‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 179 sur 189 · JUSTICE. CHARITÉ · texte numérisé non relu

JUSTICE. CHARITÉ

La justice consiste à traiter chacun selon son droit. Elle se ormule en deux maximes. La première est : Ne faire tort à wrsonne {Neminem l&dere, nemini nocere), c'est-à-dire resbeter les droits de nos semblables, leur vie et leur personne sauf le cas de légitime défense), leur liberté sous toutes ses ormes, leur honneur, leurs biens et leur travail (cf. 267). La seconde est : Rendre à chacun le sien (Suum cuique tribuere). ^ette maxime s'entend en deux sens. Dans le premier sens, tonner à chacun le sien est indépendant de la qualité des personnes : p. ex., on doit rembourser à un créancier la somme ju'on lui a empruntée, sans examiner s'il est bon ou méchant, 'iche ou pauvre, etc.; c'est la justice commutative, au point de me de laquelle tous les hommes sont égaux. Dans le second ;ens, dunner à chacun le sien est proportionné à la valeur des )ersouncs : p. ex., on doit rémunérer les services d'une personne selon sa capacité et son travail ; c'est la justice distrimtive. Lorsqu'on l'applique à la sanction des lois positives, ;lle est la dispensation des peines et des récompenses suivant e mérite et le démérite. — On voit que les devoirs de lajusice sont négatifs quand ils consistent à respecter les droits de ios semblables, et positifs, quand ils consistent dans l'accomplissement de certains actes ou l'exécution de certaines conlitions, soit en vertu d'une obligation naturelle, comme l'exerice du pouvoir paternel, soit eu vertu d'un engagement olonlaire, comme un contrat. Cette distinction est méconnue ans beaucoup de traités de morale qui n'attribuent à la justice ue des devoirs négatifs, c'est-à-dire des devoirs d'abstention. La charité, nommée aussi bienveillance, bienfaisance, phi- ■uithropie, consiste à aider nos semblables par tous les moyens '.ont nous disposons, c'esl-à-dire par nos facultés et par nos 'eus. Elle est aussi obligatoire que la justice, mais ses devoirs ont indéterminés (cf. 204; : témoigner notre sympathie aux flligés, relever leur courage ou leur inspirer la résignation; clairer ceux qui nous entourent, les guérir de leurs erreurs et e leurs préjugés; leur rendre des services effectifs en leur pnsacrant un peu de notre activité ; enfin, dans certains cas, i nos ressources nous le permettent, leur donner des secours éenniaires. Cette dernière manière d'obliger nos semblables ;t d'un usage limité et difficile, tandis que dans toute condion on peut toujours rendre quelque service, si l'on consulte m cœur et sa raison. La charité est fondée sur la fraternité, 'csl-à-dire sur ce principe que tous les hommes tenant PH1L. lév 13

do Dieu leur existence et leurs facul tés, ayant les mêmes devoirs et les mêmes droits, doivent éprouver les uns pour les autres une affection fraternelle et se prêter un mutuel concours pour atteindre la perfection dont leur nature est susceptible.

Si l'on compare les devoirs de justice et ceux de charité, on voit que les premiers correspondent à des droits et que leur accomplissement peut être exigé par une coercition juridique, tandis que les seconds ne correspondent à aucun droit dans celui qui en est l'objet, et que leur accomplissement ne relève que de notre conscience. Cependant l'union de la justice et de la ebarité est indispensable à la société pour atteindre sa fin, à cause de la solidarité qui existe entre tous ses membres. Pour qu'un État soit bien organisé, il faut que les citoyens se prêtent une assistance mutuelle et se dévouent les uns pour les autres, cbacundansla spbère de son activité. 11 offre ainsi l'image du dévouement auquel les bommes sont naturellement portés parles affections de la famille et par l'amitié.

On peut résumer les devoirs de la justice et de la charité dans ces deux maximes de l'Évangile, maximes qui les indiquent sans les préciser ni les expliquer : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fit. » La meilleure formule de la charité est : « Aimez votre prochain comme vous-mêmes. »

Lire Janet, Élém. de morale, ch. XVII ; Douillet, D. des sciences, art. Justice, Charité, Fraternité, Amitié.

299. Définir par des analyses et des exemples Injustice, l'équité, la. probité, la charité, la vertu. (27 juillet 187-4.)

Remarque. Cette question rentre dans la précédente. Il suffit d'y ajouter les définitions suivantes. — 1° Quand on compare le Droit naturel au Droit positif, on distingue la justice de l'équité : on entend alors par justice l'observation de la Loi ! écrite-, et par équité, l'observation des principes du Droit na-ii turel et de la Morale, en vertu desquels nous traitons nos seul- lt blables d'après les règles de l'égalité. — 2° La probité est» l'exactitude à remplir les devoirs de la vie civile, la fidélité ! à la Loi écrite. Elle s'appelle intégrité, quand elle repousses les sollicitations de l'intérêt ou de la passion. — 3° La vertu est m l'habitude de remplir généralement tous ses devoirs (cf. 279); r par conséquent, elle embrasse l& justice et la charité.

Lire Douillet, D. des sciences, art. Justice.

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