LES FORGES
A Seraing, on a, à côté de la fonderie, un laminoir et une petite forge, et, beaucoup plus loin, un système de forges appelé la grande forge.
a) LE LAMINOIR.
853. Parties organiques de cet atelier à Seraing (en 1870). — Ces parties sont : 1° neuf fours à réchauffer de la forme ordinaire, mais
— ■ PROCÉDÉ BESSEMER
plus grands et à une porte d'une largeur proportionnée à celle des pièces à réchauffer : deux de ces fours servent pour les bandages(') : tous chauffent des chaudières couchées au-dessus d'eux, de sorte que les flammes perdues donnent au moins la vapeur nécessaire au service des machines motrices et des marteaux ; 2" une machine de 150 chevaux qui active, à gauche, les deux équipages ou trains partiels d'un laminoir à bandages et, à droite, un gros train ordinaire pour rails, liges de pistons, arbres moteurs, etc. ; 3° un petit train avec sa machine ; i" une petite machine à vapeur d'environ 10 chevaux qui fait tourner les arbres inférieurs du laminoir à bandages ; 5° trois marteaux-pilons à soupapes ($ 246), dont un de IS, un de 4 et un de 3 tonnes («) : le marteau de IS tonnes remplace un marteau Farcot de 8 tonnes qu'on avait autrefois et qui exigeait des réparations trop fréquentes : les deux premiers s'emploient pour de grosses pièces et pour picoter (percer) les gâteaux à bandages : ils servent aussi, le premier, à souder les bandages enroulés et dans ce cas on le munit d'un appareil d'Arbel, le second, à battre ou cingler les lingots destinés à être transformés en rails : le marteau de trois tonnes s'emploie pour forger les essieux et pour corner (marteler latéralement ou dans le sens de l'axe) les gâteaux à bandages picotés ; 6» une scie circulaire à vapeur et d'autres accessoires.
Le laminage des métaux Bessemer peut s'effectuer comme celui du fer et dans les mêmes cylindres, mais le chauffage et le martelage, exige'nt des soins particuliers.
834. Les fours. — La température de l'acier doit être élevée lentement et graduellement pour que l'intérieur des blocs s'échauffe autant que la surface et qu'on puisse saisir le moment favorable au forgeage. Si la température était inégale et que l'on procédât au forgeage, la surface paraissant assez chaude, le bloc, forcé de s'étendre davantage à l'extérieur qu'à l'intérieur, se déchirerait ou se fendillerait. Une chaleur trop forte rendrait l'acier tout à fait cassant sous le marteau.
Pour élever la température d'une manière convenable, on ne charge les blocs que lorsque la chaleur du four est le rouge sombre presqu'obscur, et l'on veille à ce que l'acier ne dépasse pas le rouge modéré, c'est-à-dire, n'atteigne pas le rouge jaune clair.
Bien que les fours Siemens permissent de remplir le mieux ces diverses conditions, cependant on se sert encore à Seraing de fours qui
(') On a i:>mplacé ces deux fours, l'un, par un four Ponsard (§ lU), et l'autre, par un four Bicheroux (§ 143). H. V.
(2) On a maintenant six marteaux-pilons à soupapes, respectivement de 15000, 13000 7800, 6S0O, mo et 4000 kilog. H. V.
ne se distinguent essentiellement des fours à réchauffer ordinaires que parce qu'on donne au pont de chauffe une hauteur de 10 à pouces anglais, selon la manière dont ils fonctionnent. Plusieurs marchent au vent forcé.
