‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 131 sur 189 · OBSERVATION. EXPÉRIMENTATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION. EXPÉRIMENTATION

1° L'observation consiste à considérer attentivement et à distinguer par un examen approfondi les caractères essentiels des objets ou les conditions déterminantes îles phénomènes. Elle emploie l'analyse pour décomposer les objets ou les phénomènes en leurs éléments; et la synthèse pour saisir les rapports de ces éléments et leur mode d'union. L'expérience fait [ilus : elle provoque artificiellement la production d'un phénomène ou elle en modifie les conditions pour en rendre l'étude plus facile ou plus féconde (cf. 200).

2° La classification naturelle résume et coordonne les propriétés générales et les caractères essentiels des objets (cf. 201).

3° L'induction et le raisonnement par analogie ramènent la multiplicité des phénomènes particuliers à des lois, propositions générales énonçant les conditions définies qui déterminent nvariablement la production d'un phénomène (cf. 206). - 4° L'hypothèse supplée à l'induction et à l'analogie quand ces deux procédés ne donnent pas de résultats certains; elle indique la direction à suivre dans les observations et les expériences et conduit souvent à des découvertes (cf. 209).

5° La déduction tire les conséquences et les applications des lois découvertes par l'induction et l'analogie. Elle constitue un procédé intégrant des sciences positives (cf. 205), toutes les fois que les données peuvent être soumises au calcul comme dans la physique mathématique (chaleur, son, lumière, etc.).

Observation. Expérimentation.

200. Distinguer l'observation cb X expérimentation. (14 novembre 1866.)

Dissertation. Le premier devoir de la méthode expérimentale est de s'appliquer à connaître deux choses : 1° les qualités des objets telles qu'elles nous apparaissent par les sensations qu'ils produisent eu nous; 2° les actions que les objets exercent les uns sur les autres. Elle y arrive par l'observation et par l'expérimentation.

L'observation consiste à considérer attentivement et à distinguer par un examen approfondi les caractères essentiels des objets ou les circonstances déterminantes des phénomènes, soit qu'on les découvre fortuitement comme cela arrive dans l'apparition des étoiles filantes et la chute des aérolithes, soit qu'on les recherche en vertu d'une idée préconçue, comme

le fait un astronome qui détermine l'ascension droite et la déclinaison d'un astre, ou un botaniste qui étudie la structure des organes d'un végétal. Ici on emploie l'analyse pour décomposer les objets ou les pbénomènes en leurs éléments, et la synthèse pour saisir les rapports de ces éléments et leur mode d'union 'cf. 169).

On doit dans l'observation se conformer aux règles suivantes : 1° Voir les faits tels qu'ils sont, sans y rien ajouter, sans en rien retraueber, en écartant ce qui est étranger ; 2° Ne pas observer au liasard, s'attacher d'abord aux faits les plus saillants et procéder avec ordre dans leur étude ; 3° Ne s'arrêter dans l'analyse qu'aux éléments indivisibles ; 4° Noter exactement le nombre des éléments, leurs caractères et leur ordre; 5° Chercher à obtenir des évaluations précises, si c'est une quantité appréciable, en notant exactement le temps, la grandeur, le poids et le nombre ; 6° Regarder les perceptions acquises comme simplement probables, pour éviter les erreurs où elies nous jettent quand nous ignorons une loi de la nature (cf. 152} ; 7° Corriger l'imperfection des organes par le soin de les maintenir dans un état sain, par l'exercice, parla pratique des préceptes techniques, enfin par l'emploi des instruments. Ce dernier point est de la plus grande importance. C'est par la découverte de nouveaux instruments autant que par l'usage d'une bonne méthode que les sciences positives ont fait des progrès si rapides dans les temps modernes. Dans l'astronomie expérimentale, p. ex., le télescope a fait reconnaître que la voie lactée est composée d'une multitude d'étoiles, et le spectroscope a permis de déterminer la nature chimique des corps qui constituent les atmosphères lumineuses des astres ; dans la physique, chaque théorie n'a été établie qu'à l'aide d'instruments spéciaux, pendule, thermomètre, baromètre, électro- , pile, verres concaves et convexes, etc. Dans la chimie, on n'est arrivé à l'analyse quantitative qu'à l'aide de la balance; enfin, dans la physiologie, on a reconnu de nos qu'on ne peut faire d'observations vraiment scient i qu'en empruntant à la physique et à la chimie leurs instruments ou en en créant de nouveaux. Après les instruments, rien ne sert plus à rendre les observations faciles et fécondes que les collections de minéralogie, de botanique et de zoologie qui permettent d'établir des comparaisons; sans elles, il eût été impossible de fonder dans notre siècle l'analomie et la physiologie comparées.

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