‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 14 sur 189 · MÉTHODE. XVII · texte numérisé non relu

MÉTHODE. XVII

rien ne serait connu, puisque la pensée humaine ne pourrait s'évaluer faute d'unité, ni dès lors être unité elle-même pour évaluer les autres choses. Que dis-je, rien ne serait connu? rien ne subsisterait ni ne serait possible ; car ce qu'il y a de réel dans la possibilité de quoi que ce soit n'est que cette évaluation éternellement faite par la pensée divine, contemplant éternellement ses idées; et cette évaluation, qui, d'être idéal inhérent à la pensée divine, est devenue, par la création, être à part ou substance, est ce qu'il y a dans l'existence de réel. Soit esprit, soit corps, dans l'existence comme dans la possibilité, tout, à sa manière, est évaluable, tout est rapport; ce qui ne le serait point serait le néant, seul dénué de propriétés, seul sans poids et insaisissable à la pensée, qui ne saurait dire de lui que ce qu'il n'est point et renoncer qu'en employant les propriétés de l'être qu'elle lui dénie; car le mot néant signifie, qui n'a rien de ce qui se trouve dans les choses. Mais s'il n'y a que le réel qui puisse être pensé, et s'il n'y a de réel que ce qui est pensé, sinon par nous, au moins par Dieu, la pensée est donc la réalité primitive et souveraine et la cause première de toutes les autres réalités. S'entendent-ils ceux qui, comme Leucippe, Démocrite, Épicure, Straton, d'Holbach, Destutt de Tracy, posant d'abord la matière, prétendent en tirer l'univers et la pensée? prétention absurde s'il n'en fut jamais, qui établit l'impossible et l'inconcevable pour principe de l'intelligence et de l'être!

» On demande quelquefois si les animaux pensent, et certaines gens n'hésitent pas à l'affirmer. En ce cas, les animaux ont des représentations différenTes- des images qu'excitent les impressions sensibles, je veux dire, des idées avec lesquelles ils" pèsent les corpsTles esprits, évaluent leurs propriétés,- et sont physiciens, astronomes, "mathénmticiensTHmbralistes, théologiens, philosophes; car si, cà un degré quelconque, ils ne sont rien de cela, ils ne pensent point. Qui cependant oserait soutenir que chez eux se rencontre quelque chose de

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