Le mieux serait de ne charger dans chaque four qu'un bloc de 500 k. On en met deux par raison d'économie. Après l'extraction des blocs, on laisse le fourneau se refroidir avant d'y introduire une nouvelle charge. A cet effet, la porte reste ouverte et l'on débouche un trou d'air placé à côté du pont de chauffe. Le chargement fait, on referme la porte, ainsi que le trou d'air. En général, on chauffe par 12 heures 8, S tonnes de métal pour rails et d'autres gros fers, et la durée d'une chaude est de 2 heures, comme pour les gros fers. On gagne du temps parce que l'acier n'a pas besoin d'une chaude aussi intense que le fer, mais on en perd parce que, au commencement de la chaude, l'acier exige des ménagements, au lieu que le fer supporte l'application brusque d'une vive chaleur, et ces deux effets contraires se balancent. Le forgeage proprement dit des deux blocs, à raison de 30 coups de marteau par minute, ne dure que 10 minutes, mais le travail entier, en y comprenant les transports, exige 2S minutes. Par conséquent, un marteau pourrait à la rigueur desservir 4 fours, cependant on n'en met que 3. Consommation : 250 k. de charbon tout venant pour 1000 d'acier; le fer exigerait 425 k. de houille en gaillettcs.
853. Des marteaux. — Parmi les appareils de percussion et de compression employés pour le travail préparatoire et l'étirage de l'acier Bessemer, celui dont on se sert généralement est le marteau-pilon. Dans les usines de premier rang, qui fabriquent des pièces de dimensions colossales, on remarque des marteaux-pilons de poids énormes. Krupp, d'Essen, qui, en 1867, a exposé à Paris un bloc d'acier fondu pesant 40 tonnes (') et destiné à former l'axe d'un grand bateau à vapeur, emploie pour le forgeage de blocs aussi considérables un marteau-pilon de 50 tonnes et il manœuvre avec facilité ces pièces lourdes à l'aide de grues à vapeur.
L'appareil monté dans l'usine récente de MM. Bessemer et fils, à Eastgreenwich, près de Londres, doit avoir également des proportions gigantesques, à en juger par le poids de la chabotte qui a été coulée en fonte avec 4 pour 100 de métal Bessemer, en octobre 1865 (Ding., t. 178, p. 32Ô). Ce poids est de 205 tonnes. Les cubilots, au nombre de deux, dans lesquels cette masse de métal a été fondue, sont construits
(') En 18d1, un bloc d'acier fondu de -iîiOO livres de Vienne, exposé à Londres par le même, excita l'admiration générale et contribua essentiellement à lui faire décerner la seule grande médaille disponible pour l'acier fondu,
SECTION IV. PROCÉDÉ BESSEMER
selon le système breveté d'Ireland et fils, décrit à l'article refonte du fer cru (v. le Supplément au Traité de la fabrication de la fonte) ; ils fondent l'un et l'autre 13 tonnes de métal à l'heure et consomment 6 de coke pour 100 de fonte. La masse liquide fut versée dans le moule par quantités d'environ 4 tonnes, chaque fois au bout de 20 minutes, de sorte que toute l'opération fut achevée en 10 heures de temps, y compris 2 heures de repos. Le bloc, qui a exigé environ six semaines de temps pour se refroidir complètement, sert, à l'endroit même oîi il a été coulé, de chabotte pour un marteau-pilon destiné à travailler l'acier Bessemer.
. La grande fabrique d'acier fondu de Bochum, en Westphalie, qui produit de gros canons en acier et d'autres pièces considérables, a monté récemment un marteau à vapeur de 4-0 tonnes, construit pour utiliser la pression de la vapeur sur la face supérieure du piston, d'après le système de Farcot. L'emploi de la vapeur au-dessus du piston ne produit pas le même effet qu'une augmentation extraordinaire du poids du marteau, car les coups violents ou précipités exercent une action relativement faible sur les parties intérieures des blocs. Aussi, l'utilisation de la vapeur dans le sens indiqué ne paraît guère présenter d'autres avantages essentiels que celui de permettre une diminution dans la levée du marteau. Par contre, il paraît que ces marteaux sont plus sujets à se détraquer que les autres, et exigent des réparations fréquentes par la rupture des tiges.
