‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 40 sur 189 · Explication d'une maxime · texte numérisé non relu

Explication d'une maxime

§ VIII. Expliquer une maxime ou une pensée, c'est on interpréter le sens en la rapportant à la théorie dont elle forme une expression concise.

Soit, par exemple, la maxime, Suivre la nature. Dans la morale épicurienne, elle signifie, Rechercher le plaisir et fuir la douleur ; dans la morale stoïcienne, Obé'.rà la raison (§ 263, p. 2o0); dans une doctrine plus complète, elle équivaut à cetle formule : Le bien naturel de l'âme est le développement régulier et harmonieux de ses facultés (§ 254, p. 238).

Soit encore la maxime si souvent citée par les anciens, Connais-toi toi-même. Examinons quelle place elle tient dans l'histoire de la philosophie.

Sujet. Comment faut-il entendre cette maxime^ Connais-toi toi-même?

Plan. La maxime Connais-toi toi-même est souvent citée par les anciens. Il est intéressant pour l'histoire de la philosophie d'examiner les diverses applications qu'ils en ont faites.

Xénophon, dans ses Mémoires sur Socrate (IV, n), borne la valeur de cette maxime à la morale et à la pratique. « Celui qui veut se connaître doit s'examiner sur toutes les facultés nécessaires à l'homme pour remplir ses devoirs... Celui qui se connaît sait ce qui lui est utile, ce que ses forces peuvent supporter, ce qu'elles refusent1. Mais celui qui ne se connaît pas abuse de ses facultés ; il ne sait pas mieux juger les autres hommes qu'il ne se juge lui-même2. »

Platon au contraire, dans le premier Alcibiade, donne à la même maxime une valeur spéculative aussi bien qu'une valeur morale. « Celui qui nous ordonne de nous connaître nous-mêmes nous ordonne de connaître notre

1. Sumite matériau) vestris, qui sciibitis, a'quam Viribus, etversate diu quid ferre récusent,

Quid valeant trameri. Horace.

2. Lucien, dans ses Dialogues des moits, cite souvent cette maxime en ce sens. Quelquefois il la ramène à celle-ci : Souviens-toi que tu es homme.

EXPLICATION D'UNE MAXIME. *Lin

me. » Quel procédé employer pour la connaître? 11 faut ue l'âme s'étudie dans l'âme (c'est le propre de la psyhologie), et dans cette partie de l'âme où réside toute sa ïrtu qui est la sagesse, condition du bonheur (c'est le .rincipe de la morale). Enfin, il faut aussi que l'âme ait 'œil fixé sur la lumière divine, qu'elle s'élève à la con- .emplation de Dieu dont elle tient son essence et sa per- 'ection (c'est le point de vue de la métaphysique)1.

Plotin a formulé avec la rigueur de la philosophie moierne l'importance de cette maxime pour la spéculation philosophique : « Qu'y a-t-il qui mérite mieux d'être examiné et traité avec soin que ce qui concerne l'âme? L'étude de l'âme a, entre autres avantages, celui de nous faire connaître deux espèces de choses, celles dont elle est le principe et celles dont elle procède elle-même. C'est en nous livrant à cet examen que nous obéirons au précepte divin qui nous prescrit de nous connaître nous-mêmes. Enfin, avant de chercher à découvrir et à comprendre le reste, il est ajuste que nous nous appliquions d'abord à connaître lana- Iture du principe qui fait ces recherches. » (Ennéade IV, Questions sur l'âme; trad. Bouillet, t. III, p. 261 .)

Développée par saint Augustin2, la pensée de Plotin a été formulée par Bossuet dans cette définition célèbre : « La sagesse consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même. La connaissance de nous-mêmes nous doit élever à la connaissance de Dieu. » C'est là la vraie méthode delà métaphysique (§ 128, p. 108; § 224, p. 191 ;

1. La théorie de Platon a été développée par Porphyre {Imité sur le vrécevîe : Connais-toi toi-même; cf. Bouillet, Ennêades'd» Ptofi*, t. 11, D 615-618) et par Proclus {Commentaire sur le premier Alcibmde, publié par V. Cousin. MDCCCLX1V). .

2 « Philosophie duplex quœstio est : una de anima, altéra de Deo. Prima efficit ut oosmetipsos noverimus, altéra ut originem nostram : illa nobis dulcior, ista carior; illa nos dignos beata vita, beatos hœc tacit. Prima est illa discentibus, ista jam doctis. Hic est ordo studiorum sa- Dieutiae per quem lit quisque i.loneus ad intelligeudum ordmeni reruin, îd est ad diçnoscendos duos mundos et ipsum parentem universitatis. » (De Ordine, U, 18.)

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