi il ne s'applique point. Mais si l'on sait infailliblement à quelle chose il est attaché, peut-être ne sait-on pas aussi bien ce qu'il y exprime et quelle notion il en fait prendre. Penser vient du latin pensare, qui veut dire premièrement peser, et ensuite connaître. Dans l'usage ordinaire, peser une chose, une coupe d'or, par exemple, c'est en évaluer la quantité en cherchant le rapport de son poids avec un poids pris pour terme de comparaison. Cette évaluation fournit une demi-connaissance de l'objet; pour en avoir une connaissance totale, il manque l'évaluation de la qualité, qui ne s'obtient point, il est vrai, avec la balance, mais avec la pierre de touche. Cependant, si on ne pèse point la qualité à la façon de la quantité, on la pèse à. la Japon qui lui est propre, puisque la pierre de touche en donne le rapport avec de l'or pur, qui est l'unité de qualité, comme la balance donne le rapport de la quantité avec un poids connu qui est l'unité de quantité. Avec raison donc, la partie de nous qui connaît les choses est appelée du nom même
XVf THÉORIE DE LA DISSERTATION.
de peser ou pensée, comme étant le peseur par excellence, et l'unique peseur, vu que pour les connaître elle évalue leurs propriétés, et que dans les cas où il faut des instruments, comme dans ceux où il n'en faut point, c'est elle qui seule, déterminant le rapport, les pèse effectivement. La balance et la pierre de touche ne sont qu'un moyen dont elle se sert pour apprécier de l'or; c'est elle exclusivement qui l'apprécie, qui en comprend et énonce la quantité et la qualité. A la suite de l'opération extérieure et mécanique de la mâm et des yeux, la pensée exécute une opération intérieure et naturelle où n'entrent ni le poids, ni la pierre de touche, . ni l'or, mais seulement leur représentation, qu'elle porte en soi, et qui est de deux sortes : d'abj3rdj ce soni les images de ces objets tels qu'ils s'offrent aux sens; puis derrière ces images et n'ayant rien de ressemblant avec elles, étant sans couleur, sans figure, sans étendue, ce sont les idées de quantité, de qualité, idées gênérâles, indépendantes de toute quantité et" de toute qualité particulières, mais qui conviennent à toutes et sont le poids ou l'unité véritable selon laquelle la pensée les évalue, les pèse toutes. Il en est ainsi de chaque chose ; elle est pesée ou connue par son idée. De là ces locutions usuelles, peser la conduite de quelqu'un, peser une affaire, pour dire les examiner, les considérer, les connaître parfaitement. On pèse la conduite par l'idée du devoir, une affaire par l'idée de l'utile. Les diverses sciences ne sont n;ue les évaluations- des "objets, que notre pensée, afin de les connaître, "pèse au poids 71 es idées. Ette y pèse l'univers, s'y pèse elle-même et y pèse Dieu. Ave.ç les Jclées constituant son fonds, elle pèse l'univers ; mais, connue ces idées je sont point leur propjrè^unitéj qui ne se trouve que dans les idées r.nnsTTtuant la pensée divine, desquelles elles dépendent, c'est avec celles-r,i;qni sont l'unité essentielle «t. absolu**, qu'elle se pèse et pè~ge"Dieû~
» C'est pourquoi, sans les idées qui font la pensée divine, par conséquent sans la penséo divine elle-même,