Le prix onéreux des grands marteaux à vapeur tient à la fondation et principalement aux lourdes chabottes, dont le poids s'élève de 10 à 30 fois celui du marteau. Le plus souvent le coût de la fondation et de la chabotte dépasse celui du marteau proprement dit. En outre, la fondation transmet les secousses à l'assise du marteau (Hamerstellung) et à la machinerie reliée à celle-ci, de sorte que certaines parties de cette machinerie exigent souvent des réparations. Ce sont principalement les tiges de piston qui ont à souffrir et pour cette raison sont de courte durée. Enfin, les ébranlements de la fondation se communiquent au sol environnant, nuisent aux autres machines-ouvrières voisines, aux murs rapprochés, etc., et peuvent rendre les pièces à forger difficiles à manœuvrer. Voilà pourquoi on fait reposer la chabotte aussi bien que le bâtis du marteau (Hammergerust) immédiatement sur des supports en bois assez élastiques pour adoucir les chocs ; mais à cet égard, il ne faut pas dépasser certaines limites, car un excès d'élasticité donne lieu à des soubresauts (Bolstern) qui, non-seulement affaiblissent trop les chocs et, par conséquent, contrarient le but qu'on a en vue, mais rendent, en outre, le travail du forgeron très-pénible. Des lits superposés
de bois, dont les fibres sont placées horizontalement, peuvent faire tomber dans cet excès, tandis qu'il est toujours utile de faire reposer la chabotte immédiatement sur un bloc de bois placé debout sur le roc (auf Fclsengrund) ou sur la terre vierge, que ce bloc soit d'une ou de plusieurs pièces solidement reliées entr'elles.
Dans les usines de second rang, où l'on se contente de fabriquer des pièces de consommation plus courante, telles que les rails, les bandages, les essieux, les tiges de piston et les tôles, on emploie des marteauxpilons du poids de 7 1/2 à 12 1/2 tonnes.
Pour l'acier, il faut un marteau puissant et une enclume étroite. Plus on hache l'acier, meilleur il devient. Le contraire a lieu pour le fer : celui-ci exige un marteau d'une force déterminée, incapable de l'écraser, mais suffisante pour le souder, et une enclume large. Trop faible, il n'atteint pas le cœur, de sorte que les parties extérieures de la pièce s'allongent seules, en laissant une excavation aux deux bouts de celle-ci ; trop fort, il broie le fer et en expulse le noyau au-delà des parties extérieures : le marteau a la puissance nécessaire et suffisante, lorsque les extrémités de la pièce ne présentent après le forgeage ni excavation, ni protubérance.
L'acier peut présenter trois espèces de soufflures, caractérisées par des surfaces intérieures blanche, bleue et noire. Un marteau assez puissant fait disparaître les deux premières, en les soudant, mais laisse les dernières, dues probablement au soufre.
856. Marteau horizontal de Ramsbottom. — Lorsqu'on fait agir le marteau ordinaire sur un gros lingot en métal dur, la compression due au choc ne se transmet qu'à une faible distance. La zone directement frappée subit l'étirage, tandis que le centre du lingot reste intact. Il n'y a plus d'homogénéité, partant la ténacité moyenne baisse. Pour atténuer ce défaut et éviter en même temps les autres inconvénients susmentionnés des marteaux verticaux, J. Ramsbottom, à Crewe, en Angleterre, a construit un marteau à vapeur horizontal, dans lequel on n'utilise pas la pesanteur, mais seulement la force de la vapeur. Au lieu d'un marteau tombant sur une enclume, on a ici deux chariots qui courent l'un contre l'autre sur des rails et qui présentent l'un et l'autre un corps massif en fer dans lequel se trouve insérée une tète de marteau par un assemblage en queue d'hironde. Par conséquent, les deux tètes de marteau viennent de côtés opposés frapper simultanément la pièce placée au milieu sur un petit truck qui peut se mouvoir dans les trois sens, sous la main du forgeur, pendant l'intervalle des chocs. Cet appareil, décrit par André (Zeitschrift, etc., in dem preussischen Staate, t. 13, 1" livraison), d'après le recueil des brevets, utilise toute la force
SECTION IV. PROCÉDÉ BESSEMER
(lu choc, tandis qu'une grande partie de l'effet produit par les marteaux ordinaires est absorbée par l'enclume, ou plutôt la chabotte et la fondalion. A la vérité, ces marteaux consomment plus de vapeur que les marteaux verticaux, mais ils exigent un personnel d'ouvriers moindre, font au moins le même travail en un temps donné et ne sont pas sujets à des réparations aussi fréquentes (?). On trouve de ces marteaux à Crewe, à Barrow, à Ebben-Vale et dans plusieurs autres usines anglaises. L'un et l'autre blocs percuttants pèsent séparément 10 à 30 tonnes, et on emploie ces marteaux pour forger des blocs d'acier fondu, de grosses pièces de machines, etc.
857. Presse à forger de Haswell. — Bien que les presses hydrauliques, naturellement exemptes des inconvénients qui, dans l'emploi des marteaux à vapeur, résultent des chocs violents, ne paraissent, ni assez puissantes pour l'étirage des blocs d'acier Bessemer, ni asssez énergiques, même pour le dégrossissage des bandages de roues, et conviennent le mieux pour certains articles à presser dans des étampes, cependant je vais en rapporter une description succincte d'après le journal Gewerbeblatt fuer Hessen, n» 43, octobre 1866, afin de mieux faire ressortir les inconvénients des marteaux.
Le marteau-pilon est reconnu comme très-avantageux pour le forgeage de grandes masses de fer. Il convient le mieux pour réunir successivement des parties isolées en un tout considérable, une grande partie de la force étant transmise par cet outil sur les surfaces de contact des morceaux à souder entre eux. Mais ce marteau n'est guère convenable pour le forgeage de grandes masses d'acier fondu. Le forgeage de l'arbre d'une machine de vaisseau de 20" de diamètre et de 50' de long, par exemple, exige une barre solide d'acier de 3' carrés de section et de 8' de long. Une barre pareille opposerait l'inertie de sa masse, comme une enclume, au moment du marteau tombant et ne serait guère influencée par le coup. Pour atteindre le milieu d'une masse pareille avec une force capable de produire un allongement, l'effet du coup doit être transmis à travers 18" d'acier solide; les éléments de cette masse intermédiaire doivent passer de l'état de repos à la vitesse que le marteau a acquise en tombant. C'est à quoi l'inertie de la masse fait obstacle : la force se trouve absorbée avant d'atteindre le milieu. La pratique montre que, si le marteau n'a pas un poids énorme, la partie extérieure de la masse est seule allongée, et de là résulte, ou bien que la partie centrale se disloque, ou que la partie extérieure glisse sur elle, de sorte qu'il se forme une espèce de bassin profond ou d'excavation à l'extrémité de l'arbre. Par conséquent, le travail de gran- (na^?es d'acier fondu exige la substitution d'une pression continue
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OU Statique au choc subit du marteau-pilon. En 1856, Bessemer se fit breveter l'application de la pression hydraulique à cette fin, mais l'affaire n'eut guère de suite à cette époque Plus tard Haswell, de Vienne, en Autriche, reprit le sujet, et il obtint des résultats tellement favorables que l'attention de Bessemer fut ramenée sur sa première invention.
Mais la presse hydraulique, d'après la construction ordinaire, n'est qu'un accumulateur de petits accroissements de force, dont l'efficacité est énorme lorsqu'il agit sur de petites distances, condition qui n'est pas appropriée au travail d'un métal chaud dont l'élaboration doit se faire avant qu'il ait perdu sa chaleur par rayonnement ou par le contact de l'enclume. C'est pour cette raison que Bessemer a construit une presse très-puissante, qui travaille rapidement, de sorte que les pressions peuvent se succéder aussi vite que les coups d'un marteau-pilon. Cette presse se compose d'une cage en fonte analogue à celle d'un laminoir et munie, à la partie supérieure, d'une vis de rappel (de position, Stellschraube) en acier, destinée à mettre dans la position requise la matrice supérieure qui représente l'enclume (dcn fcsten Hammcr). A la partie inférieure de la cage en fonte se trouve un cylindre hydraulique de 24" de diamètre intérieur (Bohrung) et de 3'' de hauteur (Ilub). Le piston de ce cylindre (Kolhen) porte le marteau (enclume mobile). De la partie inférieure du cylindre, un tuyau conduit à une pompe foulante (Druckpumpe), avec piston plongeur d'une grandeur et d'une levée considérables, qui fournit toute l'eau nécessaire pour élever le piston susmentionné de 3". Le piston plongeur, activé par une forte machine à vapeur, fait monter ou descendre rapidement et avec une force énorme le piston hydraulique. Si, par exemple, le piston se meut de 2 1/2" et que la pièce d'acier fondu remplisse 2" de l'espace entre l'enclume et le marteau, elle sera comprimée de 1/2", lorsque le piston hydraulique montera, mais le piston plongeur n'éprouvera de résistance que dans le dernier cinquième de son mouvement d'aller et il n'en éprouvera aucune dans son mouvement de retour. Voilà pourquoi la machine à vapeur qui l'active doit avoir un fort volant qui j)uissc emmagasiner la force et la céder pendant un dixième de la course totale du piston. La vis de rappel qui règle la position du marteau, porte un contre-poids, de sorte que deux hommes peuvent la manœuvrer facilement, et le marteau peut être placé de telle manière qu'on puisse travailler un arbre ou une barre aussi exactement que dans un laminoir.
Il a été prouvé qu'une charge de 120 à 180 quintaux par pouce carré anglais suffit pour comprimer l'acier fondu chauffe au rouge. L'action
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de la presse hydraulique ne s'exerce pas seulement à la surface, mais bien à travers toute la masse et avec une uniformité que le marteaupilon ne permet pas d'atteindre. C'est ce que l'on constata au moyen de l'expérience suivante : un cylindre chaud d'acier de 2 pieds de long et de 8 pouces de diamètre soumis à l'action de la presse hydraulique, se gonfla au milieu comme un ressort en caoutchouc ; sous le marteaupilon, un cylindre pareil s'élargirait à l'extrémité supérieure et un peu à l'extrémité inférieure, tandis que le milieu ne serait presque pas altéré. On voit que le marteau double lui-même n'empêche pas l'étirage inégal, car il produirait plutôt un renflement aux deux extrémités qu'au milieu. La presse travaille sans bruit ni secousse et elle n'exige pas de fondations dispendieuses. Consultez : Dingler, t. 178 et Armengaud. Génie industriel, 1865.
Malgré leurs avantages dans certains cas particuliers, les presses de Haswell sont peu répandues : on leur reproche de manquer de l'énergie nécessaire pour l'acier.
888. Composition de l'atelier aux bandages. — Il ne peut être question ici que des bandages sans soudure fabriqués d'après la méthode de MM. Petin, Gaudet et Ci", qui présente sur les méthodes suivies anciennement les avantages de ne pas donner de bouts, de supprimer les opérations du cintrage et du soudage, d'être plus économique et de procurer des produits d'une supériorité incontestable. On fabrique des bandages sans soudure au laminoir d'Ougrée et à l'usine Bessemer de Seraing. A Ougrée, l'atelier à bandages se compose de quatre fours à réchauff'er, de deux marteaux-pilons, de deux laminoirs à bandages, d'une machine à calibrer et de tous les accessoires au service de ces fours et de ces machines, tels que grues, etc. A Seraing, on a, indépendamment des fours, des laminoirs, etc., trois marteaux-pilons' dont la puissance a été indiquée. Ici nous aurons principalement égard aux modes de fabrication adoptés dans la dernière usine.
8S9. Appareil à enrouler les barres plates de fer à fins grains destinées à la confection des bandages dits sans soudure de MM. Petin et Gaudet. — Cet appareil, employé à Seraing pour les bandages en fer à fins grains, se trouve réprésenté pl. 39, fig- 3 à 6. Fig. 3, plan. Fig. k, coupe suivant la ligne AB du plan. Fig. 5, croquis du système moteur en élévation.
Nous supposons l'appareil annexé à un gros train de laminoir ordinaire, a, fig. 3 et S, arbre du train : il est terminé par le pignon conique à 21 dents, qui commande l'engrenage conique e, à 63 dents. L'arbre de ce dernier engrenage porte un pignon p' , qui est placé sous le sol et qui fait mouvoir la grande roue r, à 83 dents, fig. 3 à S.
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L'arbre de celle-ci reçoit en haut la bague cylindrique b autour de laquelle vient s'enrouler la barre destinée à former le bandage, c, clavette qui fixe la bague 6 en haut, t, fig. 3 et 4, taque d'assise de la bague. Elle est percée, dans la partie non couverte par la bague, de trous placés à des distances inégales de l'axe, d'après la largeur des barres à enrouler. Cette largeur étant déterminée, on passe un clou (picot) dans l'ouverture qui y correspond : la barre s'engage par l'extrémité antérieure entre la bague b et la tête de ce clou, b', portion de la barre déjà enroulée et formant plusieurs spires superposées.
A mesure que l'enroulement s'opère, on doit pouvoir élever la barre, ce qui se fait au moyen de l'appareil B, fig. 3 et 6. La barre passe par l'ouverture o, fig. 6, et pendant qu'elle s'enroule, un ouvrier la relève au fur et à mesure de besoin à l'aide du levier /.
Pendant l'enroulement, les spires doivent être comprimées latéralement, pour qu'elles deviennent équidistantes de l'axe.
Le fond du caveau est couvert d'une grande taque de fonte q, d'une seule pièce, mais le développement donné à cette taque sur le plan fig. 3, est exagéré ou du moins comporterait de notables simplifications.
860. Compresseur latéral. — Il se compose d'un cylindre g, fig. 3 et 4, mobile autour de son axe et susceptible de voyager en ligne horizontale au moyen de l'arbre u, autour duquel il tourne. Le mouvement de va-et-vient est imprimé à l'axe, et, par conséquent, au cylindre, par les bras y, y, munis l'un et l'autre d'un engrengage z, et par le volant î;.
Le service proprement dit de Tappareil se fait par trois ouvriers du train au moyen duquel on lamine les barres à enrouler. Au sortir du train, les barres sont coupées à longueur par une scie, placée sur leur parcours, et en arrivant à l'enrouleur, elles sont encore à une chaleur rouge. Un ouvrier agit sur le levier l, un sur le volant v, et un jeune ouvrier embraye ou débraye l'arbre a, ainsi que l'arbre de la scie.
Une petite grue placée à proximité permet de charger la barre enroulée sur un chariot et de l'enlever.
Il y a un certain rapport entre les diamètres des cylindres b et g. Lorsque celui de b augmente, il faut que celui de g diminue et réciproquement, afin que la distance entr'eux ne change pas trop.
Après avoir soudé les spires du paquet au marteau-pilon en anneau, ce qui se fait en une chaude, on lamine ce dernier en bandage au moyen d'une deuxième chaude suante.
Au lieu de se servir de l'appareil décrit ci-dessus, dans lequel l'enroulement se fait autour d'un arbre vertical particulier, on forme mainte-
SECTION. IV. PROCÉDÉ BESSEMER
nant les anneaux par l'enroulement des barres autour de l'extrémité prolongée de l'un des arbres horizontaux du train à laminer les barres employées.
861. Laminoir à bandages sans soudure de MM. Petin, Gaudet et C", monté à Ougrée (Liège), à Blaen-Avon (Angleterre), à Wasseralfmgen (Wûrtemberg), à Stefenau (Moravie), etc. — L'esquisse pl. 39, fig. 7, faite d'après une photographie et extraite du rapport de M. Styffe sur l'exposition universelle de 1867, donne une idée de ce laminoir frontal. Échelle 16,3 mm. par mètre. Le laminoir se compose de deux trains ou rolling-mills A et A', semblables ou à peu près construits de la même manière, placés parallèlement à côté l'un de l'autre, mus par le même arbre de volant 5 et servant l'un pour dégrossir et l'autre pour finir le bandage, a et a' sont les cylindres inférieurs à suppports fixes, b et 6' les cylindres supérieurs, susceptibles d'être élevés ou abaissés. L'une et l'autre paire de cylindres n'ont qu'une cannelure qui se trouve à l'extérieur des supports ou coussinets placés dans les montants ou cages C et C . Ces cannelures servent l'une après l'autre. Les cylindres 6 et b' sont contrepesés à la manière ordinaire et pressés de haut en bas par les vis de position (Stellschrauben) d et d'. Ces vis reçoivent leur mouvement, à l'aide des engrenages coniques e et e', des axes horizontaux f et f, placés derrière les vis. A gauche de f et /' et à la même hauteur que ceux-ci se trouvent d'autres axes horizontaux g et g', au-dessous desquels il y a des axes h et h', parallèles aux premiers. L'un et l'autre axes h et h' sont mus alternativement par une petite machine à vapeur particulière, placées toutes les deux du côté intérieur des cages C et C . La figure montre les tiges de cette machine qui saisissent les axes respectifs h et h'. Des engrenages fixés aux axes f, g, h, et f, g', h', et pourvus d'embrayages ordinaires à moufflettes, servent à modifier la vitesse des vis d et d', dans leur descente, de telle manière que, lorsque les cylindres commencent à presser sur la pièce à laminer, les vis se meuvent lentement, il est vrai, mais exercent un effort d'autant plus grand, tandis qu'au retour à vide des cylindres, la vitesse avec laquelle les vis se meuvent en sens contraire est beaucoup plus grande. Le changement dans la direction du mouvement, soit pour faire monter, soit pour faire abaisser les cylindres, s'opère en renversant la vapeur dans les petites machines et en déplaçant les mouflettes susmentionnées. Ce déplacement a pour objet de changer la vitesse des vis, dans le but indiqué.
Pour guider et finalement pour centrer les anneaux x et x' durant le laminage, il y a, en i, i, et i', i', des rouleaux de friction ayant une forme appropriée à la cannelure employée, logés dans les segments
dentés k, k, et k', k', et mis dans la position convenable à l'aide des manivelles et
Au laminoir à bandages de Seraing, le train pour dégrossir est dépourvu de guides et le train finisseur n'en a qu'un.
Le dégrossissage et le finissage de la pièce se font à la même chaude. A Seraing, le bandage encore rouge est ordinairement placé autour de la carcassse de la roue (mandrin à segments, Speichelrad).
Lorsqu'on fabrique des bandages en fer, on donne ordinairement au cylindre supérieur de l'un et l'autre rolling-mills ou au moins du dégrossisseur trois pouces de plus en diamètre qu'il ne le faudrait selon la théorie, afin de perfectionner les soudures ; pour l'acier cette précaution n'est pas nécessaire.
Nous ne décrirons pas le laminoir à bandages de Seraing, parce qu'il est moins parfait que celui de MM. Petin et Gaudet.
862. Laminoir vertical à bandages de Collier — Ce laminoir, établi à Seraing, au commencement de 1874, est représenté, pl. 40, fig. 1 à 4. Fig. 1, élévation vue du côté delà machine motrice; fig. 2, train ébaucheur ; fig. 3, train finisseur; fig. 4, plan, vu d'en haut. Échelle ijm.
C, fig. 1, cylindre à vapeur; 6, bielle qui, par l'intermédiaire d'une manivelle et de deux engrenages coniques D et C, fait tourner le cylindre vertical A du train ébaucheur. V, volant. A' , second cylindre du train ébaucheur. Il est soutenu par un support à forte nervure N, qui fait partie d'un chariot m, auquel on peut, à l'aide d'une presse hydraulique, imprimer, soit un mouvement de droite à gauche, lorsqu'on veut laminer un bandage, soit de gauche à droite, lorsqu'on veut retirer le bandage dégrossi. Dans ses mouvements, le chariot m, glisse sur la pièce de fonte recourbée 0, qui est fixée par des boulons à la plaque d'assise P. r, rouleau de friction en fer sur lequel repose le bandage L durant le laminage, n, bague qu'on fixe sur le cylindre A' et qui forme avec une bague analogue du cylindre A la cannelure dégrossisseuse. Le chariot en fer w qui supporte le rouleau r participe à tous les mouvements de A' , parce qu'il est rattaché au slipport t de la bague n, au moyen d'une languette / (v. le croquis /ig'. 6). Ce chariot glisse dans la rainure R' de la taque d'assise P.
Le cylindre fixe F du train finisseur reçoit son mouvement de 4, au moyen des engrenages E et E'. Le cylindre f, est disposé comme le cylindre A' du train dégrossisseur.
Pendant le laminage à la cannelure finisseuse, le bandage est guidé, non-seulement par le rouleau r' , mais encore par six galets, trois de chaque côté. De ces trois galets, l'un g, est mobile autour d'un axe
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vertical et vient en contact avec le bord droit extérieur du bandage (v. pl. 34, fig. H, qui représente la coupe d'un bandage fabriqué à Seraing); les deux autres, g' et g", sont mobiles autour d'axes horizontaux et viennent respectivement en contact avec les bords inférieur et supérieur du bandage. L'axe de g' et fixe, celui de g" peut être élevé ou abaissé au moyen de la vis v. Ces trois galets sont disposés dans une cage ou porte-galets G (v. le croquis fig. 8), qui peut tourner autour d'un axe vertical u, au moyen du secteur denté 5 et de la vis sans fin V. De cette façon, on peut rapprocher les deux systèmes de galets du bandage lorsqu'il est en place, et les éloigner lorsqu'on veut le retirer.
Les deux cylindres 4 et F sont maintenus en haut par la plaque de recouvrement N, formée de deux pièces en contact suivant la ligne médiane et boulonnées sur la taque d'assise P. Chaque moitié de N est percée d'une ouverture qui permet de la soulever. Notons encore que les cylindres A et F peuvent être élevés ou abaissés, au moyen de coins K, qu'on déplace à l'aide de vis de pression q.
Voici maintenant par quel mécanisme on fait marcher les chariots qui portent les cylindres 4' et f. Pour rapprocher, par exemple. A' de A, on ouvre le corps de pompe M du piston p' et l'on fait arriver l'eau comprimée dans le cylindre B. Le piston p de ce cylindre étant fixe (il s'appuie contre v', qui est boulonné contre le corps de pompe M), l'eau comprimée repousse le chariot mobile de droite à gauche et, avec lui, par les tringles T (v. le croquis fig. 7), le piston p' . Les tringles T sont réunies par la traverse Q, coulée d'une pièce avec p'. Lorsqu'on veut, au contraire, éloigner A' An A, on ouvre B, et l'on fait arriver l'eau comprimée dans M. Le piston p' est refoulé et il retire, au moyen des tringles T, le chariot m de gauche à droite. Le même mécanisme est employé pour le cylindre finisseur f. M et B, corps de pompes, s et s', pistons.
Il nous reste à décrire le compas au moyen duquel on mesure, avec précision, le rayon du bandage. Le croquis fig. 5 donnera une idée de cet appareil. Le long du levier L, mobile autour de x, peut glisser une règle R, qui porte un galet g, qu'on appuie contre la face intérieure du bandage, au moyen d'une chaîne, qui passe sur une poulie de renvoi/), et d'un contre-poids P. Lorsque le bandage a acquis le diamètre voulu, le talon y de R vient agir sur le petit bras d'un levier coudé fixé en un point convenable de L. Le long bras de ce même levier coudé permet d'apprécier exactement les plus petites variations du diamètre du bandage. A Seraing, les cannelures sont disposées de manière à former le rebord saillant du bandage en liaut. L'inverse a lieu dans le laminoir représenté par les fig. \ à -i.
La machine à vapeur qui active le laminoir que nous venons de décrire, est de la force de 60 chevaux. H, V.